À lire sur maloya.org, la tribune libre pour laquelle Stéphane Hoarau m’a sollicitée. Sujet : Kréyol factory, les identités en question, en écho à l’exposition en cours à la Grande Halle de la Villette. Le portfolio est à la fin de l’article ou là. Bonne lecture !

Kréyol Factory (Grande Halle de la Villette/Paris) © Virginie de GALZAIN
Le photojournaliste mozambiquais Ricardo Rangel est décédé jeudi dernier à l’âge de 85 ans. Né en 1924, il met un premier pied dans l’univers de la photo en entretenant la chambre noire d’un chasseur d’éléphants également photographe, avant de travailler pendant près de 10 ans comme tireur au sein du studio Focus, pour Le Noticias, le Guardian de Lourenço Marques…
1952 marque le début de collaborations multiples, celles d’un témoin de la vie de son pays, en proie à des bouleversements politiques, économiques et sociaux très forts : de la fin de cinq siècles de colonisation portugaise à l’indépendance (1975), en passant par une guerre civile longue et meurtrière, avant la mise en place des premières élections libres en 1994.
Premier photojournaliste de couleur dans un pays opprimé, où l’image est longtemps un média rare d’information et de résistance soumis à la censure et à la destruction, il connaît la prison à plusieurs reprises. Engagé, révolté, aimant, il n’hésite jamais à évoquer les injustices et la barbarie colonialistes, les coulisses des combattants, les conditions de vie parfois inhumaines des Africains, des siens. De nombreuses expositions permirent aussi de découvrir des images de la vie quotidienne, vue à la lumière du jour ou sous les lueurs nocturnes. Une mémoire visuelle, intellectuelle et affective de plus de 50 ans de l’histoire du Mozambique.

Courtesy Afronova Gallery © Ricardo Angel (In the embrace of the night, 1970)
Considéré comme l’un des pères de la photographie africaine (sur laquelle je reviendrai sans doute plus tard), Ricardo Rangel participe aussi au développement, à la professionnalisation et à la promotion de cette dernière en créant au début des années 1980 l’association mozambicaine des photographes puis le Centre de documentation et de formation à la photographie.
Son approche est et demeure celle d’un homme qui resta libre et fidèle à ses convictions, qui perçut et vécut à fond la réalité de façon sensible, neuve et intuitive. Une réalité blessée, instable et précaire qu’il nous transmet sur un mode à la fois brutal et authentique, artistique et profondément touchant, plein de ses influences personnelles et affranchi de carcans académiques. Reste l’essentiel : des regards intenses qui ne vous quittent plus, la vie, l’humain.

Série “NY/Tell someone a beautiful lie” © Virginie de Galzain
Trop peu de temps pour écrire en ce moment… Alors en attendant, rendez-vous sur le site de la Fédération internationale des droits de l’homme pour découvrir le rapport d’enquête sur les entraves aux défenseurs des droits des migrants en France* : Délit de solidarité : Stigmatisation, répression et intimidation des défenseurs des droits des migrants. www.fidh.org
*enquête Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (FIDH-OMCT)

FIDH_OMCT

© Virginie de Galzain
Photos (Nikon F90, films Ilford HP5Plus, 50 mm) & montage©Virginie de Galzain
LES PHOTOS – LE 15 MAI – LA PÉTITION DES ENFANTS DE DON QUICHOTTE – LEUR SITE
À découvrir le 20 mai au cinéma, Les enfants invisibles, sept destins d’enfants vus par 8 réalisateurs de renom. L’idée de départ, rendre visible et sensibiliser sur le quotidien pas comme les autres d’enfants du monde, aux quatre coins de la planète.
Enfants soldats (Tanza, de Medhi Charef) ; enfants détenus (Blue Gypsy, d’Emir Kusturica) ; malades (Jesus, Children of America, de Spike Lee) ; victimes de la guerre (Jonathan, de Jordan Scott & Ridley Scott) ; enfants des rues (Bilu & Joao, de Katia Lund) et livrés à eux-mêmes (Ciro, de Stefano Veneruso) soumis à l’obligation de travailler sans pouvoir aller à l’école, orphelins (Song Song & Little cat, de John Woo) ou maltraités, tous ont été projetés malgré eux dans une réalité parallèle avec laquelle ils composent, au jour le jour, leur vie.
Les enfants invisibles/Bilu & Joao, de Katia Lund
Les sept courts-métrages sont d’une intensité cinglantes – pourvu que vous y soyez sensible -, condensés de vies nous rappelant que les droits et les libertés de centaines de millions d’enfants sont violés chaque jour, réduisant leurs chances de grandir et tout simplement de vivre dans des conditions adaptées à leurs besoins et à leur âge. L’expression subjective d’une réalité insupportable, incarnée par des enfants qui portent en eux une résistance et une capacité d’espoir impressionnantes. On peut discuter ensuite des qualités cinématographiques auxquelles je ne me suis pas attachée ici (et ce n’est pas mon métier).
Les enfants invisibles/Tanza, de Medhi Charef
À l’origine du projet, la productrice Chiara Tilesi a été soutenue par L’Unicef et le PAM (Programme alimentaire mondial). Une partie des bénéfices seront reversés aux deux agences des Nations-Unies. En marge des 20 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, Les enfants invisibles servira aussi de support pédagogique pour les prochaines actions de l’UNICEF en faveur de l’information, de la promotion et de la défense des droits et libertés de l’enfant.
UNICEF : www.unicef.fr
PAM : http://one.wfp.org/french
Acte films : www.actefilms.fr
15 mai, fin d’après-midi : nouvelle tentative de mobilisation lancée par les enfants de Don Quichotte. Ils y étaient encore à minuit. Des tentes sont installées le long des quais côté Tuileries. Sur les pavés, des personnes de tous âges venues soutenir Augustin Legrand, son action, les personnes sans-abri et mal logées, celles qui luttent pour garder leur logement et qui peuvent se retrouver sans toit du jour au lendemain. Ca peut aller tellement vite.

Paris, 15 mai (Nikon F90, films Ilford HP5Plus, 50 mm) © Virginie de Galzain
J’étais en train d’écouter Jean-Michel, 51 ans, qui a vécu 2,5 ans dans la rue avant de s’en sortir “grâce à eux” (je retranscrirai ses propos tels quels plus tard sur le blog), quand la police est descendue des deux côtés du quai. La nuit était tombée. Plusieurs canaux de la police fluviale était aussi là, c’est vrai qu’on ne sait jamais…
Paris, 15 mai (Nikon F90, films Ilford HP5Plus, 50 mm) © Virginie de Galzain
” Une infraction est commise ce soir, nous devons intervenir ” précise le commissaire, alors que l’association avait la garantie de pouvoir rester la nuit. Forte d’une efficace technique de l’encerclement maximum pour mieux maîtriser et rabattre les personnes présentes, l’intervention est très ferme. Les forces de l’ordre avancent comme toujours en rangs serrés pour faire reculer tout le monde et empoignent ceux qui n’avancent pas ou résistent. Pas d’ordre sans force ?

Paris, 15 mai (Nikon F90, films Ilford HP5Plus, 50 mm) © Virginie de Galzain
Des images qu’on n’en finit plus de voir. Et quelques chutes – dont un homme sans-abri en situation de handicap, les journalistes qu’on empêche momentanément de faire leur travail et malmenés au passage ” pour notre sécurité ” (!), les tentes vidées et enlevées, des sans-abri parfois sortis de force ; révoltés, désarmés, certains se retrouvent sans affaires : ” On n’a rien, on est à la rue, et on nous prend le peu qu’on a. On a notre vie dans un sac, un duvet pour dormir, et c’est tout. On n’a nulle part où aller dignement, on n’existe pas, la société nous ignore et on nous chasse d’un abri de toile “.
Au pied de la passerelle Sedar Senghor, des toiles, des sacs de couchage amoncelés. Ce qui reste d’une mobilisation pour le droit au logement, pour le respect de la dignité humaine.

Paris, 15 mai (Nikon F90, films Ilford HP5Plus, 50 mm) © Virginie de Galzain
Laisser des personnes vivre dans la rue, en situation de précarité est une infraction tolérée à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il y a une semaine, un homme de 42 ans, un de plus, mourait des suites de la rue. L’espérance de vie quand on vit dehors est de 48 ans. Scandale. Honte. Indifférence. Inertie. Non assistance à personne en danger. Injustice. Inhumanité. Inégalité. Monsieur le Président : qu’attendez-vous ?
” Je veux, si je suis élu président de la République, que d’ici à 2 ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir, et d’y mourir de froid parce que le droit à l’hébergement, c’est une obligation humaine. (…) Parce que si on s’imagine que la politique ne peut rien faire, dans un pays comme la France, en 2007, pour empêcher les gens de mourir sur le trottoir, alors ce n’est pas la peine de faire de la politique “, disiez-vous ?
À SUIVRE : www.lesenfantsdedonquichotte.com
À SIGNER : le manifeste des Enfants de Don Quichotte
À SUIVRE : www.lesenfantsdedonquichotte.com
À SIGNER : le manifeste des Enfants de Don Quichotte
La grippe A : dernière psychose sanitaire contrôlée ? Je me pose la question. Ou plutôt je ne me la pose pas. Indépendamment des modes de contamination que nous connaissons déjà bien chaque hiver, et que seule une quarantaine généralisée pourrait singulièrement freiner. Et indépendamment des incertitudes et méconnaissances liées à tout virus en mutation. Les conséquences sur l’organisme variant selon l’individu, l’âge, l’état initial de santé et son niveau de vie, la zone géographique, les primordiales conditions d’accès aux soins et à l’information, les conditions sanitaires locales… Soyons Read the rest of this entry »
L’occasion manquée est celle-là même qui compte… (Saint Exupéry)

Série “Paris” © Virginie de Galzain
Une exposition en cours, à découvrir absolument au musée Nicéphore Niépce, à Châlon-sur-Saône : Dancing in the street, 40 photographies de Saul Leiter. Né en 1923, le photographe américain fut un des premiers à jouer le jeu de la couleur à la fin des Années 40, à une époque où le Noir et Blanc domine, la couleur étant réservée à la publicité et non à l’art ou au documentaire.
Étrangement méconnu, il a été exposé pour la première fois en France, à la Fondation Henri Cartier Bresson, au printemps 2008, puis à la galerie Camera Obscura.

© Saul Leiter, courtesy Howard Greenberg Gallery / collection Aforge Finance
Photographe de mode, Saul Leiter est aussi un photographe de rue, de sa rue en particulier. Des photos de New York prises à hauteur d’homme, humanisant de façon discrète une ville labyrinthique aux proportions déjà gigantesques. L’univers est pictural, avec un sens inné et fascinant de la couleur (Saul Leiter est aussi peintre). Des images de tous les jours, véritables touches de paysages urbains, tableaux de vie qui évoquent le quotidien des habitants de façon discrète et apaisante.
Une atmosphère vivante, presque palpable, dont on semble avoir étrangement étouffé les bruits pour se concentrer sur chaque sujet. L’écriture photographique est imprégnée d’une chaleur et d’une douceur inédite, dévoilant un autre visage de la ville, onirique ou mystérieux.

Harlem, 19560© Saul LEITER, courtesy Howard Greenberg Gallery/collection Aforge Finance
*PRATIQUE
Exposition Saul Leiter, Dancing in the street (collection Aforge Finance). Jusqu’au 31 mai 2009. Musée Nicéphore Niépce. 28, qai des Messageries. 71100 Châlon-sur-Saône. 03 85 48 41 98. www.museeniepce.com
William Eggleston, 69 ans, photographe américain, (s’)expose dès aujourd’hui à la Fondation Cartier pour l’art contemporain avec sa dernière série : Paris, réalisée sur commande entre 2006 et 2008 (deux mois de séjour en tout). Ce chantre de la photographie démocratique saisit le quotidien, tout le quotidien, dans ses aspects les plus (extra)ordinaires comme les plus insolites. Sans niveau d’intérêt. Sans distinction. Sans même parfois qu’on puisse le rattacher à un quelconque lieu. L’existant justifie à lui seul l’intérêt qu’il peut susciter, évoqué ensuite dans toute sa dimension picturale (William Eggleston est aussi peintre) et familière.

William Eggleston/Série Paris 2006-2008
Le photographe a été un des premiers à pratiquer la couleur à des fins non pas commerciales mais artistiques, loin derrière Saul Leiter dans un autre genre — inégalé et inimitable —, qui a résolument ouvert cette voie 20 ans plus tôt, à la fin des années 40. William Eggleston a ce nécessaire sens de la découverte propre à tout voyageur curieux, celui du détail, du banal inédit et du jeu photographique créatif. Avec ce détachement singulier, et une acuité d’enfant sans cesse en éveil, qui permettent un renouvellement lumineux. Telles sont peut-être certaines des clés, à la fois universelles et personnelles, d’une démarche pas si simple que cela. Celle d’un homme qui traverse la vie et l’espace de façon discrète pour (re)donner à voir des sujets devenus invisibles voire insignifiants tant ils font “partie du décor”. Un regret pour ce qui est de l’expo : j’aurais préféré moins de photos et des formats qui laissent davantage leur place à l’image.
LE SITE DU PHOTOGRAPHE : www.egglestontrust.com
L’EXPO : jusqu’au 21 juin. Fondation Cartier, 261 bd Raspail, Paris 14e. 01 42 18 56 50. Tlj, sauf le lundi, de 11h à 20h. Nocturne le mardi jusqu’à 22h. Entrée : 6,50 €. Réduit : 4,50 €. fondationcartier.com
Série Paris© virginie de galzain
Les coulisses du grand reportage de guerre, avec Noël Quidu, photo reporter pour l’agence Gamma ; loin d’une image d’illustration convenue, lisse, sensationnelle ou facile comme on en voit de plus en plus dans de nombreux magazines. Pour mesurer les enjeux de l’information, de l’engagement du photographe et du reporter, de l’instant documentaire, vitaux pour l’appréhension et la compréhension du monde face à une logique de grande distribution de l’image ; vitaux pour réapprendre à voir une photo dans une course permanente au scoop et au bombardement visuel multimédia.
CLIQUER SUR L’IMAGE POUR ACCÉDER À LA VIDÉO
Photos (nikon F90, AF 50 mm, portra 160nc) & montage © virginie de galzain
Découvert ce jour (une fois n’est pas coutume) : Opération bretzel, des Guns of Brixton ; coup de coeur pour ce titre et le clip qui l’accompagne. Mieux vaut tard que jamais. Voilà. C’est tout.
Guns of Brixton, from in.dub.out/réal° Emilie Sandoval
Les images de la manifestation du 19, à suivre dans la journée (pas trop le temps hier). Une participation qui égale celle du CPE en 2006 avec près de
3 millions de participants dans toute la France. Merci monsieur Fillon de penser “crise” et “Europe”, mais la France a ses difficultés propres qu’il convient de résoudre de façon urgente.
En attendant, vous pouvez revoir le diaporama de la manifestation du 29 janvier dernier en cliquant sur la photo ci dessous.
Un clin d’œil à une question de vie essentielle : le droit à un logement stable et salubre. Un droit de l’homme non respecté, en France comme ailleurs, un devoir politique à honorer.
Photos (Nikon F90, AF 50mm, IlfordHP5Plus), & montage ©Virginie de Galzain
Photos (Nikon F90, AF 50mm, IlfordHP5Plus), son & montage ©Virginie de Galzain









































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