A LIRE : Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti

À la suite d’un énième (!) naufrage de personnes migrantes non loin de Lampedusa, le grand reporter italien Fabrizio Gatti appelle à soutenir dès maintenant une candidature de l’île italienne au prix Nobel de la paix (SIgner pour une candidature de Lampedusa au prix Nobel de la paix http://temi.repubblica.it).

Dans son livre Bilal sur la route des clandestins, il raconte le quotidien de ces hommes et femmes qui fuient les dangers de leur pays, quotidien qu’il a vécu à leurs côtés en se faisant passer pour l’un des leurs. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins
« Dans le Sahara, certaines nouvelles se propagent comme en l’an mil, portées par la voix des voyageurs. Ainsi faut-il voyager pour savoir ».

Fabrizio Gatti est grand reporter au sein de l’hebdomadaire italien L’Espresso. Depuis près de 20 ans, il s’investit en faveur du respect des droits fondamentaux et contre l’organisation internationale du crime. Engagé dans de nombreuses enquêtes en infiltré, il ne conçoit pas l’information sans l’épreuve des réalités et la rencontre de ceux qui les vivent ou les subissent. – Une conception du métier de plus en plus difficile à honorer tant à l’écrit qu’en photographie si l’on veut en vivre (ndlr). – Son livre Bilal a obtenu le prix Terzani* en 2008. Il a été réédité par les éditions Liana Levi fin 2010 en format poche. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins raconte des destins hors norme au travers du parcours de Fabrizio Gatti, l’homme, le journaliste qui s’est fait lui-même clandestin, du Sénégal à la Libye jusqu’à Lampedusa pour comprendre, mieux révéler, restituer et dénoncer l’inimaginable et l’inhumain. Les clandestins, ce sont ici des Africains qui fuient la guerre, la faim, la pauvreté, la survie pour ce qu’ils pensent être leur salut : un pays européen. En l’occurrence, l’Italie. Et par extension, une chance de travailler et d’aider leurs familles restées au pays. Entre lucidité cruelle, inconscience et espérance, ils se risquent à tenter de franchir des milliers de kilomètres dans des conditions dangereuses.

Pour y parvenir, ils quittent leurs proches, leur pays (Sénégal, Sierra Leone, Liberia, Nigéria, Togo, Côte d’Ivoire…) pour affronter le désert, la soif, la maladie, la mer, la mort et ceux – manipulés ou criminels – qui détiennent leur vie entre leurs mains : militaires, policiers, administrations, passeurs. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un scénario mélo. C’est à considérer très concrètement bien au-delà de ce qu’on peut entrevoir de façon parcellaire dans les médias : une réalité pour des centaines de milliers de personnes. Des millions si l’on considère ceux que l’on appelle les déplacés de force.

Racket, mauvais traitements, corruption et tortures sur le trajet et aux postes frontaliers, marchandisation de l’homme, « trafic humanitaire », machination dès les premières heures à parcourir qui se poursuit au gré des frontières… Tel est le quotidien vécu parfois sur des milliers de kilomètres : de Dakar à Kayes, Bamako, Gao et Niamey, en passant par Agadez, Dirkou jusqu’au camp de Gatrun avant Lampedusa, pour ceux qui y parviendront ou voudront y parvenir. Et une fois là-bas ?

En contrepoint, les accords tacites et/ou formels conclus sur plusieurs années entre le gouvernement Berlusconi et le colonel Khadafi, faisant de la Libye un rempart contre l’immigration clandestine, faisant de Lampedusa « l’engrenage central des déportations de masse mises en œuvre par l’Italie avec la complicité de l’Allemagne et de l’Union européenne (…) ».

Un livre essentiel et unique pour savoir. Pour reconsidérer la question des migrations forcées, car toutes ne le sont pas. Pour penser autrement ces migrations et faire en sorte que les migrants clandestins ne soient plus vus comme un danger mais avant tout comme des personnes en situation de danger. Les évolutions et les bouleversements du monde doivent être intégrés pour une cohabitation des situations partout et pour tous ; car ériger des barrières ne pourra qu’exacerber les injustices et les tensions, maintenir les précarités, lesquelles favorisent instabilité et insécurité locales et internationales.

Pour élargir le sujet – ne perdons pas de vue que tout est lié directement ou indirectement et le sera de plus en plus – le chômage, le mal logement, la fragilité sont dans nos murs ; la faim, la maladie, la guerre sont à nos portes. Quant aux révolutions en cours et à venir, si elles ouvrent la voie vers plus de démocratie et d’égalité des droits au prix de nombreuses vies, la chute de dirigeants n’est évidemment pas un remède instantané aux crises traversées depuis des décennies, d’où la poursuite notamment des migrations vers nos terres.

Malgré cela, ou à cause de cela tout reste encore possible, pourvu que l’on intègre l’idée que ce qui arrive aux autres pourraient nous arriver pour mieux le prévenir, l’éviter ou l’améliorer ; pourvu que l’on privilégie l’homme et son avenir en considérant à 360 ° les réalités locales et globales présentes ; pourvu que l’on cesse de renforcer le pouvoir de ceux qui prônent ou véhiculent des principes de peur, de haine ou d’exclusion de l’Autre, du Différent, de l’Étranger ; pourvu que le développement soit envisagé pour tous et avec tous et non pour une élite.

L’heure est définitivement à l’union, à l’humanité et à l’action pour aller vers le moins mal possible, pour tendre vers le mieux si ce n’est vers le meilleur. Au moins essayer.

* prix littéraire international, du nom de Tiziano Terzani, journaliste et écrivain italien.

Bilal sur la route des clandestins. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €

Post À lire : l’enquête de Fabrizio Gatti publié initialement en mai 2011.

A LIRE : L’enquête de Fabrizio Gatti

« Dans le Sahara, certaines nouvelles se propagent comme en l’an mil, portées par la voix des voyageurs. Ainsi faut-il voyager pour savoir ».

Fabrizio Gatti est grand reporter au sein de l’hebdomadaire italien L’Espresso. Depuis près de 20 ans, il s’investit en faveur du respect des droits fondamentaux et contre l’organisation internationale du crime. Engagé dans de nombreuses enquêtes en infiltré, il ne conçoit pas l’information sans l’épreuve des réalités et la rencontre de ceux qui les vivent ou les subissent. – Une conception du métier de plus en plus difficile à honorer tant à l’écrit qu’en photographie si l’on veut en vivre (ndlr). – Son livre Bilal a obtenu le prix Terzani* en 2008. Il a été réédité par les éditions Liana Levi fin 2010 en format poche. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins raconte des destins hors norme au travers du parcours de Fabrizio Gatti, l’homme, le journaliste qui s’est fait lui-même clandestin, du Sénégal à la Libye jusqu’à Lampedusa pour comprendre, mieux révéler, restituer et dénoncer l’inimaginable et l’inhumain. Les clandestins, ce sont ici des Africains qui fuient la guerre, la faim, la pauvreté, la survie pour ce qu’ils pensent être leur salut : un pays européen. En l’occurrence, l’Italie. Et par extension, une chance de travailler et d’aider leurs familles restées au pays. Entre lucidité cruelle, inconscience et espérance, ils se risquent à tenter de franchir des milliers de kilomètres dans des conditions dangereuses.

Pour y parvenir, ils quittent leurs proches, leur pays (Sénégal, Sierra Leone, Liberia, Nigéria, Togo, Côte d’Ivoire…) pour affronter le désert, la soif, la maladie, la mer, la mort et ceux – manipulés ou criminels – qui détiennent leur vie entre leurs mains : militaires, policiers, administrations, passeurs. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un scénario mélo. C’est à considérer très concrètement bien au-delà de ce qu’on peut entrevoir de façon parcellaire dans les médias : une réalité pour des centaines de milliers de personnes. Des millions si l’on considère ceux que l’on appelle les déplacés de force.

Racket, mauvais traitements, corruption et tortures sur le trajet et aux postes frontaliers, marchandisation de l’homme, « trafic humanitaire », machination dès les premières heures à parcourir qui se poursuit au gré des frontières… Tel est le quotidien vécu parfois sur des milliers de kilomètres : de Dakar à Kayes, Bamako, Gao et Niamey, en passant par Agadez, Dirkou jusqu’au camp de Gatrun avant Lampedusa, pour ceux qui y parviendront ou voudront y parvenir. Et une fois là-bas ?

En contrepoint, les accords tacites et/ou formels conclus sur plusieurs années entre le gouvernement Berlusconi et le colonel Khadafi, faisant de la Libye un rempart contre l’immigration clandestine, faisant de Lampedusa « l’engrenage central des déportations de masse mises en œuvre par l’Italie avec la complicité de l’Allemagne et de l’Union européenne (…) ».

Un livre essentiel et unique pour savoir. Pour reconsidérer la question des migrations forcées, car toutes ne le sont pas. Pour penser autrement ces migrations et faire en sorte que les migrants clandestins ne soient plus vus comme un danger mais avant tout comme des personnes en situation de danger. Les évolutions et les bouleversements du monde doivent être intégrés pour une cohabitation des situations partout et pour tous ; car ériger des barrières ne pourra qu’exacerber les injustices et les tensions, maintenir les précarités, lesquelles favorisent instabilité et insécurité locales et internationales.

Pour élargir le sujet – ne perdons pas de vue que tout est lié directement ou indirectement et le sera de plus en plus – le chômage, le mal logement, la fragilité sont dans nos murs ; la faim, la maladie, la guerre sont à nos portes. Quant aux révolutions en cours et à venir, si elles ouvrent la voie vers plus de démocratie et d’égalité des droits au prix de nombreuses vies, la chute de dirigeants n’est évidemment pas un remède instantané aux crises traversées depuis des décennies, d’où la poursuite notamment des migrations vers nos terres.

Malgré cela, ou à cause de cela tout reste encore possible, pourvu que l’on intègre l’idée que ce qui arrive aux autres pourraient nous arriver pour mieux le prévenir, l’éviter ou l’améliorer ; pourvu que l’on privilégie l’homme et son avenir en considérant à 360 ° les réalités locales et globales présentes ; pourvu que l’on cesse de renforcer le pouvoir de ceux qui prônent ou véhiculent des principes de peur, de haine ou d’exclusion de l’Autre, du Différent, de l’Étranger ; pourvu que le développement soit envisagé pour tous et avec tous et non pour une élite.

L’heure est définitivement à l’union, à l’humanité et à l’action pour aller vers le moins mal possible, pour tendre vers le mieux si ce n’est vers le meilleur. Au moins essayer.

* prix littéraire international, du nom de Tiziano Terzani, journaliste et écrivain italien.

Bilal sur la route des clandestins. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €

À lire : Cet autre, de Kapuscinski

 » Habitants de la planète, nous sommes tous des Autres face aux Autres : moi face à eux, eux face à moi « . (Ryszard Kapuscinski)

Cet Autre, une profonde réflexion sur « ce miroir dans lequel nous nous regardons » : l’Autre. Son auteur, Ryszard Kapuscinski (1932-2007) était un Grand reporter polonais. Un écrivain voyageur qui a passé près de 30 ans à couvrir ces événements qui restent dans les vies et l’Histoire, de la fin de l’Afrique coloniale en passant par la chute du Shah d’Iran, de l’Éthiopie au Mozambique, de la Bolivie au Pakistan, à l’Afghanistan… pour l’agence de presse polonaise.

Historien de formation, curieux inassouvi, son héritage littéraire est un celui d’un témoin de l’humanité, de ses bouleversements géopolitiques, économiques, sociétaux, structurels. Plus qu’un métier,  le journalisme était pour lui un devoir d’analyse ; une passion d’informer ; la mission engagée d’appréhender, de connaître, de comprendre, de restituer le monde  et d’aller à la rencontre de l’Homme.

Dans un monde profondément bouleversé par ce qu’on appelle la mondialisation, l’évolution  des modes de communication, l’affranchissement du colon et la redéfinition des frontières planétaires, la circulation des hommes et l’affirmation du métissage, Kapuscinski s’interroge sur cet Autre qui nous ressemble. Il a ses identités, ses repères, son histoire propres que nous érigeons parfois au rang de barrière. Des barrières qui prennent la couleur d’une peau, l’odeur de l’argent, la direction du nationalisme, le sens du fondamentalisme ou la trajectoire du plein pouvoir au point de nous empêcher de « voir », d’apprendre, de réaliser cet acte essentiel de la découverte de l’Inconnu, de  la (re)connaissance de l’Étranger.

Entre peur et espoir, isolement et ouverture, histoire, mémoire et avenir, les notions de respect, de bienveillance, de curiosité, d’humanité, d’égalité sont au cœur des questionnements liés à notre relation à l’Autre. Vivre ou ne pas vivre ensemble ?…


Cet autre, de Ryszard Kapuscinski. Éditions Plon. 18 €.
À lire également : Ébène, aventures africaines (10-18). Imperium (10-18). Le negus (Press pocket). Le Shah, ou la démesure du pouvoir (Flammarion). Neuf ou d’occasion, certains titres étant indisponibles à ce jour.

Low cost : le leurre économique

Voyage, tourisme, mais aussi alimentation, médecine, automobile, …, le raz de marée low cost a investi tous les secteurs de la vie quotidienne. Décrié par les uns, sacralisé par les autres, les fondements, fonctionnements et conséquences de ce phénomène économique demeurent pourtant largement méconnus.
Parce que payer moins cher a forcément un prix, Bruno Fay et Stéphane Reynaud ont enquêté pendant plus d’un an sur le sujet. Résultat : No low cost, une  » bombe  » archi documentée sur les coulisses d’un système à la dérive. Le point avec Bruno Fay, (excellent) journaliste et Lire la suite de « Low cost : le leurre économique »

Stanley Greene : à voir, à lire

ON DOIT PRENDRE DES PHOTOS AVEC LE CŒUR, PAS AVEC LA TÊTE.

Vient de paraître : Black passport*, du photojournaliste Stanley Greene (voir aussi ce lien). Le jeu de questions/réponses proposé par mail – et non de visu – ne me satisfaisant pas à cette échelle… et l’interview forcée un jour de dédicace parisienne n’étant pas dans mes habitudes, il faudra se contenter de mes mots avant de vous précipiter en librairie (!) au moins “ pour voir”.

Né en 1949, photographe dit “ de guerre ”, Stanley Greene est surtout un photographe de la vie. D’une certaine vie, qui un jour dérape pour sombrer, faire sombrer dans le chaos, la douleur, la violence, la domination, la soumission, la mort. Au-delà du Lire la suite de « Stanley Greene : à voir, à lire »

PHOTO Pierrot Men : un livret, une expo

Sortie d’un carnet photographique de Pierrot Men, grand photographe franco malgache, dont j’ai le plaisir de signer le texte à sa demande, un vrai cadeau. Un photographe d’exception pour qui j’ai une profonde admiration, tant au niveau artistique que personnel,  et c’est peu de le dire. Ceci explique cela…

Vous pourrez découvrir quelques-unes de ses œuvres (trop peu… en noir et blanc, et inédit, en couleur) dans ce titre ; un aperçu sensible et profond du quotidien dans toutes ses dimensions, dans toute son humanité et sa dignité : l’essence de Madagascar, où il est né et où il vit. Ses photographies sont la mémoire visuelle de l’Ile, un regard Lire la suite de « PHOTO Pierrot Men : un livret, une expo »

Mad in France : Tendance Floue résiste et signe

Entre projets photographiques, expositions et ouvrages d’art ; après la Chine et l’Inde, le collectif de photographes Tendance Floue a sillonné l’Hexagone pour le troisième volet de son défi photographique annuel : Mad in France. Lancement aux Rencontres internationales de la Lire la suite de « Mad in France : Tendance Floue résiste et signe »

Dédicace ce jour/librairie La Martinière

dedicace-la-martiniere_bonnel_de-galzain
Dédicace d’un beau livre dont j’ai signé les textes. Un ouvrage sur l’esprit d’un site hors du commun, porteur d’un projet universel : le Domaine du Rayol. Une illustration vivante de l’écologie humaniste de son créateur : le paysagiste Gilles Clément. Pour l’occasion, plusieurs images de Guillaume Bonnel, auteur des photos de l’ouvrage, seront exposées. À plus tard !
17 rue Jacob, Paris. M° Saint Germain des Prés. Dès 17 h, jusqu’à 19h30/20h.

Gilles Clément, Guillaume Bonnel, et moi

Petite auto promo pour une fois : la sortie d’un livre* dont j’ai le plaisir de signer les textes ; les photos sont de Guillaume Bonnel. Voyage au coeur du Domaine du Rayol, un site conçu par un homme que j’admire profondément, le paysagiste Gilles Clément (qui signe la préface), représentation d’une écologie humaniste plaçant le vivant au coeur de toute préoccupation. Un concentré de la beauté du monde, révélateur des enjeux de la survie planétaire.
Éditions La Martinière/Aubanel. En vente dès aujourd’hui en librairie !


*Les jardins du Domaine du Rayol. Voyage en Méditerranées.
Ed°. AUbanel/La Martinière. 160 p. 32 euros.
Un immense merci à Caroline Petit, Gilles Clément et Anne Serroy, qui nous ont confié ce superbe projet.
Le site de Gilles Clément : www.gillesclement.com  Le domaine du Rayol : www.domainedurayol.org

Laurent Gaudé : interview

Laurent Gaudé, écrivain et dramaturge français, vient de publier son dernier roman, La porte des Enfers. Une fable sur la condition humaine, un voyage d’amour à la frontière de la vie et de la mort. Rencontre* avec un auteur pour qui l’homme et la littérature sont à jamais liés.

Matteo et Giuliana sont frappés par la mort de Filippo, leur fils de six ans, au coeur d’une fusillade. L’histoire se déroule dans la région de Naples.

Laurent Gaudé : Naples est une ville qui aime marier les contraires, où coexistent la violence et la douceur, les croyants et les païens, la laideur et la beauté. Il était essentiel que cette dualité soit présente. Dans la géographie même de la cité, est localisée l’entrée des Enfers, au lac d’Averne. En novembre 1980, la terre a tremblé à Naples. C’était donc l’endroit idéal pour permettre un glissement continu entre le réel et la fiction, la fiction et le réel, pour que le lecteur puisse y croire.

La vie et la mort semblent parfois se confondre, prendre la place l’une de l’autre. L’écriture en est la messagère.
Filippo meurt violemment, un matin. Pour ses parents, restent l’absence et la révolte, une souffrance indiscible et la mort. Une longue descente aux Enfers commence pour tenter de rester en vie, et de redonner vie à leur enfant. Tandis que le fils part à la recherche de son père. Les morts se rappellent sans cesse à nous, posant l’idée que le monde des vivants est parfois plus vide encore. Écrire est une forme de lutte contre la mort, contre l’oubli ; une fixation de la mémoire. Tels André Malraux, ou René Char… La mémoire de ceux qui sont encore vivants est la seule chose qui compte. C’est ma seule arme.

Ce qui frappe dans toutes vos oeuvres est la réalité et la dignité des personnages, si durs que soient leur univers et leur vie.
Ce qui est à la fois passionnant et difficile est de comprendre et de raconter ce qu’un homme peut vivre, si proche ou si éloigné soit-il de ce que vous vivez. La capacité à être derrière lui parce qu’il vous touche, à se projeter par le biais de l’écriture. Mes livres sont durs, mais les personnages qui les habitent tiennent droit. Ils résistent aux assauts de la vie, malgré le malheur, la violence, la mort. Matteo, au plus fort de son errance et de son désepoir, rencontre ceux qui lui permettront d’entreprendre son voyage aux Enfers. Giuliana continue sa route en accord avec elle-même. Je crois en l’homme, à sa capacité à tenir, à trouver les ressources en lui alors même que tout semble fini. C’est ce qui fait la beauté de l’humanité.

Votre écriture a un pouvoir d’identification très fort, et une dimension presque cinématographique. Comment justifiez-vous cette démarche artistique ?
Le roman a une forme classique, mais c’est aussi un vrai lieu de construction. Quand je commence à écrire, je sais où je veux aller, la trajectoire est définie à l’avance, même si les personnages, l’histoire, évoluent au fil du temps. C’est une écriture presque visuelle, car je fais le déroulé de la scène à l’avance ; une sorte de fonctionnement par séquence. Ensuite, le silence dans lequel un livre vous plonge laisse sa place à un jeu mental avec le lecteur, plus encore qu’avec le théâtre, où l’expression orale a une place prépondérante.

Comment situez-vous le livre face aux nouveaux médias ?

Je crois en la force du roman, et suis très optimiste sur la place du livre, bien que le temps accordé à la télévision ou aux jeux videos empiète beaucoup sur la lecture. Le livre est un formidable espace de liberté car rien n’est imposé. Un espace d’apprentissage aussi, sans frontières, sans limite d’âge. Chacun y voit ce ce qu’il souhaite, en conserve des souvenirs et des couleurs qui lui sont propres.

La littérature fait sa rentrée ; la sélection des prix va commencer. Vous êtes vous-même lauréat de plusieurs d’entre eux (Goncourt des Lycéens, Goncourt, Prix Giono). Quel regard portez-vous sur la médiatisation de la littérature ?
Les prix ont leur légitimité et leur intérêt. La méfiance dont ils font parfois l’objet ne me semble pas fondée, même si tout est perfectible. On devrait davantage se poser la question de la concentration de groupes qui influent sur la production littéraire, et donc sur certains titres et ouvrages “phares”. Avec le risque d’une moins grande diversité. Et celui de tout axer sur le chiffre et la performance. Sans oublier la collusion des métiers, avec des membres de comités de lecture qui sont aussi auteurs, membres de jury, journalistes. Cela peut remettre en question le bien fondé d’un choix.

Quelles sont vos clés d’écrivain ?
Au-delà d’une passion, d’un plaisir, d’une envie, au-delà des aspects “littéraires”, pour “apprendre” à écrire, il faut vivre pleinement. S’imprégner de ses joies et de ses peines, des déceptions. Il faut voyager, se remplir d’expérience, et affiner son regard. En permanence. C’est la seule école qui me vienne à l’esprit. Ensuite, cela demande une discipline très personnelle. Et un luxe, qui est le temps. On a tous des rêves d’écriture, mais il y en a peu finalement qui aboutissent : il faut être persévérant, aller au bout de la démarche, finir ce qui est initié, le montrer. Et recommencer.

actes-sud
La Porte des Enfers, de Laurent Gaudé. Ed.Actes Sud. 19,50 €
*interview réalisée le 2 septembre 2008, parution Génération Solidaire Automne 2008

Mad in India : l’épopée photographique de Tendance Floue

Présentée en ouverture des Rencontres d’Arles 2008, la nouvelle revue photographique de Tendance Floue vient de paraître. Un an après un premier numéro performance à Pékin, le collectif de photographes* renouvelle l’expérience « Mad in » avec Mad in India. Le résultat de trois semaines intensives, de la réalisation des reportages à la maturation du projet : un portrait personnel, reflet de l’Inde contemporaine.

Mad in India 2008/ Portraits décalés © Tendance Floue

LA VIE EN QUESTION
Liberté. Improvisation. Questionnement. Expression. Tels pourraient être les piliers de la démarche de Tendance Floue. Plus de 17 ans passés à explorer le monde, à en extraire des touches de réalité, devenues valeurs de référence à un instant précis. Témoins de moments de vie, les photographes (onze sur « Mad in », douze au total) se font relais de ce dont on ne parle pas, de ceux qu’on ne voit pas. Une confrontation du réel au réel, une cohabitation de tous les mondes, sans cesse remis en question tant les réponses sont complexes et multiples. “ On part sans idées préconçues, raconte Philippe Lopparelli. Parfois, on revient même avec le contraire de ce pourquoi on était parti. Cela occasionne des surprises, ça fait partie de la vie.  » À cette volonté d’interroger ce qui l’entoure, Tendance Floue ajoute celle d’aller toujours plus loin, osant se mettre en danger tant d’un point de vue individuel que collectif. Le photoreportage mis à l’épreuve du dialogue des genres narratifs et photographiques.

Mad in India 2008 / Next city © Tendance Floue

UNE PASSION COLLECTIVE
Avec « Mad in », le collectif a pris le parti de concevoir en toute liberté le portrait subjectif d’une destination émergente, au travers de sujets portés par l’improvisation.  » Mad in ? C’est une idée qui sort un mercredi soir après un apéro et ensuite il ne faut pas lâcher !  » poursuit Philippe Lopparelli. Et s’en donner les moyens…  » Plutôt que d’attendre le soutien de magazines, nous avons rapidement décidé de transformer ce projet en une revue indépendante. De faire la presse nous-mêmes. Et surtout tous ensemble « , ajoute Mat Jacob. Une aventure humaine inédite, renforcée cette année par le fait que beaucoup découvraient l’Inde pour la première fois. Un vrai choc.  » Chacun s’est projeté, immergé dans une histoire avec laquelle il avait une affinité. Parfois sans repères, dans un contexte très bouleversant « , confie Thierry Ardouin. Avec une difficulté particulière : éviter les clichés, l’imagerie standard, tout en préservant l’identité. Sans oublier l’envie de faire partager au plus près leurs regards et leurs perceptions.

De Bombay à Delhi, de Bénarès à Calcutta en passant par la campagne indienne, on retient son souffle devant un tel flux d’images et d’informations.  » On a été frappés par le chaos et l’agitation de la vie sur place !, explique Thierry. On voulait que le lecteur ressente cette impression en découvrant la revue.  » Pari réussi : au fil des pages, défile la réalité effervescente et poignante d’une vie grouillante. Couleur, noir et blanc, portraits, ambiances, témoignages, récits rythment la lecture sur un mode faussement déstructuré. Pas de sommaire, mais une interaction permanente ; des sujets qui posent des questions, et montrent sans caricature les enjeux humains d’une nation propulsée puissance montante de la mondialisation.

Mad in India 2008/Kolkata © Tendance Floue

UN PORTRAIT COMPOSITE
Condensé d’impressions personnelles, Mad in India offre à voir de façon subtile une nation contrastée et complexe, tour à tour dynamique et étouffante. Avec, en fil rouge, l’humanisation. Pendant que Pascal Aimar s’immerge dans l’actualité locale, à Calcutta, aux côtés des photographes du Telegraph, le premier quotidien de la ville, Olivier Culmann fixe un côté off de l’Inde high-tech, ses visages hypnotisés par les écrans plasma et ses employés. Un reportage un peu anticipé, soumis à des autorisations de prises de vue. Les villes nouvelles et leurs tours inhumaines semblent surgir de nulle part sous l’objectif de Patrick Tourneboeuf. Les photomontages de Meyer ponctuent l’ouvrage de regards pénétrants, expressions décalées d’un pays à la religion omniprésente, aux castes figées.

En contrepoint, l’Inde rurale de Thierry Ardouin. En proie à une crise profonde, elle représente près de 70% des habitants.  » Ce qui m’a le plus frappé, dit-il, c’est que l’on ne voit pas les visages des paysans, cachés par les fardeaux ou dissimulés derrière les corps accroupis. Ce sont des liens essentiels avec le paysage. » Loin de l’imagerie moderne et lisse, la vie laborieuse dans la casse de Delhi : Mayapuri.  » Cet endroit est une métaphore de l’Inde pour moi, précise Denis Bourges. Celle de la rue. Celle du petit rien. Je voulais montrer l’Inde des incompris et des oubliés à travers ces hommes.  » De son côté, Bertrand Meunier livre une errance hypersensible dans Calcutta. Des images sombres, révélateurs durs d’une ville malmenée, presque fantomatique. Une ville prisonnière d’une image imposée, qui a finalement détourné Mat Jacob de son projet initial pour le conduire à Bénarès. Loin des clichés de la crémation. De son côté, Gilles Coulon dévoile de l’intérieur la vie de Dharavi, un des plus grands bidonvilles du monde bientôt rayé de Bombay, au profit d’une cité dite moderne. Autre sujet sensible, la marche des moines tibétains de Dharamsala à Delhi, par Flore-Aël Surun. Paisible et intimiste, Philippe Lopparelli s’est laissé guider par d’autres pas : ceux de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913.  » Au milieu de toute cette agitation ambiante, j’avais besoin de me rattacher au texte de Tagore, et d’attendre que les choses se mettent en place autour de moi.  »

UNE PARUTION ATTENDUE
Au fil des voyages, le projet évolue, les enjeux rédactionnels et artistiques se précisent. La première impression se confirme : un très bel objet pour une prise en main aisée. Nouveau format, nouvelle pagination, et une version bilingue accessible et lisible dans bien des parties du monde. À cela, s’ajoutent une mise en forme structurée à l’identité graphique renouvelée, la participation exclusive d’auteurs, journalistes et spécialistes indiens, et les propos rapportés d’habitants. Un écho intérieur passionnant, qui permet de nous ouvrir plus concrètement encore à la culture indienne. Sans oublier les 115 photographies et créations originales – sélection drastique s’il en est – que je vous laisse le plaisir, ou au moins la curiosité, de découvrir. L’ensemble parfaitement et solidement relié, une finition soignée dans les moindres détails, jusque dans l’enveloppe textile. Dernière précision : le tirage est de 3 200 exemplaires, et l’on peut déjà parier sans risque qu’ils seront épuisés bien avant l’année prochaine à la même date !

*Merci encore à Thierry Ardouin, Denis Bourges et Philippe Lopparelli ! Les propos cités ont été recueillis le 10 juillet  à Paris.

EN SAVOIR PLUS
Le site :
www.tendancefloue.net
La revue : Mad in Idia. Ed°. Tendance Floue. 18 x 26 cm. 200 p. 19 .

Viva Persepolis!

Marjane Satrapi, à la Une du magazine Génération Solidaire (interview cliquable ci-dessous)

Pas de leçon de morale, pas de lourdeur idéologique, juste Persepolis, un point de vue subjectif assumé dès le début par une petite fille pleine de tempérament, d’humour et de lucidité, comme le film. Sans caricature ni réduction. Une claque !

Pourquoi ? Parce que nous allons et venons libres de nos mouvements, pouvons exprimer nos opinions, etc, etc. Parce que ce n’est évidemment pas qu’un film mais le quotidien de nombreux hommes et femmes remis à une certaine place. Parce que Marjane Satrapi dans son histoire pas ordinaire n’en est pas moins accessible et  » comme tout le monde « .

Une claque aussi car ce film d’animation est un film indépendant, qui a vu le jour  » juste  » grâce à l’envie partagée de ses auteurs (Vincent Paronnaud et…), pied de nez à tous les blockbusters et autres (super)productions sans fin, sans fond ! Enfin, parce la dernière phrase du film  » La liberté a un prix  » est le début, la clé de tout. En substance, un réel plaisir ! Vivement le prochain « vrai » (ce serait en cours) film donc.

Le site : www.myspace.com/persepolislefilm

Zoom sur… « Réfugiés climatiques »

Pendant quatre ans, les journalistes du collectif Argos* ont partagé le quotidien d’hommes et de femmes qui vont être poussés à l’exil à cause du réchauffement climatique.
Près de 5 000 photos, 200 heures d’enregistrement et plusieurs séjours dans neuf régions du monde ont été nécessaires pour donner naissance à leur premier ouvrage : Réfugiés climatiques. Retour sur une aventure humaine peu ordinaire, avec Laurent Weyl, photographe et Guy-Pierre Chomette, rédacteur.

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© Collectif ARGOS_Tuvalu

Comment est né le projet Réfugiés climatiques ? Comment l’avez-vous préparé ?
Laurent WEYL :
Depuis sa création en 2001, le collectif est engagé dans une démarche documentaire liée aux mutations et enjeux sociaux et environnementaux. Il nous est apparu nécessaire d’humaniser un concept qui demeure essentiellement scientifique, – particulièrement ici, en France : le réchauffement climatique, et de mettre en avant ses conséquences humaines. Il a fallu près d’un an de préparation sur la base d’avis d’experts (Giec, IRD, AEE, etc) pour choisir les destinations, avoir une caution scientifique, prendre conscience de tous les enjeux. Selon l’ONU, près de 150 millions de personnes vont devoir quitter leur lieu de vie en raison des dérèglements climatiques liés d’ici à 2050. 150 millions de vies en danger de mort.

Guy-Pierre CHOMETTE : La première difficulté résidait dans l’ampleur du sujet. Il aurait été impossible de traiter de tous les aspects liés à l’environnement. Peu à peu, nous nous sommes recentrés sur le réchauffement climatique, la question de la responsabilité des pays développés dans l’augmentation de l’effet de serre. La responsabilité de l’activité humaine sur la vie de millions d’hommes et de femmes.
La deuxième difficulté consistait à consolider le projet, puisque nous abordions un sujet très sensible tant d’un point de vue scientifique que politique. Nous avons par exemple du renoncer à partir au Brésil et dans les Andes… Il nous fallait aussi définir les origines des déplacements de populations : montée des eaux, désertification, intensification des cyclones, etc, pour montrer leur caractère universel. Tout le monde est concerné aujourd’hui !

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© Collectif ARGOS_Bangladesh

Neuf destinations, quatre ans de travail et une organisation à toute épreuve…
L.W :
Il a fallu faire un choix parmi les nombreuses destinations touchées par le réchauffement climatique : les îles Tuvalu, les Maldives, les deltas du Bangladesh et Hallingen concernés par la montée du niveau des eaux ; le Tchad et la Chine par la désertification ; mais aussi la fonte des glaciers au Népal, les cyclones dévastateurs aux Etats-Unis ou le dégel en Alaska.
Ensuite, nous avons fonctionné en tandem rédacteur/photographe, et sommes retournés dans l’ensemble au moins deux fois sur place à environ six mois d’intervalle. Chaque fois, nous avons passé de 5 à 9 semaines au sein d’une famille ou d’un quartier, d’un village pour partager leur quotidien, nous imprégner de la vie locale et la comprendre. Nous avons tous été frappés par la conscience que les futurs réfugiés avaient des modifications climatiques et des incidences sur leur vie. Même au fin fond du Bangladesh, les habitants ont reçu une formation sommaire sur les conséquences du réchauffement climatique. Et ce qu’ils veulent par dessus tout, c’est s’adapter. Pour rien au monde ils ne veulent partir, car ils savent qu’ils ne reviendront jamais.

G.P.-C : Nous avons du franchir quelques difficultés d’ordres administratif, politique et langagier bien sûr (Maldives, Chine notamment). Mais ensuite, l’idée était en effet de rester le plus longtemps possible avec les mêmes personnes pour gagner leur confiance, enlever toutes les barrières jusqu’à être liés à leur univers et devenir invisibles. Il était nécessaire d’avoir des regards parallèles et complémentaires pour couvrir le maximum de choses, être confrontés à des situations différentes et recueillir de nombreux témoignages. Pour enfin parvenir à décrypter les conséquences du réchauffement climatique aux quatre coins du monde.

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© Collectif ARGOS_
Shishmaref

Votre approche est à la fois narrative et iconographique. Un enjeu clé pour sensibiliser le grand public…
L.W :
Tous les membres du collectif sont journalistes. Notre approche est donc volontairement axée sur les aspects narratifs ET photographiques. En fonction des destination, les textes abordent des extraits du quotidien des réfugiés climatiques au travers de citations, d’une histoire, de destins ordinaires parfois tragiques. Les images que nous avons rapportées sont moins des regards que des informations photographiques. C’est là que réside toute la force du projet. Il y a aujourd’hui une conscience du problème puisque tout le monde est informé. Mais il manque une vraie prise de conscience qui se concrétise par l’action. Chacun doit agir individuellement pour éviter l’aggravation de la situation, y compris en France.

G.P.-C : Les déplacements de populations liés au réchauffement climatique sont irréversibles et vont avoir des conséquences dramatiques sur des millions de vies, déracinées de leur environnement, de leur repères de vie et même de survie. Ce qui est en jeu également, c’est la disparition à terme de cultures, d’expressions artistiques, d’identités et de modes de vie ancestraux broyés par l’obligation de s’adapter à d’autres lieux résolument différents. La négation sociale et culturelle.
Au Tchad, la hauteur du lac est aujourd’hui de 1,50 mètre, contre 6 mètres dans les années 60. A Shishmaref (Alaska), la banquise cède de plus en plus souvent sous le poids des motoneiges, mettant la vie des hommes en danger et compromettant la survie des phoques, base de l’alimentation et de la culture des Inupiaks. En Polynésie, la montée des eaux menace Tuvalu.  » Si je devais m’en aller loin de l’océan, je perdrais mon énergie et mon désir  » déclare un habitant.

Lié à la nature, l’homme subit ses bouleversements de plein fouet et va devoir s’adapter parfois sans transition. Riches ou pauvres, en milieu rural ou urbain, le problème est universel.

Réfugiés climatiques, Collectif ARGOS, Ed. Infolio, 356 pages. 39 €
www.infolio.ch & www.collectifargos.com


*Guy-Pierre Chomette, Guillaume Collanges, Hélène David, Jérômine Dérigny, Cédric Faimali, Donatien Garnier, Eléonore Henry de Frahan, Aude Raux, Laurent Weyl, Jacques Windenberger.
**Remerciements : Laurent Weyl & Guy-Pierre Chomette pour leur disponibilité.

Infolio, éditeur engagé

 » Sans doute est-il plus facile de donner de l’argent que de changer son mode de vie, constate Hubert Reeves. (…) Pourtant, L’Europe ne sera pas épargnée. (…) Nous sommes tous des Terriens, et, devant le péril du réchauffement climatique, il faut s’organiser autrement. Vite. « 

 

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Créées en 1999, les éditions Infolio ont construit une ligne éditoriale exigeante autour de l’archéologie, l’architecture, l’histoire, l’art ou la photographie. Pour chacune de ses collections, elle s’entoure des meilleurs spécialistes pour offrir des ouvrages d’une grande qualité graphique et rédactionnelle. Avec une quarantaine de publications par an, elle privilégie sélection et qualité des projets, alliant thématiques pointues et parutions grand public.
Le 15 novembre sera marqué par la sortie de leur dernière publication en librairie : Réfugiés climatiques*, du collectif Argos (lire entretiens du 15/11).

Préfacé par l’astrophysicien Hubert Reeves et Jean Jouzel (vice-président du groupe scientifique du Giec, organisme co-prix Nobel de la paix 2007), le livre est une mise en exergue de la situation alarmante des migrations liées exclusivement au réchauffement climatique. Un focus en textes, témoignages et quelque 200 sublimes photos sur neuf régions du monde déjà affectées : du Tchad au Bengladesh, en passant par le Népal et la Chine, des Maldives aux îles Tuvalu, l’Alaska, Halligen et la Nouvelle-Orléans. Sans militantisme décalé, les journalistes du collectif Argos (photographes et rédacteurs) signent ici la chronique engagée et très humaine d’une prise de conscience urgente : changer nos modes de vie.

L’éditeur a volontairement choisi un format intermédiaire (18×24) incitant à la lecture et invitant à s’immerger dans les superbes images d’une réalité instable. La mise en page sobre et élégante allie mise en valeur iconographique rythmée par des textes riches d’expériences, comme autant de scènes de vie, d’histoires, de cultures millénaires, dont la perte sera irréversible.

*Réfugiés climatiques, Collectif ARGOS, Ed. Infolio, 356 pages. 39 €
www.infolio.ch & www.collectifargos.com
**Remerciements : Apolline Alaguillaume.

Les petites bêtes qui montent…

Une rentrée attendue pour Antoon Krings. Depuis plus de 10 ans, ses Drôles de petites bêtes, Loulou le Pou, Carole la Luciole et autre Belle la Coccinelle enchantent les plus jeunes. Autant de petits personnages attachants qui évoluent dans un univers joyeux, ludique et coloré.

A retrouver sans attendre donc, Frédéric le Moustique, Pascale la Cigale, Barnabé le scarabé et Ursule la Libellule en livres-tirettes et Les amis de Barnabé le scarabé en livre puzzle. A découvrir également, les histoires inédites d’une nouvelle collection : Mireille l’abeille et ses amis. Si vous voulez savoir pourquoi Siméon le Papillon ne veut plus sortir de chez lui et connaître la nouvelle occupation de Mireille l’Abeille, n’hé-si-tez plus!

Les drôles de petites bêtes, de Antoon Krings, Ed. Gallimard Jeunesse/Giboulées (à partir de 6,50 €).