Stanley Greene : hommage

ON DOIT PRENDRE DES PHOTOS AVEC LE CŒUR, PAS AVEC LA TÊTE.

L’immense photographe Stanley Greene nous a quittés cette nuit. Un homme qui a tout donné et tout sacrifié pour témoigner et informer. Un homme sans concession, révolté par l’inhumanité. Un combattant engagé dans une démarche éthique fondée sur la vérité, la réalité, la mémoire, l’homme.

Né en 1949, photographe dit “ de guerre ”, Stanley Greene était surtout un photographe de la vie. D’une certaine vie, qui un jour dérape pour sombrer, faire sombrer dans le chaos, la douleur, la violence, la domination, la soumission, la mort. Au-delà du pire scénario. Car là, c’est bien le monde réel qui s’affiche, un monde contemporain “ plus d’actualité que jamais ” selon la dérisoire formule consacrée : celui d’êtres humains déchainés de haine, de pouvoir, ou soumis à la barbarie la plus insupportable, la plus inimaginable. Ce monde rempli ici ou là d’atrocités, de celles qui deviennent paradoxalement, ironiquement historiques.

Cofondateur de NOOR images, récompensé par de nombreuses distinctions photographiques, Stanley Greene a couvert les conflits pendant plus de 15 ans, guidé par cette insatiable quête – “ Essayer de comprendre Lire la suite de « Stanley Greene : hommage »

Hommage à Camille Lepage : 2 ans déjà

Il y a deux ans, la photojournaliste Camille Lepage était assassinée en République centrafricaine où elle réalisait plusieurs reportages. Une terre d’oubliés qui était devenue son lieu de vie après plusieurs années au Sud Soudan. Une seconde patrie alors plongée dans des violences intercommunautaires extrêmes entre la Seleka et les anti-Balaka, où elle partageait le quotidien de celles et ceux dont elle révélait les réalités en images. À 26 ans, elle était talentueuse et engagée, informée et professionnelle. Passionnée par l’image, elle était guidée voire obsédée par la nécessité de témoigner au nom de ceux qui souffrent et que le monde délaisse, ignore ou condamne au silence et à l’oubli, du moins tant que cela ne fait pas vendre.

site camille lepage
Ses parents et son frère ont créé l’association portant son nom, notamment pour la faire vivre au travers de ses reportages et diffuser son travail au plus grand nombre. Un prix photographique destiné à soutenir chaque année le travail d’un photojournaliste a aussi vu le jour. Courageuse, Camille Lepage a été au bout de ses rêves et de ses convictions. Elle laisse des photographies sensibles, humaines et fortes que je vous invite à découvrir sur son site si ce n’est déjà fait, voire à vous procurer le livre République centrafricaine : on est ensemble. L’œuvre éternelle d’une belle personne et d’une excellente photographe.

À SUIVRE/À VOIR
– Le site de Camille Lepage : camille-lepage.photoshelter.com
– L’association Camille Lepage-On est ensemble www.camillelepage.org
– Le livre : République centrafricaine : on est ensemble, CDP éditions, 10 euros (un cadeau)

PHOTO : ‘Family love’, de Darcy Padilla

Récompensé notamment par le prix Eugene Smith en 2010 et deux World Press (2011 et 2012), Family love (ex Julie project) de Darcy Padilla vient d’être publié aux éditions de La Martinière, en coédition avec la revue 6 mois. Réalisé sur une période de 18 ans, ce « portrait photographique » unique raconte la vie de Julie jusqu’à sa disparition. Une vie faite de combats incessants et de violences multiples, avec, en fil rouge, un besoin Lire la suite de « PHOTO : ‘Family love’, de Darcy Padilla »

François Cheval quitte le jury du prix Carmignac

 »  La photographie ne se soumet pas à des règles préétablies. La pertinence de l’objet photographique ne s’acquiert que par sa capacité à s’éloigner de l’attendu et des présupposés de départ. « 

Extrait de la lettre de François Cheval, conservateur du musée Nicéphore Niépce et démissionnaire du jury du prix Carmignac. Publiée ce jour et à lire sans attendre sur L’oeil de la photographie.

En cause, la violation d’indépendance et de démarche photographique soulevée par la photographe iranienne Newsha Tavakolian. La lauréate du prix 2014 avait initialement refusé la dotation de 50 000 euros pour avoir vu son reportage remis en cause et travesti (intervention sur l’éditing et les textes notamment) par le mécène. Elle a finalement obtenu gain de cause, et des aménagements au règlement du Prix ont été faits pour les prochaines éditions. L’éthique, la liberté d’expression et l’indépendance ne s’achètent pas !

Paolo Pellegrin : 100 photos pour…

Le nouvel album 100 photos pour la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) est en kiosque. Avec le photographe italien Paolo Pellegrin à l’honneur, impossible, en toute partialité (!), de passer à côté. L’occasion de découvrir 100 images pleines pages, extraites d’un projet indépendant réalisé avec 4 autres photographes de l’agence Magnum : Postcards from America. Une vision composite introspective et décalée des États-Unis d’aujourd’hui.

De la frontière mexicaine à l’état de New York
Au fil des pages, on traverse El Paso, San Antonio, Miami entre autres et surtout Rochester et son périmètre de quartiers défavorisés : The crescent. Insécurité, pauvreté, enfants sans enfance, zones de non droit, chômage, criminalité élevée, détention d’armes incontrôlée, trafics de drogue… sont le fil rouge d’une autre Amérique. Une Amérique en rupture avec ses habitants, y compris dans les endroits les moins « attendus », et dont beaucoup tentent de survivre dans l’urgence, sans repères ou presque.

Frontales, sombres, tranchées, puissantes, les photos présentées sont autant de révélateurs ultra réalistes de vies brutales que l’on croit « connaître », mais dont on ne sait franchement rien tant qu’on ne les a pas approchées ou éprouvées. Des regards aussi, tour à tour pénétrants ou verrouillés, des visages confondus dans leur environnement, remplis de ces existences injustes vécues trop vite, trop mal, trop durement. L’envers de ce que l’on appelle le « rêve américain » ? Plutôt l’endroit de nombreuses sociétés Lire la suite de « Paolo Pellegrin : 100 photos pour… »

PHOTO. Paolo Pellegrin : expos prolongées

Deux expositions dédiées au photojournaliste Paolo Pellegrin sont prolongées en février. Depuis plus de 15 ans, Paolo Pellegrin s’attache à témoigner des injustices et des souffrances qui bouleversent et détruisent le quotidien des hommes. Ses photos sont comme des cicatrices éternelles du monde et de l’Histoire, invitations pressantes à regarder et à réfléchir, à savoir.

Qu’il couvre des conflits au plus près de la barbarie ou qu’il réalise des photos de mode ou des portraits des célébrités de notre temps, Paolo Pellegrin garde toujours l’essentiel : la vérité de l’instant et sa relation à l’être humain. Rendez-vous Lire la suite de « PHOTO. Paolo Pellegrin : expos prolongées »

PHOTO : Robert Lebeck

En attendant de reprendre un peu plus activement le blog, je vous invite à vous rendre sur le site de Robert Lebeck, photographe allemand né en 1929. Reporter depuis près de 50 ans, il est le témoin de l’histoire de nombreux pays du monde, la mémoire de l’évolution de son pays, un portraitiste Lire la suite de « PHOTO : Robert Lebeck »

Photojournalisme : état des lieux

À lire, le premier rapport sur le photojournalisme de l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC). Publié cet été, il en dresse un état des lieux social, économique et juridique, complété de 15 propositions.

Le chantier est urgent pour l’ensemble d’une profession dont les acteurs vont à la rencontre de l’événement pour mieux montrer la vie du monde. Malmené par les évolutions de la presse, laquelle change progressivement de mains, le photojournalisme est pourtant une garantie du maintien d’une information de qualité sur tous les sujets de fonds. Ce, face aux dérives de la culture de communication de masse, à un flux démesuré d’images amateurs voire  à une forme de restriction ? censure ? motivée par ce que le lecteur souhaiterait lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir. Bonne lecture.

Le rapport Photojournaliste_Rapport_definitif
En annexe annexes_rappport_photojournalisme, de très nombreux documents dont des textes législatifs, une retranscription d’interventions de professionnels de l’image…

Photojournalisme : la retouche en question

Rapidement, en passant, un lien vers un article du Monde au sujet de la retouche photographique abusive dans le domaine du photojournalisme. Un point de vue que je partage complètement (voir allusion dans le post précédent) sur une tendance qui s’affirme d’année en année.
Défendu, notamment, par  Jean-François Leroy, fondateur de Visa pour l’image, elle pose avant tout la question essentielle du relais, en images, de la réalité ; d’un regard documentaire et non pas plastique du monde ;  de l’honnêteté photographique. La suite sur Photoshop sème la zizanie dans la photo de presse.

Photojournalisme : Alixandra Fazzina

Je n’ai trouvé aucune statistique sur le nombre de femmes photojournalistes en France et dans le monde. Simplement parce qu’il n’en existe pas. Pas plus qu’il n’en existe concernant le photojournalisme – ou j’ai très mal cherché -. Force est de constater qu’elles sont peu représentées en agences et collectifs. L’occasion de faire un zoom sur Alixandra Fazzina, qui a rejoint le 1er juillet dernier NOOR images.

Née en 1974, la photographe britannique est la première journaliste lauréate de la distinction Nansen pour les réfugiés, (2010) remise chaque année par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Alixandra Fazzina consacre en effet l’essentiel de son travail et de sa vie à mettre en lumière les réalités et conséquences humaines des conflits, des migrations forcées, de la violence, de l’exploitation de la pauvreté, tant au sein de la population civile que sur la maternité. Un engagement initié dans les années 2000 en Europe de l’est, qu’elle poursuit aujourd’hui de façon indépendante. Bosnie, Sierra Leone, Angola, Afghanistan… sont parmi ses territoires d’investigation et d’expression.

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From A Million Shillings, Escape from Somalia © Alixandra Fazzina/NOOR

Reconnue pour son courage et son regard, elle a été relayée par des médias comme Newsweek, The Sunday times, The New York times. Elle sera prochainement rééditée par l’éditeur Trolley, pour un travail personnel de près de deux ans sur les migrants de la Somalie vers la péninsule arabique : A Million Shillings, Escape from Somalia. Un voyage au cœur des détresses et des attentes de femmes, d’enfants et d’hommes ; sur les traces des passeurs, dans l’enfer des trafics du golfe d’Aden. Ses images sont des tableaux qui traduisent des réalités vécues jour et nuit au quotidien par des populations qui tentent de fuir le danger, qui perdent leurs racines et parfois leur vie pour un semblant de liberté. Les compositions, la lumière sont des révélateurs de désordres, d’urgences, d’émotions saisis avec disponibilité, patience, respect.

Porte-parole des oubliés de l’actualité, Alixandra Fazzina symbolise aussi l’importance du rôle de  cette profession, à l’heure où l’on ne pense plus seulement à relayer l’information mais à faire du chiffre, à satisfaire un certain type de lectorat voire à anticiper sur ses envies au risque de se tromper ; à l’heure où la différence, le malheur, l’étranger, la vie de centaines de millions de personnes en substance, sont de plus en plus voilés, occultés au profit d’une réalité plus acceptable  (?), légère (?), divertissante (?). À l’heure enfin, où des photographies sont retouchées, saturées ou désaturées, contrastées, lissées, voire ce que l’on appelle esthétisées au point de perdre l’âme, la matière et le réalisme  initiaux,  au point de dénaturer et de travestir la vérité : pourquoi ? Pour la rendre plus visible ?

Alixandra Fazzina dépeint un réel en mouvement permanent, avec intuition, force et sensibilité, comme on peut le faire lorsque l’on est profondément touché et conscient de se qui se passe autour de soi, en s’oubliant et en donnant le meilleur de son art. Ses images sont d’une honnêteté humaine, intellectuelle et photographique qui interpelle. Des arrêts sur l’Histoire, qui se déroule non plus à des kilomètres, mais aujourd’hui, sous nos yeux.

La photographe vit depuis trois ans à Islamabad. Elle vient d’être témoin de ce que beaucoup considèrent comme une des pires catastrophes naturelles des temps modernes : les inondations survenues au Pakistan.

Galeries photo : www.noorimages.com
À paraître : A Million Shillings, Escape from Somalia. Éd. Trolley. Environ 30 €.

Visa pour l’image : David Guttenfelder

 » J’aime les images qui ont un message universel sur les hommes. J’ai vu la photographie aider des gens, c’est une part importante de notre métier. « 

En plus de 15 ans, le photoreporter David Guttenfelder a couvert les conflits dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen Orient, notamment pour l’Associated press (AP) pour laquelle il travaille. Lauréat de nombreux prix internationaux (dont quelques World Press), il a aussi fait l’objet ces jours-ci de six pages de publication pour un reportage sur les troupes américaines en Afghanistan avec un iPhone (relaté en mars par Denverpost.com). Je conçois que le procédé technique puisse, à la limite, intriguer, mais de là à… non.

Indépendamment de ce que je considère comme une anecdote, voici (plus bas) deux liens pour en savoir un peu plus sur la démarche et les images de ce photographe qui sont loin d’en être une – anecdote -. Liberia, Rwanda, Irak, Pakistan, Afghanistan, …, offrent à voir des réalités odieuses qui continuent de traverser les frontières et d’anéantir des vies. Des existences dignes, transmises pour que nous les regardions en face. Pas en feuilletant rapidement l’hebdo du moment, entre le Portrait et les pages Conso. Pas en faisant défiler 30 images/minute sur un site Internet. Mais en prenant le temps : il restera toujours cette image, celle qui résiste aux autres, qui touche, fait réfléchir. Voire ré-agir.

En 2007, David Guttenfelder avait repoussé les limites et codes habituels du travail en agence de presse en nous livrant The dark side of a wire photographer : une  approche plus intime et intuitive de la vie, dans ces lieux dans lesquels il s’engage, une évocation en marge de ce qu’il appelle le centre de l’Histoire. Il sera à nouveau en France pour une projection lors du prochain Visa pour l’image, une rétrospective de ses reportages en Afghanistan. Rendez-vous à Perpignan le 4 septembre 2010.

→ Lien photo www.lightstalkers.org/david_guttenfelder
Interview, en cliquant sur l’image ci-dessous ↓

Christian Poveda : Alain Mingam raconte

Christian Poveda, photoreporter et documentariste, nous a quittés le 2 septembre dernier à 54 ans, assassiné au Salvador où il vivait. À l’occasion de la sortie en DVD de La vida loca, documentaire sur le quotidien des gangs salvadoriens, Alain Mingam (que je remercie encore), grand reporter, et ambassadeur du film, revient sur le tournage, les gangs maras, le Salvador, la violence dans les médias.

Près de 90 000 entrées en salle plus tard en France, le film est désormais disponible à la vente. Un regard sans concession, engagé et humain. À voir d’urgence.

interview réalisée  pour http://www.lmde.tv / images-montage Yannick Hanafi

Le DVD : 19,99 € (prix indicatif, sur fnac.com, amazon.fr…)
Le site Internet : www.lavidaloca-lefilm.fr

Stanley Greene : à voir, à lire

ON DOIT PRENDRE DES PHOTOS AVEC LE CŒUR, PAS AVEC LA TÊTE.

Vient de paraître : Black passport*, du photojournaliste Stanley Greene (voir aussi ce lien). Le jeu de questions/réponses proposé par mail – et non de visu – ne me satisfaisant pas à cette échelle… et l’interview forcée un jour de dédicace parisienne n’étant pas dans mes habitudes, il faudra se contenter de mes mots avant de vous précipiter en librairie (!) au moins “ pour voir”.

Né en 1949, photographe dit “ de guerre ”, Stanley Greene est surtout un photographe de la vie. D’une certaine vie, qui un jour dérape pour sombrer, faire sombrer dans le chaos, la douleur, la violence, la domination, la soumission, la mort. Au-delà du Lire la suite de « Stanley Greene : à voir, à lire »

Stanley Greene : l’enjeu photographique

 » Il y a tous ces photographes qui voyagent partout ensemble, en essayant de faire plus fort, parce que leurs magazines insistent sur ce point. Les gens perdent leur esprit ! « 

Un extrait d’une excellente interview du photo-reporter Stanley Greene  (membre de NOOR images) que je vous suggère d’écouter en intégralité. Les propos sont immuables et les questions posées sont d’une pertinence plus que jamais d’actualité. Qu’est-ce que l’engagement photographique ? Qui est le photographe ? Quel est le rôle de l’image ? Son sens ? Sa place ? Comment évolue-t-elle entre exigence médiatique, volonté politique, soif de scoop et devoir d’informer ?

Du témoignage révélateur d’une réalité révoltante à l’image choc du preneur d’image en attente de sensationnel ; de la violence restituée ou suggérée à visage (in)humain au brutal trash travesti commercial ; du réalisme sensible au pathologique grand public ; du reportage documenté à la fast or low cost photo : aperçu sensé d’un homme sans concession, combattant engagé dans une démarche artistique fondée sur la vérité, la réalité, l’Histoire, l’homme. Une  (de mes) référence(s).
À lire aussi sur le blog : Black passport, de Stanley Greene

CLIQUER SUR L’IMAGE POUR ACCÉDER À LA VIDÉO

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Les portes de l’enfer

Les coulisses du grand reportage de guerre, avec Noël Quidu, photo reporter pour l’agence Gamma ; loin d’une image d’illustration convenue, lisse, sensationnelle ou facile comme on en voit de plus en plus dans de nombreux magazines. Pour mesurer les enjeux de l’information, de l’engagement du photographe et du Lire la suite de « Les portes de l’enfer »

Philip Blenkinsop : Visa d’or news

Samedi dernier, lors de la semaine professionnelle du 20e festival Visa pour l’image, à Perpignan, étaient décernés les prestigieux Visa d’or. C’est le photographe australien Philip Blenkinsop qui a remporté le Visa d’or ‘news’ pour son reportage sur le tremblement de terre au Sichuan, en Chine.

Né en 1965, Philip Blenkinsop figure parmi les photojournalistes les plus importants de sa génération. En 1989, il quitte le quotidien The Australian, pour s’installer à Bangkok, en Thaïlande. Un pays au coeur d’importantes mutations. Depuis, il travaille essentiellement en Asie, et témoigne par l’image des dures réalités des conflits, des catastrophes humanitaires. L’horreur figée entre la vie et la mort, expression d’une violence extrême et d’un rapport extrême à la violence.  » Une violence omniprésente en Asie, à laquelle les Occidentaux ne sont pas habitués, que les photographes eux-mêmes ont du mal à représenter telle quelle «  précise-t-il.

Des Philippines au Népal, de la Birmanie au Laos ou à la Thaïlande, etc, il rend la vie aux oubliés, immortalise l’oppression, donnant à voir aux yeux du monde un quotidien cruel voire infernal. Une photo témoin extrêmement marquante, dénuée de censure. Un document inestimable qui ouvre les consciences, et une perception personnelle de moments clés, historiques, identitaires, dans une dimension humaniste hautement artistique.

Récompensé de nombreux prix, il est aujourd’hui l’un des membres de NOOR images, fondée fin 2007. L’agence rassemble neuf photographes, et pas des moindres (Pep Bonet, Stanley Greene, Francesco Zizola, mais aussi Samentha Appleton, Jon Lowenstein, Yuri Kozyrev, Jan Grarup et Kadir van Lohuizen), engagés dans une volonté de compréhension du monde, dans la pure tradition du photojournalisme. Un documentaire est actuellement en cours sur son travail. En voici dix minutes.


LE SITE : www.noorimages.com

Bertrand Meunier : l’autre regard sur Pékin

Pendant les JO de Pékin, le photographe Bertrand Meunier, membre du collectif Tendance Floue, participe à l’espace « Hors jeux » du site rue89. Le concept : un jour, une photo, une légende. Un autre regard sur Pékin, à l’heure où seul le sport compte, à peu de choses près.

CORRESPONDANCES
La démarche de Rue89 reprend sous un autre format celle de Libération. Avec simplicité. En 1981, le quotidien avait commandé à Raymond Depardon une image par jour de New York, pendant cinq semaines, pour ses pages internationales. Outre la nouveauté que représentait cette approche, elle repensait en profondeur le principe même de la notion de photographie et de photo reportage. Une rupture avec un système selon lequel, communément, un photographe s’effaçait derrière son image, quand ce n’était pas sous le nom de son agence, et ne parlait pas. Une rupture déjà initiée par Depardon, notamment dans Notes*.

PAS D’ACTU, JUSTEMENT !
L’autre originalité de la commande de Libé résidait dans l’absence d’actu au sens événementiel voire sensationnel du terme. Il ne s’agissait pas d’aller couvrir un événement mais de faire un « journal photographique », d’instaurer un effet carte postale, une correspondance en images et en textes : en premier lieu celle du photographe avec la ville. Sa perception. Sa réalité. Ses mots.
À l’époque,  » New York représentait un lieu de liberté (…) le paradis pour un photographe (…) tout était possible, on pouvait photographier les gens comme on voulait. (…) Maintenant, les gens te regardent d’un drôle d’air quand tu fais des photos. Sur les ponts dans les gares, il est interdit de photographier.  » évoque Depardon dans New York, correspondance new-yorkaise. La liberté du sujet comptait aussi.

LES JEUX « HORS JEUX »
Pas d’actu à couvrir, mais toujours un ultimatum puisque quoiqu’il arrive une photo, et une seule, doit être envoyée à la Rédaction chaque jour. Aucun moyen de revenir en arrière. Avec toujours en toile de fond cette exigence de qualité et et cette acuité indéfinissable. Une exposition délicate aussi, sans artifice, soumise à un média parfois ingrat, hautement interactif, et accessible à tous ceux qui disposent d’un accès Internet. C’est à Pékin que le défi a lieu, en marge des JO, un an après la réalisation par Tendance Floue de la revue Mad in China. L’autre côté du miroir, dans une réalité au jour le jour. Celle qu’on ne voit pas.

Je ne reviendrai pas sur certains commentaires émis sur la première photo envoyée par Bertrand Meunier : Premier jour à Pékin, première rencontre dans le métro. Ca m’a littéralement atterrée ! Une image n’a pas un message immédiat. Elle révèle un point de vue, pose des questions, invite à ouvrir les yeux. Émotion, dialogue, rêve…, les effets comme les impacts sont multiples, dépendants de l’histoire de chacun, de sa culture, de la sensibilité . Une « bonne » légende personnalise, créée un lien, peut éviter de se perdre pour aller à l’essentiel, avant d’aller plus loin. Elle n’est pas descriptive, elle évoque un contexte, contient des indices, des clés. Une image n’est jamais « évidente ». Et ce qui peut sembler évident est en réalité un repère, qui renvoie à une expérience propre, à la mémoire, à une situation. Elle éveille la curiosité, renvoie à une question : pourquoi cette image ? Libre à nous de trouver ou non une information, voire une réponse.

UNE INTERROGATION PERMANENTE
Pékin, ville mise en scène pour les JO. Ses enjeux sportifs mais aussi éminemment politiques. Ses façades médiatiques. Ses fards. Une ville au coeur des enjeux de la croissance économique, avec une arrière-cours chargée d’injustices sociales, de précarité, d’oppression. C’est sur cette nation en mutation que Bertrand Meunier travaille depuis plus de dix ans, s’interrogeant – notamment – sur la Chine contemporaine. Auteur, avec Pierre Haski, du livre Le sang de la Chine, quand le silence tue*, il a réalisé de nombreux reportages photographiques sur le monde rural, l’exclusion des plus démunis ; un des derniers en date portant sur le visage et l’avenir du monde paysan, actuellement exposé au musée Nicéphore Niépce.

Bertrand Meunier est un grand. De ceux qui ont le regard résolument libre, dirigé vers le monde et vers les autres, à la fois conscient et concerné, hyper sensible et passionné. Ses photos laissent une empreinte indélébile dans les esprits tant elles sont présentes. Son écriture est réaliste mais pudique, esthétique et artistique. Des témoignages frappants de dureté et d’humanité. Des images qui voyagent et qui parlent pour ceux qu’on ne connait pas, dans leur troublante réalité quotidienne.

*Une enquête sur le sang contaminé par le VIH/Sida condamnant à mort des centaines de milliers de paysans, auxquels les autorités ont décidé de cacher la vérité, dans le Henan.

À CONSULTER, VOIR, LIRE, etc
> Le site de Rue89
> Le site de Tendance Floue
> Jusqu’au 28 septembre : Exposition  » Paysans ordinaires « , de Bertrand Meunier. Infos : www.museeniepce.com
> Le sang de la Chine, quand le silence tue. De Pierre Heski & Bertrand Meunier. Ed°.Grasset. 18 euros.
Un sujet également traité par le photographe chinois Lu Guang (Gamma) au début des années 2000. Des images de son travail avaient été présentées en France lors de l’exposition internationale de photographie « Pingyao à Paris » au MK2 Bibliothèque, en 2004.
> Notes, précédé de la La solitude heureuse du voyageur. De Raymond Depardon. Ed°. Points/poche. 8 euros.