Résister, encore…

… et rester unis, toujours.
Lendemain des attentats de Londres

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Liberté, humanité, solidarité

Rester unis. Paris place de la République, novembre 2015 © Virginie de Galzain

Dernier retour en arrière… Paris, place de la République, novembre 2015. Je viens de terminer des prises de vues de Dominique A. rue Saint Maur avec Aurélie S., qui réalisait l’interview. Toujours chaleureux, Eric M. « fait comme si » mais il est très marqué ; certains de ses proches ont perdu un des leurs au Bataclan. Je rejoins la place de la République par la rue de la Fontaine au Roi où j’ai vécu, où je passe régulièrement, où j’étais la veille des attentats du 13 novembre.

L’ambiance est surréaliste. Des équipes de télévision de Rédactions de différents pays ceinturent la place. Des projecteurs rompent une intimité dont on aurait besoin. J’ai subitement l’impression d’arriver dans une arène ; ce décalage m’est difficilement supportable. Nul doute que l’impossibilité de NOUS rassembler massivement en raison de l’état d’urgence a concentré les chocs et traumatismes ressentis. Chacun encaisse comme il peut pour garder un semblant d’équilibre. Je m’avance près de la statue pour me joindre à ceux, nombreux, venus se recueillir, témoigner de leur soutien ou dire un dernier « au revoir ». Le temps est suspendu. On entend à peine les bruits urbains. Avant de repartir, je sors mon appareil pour prendre quelques photos. Juste quelques images, pour mémoire, pour eux, pour moi. Les seules que j’ai réussi à faire.

Je n’aurais pas pu répondre à la moindre commande sur ces événements. La vie continue

Prison insider : le site de référence sur les prisons

10,2 millions de personnes incarcérées dans le monde. Des conditions de détention globalement indignes à inhumaines selon les pays. Une situation qui tend à se dégrader par endroit avec des mesures qui permettent d’enfermer et d’exclure plus encore au lieu de trouver/appliquer des solutions complémentaires ou en amont. Et des microcosmes sur lesquels on ne sait à peu près rien faute de pouvoir y entrer. Des vies dont on ne peut appréhender, ressentir la réalité faute de les connaître/de chercher à les connaître.

C’est pourquoi Bernard Bolze (notamment fondateur de l’Observatoire international des prisons) et son équipe  ont décidé de « mettre un pied dans les portes » et d’ouvrir, peu à peu, cet autre monde, invisible et clos. Comment ? En créant Prison insider, le premier site d’information grand public sur les prisons dans le monde, lancé le 20 septembre dernier à la maison des Métallos, à Paris.

ÉCHANGER, PARTAGER, FAIRE SAVOIR
Actuellement disponible en 3 langues, l’objectif est ambitieux : collecter, compléter, analyser et retranscrire avec beaucoup de persévérance et de rigueur des données très peu accessibles voire falsifiées ou inexistantes. Un travail engagé titanesque, pour mieux informer et sensibiliser le plus grand nombre sur les conditions de détention des personnes enfermées où qu’elles le soient, sur le respect de leurs droits fondamentaux et de leur dignité, sur les bonnes pratiques enfin, quand elles existent.

Fort de 9 permanents et de bénévoles stables aux compétences complémentaires (droit français et international, rédaction, traduction, développement, iconographie, partenariat…), Prison insider dispose déjà de 30 correspondants experts dans les 5 continents, et de nombreux acteurs relais de l’information dans leur pays d’exercice. Indispensable, ce maillage est développé de façon régulière mais très vigilante pour assurer l’information locale la plus juste possible. Une condition sine qua none pour garantir la crédibilité du site sur un sujet particulièrement difficile tant les écueils et enjeux sont nombreux et pour continuer de fédérer à ses côtés ceux qui agissent.

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INFORMER DE L’INTÉRIEUR, RENDRE VISIBLE
« Fiches pays », « Que faire en cas d’arrestation », « Ressources » (enquêtes, reportages, analyses, travaux universitaires…) sont autant de points d’entrée qui permettent à chacun de puiser ce qui l’intéresse ou le concerne, de réfléchir, prévenir voire agir.

Fondamental et rare, le site valorise et donne la parole aux personnes détenues ou anciennement détenues, à leurs proches, à leur famille ; des témoignages intimes sur ce qu’est la prison, la notion d’enfermement, la réalité du quotidien, la violence des relations humaines et de l’environnement, les effets collatéraux. En complément, des portfolios extraits de reportages existants de photographes professionnels (à ce titre, je remercie chaleureusement Judith de m’avoir sollicitée pour un portfolio extrait de Prisons de Madagascar), de créations théâtrales, éditoriales et graphiques participent à compléter sur le long terme ce puzzle mondial. À montrer, concrétiser, rendre visible ceux qui ne le sont pas.

SOUTENIR PRISON INSIDER
Pour être viable, de façon indépendante et se développer, Prison insider a besoin de nous/vous. Sur le plan matériel d’abord, car sans moyens, plus de contenus (et le bénévolat a ses limites !). Vous pouvez donc choisir d’être donateur ponctuel ou donateur régulier.

Sur le plan du contenu ensuite : les informations sur les prisons et conditions de vie des prisonniers dans le monde demeurent tellement parcellaires ou cachées que toute participation sérieuse et pertinente pour enrichir le site est non seulement bienvenue mais nécessaire (témoignages, relais professionnels locaux…). Pour savoir comment procéder : contact@prison-insider.com

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A voir : ‘Nulle part, en France’

« Vous a-t-on dit que vous seriez des ombres, qu’il n’y aurait pour vous aucune terre ? Vous a-t-on dit que vous n’auriez plus de nom, nulle part, ici ? Vous a-t-on dit que vous auriez nulle part pour seule patrie ? » – Laurent Gaudé/Nulle part en France.

 À regarder et à écouter, Nulle part en France, le documentaire de Yolande Moreau au cœur des camps de Calais et Grande-Synthe. Un regard sobre et sensible, frontal et révolté, qui humanise des hommes, des femmes et des enfants que l’on rejette et réduit à l’état d’ennemis fantomatiques ; qui donne à voir une fois encore les conditions de vie inacceptables que nous tolérons pour ceux qui fuient leur pays – quel qu’il soit – avec l’espoir de vivre enfin en paix.

Pénétrants, les témoignages des personnes en situation de migration sont complétés des mots de Laurent Gaudé : des mots réalistes et sans complaisance qui résonnent comme des appels à réfléchir et à s’ouvrir, à accueillir l’Autre comme il devrait l’être.

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De Yolande Moreau, Elsa Kleinschmager, Sébastien Guisset, Fred Grimm, Hania Osta et Laurent Gaudé – ARTE GEIE

Depuis plusieurs décennies, l’accueil de personnes en situation de migrations forcées n’a pas été pensé ni anticipé. Les dirigeants, notamment ceux de notre pays (passés et présents) renversent la situation de façon insupportable en disant que ce sont elles qui nous mettent en danger. Il faut oser. Et ils « remercient chaleureusement » voire paient en passant certains autres gouvernements pour qu’ils maintiennent dans leurs murs ces personnes qui leur font peur au risque de provoquer les pires déstabilisations ailleurs. Déstabilisations qui peuvent d’ailleurs favoriser la montée/poursuite de formes de violence et de terrorisme. C’est ce que l’on appelle se décharger de ses responsabilités, avec un égoïsme, un cynisme et une hypocrisie totale.

Il faudrait aussi que l’on m’explique pourquoi/comment le Liban peut accueillir plus d’1,2 million de réfugiés syriens, la Turquie plus de 2,5 millions et nous + ou – 11 000 ? (voir chiffres Syrie* plus bas)

Créer des frontières bunkers, supprimer le droit d’entrée au plus grand nombre au profit du devoir de sortie n’est pas la solution. Outre le fait que c’est une négation de l’Autre, c’est avant tout un aveu d’échec ; une action dans l’urgence et une vue à court terme ; une absence d’analyse et de responsabilité concertée pour mettre en place des actions adaptées. Ajoutons quelques sacs de sable sur la digue en attendant une prochaine vague… en substance ! Et comptons sur la « résilience » (elle a bon dos) de ces hommes, femmes et enfants pour vivre avec ce rejet massif, les violences subies, l’exil.

1 – La situation du monde impose de faire avec et non contre. Situation à laquelle nous sommes tous directement ou indirectement associés.
2 – Cela ne dissuadera personne de quitter son pays pour un autre.
3 – Cela continuera de favoriser les migrations clandestines et donc des parcours terribles, la criminalité (de ceux qui vont profiter de leur vulnérabilité pendant leur parcours) et des morts.
4 -Cela favorise les concentrations indignes type Calais et des injustices : défaut d’accès au Droit et aux droits (santé, logement, formation linguistique, emploi, éducation).
5 – Cela précarise les personnes qui parviennent à rester clandestinement dans le pays d’arrivée à défaut d’accueil.
6 – Cela entretient l’exploitation des êtres humains notamment sous la forme du travail illégal, pas de papiers, pas de contrat, pas de droits, une paie sous le manteau quand il y en a et des menaces de dénonciation ou un renvoi si le travailleur demande un contrat de façon trop pressante.

WELCOME !

À LIRE/À VOIR AUSSI : SUGGESTIONS
Documents
– les ouvrages de Catherine Wihtol de Wenden
Les bateaux ivres de Jean-Paul Mari. Éd. Lattès. 19 €
Bilal, sur le route des clandestins, de Fabrizio Gatti. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €
Cet autre de Ryszard Kapuscinski. Éditions Plon. 18 €
Pour un autre regard sur les migrations, construire une gouvernance mondiale. Éd. La Découverte .

Films ou documentaires (VOD/DVD)
Des étoiles de Dyana Gaye
Hope de Boris Lojkine
La cour de Babel de Julie Bertuccelli
Harragas de Merzak Allouache
Welcome de Philippe Lioret
Une mer fermée et La première neige d’Andrea Segre
! En salles le 28 septembre 2016 : Fuocoammare, par delà de Lampedusa de Gianfranco Rosi

Romans
Eldorado de Laurent Gaudé. Actes Sud poche. 7,70 €
Ulysse from Bagdad d’Éric-Emmanuel Schmitt. Livre de poche. 7,10 €
Partir de Tahar ben Jelloun. Folio. 7,70 €

*QUELQUES CHIFFRES : CAS DE LA SYRIE
– Plus de 7 millions de personnes déplacées au sein du pays.
– Près de 4,8 millions de réfugiés en 5 ans, dont dans les pays suivants :
– 2,5 millions en Turquie (population du pays : 75 millions d’habitants)
– 1,2million ? au Liban (population du pays : 4,4 millions d’habitants)
– plus de 635 000 en Jordanie (population 6,6 millions d’habitants)
– plus de 245 000 en Irak (population 33,5 millions d’habitants)
– 10 000/11 000 en France depuis 2011 selon l’OFPRA (population 66 millions)

Plus de 260 000 morts depuis 2011 (source officielle, 470 000 selon le Syrian Center for Policy Research/SCPR), sans compter les dizaines de milliers de disparus dans les mains du régime en place, les tortures et emprisonnements. Ce, dans l’inaction internationale et l’impunité complète.

Deng Thiak Adut : itinéraire d’un enfant soldat

– Un enfant sur 9 vit aujourd’hui dans une zone de conflit

Unlimited, la campagne intelligente de la Western Sydney University valorise des parcours d’étudiants que l’on qualifie d’exception. Découvrez celui de Deng Thiak Adut, ancien enfant soldat au Soudan, aujourd’hui avocat reconnu dans l’un des cabinets (AC Law group) les plus respectés en Australie mais aussi hors frontières, notamment pour son engagement pour le respect des droits des migrants et contre la criminalité, la corruption, les trafics (humains, drogue…). Un cabinet dont il est cofondateur et associé. (le texte continue sous la 1ère vidéo…)

Ce parcours de réussite – au sens non élitiste du terme – pourrait être, peut être celui de tout enfant arrivé dans des conditions d’urgence dans un autre pays, notamment le nôtre. Pourvu qu’on lui en donne/laisse la possibilité. Un enfant sur 9 vit aujourd’hui dans une zone de conflit*.  Et plus de la moitié des réfugiés sont des enfants**.

Dans ces contextes de déséquilibres géopolitiques et humains croissants, permettre l’accès au sol, à un toit, à des soins, à l’éducation pour les enfants déracinés, ainsi qu’à la formation et à l’emploi pour leurs parents quand ils sont encore en vie est fondamental. Pourquoi ? Pour le présent et l’avenir de chacun. Pour la sécurité individuelle et collective VS rejet, injustices et précarité toujours sources d’instabilités locales et internationales. De cette sécurité et de cette équité qui permettent aux hommes de vivre « en paix » dans tous les sens du terme, dans un univers protégé, stable pour mieux grandir, s’épanouir, vivre en un mot. Autant de conditions d’égalité, non pas des « chances » mais des droits, qui concernent les enfants venus d’ailleurs comme ceux nés sur chaque territoire.

Je vous invite à écouter attentivement l’intervention de Deng Adut lors de l’Australia day address (ci-dessous), qui évoque son enfance, ce qu’il avait perdu, ce qu’il a pu retrouver. Ce que d’autres pourraient retrouver si… Ce que d’autres pourraient éviter de perdre si…

* sources *UNICEF et **UNHCR

Résister !

hope_virginie de galzain« HOPE », série Les temps modernes © Virginie de Galzain

Lutter contre l’ignorance, contre cette peur de l’Autre qui déshumanise et isole, exacerbe les tensions, les injustices et l’instabilité, c’est urgent. Résister au brouillage et au verrouillage des esprits, aux peurs, médiatisations et discours paralysants, à la restriction insidieuse des libertés : c’est fondamental. Cesser d’accepter que certaines décisions  et actions – dont les responsables sont ceux qui les prennent –  soient prises « en notre nom », et penser de nouveaux équilibres : c’est nécessaire. Agir pour la démocratie et la liberté, pour que chacun puisse vivre dignement, pour le respect des différences et pour la paix, ici et dans le monde : c’est possible. Long, difficile, mais possible.

Je refuse que mon pays devienne une terre du Front National ou de toute autre incarnation d’extrêmes ;

et je demande à tous ceux qui partagent cette volonté de le dire, de l’écrire, de (ré)agir. Je demande aux autres de prendre le temps de réfléchir. Le présent et l’avenir en dépendent. L’action de chacun peut avoir des effets sur tous. Nous sommes tous responsables.

Droits humains : la Tchétchénie persiste et signe

Références et liens en fin d’article

Comme de nombreuses autres organisations de lutte pour le respect des droits humains en Tchétchénie, le Comité russe contre la torture (CAT) s’est vu contraint d’arrêter ses activités pour cause « d’agent de l’étranger contre le ministère de l’Intérieur ». Cette qualification établie par une « loi » de la Douma (2012) concerne notamment les structures dont une partie des fonds auraient une provenance à risque dont étrangère. Objectif : contrôler et empêcher toute forme de Lire la suite de « Droits humains : la Tchétchénie persiste et signe »

Gênes G8 2001 : pour mémoire

20 juillet 2001 : Carlo Giuliani, jeune manifestant altermondialiste meurt touché par le tir d’un carabinier au cours d’une violente manifestation.

Le jour suivant, des policiers entrent de force et de nuit dans l’école Diaz ; ils font preuve d’un déchainement de violences dont certaines ont été assimilables à des actes de torture (toujours absente du code pénal italien à ce jour) sur des militants de tous âges et journalistes qui y sont hébergés. Pendant que certains seront emmenés d’urgence à l’hôpital, d’autres seront transférés à la caserne de Bolzaneto où ils subiront à nouveau coups, blessures graves voire tortures. Diaz, don’t clean up this blood/Diaz, un crime d’État, de Daniele Vicari est un des rares films documentaires sur ce sujet.

Diaz, un crime d’État : DVD d’occasion & film disponible sur iTunes notamment.
À lire : l’article de Salvatore Palidda, professeur de sociologie à l’université de Gênes http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/180712/en-italie-une-justice-ambigue

Notre histoire

 » Moi l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose. Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est à dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme où il se trouve. Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc. » — Frantz Fanon

kreyolfactory 04_virginiedegalzainExtrait d’une série réalisée pour Maloya.org, expo Kréyol factory (La Villette, 2009) © Virginie de Galzain

Rester vigilant…

Rester vigilant… Les récents événements ne doivent pas donner lieu à des décisions trop rapides. Décisions/lois qui seraient/sont acceptées/votées – sans temps de réaction possible – dans un contexte extrême, au risque d’en voir les effets boomerang trop tard sur les libertés individuelles et collectives.

Rester vigilant, c’est notamment garder une distance juste. C’est agir, réagir, réfléchir de façon constante, suivie, lucide. C’est soutenir, consolider mais aussi alerter, résister. C’est une attention permanente à l’Autre, à ce qui nous entoure, à ce qui nous concerne. Ensemble.

« Les droits humains ne sont pas un frein à la sécurité mais contribuent à la solution. » Et tout mettre en œuvre pour tendre vers un accès aux droits humains pour tous, pour l’égalité des droits, est une condition sine qua non de stabilité sociale et de paix civile.

amnesty appel liberte presidence de la republique         Pour signer : http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Liberte-expression
.

L’histoire se répète, souvent, happés que nous sommes par une immédiateté qui peut être aveuglante, l’émotion, l’individualisme, un conditionnement insidieux qui vise à maîtriser un peu plus chaque jour nos vies. Tandis que les victimes des auteurs d’actes de terreur se chiffrent rapidement par milliers en quelques mois dans des zones du monde qui semblent impuissantes, sans moyens/volontés politiques. Sans soutien concret.
Une chose est sûre, tout usage massif de procédés de surveillance et d’investigation individuelle et collective, et par extension de restriction implicite ou explicite des libertés fait glisser de la présomption d’innocence vers le « tous suspects » par défaut.

29012009_virginie de galzain                                                  Paris, 29 janvier 2009 © Virginie de Galzain

Tous avec Charlie.5

 » L’utopie partagée est le ressort de l’Histoire  » − Helder Camara

Tous avec Charlie ! © Virginie de Galzain

Avec Charlie hebdo 2

Paris 7 janvier 2015. La Rédaction de Charlie Hebdo est victime d’une fusillade meurtrière au cours de laquelle plusieurs de ses dessinateurs sont abattus : Charb, Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré, ainsi que deux de ses chroniqueurs : Elsa Cayat (psychanalyste) et Bernard Maris (économiste). Cinq autres personnes, dont deux policiers, perdent la vie.

En fin de journée, de nombreux rassemblements spontanés de soutien ont lieu en France, dont place de la République, à Paris. Un rassemblement simplement motivé par l’envie et le besoin « d’être là », unis face au choc, à la violence de la disparition d’hommes et de femmes qui faisaient ce en quoi ils croyaient.

paris, place de la republique, tous avec charlie hebdo, 7 janvier 2015Tous avec Charlie ! © Virginie de Galzain

Prisons de Madagascar, suite 2

prisons de Madagascar, 2012_virginie de galzain_mdm

Extrait du reportage Prisons de Madagascar © Virginie de Galzain/MdM

Sortie des « dortoirs » pour la distributions du 2e et dernier repas de la journée.
Dans les prisons de Madagascar, la malnutrition est l’une des principales causes de mortalité des détenus. Faute de financements réguliers et suffisants, les directeurs d’établissement ne peuvent pas toujours payer les fournisseurs immédiatement, et se retrouvent parfois avec un niveau insuffisant de nourriture. Le nombre de repas peut alors tomber de 2 à 1 par jour.

Mais votez !

Nous sommes responsables du pays dans lequel nous vivons. 38 % d’abstention c’est risquer de payer le prix de la démocratie ! Autrement dit, en l’occurrence, de voir progresser le Front National. C’est avoir pris le risque de remettre au prochain tour ce qui devait être fait hier et ne pourra, parfois, plus être fait demain !
Sait-on au moins ce que l’on ne veut pas ? À défaut de savoir ce que l’on souhaite ? Le 1er tour des élections présidentielles de 2002 serait-il déjà si loin ? Arrêtons d’avoir peur a posteriori : faisons en sorte que l’histoire ne se répète pas !

 » Ayez constamment présente à l’esprit la relation étroite et quotidienne qui existe, et qui maintenant existera de plus en plus, entre vos préoccupations, vos soucis, vos besoins, et l’action d’un grand Etat, qui, après tant d’épreuves, veut se refaire, veut se redresser. Comprenez le RÔLE QUE VOUS POUVEZ JOUER, la contribution dans la marche en avant que vous pouvez apporter. DÉCIDEZ dès aujourd’hui de PESER de toutes vos forces sur la destinée nationale, PRÉPAREZ de vos propres mains l’AVENIR plus heureux et plus juste auquel vous avez droit. Soyez enfin, au sens le plus riche de ce mot, des citoyens !  « 

− Pierre Mendès France

Prisons de Madagascar, inside.3

Extrait du reportage Prisons de Madagascar © Virginie de Galzain/MdM

Des espaces surpeuplés datant pour la plupart de la colonisation, des odeurs de toilettes qui vous prennent à la gorge et vous imprègnent à peine la porte franchie, la menace récurrente de la peste en raison d’une forte présence de rats et de puces, un nombre important de décès faute d’alimentation suffisante, des droits humains non respectés… Telle est la situation insupportable des prisons de Madagascar et de nombreux pays du monde. Même si de nombreuses ONG et associations œuvrent pour l’amélioration des conditions sanitaires, juridiques et humaines, la tâche est titanesque.

Avec plus de 20 000 détenus dans l’île, le nombre de prisonniers a explosé depuis la chute de Ravalomanana (2009) dépassant de plus de 50% les « capacités » d’accueil. Notons, s’il est besoin de le rappeler, que l’aide internationale est quasi interrompue depuis cette période ! Le pays traverse une crise totale depuis 5 ans, et le parti pris a été de bloquer plus encore la situation d’habitants isolés dont le monde n’a que faire. Notons aussi qu’à ce jour, Madagascar fait partie des pays mis au banc du sommet États-Unis/Afrique qui se tiendra à Washington en août prochain. Conséquence, les budgets nécessaires pour l’alimentation, la santé, le droit, l’éducation, l’entretien et la rénovation des bâtiments, déjà largement sacrifiés au regard des besoins de la population, le sont plus encore pour les prisons.

Les « chambres » des détenus comprennent un ou plusieurs niveaux de lattes superposées souvent moisies et disjointes. Dans celles-ci, les toilettes sont au fond (un « luxe » façon toilettes « à la turque » loin d’être ainsi présent dans toutes les prisons, mais toilettes sans intimité et papier hygiénique absent). La photo montre le deuxième niveau d’une pièce étroite en comprenant 3. La hauteur ne permet pas de s’asseoir. Et la longueur ne permet pas de s’allonger. Dans ces dortoirs fermés de 17/18 heures jusqu’au lendemain matin, des dizaines à centaines de prisonniers sont entassés les uns contre les autres .

A LIRE : Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti

À la suite d’un énième (!) naufrage de personnes migrantes non loin de Lampedusa, le grand reporter italien Fabrizio Gatti appelle à soutenir dès maintenant une candidature de l’île italienne au prix Nobel de la paix (SIgner pour une candidature de Lampedusa au prix Nobel de la paix http://temi.repubblica.it).

Dans son livre Bilal sur la route des clandestins, il raconte le quotidien de ces hommes et femmes qui fuient les dangers de leur pays, quotidien qu’il a vécu à leurs côtés en se faisant passer pour l’un des leurs. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins
« Dans le Sahara, certaines nouvelles se propagent comme en l’an mil, portées par la voix des voyageurs. Ainsi faut-il voyager pour savoir ».

Fabrizio Gatti est grand reporter au sein de l’hebdomadaire italien L’Espresso. Depuis près de 20 ans, il s’investit en faveur du respect des droits fondamentaux et contre l’organisation internationale du crime. Engagé dans de nombreuses enquêtes en infiltré, il ne conçoit pas l’information sans l’épreuve des réalités et la rencontre de ceux qui les vivent ou les subissent. – Une conception du métier de plus en plus difficile à honorer tant à l’écrit qu’en photographie si l’on veut en vivre (ndlr). – Son livre Bilal a obtenu le prix Terzani* en 2008. Il a été réédité par les éditions Liana Levi fin 2010 en format poche. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins raconte des destins hors norme au travers du parcours de Fabrizio Gatti, l’homme, le journaliste qui s’est fait lui-même clandestin, du Sénégal à la Libye jusqu’à Lampedusa pour comprendre, mieux révéler, restituer et dénoncer l’inimaginable et l’inhumain. Les clandestins, ce sont ici des Africains qui fuient la guerre, la faim, la pauvreté, la survie pour ce qu’ils pensent être leur salut : un pays européen. En l’occurrence, l’Italie. Et par extension, une chance de travailler et d’aider leurs familles restées au pays. Entre lucidité cruelle, inconscience et espérance, ils se risquent à tenter de franchir des milliers de kilomètres dans des conditions dangereuses.

Pour y parvenir, ils quittent leurs proches, leur pays (Sénégal, Sierra Leone, Liberia, Nigéria, Togo, Côte d’Ivoire…) pour affronter le désert, la soif, la maladie, la mer, la mort et ceux – manipulés ou criminels – qui détiennent leur vie entre leurs mains : militaires, policiers, administrations, passeurs. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un scénario mélo. C’est à considérer très concrètement bien au-delà de ce qu’on peut entrevoir de façon parcellaire dans les médias : une réalité pour des centaines de milliers de personnes. Des millions si l’on considère ceux que l’on appelle les déplacés de force.

Racket, mauvais traitements, corruption et tortures sur le trajet et aux postes frontaliers, marchandisation de l’homme, « trafic humanitaire », machination dès les premières heures à parcourir qui se poursuit au gré des frontières… Tel est le quotidien vécu parfois sur des milliers de kilomètres : de Dakar à Kayes, Bamako, Gao et Niamey, en passant par Agadez, Dirkou jusqu’au camp de Gatrun avant Lampedusa, pour ceux qui y parviendront ou voudront y parvenir. Et une fois là-bas ?

En contrepoint, les accords tacites et/ou formels conclus sur plusieurs années entre le gouvernement Berlusconi et le colonel Khadafi, faisant de la Libye un rempart contre l’immigration clandestine, faisant de Lampedusa « l’engrenage central des déportations de masse mises en œuvre par l’Italie avec la complicité de l’Allemagne et de l’Union européenne (…) ».

Un livre essentiel et unique pour savoir. Pour reconsidérer la question des migrations forcées, car toutes ne le sont pas. Pour penser autrement ces migrations et faire en sorte que les migrants clandestins ne soient plus vus comme un danger mais avant tout comme des personnes en situation de danger. Les évolutions et les bouleversements du monde doivent être intégrés pour une cohabitation des situations partout et pour tous ; car ériger des barrières ne pourra qu’exacerber les injustices et les tensions, maintenir les précarités, lesquelles favorisent instabilité et insécurité locales et internationales.

Pour élargir le sujet – ne perdons pas de vue que tout est lié directement ou indirectement et le sera de plus en plus – le chômage, le mal logement, la fragilité sont dans nos murs ; la faim, la maladie, la guerre sont à nos portes. Quant aux révolutions en cours et à venir, si elles ouvrent la voie vers plus de démocratie et d’égalité des droits au prix de nombreuses vies, la chute de dirigeants n’est évidemment pas un remède instantané aux crises traversées depuis des décennies, d’où la poursuite notamment des migrations vers nos terres.

Malgré cela, ou à cause de cela tout reste encore possible, pourvu que l’on intègre l’idée que ce qui arrive aux autres pourraient nous arriver pour mieux le prévenir, l’éviter ou l’améliorer ; pourvu que l’on privilégie l’homme et son avenir en considérant à 360 ° les réalités locales et globales présentes ; pourvu que l’on cesse de renforcer le pouvoir de ceux qui prônent ou véhiculent des principes de peur, de haine ou d’exclusion de l’Autre, du Différent, de l’Étranger ; pourvu que le développement soit envisagé pour tous et avec tous et non pour une élite.

L’heure est définitivement à l’union, à l’humanité et à l’action pour aller vers le moins mal possible, pour tendre vers le mieux si ce n’est vers le meilleur. Au moins essayer.

* prix littéraire international, du nom de Tiziano Terzani, journaliste et écrivain italien.

Bilal sur la route des clandestins. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €

Post À lire : l’enquête de Fabrizio Gatti publié initialement en mai 2011.

EXPO « Illettrisme : droit de savoirs ».3 sur RFI !

Exposition Illettrisme : droit de savoirs.3, c’est parti ! Présentée cette fois à l’initiative de la direction du service national, l’exposition extraite du reportage indépendant du même nom auquel j’ai consacré plus d’un an est complétée de plusieurs images inédites visibles jusqu’au 28 septembre 2013 au centre départemental Yvelines information jeunesse de Versailles.

Des photographies noir et blanc et des témoignages qui mettent en avant de façon indissociable deux des nombreuses actions mises en œuvre : l’importance de la détection de l’illettrisme chez les jeunes (Journées défense et citoyenneté) et le rôle fondamental de ceux qui prennent en charge et accompagnent celles et ceux qui sont concernés (association Savoirs pour réussir). Un face à face avec des personnes touchées par des difficultés taboues que l’on peut résoudre à tout âge, avec des hommes et des femmes qui s’engagent à leurs côtés.

Pour l’occasion, le journaliste Yvan Amar nous a proposé (lieutenant Baggio et moi-même) un entretien dans son émission La danse des mots, à réécouter en cliquant sur le lecteur ci-dessous > Image 3

affiche exposition Illettrisme : droit de savoirs 2013

EXPOSITION ILLETTRISME : DROIT DE SAVOIRS : DU 6 AU 28 SEPTEMBRE 2013 Centre départemental Yvelines information jeunesse, 2 place Charost à Versailles (RER C Versailles château ou SNCF Versailles rive droite). Mardi, mercredi, vendredi : 10h-18h. Jeudi : 13h-18h. Samedi : 12h30-18h30Le site : droitdesavoirs.wordpress.com • Télécharger la présentation de l’exposition / le plan pour s’y rendre

• La danse des mots : www.rfi.fr/emission/20130905-illettrisme-droit-savoirs

Prisons de Madagascar : détail

Quartier Mineurs : détail. Extrait d’un reportage réalisé avec Médecins du Monde
dont vous pouvez voir d’autres images dans ce diaporama

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Prisons de Madagascar
©Virginie de Galzain/Médecins du Monde

Droits humains : prisons de Madagascar

Diaporama extrait d’un des 2 reportages que j’ai réalisés à Madagascar pour Médecins du Monde : la mission Prisons. Quelques photos à voir sur ce lien.


© Virginie de Galzain/Médecins du Monde 2012

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Israël/Palestine : l’arbre de la paix

Lueurs en faveur de la paix Israël/Palestine, Paris 10 janvier 2009 © Virginie de Galzain

(Archives) Paris, 10 janvier 2009, place de la Nation : manifestation pour la paix entre Israël et la Palestine. Arrivée du cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes parties de la place de la République. Le 10 janvier 2009 avait été marqué par une mobilisation internationale de plusieurs centaines de milliers de personnes contre l’ « Opération plomb durci « .

Depuis le 8 novembre 2012, les affrontements entre Israël et Gaza sont à nouveau à l’origine de dizaines de personnes tuées et de centaines de blessés.

Arbre de la paix Israël/Palestine, Paris 10 janvier 2009 © Virginie de Galzain

Exposition ‘Illettrisme : droit de savoirs’ 1

J’ai le plaisir de vous annoncer que l’exposition Illettrisme : droit de savoirs*, issue du photoreportage que je réalise en indépendant depuis 2011 (un complément est en prévision en 2013), voit le jour. Deuxième volet d’un travail photographique sur les différences invisibles, c’est le seul reportage en photographies et recueil de témoignages dédié à la lutte contre l’illettrisme et pour l’accès aux connaissances de base pour tous, en France.

Mêlant photographies et recueils de témoignages, elle met en lumière de façon indissociable la détection de l’illettrisme chez les jeunes (direction du service national), et la prise en charge indispensable des 16-25 ans pour les accompagner vers l’avenir (suivi de l’association Savoirs pour réussir Paris).

Présentée par l’espace linguistique 11-13 Chapelle avec le soutien de la mairie du 18e arrondissement, l’exposition a lieu jusqu’au 15 novembre 2012. J’espère vous y (re)voir à cette occasion. Elle sera ensuite disponible à la location.
* Tirages baryté traditionnels de l’excellent Andrés Romero / L ’œil complice

Jusqu’au 15 novembre 2012 (samedi 6, 13 et 20 octobre 2012 de 10h à 18h en présence de la photographe).
Espace 11-13 Chapelle. 2, impasse du Curé. 75018 Paris (M° Marx Dormoy, l.12)

VOIR LE SITE DU REPORTAGE : https://droitdesavoirs.wordpress.com.

flyer exposition illettrisme_vdegalzain

À qui s’adresse ce sujet ?
– À tous, sans distinction, parce qu’il s’agit d’un sujet qui touche tous les domaines de la vie sociale quotidienne.
– Aux acteurs de l’Emploi, afin de faire de la lutte pour l’égalité des droits et contre les exclusions une priorité nationale et sans frontières.
– Aux acteurs de l’Éducation, afin de favoriser une action transversale concrète des problématiques liées à l’illettrisme.
– Aux acteurs de la lutte contre l’illettrisme, en reconnaissance de leurs actions et pour faire reconnaître l’importance et le succès de leurs actions. Pour les inscrire comme partenaires majeurs et référents dans un combat pour les droits fondamentaux que sont la liberté et l’égalité, l’éducation et l’emploi. Pour leur apporter une base de retours de la part des personnes concernées par l’illettrisme.
– Aux acteurs de l’Intérieur, car une scolarité réussie est un facteur essentiel d’intégration de tous, de lutte contre la délinquance, contre la ghettoïsation, contre la stigmatisation des jeunes.
– Aux personnes touchées par l’illettrisme ou en cours d’acquisition des savoirs fondamentaux, d’une formation professionnelle complémentaire pour les valoriser, afin qu’elles réalisent que l’on peut les aider, qu’elles peuvent s’en sortir et être fières.

Pourquoi une exposition ?
– La photographie a un rôle fondamental car elle permet de prendre le temps : celui de s’arrêter, de regarder, de réfléchir, de s’identifier. Elle est un face à face immédiat avec l’Autre, un relais, un dialogue, une communication au sens noble du terme. Elle confère aussi des dimensions de présent et d’avenirs possibles, donc de durabilité.
– Elle met en avant les différents enjeux du sujet, en photographies et en recueil de témoignages.
– Elle valorise tous ceux qui ont participé au projet et fédèrent de fait toutes les personnes touchées directement ou indirectement par l’illettrisme, tous ceux qui oeuvrent pour l’amélioration des conditions de vie desdites personnes et pour leur intégration au sein de la société.

Cette première exposition est réalisée à l’initiative du Cefil, de Langues plurielles et 11-13 Chapelle, avec le soutien de la Mairie du 18e arrondissement. Elle sera ensuite disponible à la location. Participer à la diffusion de ce projet, c’est informer autrement et concrètement sur une question de société humaine, éducative, professionnelle, citoyenne prioritaire.

Prisons de Madagascar

Premières images extraites d’un des deux reportages réalisés cet été à Madagascar avec Médecins du Monde. A suivre d’ici à…


Prisons de Madagascar ©Virginie de Galzain/MdM

Les temps modernes.9 / Mobilité

Mobilité, frontières, liberté, voyage, réfugiés, migration, vacances, emploi, économie, famille, politique, tolérance, société, vivre ensemble, éducation, échanges, codéveloppement, ouverture, mondialisation !

©Virginie de Galzain

A lire dans les archives de ce blog :
– L’enquête de Fabrizio Gatti  Bilal, sur la route des clandestins
– Migrations et droits de l’homme De quoi parle-t-on ?
Sans oublier cet ouvrage de référence : Pour un autre regard sur les migrations, construire une gouvernance mondiale, éditions La Découverte .

Les temps modernes, suite.3 / Résistance

Suite extraite d’une série de diptyques dont la notion de résistance demeure en filigrane : résistance au temps, aux inégalités, à une peur insidieuse, au conditionnement des esprits… Pour préserver la liberté et la vie, ce qui existe de positif et de joli. Rien n’est jamais acquis, donc tout est possible !

© Virginie de Galzain

Les temps modernes, suite.2 / Sécurité

© Virginie de Galzain                                      *I believe in miracles   / *Trop de sécurité nuit gravement à la liberté


La sécurité oui au sens de permettre aux individus de vivre libres, et dans un environnement dans lequel ils ne se sentent pas en danger ni discriminés. Aux dimensions initiales de service public et de protection.

CE, en évacuant les dérives pseudo justicières et vengeresses dont certains se sentent investis de façon préjudiciable et non respectueuse des personnes et des droits dont ils sont censés assurer la protection et la garantie. Ce, en cessant les pratiques sécuritaires liberticides, violentes, indignes, sectaires, statistiques au nom de… En donnant les moyens humains nécessaires à ceux qui en sont chargés.

En privilégiant aussi une information de fond sur les nombreuses réalités de terrain, en lieu et place de focus événementiels non digérés qui stigmatisent, diabolisent ou angélisent tour à tour tel département, tel membre des forces de l’ordre, tel jeune de… Un « changement » de perspective donc.

POUR RAPPEL "Le code de déontologie de la police et de la gendarmerie 
subordonne l'exercice des missions de police au strict respect de la 
Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, de la Constitution, 
des conventions internationales et des lois."
(source ministère de l'Intérieur)

 

5 ans

Et voilà, 5 ans que ce blog existe ! Merci encore une fois à ceux qui passent ou s’arrêtent. Pour l’occasion, je m’échappe des sujets de société qui me submergent parfois — c’est un fait ! Évocation d’un univers  qui me manque : la voile. Car se trouver entre le ciel et la mer, il n’y a – presque – rien de mieux…


© Virginie de Galzain

REPORTAGE ‘Illettrisme : droit de savoirs’

« Illettrisme : droit de savoirs » est le 2e volet du projet photographique de long terme que je mène sur les différences invisibles. Un sujet de plusieurs mois réalisé en lien avec l’ANLCI, en collaboration avec la direction du service national/DSN (détection des difficultés de lecture) et l’association Savoirs pour réussir Paris (prise en charge de jeunes de 16 à 25 ans). Le magazine Déclic photo (n°75, en kiosque jusqu’au 8 décembre 2011) consacre 8 pages au reportage avec une interview sur le sujet et la démarche.

EN SAVOIR PLUS
Le site du reportage http://droitdesavoirs.wordpress.com.

ILLETTRISME : DROIT DE SAVOIRS !

▪ Nommer ou ne pas nommer ? Voir ou ne pas voir ? Comme de nombreux autres, l’illettrisme est de ces sujets prioritaires dont il est urgent mais «délicat» de parler. Le nommer, c’est risquer d’étiqueter, de stigmatiser, de provoquer l’exclusion de ceux qui sont concernés. Ne pas le nommer, c’est nier une réalité humaine, éducative, professionnelle, sociale. Une réalité encore taboue qui concerne plus de 3 millions de personnes âgées de 16 ans et plus, qui ont été scolarisées mais ont perdu la maîtrise de l’écriture, de la lecture et/ou du calcul.

▪ En France, l’instruction est obligatoire à partir de 6 ans, pour tous les enfants français ou étrangers résidant en France ; et ce, jusqu’à l’âge de 16 ans révolus. Or, près de 9% des personnes en situation d’illettrisme ont entre 18 et 25 ans. C’est avec ces dernières que j’ai eu envie de commencer à travailler, parce qu’elles sont situées à une période cruciale de leur vie : à la frontière de la scolarité, de la formation et de la vie active.

LE REPORTAGE : REMONTER LA CHAÎNE D’UN DROIT FONDAMENTAL

L’illettrisme n’est pas une fatalité : c’est une inégalité cachée, aux causes multiples que l’on peut mesurer et résoudre à tout âge. Un cap à franchir. Face à cela, qui agit ? Dans quel contexte ? Comment détecter ? Aider ? Résoudre ? Quelles sont les actions et interactions qui permettent, peu à peu, d’ouvrir les yeux sur cette question de société, d’améliorer l’intégration sociale de chacun ?

▪ C’est ce que le reportage aborde en remontant la chaîne du combat pour l’accès aux savoirs fondamentaux, au “Droit de savoirs”. Avec, dans un premier temps, le suivi de deux maillons clés :

– la détection, avec la direction du service national (DSN/secrétariat général pour l’administration SGA / ministère de la Défense). Lors des Journées défense et citoyenneté (JDC), elle met en oeuvre la détection des difficultés de lecture auprès de 750 000 jeunes âgés de 17 à 25 ans, grâce aux tests d’évaluation des acquis de la langue française*. Chaque année, ils permettent de détecter entre 35 000 et 40 000 jeunes Français en situation d’illettrisme. C’est la seule initiative d’ampleur dans un processus de lutte contre l’illettrisme sur cette génération, à laquelle s’ajoutent les entretiens proposés aux jeunes déscolarisés et le relais vers des structures d’accompagnement adaptées.

– l’accompagnement, avec l’association Savoirs pour réussir Paris. Engagée dans la lutte contre l’illettrisme auprès des 16-25 ans, l’association appartient au réseau national du même nom co-fondé par le linguiste Alain Bentolila et le général Fassier. Composée de deux salariées et 30 bénévoles permanents, elle propose des ateliers internes (écriture, calcul, lecture, presse…) et des ateliers pédagogiques menés en partenariat avec des acteurs culturels et d’intérêt général engagés (Petit Palais, APSV/Parc de La Villette, fondations…). Ses objectifs : réconcilier les jeunes avec les savoirs de base, restaurer leur confiance et l’envie d’apprendre pour préparer l’avenir.

PHOTOGRAPHIES ET TÉMOIGNAGES : INFORMER, VALORISER, RENDRE VISIBLE

Entre portraits de jeunes, de tuteurs et de membres de la DSN, détails et scènes de vie en test ou en apprentissage, les photographies évoquent des instants d’investissement personnel, de partage, d’implication, de doute et de solitude, de fierté retrouvée. Partie intégrante du reportage, les témoignages sont un autre « arrêt sur image » : l’expression pour les jeunes, comme pour ceux qui les accompagnent des difficultés et de la nécessaire reprise de la confiance en soi pour progresser, construire son avenir. Et par là même celui de sa famille, de son entreprise, de son pays. Avec en fil rouge, l’ouverture aux autres et à soi-même ; le désir et le plaisir d’apprendre toujours plus.
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A LIRE : L’enquête de Fabrizio Gatti

« Dans le Sahara, certaines nouvelles se propagent comme en l’an mil, portées par la voix des voyageurs. Ainsi faut-il voyager pour savoir ».

Fabrizio Gatti est grand reporter au sein de l’hebdomadaire italien L’Espresso. Depuis près de 20 ans, il s’investit en faveur du respect des droits fondamentaux et contre l’organisation internationale du crime. Engagé dans de nombreuses enquêtes en infiltré, il ne conçoit pas l’information sans l’épreuve des réalités et la rencontre de ceux qui les vivent ou les subissent. – Une conception du métier de plus en plus difficile à honorer tant à l’écrit qu’en photographie si l’on veut en vivre (ndlr). – Son livre Bilal a obtenu le prix Terzani* en 2008. Il a été réédité par les éditions Liana Levi fin 2010 en format poche. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins raconte des destins hors norme au travers du parcours de Fabrizio Gatti, l’homme, le journaliste qui s’est fait lui-même clandestin, du Sénégal à la Libye jusqu’à Lampedusa pour comprendre, mieux révéler, restituer et dénoncer l’inimaginable et l’inhumain. Les clandestins, ce sont ici des Africains qui fuient la guerre, la faim, la pauvreté, la survie pour ce qu’ils pensent être leur salut : un pays européen. En l’occurrence, l’Italie. Et par extension, une chance de travailler et d’aider leurs familles restées au pays. Entre lucidité cruelle, inconscience et espérance, ils se risquent à tenter de franchir des milliers de kilomètres dans des conditions dangereuses.

Pour y parvenir, ils quittent leurs proches, leur pays (Sénégal, Sierra Leone, Liberia, Nigéria, Togo, Côte d’Ivoire…) pour affronter le désert, la soif, la maladie, la mer, la mort et ceux – manipulés ou criminels – qui détiennent leur vie entre leurs mains : militaires, policiers, administrations, passeurs. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un scénario mélo. C’est à considérer très concrètement bien au-delà de ce qu’on peut entrevoir de façon parcellaire dans les médias : une réalité pour des centaines de milliers de personnes. Des millions si l’on considère ceux que l’on appelle les déplacés de force.

Racket, mauvais traitements, corruption et tortures sur le trajet et aux postes frontaliers, marchandisation de l’homme, « trafic humanitaire », machination dès les premières heures à parcourir qui se poursuit au gré des frontières… Tel est le quotidien vécu parfois sur des milliers de kilomètres : de Dakar à Kayes, Bamako, Gao et Niamey, en passant par Agadez, Dirkou jusqu’au camp de Gatrun avant Lampedusa, pour ceux qui y parviendront ou voudront y parvenir. Et une fois là-bas ?

En contrepoint, les accords tacites et/ou formels conclus sur plusieurs années entre le gouvernement Berlusconi et le colonel Khadafi, faisant de la Libye un rempart contre l’immigration clandestine, faisant de Lampedusa « l’engrenage central des déportations de masse mises en œuvre par l’Italie avec la complicité de l’Allemagne et de l’Union européenne (…) ».

Un livre essentiel et unique pour savoir. Pour reconsidérer la question des migrations forcées, car toutes ne le sont pas. Pour penser autrement ces migrations et faire en sorte que les migrants clandestins ne soient plus vus comme un danger mais avant tout comme des personnes en situation de danger. Les évolutions et les bouleversements du monde doivent être intégrés pour une cohabitation des situations partout et pour tous ; car ériger des barrières ne pourra qu’exacerber les injustices et les tensions, maintenir les précarités, lesquelles favorisent instabilité et insécurité locales et internationales.

Pour élargir le sujet – ne perdons pas de vue que tout est lié directement ou indirectement et le sera de plus en plus – le chômage, le mal logement, la fragilité sont dans nos murs ; la faim, la maladie, la guerre sont à nos portes. Quant aux révolutions en cours et à venir, si elles ouvrent la voie vers plus de démocratie et d’égalité des droits au prix de nombreuses vies, la chute de dirigeants n’est évidemment pas un remède instantané aux crises traversées depuis des décennies, d’où la poursuite notamment des migrations vers nos terres.

Malgré cela, ou à cause de cela tout reste encore possible, pourvu que l’on intègre l’idée que ce qui arrive aux autres pourraient nous arriver pour mieux le prévenir, l’éviter ou l’améliorer ; pourvu que l’on privilégie l’homme et son avenir en considérant à 360 ° les réalités locales et globales présentes ; pourvu que l’on cesse de renforcer le pouvoir de ceux qui prônent ou véhiculent des principes de peur, de haine ou d’exclusion de l’Autre, du Différent, de l’Étranger ; pourvu que le développement soit envisagé pour tous et avec tous et non pour une élite.

L’heure est définitivement à l’union, à l’humanité et à l’action pour aller vers le moins mal possible, pour tendre vers le mieux si ce n’est vers le meilleur. Au moins essayer.

* prix littéraire international, du nom de Tiziano Terzani, journaliste et écrivain italien.

Bilal sur la route des clandestins. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €

Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier et les autres

Depuis un an, la vie de Stéphane et Hervé est entre les mains des Talibans d’Afghanistan. Depuis un an, la vie de Stéphane et Hervé est entre les mains du gouvernement français.

Depuis 2009 ajouterai-je, si l’on s’en tient à notre pays, ce sont 8 Français qui sont officiellement retenus en otages :  un agent de la DGSE – (pseudo : Denis Allex) – au service de l’Etat donc – enlevé à Mogadiscio le 14 juillet  2009, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier enlevés en Afghanistan le 29 décembre 2009 et  5 personnes (Thierry Dol, Marc Ferret, Daniel et Françoise Larribe, Pierre Legrand âgés d’environ 25 à 62 ans) enlevées au Niger le 16 septembre 2010.

En 2010, 5 otages français ont été libérés tandis qu’un autre (Michel Germaneau) a été exécuté.

Aujourd’hui, huit personnes de plus sont transformées en outil de pression et en monnaie d’échange économique et politique idéale, à la hauteur des intérêts français dans le monde, et notamment en Afrique et de l’engagement de nombreux journalistes et ONG dans les pays en conflit ou en situation de détresse alimentaire et sanitaire grave. Huit personnes a priori vivantes, pourvu que le gouvernement français réagisse à temps et n’en sacrifie aucune sur l’hôtel du chantage, de la menace et d’une forme de terrorisme inacceptable. L’avenir de la liberté en est purement et simplement l’enjeu.

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier : 300 jours de trop

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier, et leurs trois accompagnateurs afghans, qui travaillaient pour le magazine « Pièces à conviction » de France 3, ont été enlevés, le 30 décembre dans la province de Kapisa (Est). Une pétition de soutien pour leur libération est en ligne sur le site de Reporters Sans Frontières.

Se mobiliser est aujourd’hui la seule façon pour les citoyens de lutter contre cette forme du terrorisme, parmi tant d’autres. C’est essayer, rendre visible, dire qu’on n’oublie pas, que tout est possible ou du moins qu’il faut y croire. C’est offrir une scène politique et médiatique à tous les acteurs de la libération, montrer aux dirigeants l’impérieuse urgence de la négociation, de la solidarité, de mettre l’être humain au centre de tous les enjeux et de toutes les décisions. Se mobiliser, c’est transmettre son soutien aux otages et à leurs familles, et redonner toute sa dimension humaine à une démarche odieuse de menace permanente et de mise à l’écart de la vie, qui nous concerne tous.

 

DIAPORAMA La Russie : l’autre visage

Si vous n’avez pu vous rendre à l’exposition La Russie : l’autre visage, qui se tenait du 9 au 11 juillet à Paris, retour en photo set en textes sur l’événement et les participants. Organisée par Reporters sans frontières et le Collectif du « off » France-Russie 2010, elle rassemblait pour la première fois en France 10 organismes russes (ONG, mouvements de société) acteurs de l’amélioration des conditions de vie et du respect des droits humains en Russie. Une page dédiée est à consulter  via ce lien

Photo, textes, montage ©Virginie de GALZAIN

Travail des enfants : les États-Unis aussi

Dans le monde, 215 millions d’enfants* travaillent, dont plus de 70 % dans l’agriculture. Ils sont 126 millions * à exercer des travaux dangereux.

Dans son rapport intitulé Fields of Peril: Child Labor in US Agriculture (Champs dangereux : Le travail des enfants dans l’agriculture aux États-Unis), Human Right Watch met en lumière un des aspects de cette question fondamentale relative aux droits de l’homme, témoignages à l’appui. Je vous invite à lire l’article paru à ce sujet sur son site http://www.hrw.org/fr/news/2010/05/04/tats-unis-la-vie-dangereuse-des-enfants-ouvriers-agricoles

Chaque année aux États-Unis, des centaines de milliers d’enfants de moins de 18 ans travaillent dans le secteur agricole dans des conditions qui peuvent être nocives pour leur éducation, leur santé physique et mentale. Accidents, maladies, intoxications voire violences et exploitations sexuelles  font partie des risques auxquels ils sont exposés. Certains sont employés à temps partiel dès l’âge de 7 ans. Le nombre d’heures journalières pouvant atteindre plus de 10 heures. Zama Coursen-Neff, directrice adjointe de la division Droits de l’enfant à Human Rights Watch, rappelle que la loi en vigueur sur le travail des enfants date des années 1930.

Les 10 et 11 mai, à La Haye, se tiendra la prochaine conférence mondiale sur le travail des enfants. L’Organisation internationale du travail (OIT) compte appeler les états à renforcer leurs actions pour éliminer les pires formes de travail des enfants d’ici à 2016, et pour abolir le travail des enfants.
* Source : Organisation internationale du travai

29 janvier 2009 : un an plus tard…

Le 29 janvier 2009, un mouvement multigénérationnel et interprofessionnel réunissait plus de 2 millions de manifestants dans les rues de façon solidaire et engagée contre des mesures gouvernementales qui menacent les droits sociaux et sanitaires, l’accès à l’éducation dans de bonnes conditions, l’emploi, la liberté et l’égalité. Un an plus tard, l’urgence est toujours là !

Paris 29 janvier 2009 (Nikon, 50mm, portra 160nc) ©Virginie de GALZAIN

 » Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.  » À quand « de grandes politiques de solidarité, fraternelles et responsables » (je cite) ? Une économie véritablement concernée ? Des mesures prospectives efficaces ? Qu’est-ce qui est encore « possible » ?

Pétition : droits des migrants afghans

Lettre-pétition de l’écrivain et cinéaste afghan Atiq Rahimi, (Prix Goncourt 2008 : Syngué sabour, P.O.L éditions) en faveur des immigrés sans-abri afghans à Paris.

« Ils sont jeunes, certains ont à peine quinze ans, aucun plus de trente. Les plus chanceux ont une écharpe et un bonnet. Presque pas un n’a de gants. Le thermomètre pointe zéro. Qu’est-ce que ça change ? De toute façon, ce n’est pas le maigre brasier, deux planches minables, quatre cageots humides qui vont les réchauffer.

Ils sont cent cinquante à peu près. Cinq cents dans tout Paris, à marcher dans des tennis troués, à tourner, sans trouver où s’arrêter au chaud.

Ils sont Afghans.

Ils ont lâché leur vie, leur famille, leurs amis, leur pays. La plupart viennent de régions contrôlées par les talibans. D’autres non. Quelle importance. Des bombes sautent à Kaboul. C’est tout le pays qui s’abandonne à la guerre.

La France, c’est-à-dire nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c’est aux barbus qu’on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras.

Souvenez vous de ce temps : on appelait encore un mineur un enfant. Aucun ministre alors ne se serait permis de nous laisser croire qu’il est bon de laisser un enfant l’hiver dans la rue. Même étranger.

Et il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré un homme. Même s’il était sans papier.

Ces enfants, ces hommes sont venus chez nous portés par l’espoir d’échapper à la violence. D’étudier. De mener une vie paisible. D’être dignes. Ce ne doit pas être trop demander.

Ne jetons pas dans les eaux du canal le manteau que St Martin a partagé avec un pauvre. »

Atiq Rahimi

SOUTIEN, ET SIGNATURE DE LA PÉTITION SUR AFGHANS.PARIS

Liberté de la presse 2009

Au dernier classement mondial de la liberté de la presse, la France perd encore du terrain et passe de la 35e (2008) à la 43e place (2009). Et ce n’est pas le seul pays dit démocratique concerné.

De la limitation d’accès aux sources à la rétention d’information et à la confiscation de matériel, de la manipulation médiatique à la communication et à la désinformation, du monopole étatique à la censure voire à l’auto censure, les formes d’entrave à la liberté d’informer – et donc d’être informé – sont multiples.

L’instabilité et l’insécurité croissantes de la situation Lire la suite de « Liberté de la presse 2009 »

Bonne année !

Paradise is only what we imagine


© photos & montage Virginie de GALZAIN, musique Soleïman Badat

Faute de temps pour faire une « compil » d’images… je remets en ligne Bali : Golden age, même si ça date un peu… Pas seulement parce que l’île est aujourd’hui à nouveau menacée par les attentats, pas seulement parce que cet endroit reste un de mes meilleurs souvenirs, mais surtout parce que ce territoire est un concentré de ce que devrait être le monde, et un site aujourd’hui menacé par la corruption, les constructions arbitraires et l’argent.

Qu’est-ce qu’un paradis ? Bali selon certaines acceptions en est un : des paysages encore vierges de toute dénaturation qu’on pourrait qualifier des plus beaux adjectifs, de belles plages, des prix bas… C’est aussi et surtout une île remarquable par l’authenticité de ses mœurs, l’accueil de ses habitants, un art de vivre fondé sur le respect de l’Autre, des Anciens, des croyances, des traditions, de la vie dans son ensemble. Une île pauvre mais digne, où la mendicité n’est pas de mise, où le danger est absent, où la générosité et la curiosité sont sincères.

C’est peut être ça le paradis, un monde où chacun peut continuer à vivre dignement, face aux attraits factices d’un Golden age plus virtuel que réel, plus éphémère qu’accessible.  So what ? Bonne année !

MONDE : Les Hmongs en sursis

L’armée thaïlandaise a commencé l’expulsion de plus de 4000 Hmongs vers le Laos, peut-on lire ou entendre ce jour. Je doute que cela intéresse suffisamment de monde. Moins en tout cas que le prochain Nigérian, Yéménite et autre Pakistanais qui sera malade dans les toilettes d’un avion en partance pour les États-Unis… Et pourtant ! Pour revenir au sujet, de nombreux Hmongs ont combattu aux côtés de la France puis des États-Unis entre les années 1950 et 1970. Aucune des deux nations précitées n’a manifesté de soutien effectif à cette minorité dont certains membres vivent dans des conditions inhumaines*. Entretien avec Rémi Fritsch, fondateur et président de l’association Urgence humanitaire Asie. Lire la suite de « MONDE : Les Hmongs en sursis »

Délit de solidarité

Trop peu de temps pour écrire en ce moment… Alors en attendant, rendez-vous sur le site de la Fédération internationale des droits de l’homme pour découvrir le rapport d’enquête sur les entraves aux défenseurs des droits des migrants en Lire la suite de « Délit de solidarité »

Diaporama : les Enfants de Don Quichotte, 15 mai

“On n’a rien, on est à la rue, et on nous prend le peu qu’on a. On a notre vie dans un sac, un duvet pour dormir, et c’est tout. On n’a nulle part où aller dignement, on n’existe pas, la société nous ignore et on nous chasse d’un abri de toile “.

> VOIR LES PHOTOS

Photos (Nikon F90, films Ilford HP5Plus, 50 mm) & montage©Virginie de Galzai

En France, près de 100 000 personnes sont sans abri. Plus de 3 millions de personnes sont victimes de mal-logement ou sans domicile fixe, dont 600 000 enfants. Et des millions sont en situation de précarité d’habitat (8 millions de pauvres).

15 mai 2009 : les Enfants de Don Quichotte appellent à une nouvelle mobilisation en faveur des sans-abri, des mal logés, des personnes en situation de précarité. Ils installent des tentes sur les quais des Tuileries (Paris), avant d’être évacués par la police à la tombée de la nuit. Laisser des personnes vivre dans la rue, en situation de précarité, est une infraction tolérée à la Déclaration universelle des droits de l’homme.


> Le site des Enfants de Don Quichotte

Manifestation du 29 janvier

VOIR LE DIAPORAMA PHOTO

Très importante mobilisation à Paris aujourd’hui. Pour la première fois depuis longtemps, un vrai mouvement multigénérationnel et interprofessionnel a manifesté dans les rues de façon solidaire et unie contre des mesures gouvernementales qui menacent les droits sociaux et sanitaires, l’accès à l’éducation dans de bonnes conditions, l’emploi, la liberté et l’égalité. Pour résumer.

Otages en Colombie : l’importance de la mobilisation

Hier après-midi, se tenait à Sciences Po une conférence animée par Fabrice Delloye, Florence Aubenas et Anne Proenza. L’occasion de revenir sur la situation en Colombie et l’urgence d’une mobilisation sous toutes ses formes, pour la libération d’Ingrid Betancourt et des otages. Détenus pour certains depuis près de 10 ans.

 

Sans revenir sur les détails de l’Histoire, voilà près de 15 ans que la Colombie est rongée par l’industrie des enlèvements. Des années rythmées par des affrontements, des déplacements de population, plus de 25 000 morts de mort violente par an, par un commerce inhumain qui gangrènent peu à peu le pays le plongeant dans l’inégalité, l’horreur de la menace et de la peur, un immense sentiment d’injustice et plus un mot, plus un geste de soutien ni de solidarité. « Peu à peu, tout le monde est devenu coupable, précise Fabrice Delloye, et le silence s’est installé. » Et les prises de position se radicalisent au détriment de toute possibilité de réflexion, d’ouverture et de négociation.

« Il n’y a pas de mode d’emploi dans cette lutte » dit Florence Aubenas, grand reporter détenue en otage cinq mois en Irak de janvier à juin 2005. Pas de mode d’emploi dans un contexte où le maître mot est la non négociation en lieu et place d’une nécessaire politique de conciliation; mais des pistes, des évidences, comme se mobiliser.

Pourquoi se mobiliser? D’aucuns diront que ce n’est pas cela qui va libérer les otages. Qu’une issue favorable dépend seule de l’action des politiques. Certes, le lien de cause à effet n’est pas direct, ni évident. Et pourtant, se taire, c’est masquer, renier la vérité, renier le dialogue, la réconciliation. C’est prendre le risque de sacrifier des vies sur l’hôtel de l’indifférence ou de l’inaction, exacerber l’injustice et activer la spirale du pire.

Alors « médiatiser la gravité de la situation, parler d’Ingrid Betancourt, c’est donner aux citoyens les moyens de comprendre ce qui se passe en Colombie à travers son combat pour les droits de l’homme et la vie d’un peuple, et la situation des otages, » poursuit Florence Aubenas. C’est donner les clés pour agir en connaissance de cause. Une façon essentielle de lutter contre le chantage, l’isolement, de faire tomber le mur construit entre les otages et le reste du monde. Et de construire un mouvement mondial de solidarité, reflet concret d’une opinion publique active, concernée et influente.

Se mobiliser est aujourd’hui la seule façon pour les citoyens de lutter contre cette forme du terrorisme, parmi tant d’autres. C’est essayer, rendre visible, dire qu’on n’oublie pas, que tout est possible ou du moins qu’il faut y croire. C’est offrir une scène politique et médiatique à tous les acteurs de la libération, montrer aux dirigeants l’impérieuse urgence de la négociation, de la solidarité, de mettre l’être humain au centre de tous les enjeux et de toutes les décisions. Se mobiliser, c’est transmettre son soutien aux otages et à leurs familles, et redonner toute sa dimension humaine à une démarche odieuse de menace permanente et de mise à l’écart de la vie, qui nous concerne tous.

« Si nous continuons à assister à la dégradation des otages, ajoute Fabrice Delloye, s’ils ne sortent pas de cette situation insupportable, (…), cela va en plus créer une tache indélébile, et une rupture qui sera extrêmement difficile à porter dans les relations avec la Colombie comme avec les autres nations du monde. »

www.agirpouringrid.com

Mobilisation Betancourt à Sciences Po

A venir, un zoom sur la conférence-débat qui s’est tenue à Sciences Po ce jour, consacrée à la mobilisation pour la libération d’Ingrid Betancourt et des otages en Colombie. Avec la participation de Fabrice Delloye, Florence Aubenas et Anne Proenza, sans oublier Hervé Marro, porte-parole du Comité de soutien (lire post du 24 janvier).

 

Marjane Satrapi : interview

Téhéran, 1978. Marjane, 9 ans, rêve de sauver le monde sur fond de Révolution iranienne. Vingt ans plus tard, rencontre exclusive avec une jeune femme au franc-parler, libre et passionnée.

Persepolis, c’est un pan de l’histoire de l’Iran? Une histoire ? Un exil ?

Marjane Satrapi : Je n’ai pas réfléchi à cela ; c’est l’histoire d’une vie comme les autres, tout simplement. Un point de vue subjectif porté de façon rétrospective. L’histoire évolue au rythme d’une enfant puisque j’avais une dizaine d’années à l’époque de la Révolution iranienne, au rythme des événements, de mon départ au moment de la guerre qui opposait l’Iran à l’Irak. Et c’est un exil, oui, dans la mesure où j’ai perdu le droit d’y retourner. Pour l’instant. Mais je ne suis ni historienne, ni politicienne, et mon but en faisant ce film, comme la BD auparavant, n’était rien d’autre que de remplir mon rôle d’artiste. J’ai fait une école d’art : alors les images, l’écriture sont venues spontanément. Ce n’était pas un genre imposé, mais un réel plaisir.

Marjane a un côté anti-héros. Il y a aussi beaucoup d’humour, de dérision…

Pour les gens, le vrai héros c’est plutôt Superman. Mais c’est assommant, chiant même, c’est trop parfait ! Ici, c’est la réalité ! Certes, cette destinée est par certains aspects spéciale, mais j’ai aussi eu de la chance, j’ai fait la majeure partie de mes études dans une école française. Et près de la moitié de ma vie s’est faite hors d’Iran. J’ai été témoin de la vie de mon pays à un moment précis de l’histoire, mais il n’y a pas de renoncement. Il y a une vraie affection iranienne, pas dans le sens nostalgie « 1001 nuits » – je déteste ce côté orientaliste et exotique, – mais dans les aspects humains. J’adore l’humanisme, les gens, ce qui fait qu’on peut se sentir proche de quelqu’un qui vous est apparemment étranger, et a contrario à mille lieux d’une personne qui parle la même langue…

Comment s’est fait le passage de la BD au film d’animation ?
Comme tout ce que je fais, cela s’est produit un peu par hasard. Il n’y avait pas de volonté particulière au départ. Mais Marc-Antoine Robert (le producteur), et Vincent Paronnaud (le co-réalisateur) ne sont évidemment pas étrangers à cette décision. Quand on arrive à un moment où l’on se voit proposer de faire un film, avec le temps, la liberté de choix et d’action et les moyens nécessaires, c’est tellement rare que cela ne se refuse pas. J’ai donc saisi l’occasion. Chaque fois que je commence quelque chose de nouveau, je me dis que le pire qui puisse arriver est que je fasse une merde… Et alors… Il restera toujours des éléments positifs puisque chaque nouvelle expérience est une occasion d’apprendre. Cela se passe donc aussi sur un mode ludique, joyeux.

Prix Alph’Art pour la BD, prix spécial du jury pour le film au festival de Cannes cette année. Persepolis représentera aussi la france aux oscars en 2008…

Oui. Ce n’est pas pour cela qu’on le fait mais c’est une vraie récompense. C’est assez merveilleux. Beaucoup de mes amis sont auteurs de BD, je viens de la BD underground, je travaille avec des éditeurs de BD indépendants, pas des grands groupes ! Et c’est cela qui est d’ailleurs très surprenant. C’est aussi encourageant pour la création. C’est vraiment l’effet bouche à oreille qui a fonctionné. Imaginez un peu, un film d’animation en noir et blanc, adapté d’une BD, sur un sujet lié à l’Iran, qui sort en plein été ; ce n’était pas gagné d’avance. Alors quand le public vous suit, c’est fabuleux.

On a beaucoup parlé de choc des cultures à propos du film…
Il n’y a pas de choc des cultures, c’est de la foutaise ! La culture est « une », une chaîne composée de nombreux maillons, et nous sommes tous influencés, nourris par d’autres cultures. Elle appartient à tous, c’est une question d’intelligence. Le vrai choc, la vraie division du monde, ce n’est pas entre le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident. C’est entre les fanatiques sous toutes leurs formes (anti-avortement, pro FN, etc) et les non fanatiques, entre les intelligents et les cons, les riches et les pauvres ; car quand on a un peu d’argent, on a forcément plus de facilités : aller à l’école, voyager, se cultiver, et donc s’ouvrir aux autres, être ouvert d’esprit.

L’éducation est un enjeu essentiel contre la bêtise humaine, mais aussi pour la démocratie et l’égalité ?
La culture et l’instruction sont de véritables armes. Ça permet d’être moins con. Le danger de la stupidité, c’est avant tout un manque de connaissances et une source d’erreurs. Regardez les Strasbourgeois qui votent pour le Front National alors qu’ils ne savent finalement pas ce qu’est un étranger… La vraie intelligence rend humble et lucide car plus on sait, plus le monde devient complexe et difficile à appréhender et à expliquer. Elle permet aussi de faire des choix en connaissance de cause, d’avoir des références communes, de regarder le monde autrement.

Quel regard portez-vous sur les mouvements étudiants, comme ceux auxquels on peut assister en france régulièrement ?
Les années 80 ont été une période un peu facile, avec un aspect « golden boy », fric, grandes écoles : une espèce de réaction post années 60-70. Il faut que la jeune génération se bouge, mais maintenant, sinon après « ce sera la merde ». Et c’est l’état qui finira par décider de tout. Il faut qu’elle continue à faire ses revendications, car il y a plein de choses à acquérir !

Le film s’achève sur cette phrase : « la liberté a un prix ». C’est le début de tout finalement !
Bien sûr ! Un prix physique, moral, un engagement, une intégrité à soi-même. La liberté a un prix car la pensée universelle a un prix. Aujourd’hui, l’état régit nos vies par certains aspects, les médias ont des contenus édulcorés – c’est pour cela que Le Canard enchaîné est mon journal préféré ! Avoir une pensée personnelle, avoir le droit de parler, exprimer son opinion sans avoir peur du regard des autres, oser embrasser une idée sous certains aspects plutôt que dans son intégralité. Être libre. C’est pour cela qu’il faut se battre.

persepolis-247-films

À LIRE / À VOIR
Le site www.myspace.com/persepolislefilm
Le DVD de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. 2.4.7.Films/Diaphana films. 19,99 € (prix indicatif).
La BD de Marjane Satrapi. Édition de L’Association. Monovolume : 32 €. En 4 tomes : à partir de 14 €.
*interview réalisée le 2O novembre 2007, parution Génération Solidaire Hiver 2007

Pauvre Birmanie!

INTERNATIONAL BLOGGERS’DAY FOR BURMA
on the 4th of October 2007 www.free-burma.org

Sous le regard de politiques dont on attend que des actions suivent les réactions (!) et de millions de spectateurs dans le monde, la junte militaire birmane poursuit sa répression.

Arrestations, emprisonnements arbitraires et violences ne sont pas une nouveauté en Birmanie, si besoin est de le rappeler. Mais depuis 10 jours, l’ampleur des manifestations anti-gouvernementales et la violence de la répression obligent le monde à ouvrir les yeux.Tandis que Aung San Suu Kyi est plus que jamais maintenue dans l’isolement, plusieurs manifestants et opposants ont déjà été tués, étant entendu qu’il est impossible d’en connaître le nombre. Pourquoi donc continuer à transmettre des informations dites « officielles » quand on sait pertinemment qu’elles sont très éloignées de la réalité?…

Côté médias justement, l’étau se resserre encore autour de la diffusion des informations – déjà singulièrement filtrées et contrôlées en temps « normal »-; les deux FAI officiels du pays (Myanmar Post & Telecom et Bagan Cybertech), sont inaccesibles et ne permettent plus aucune liaison et un cameraman japonais, Kenji Nagai (photo 2 lien Galerie cyberpresse), a été tué.

Combien de morts va-t-il falloir pour que les gouvernements agissent? Et si demain, parmi les personnes abattues se trouvaient, non pas des manifestants birmans, mais un Français, un Espagnol, Un Américain, Un Chinois, etc? D’après vous…?

MANIFESTER POUR ARRÊTER LE MASSACRE : Samedi 29 Septembre 2007 à partir de 14 h, Parvis des Droits de l’Homme du Trocadéro, Paris. A l’appel de : Reporters sans frontières (RSF), Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH), Alliance Birmanie Démocratie… www.fidh.org

http://galeriedephotos.cyberpresse.ca/index.php?t=Black&m=cp&a=974&c=34

Amnesty international : le droit à la vie

En marge de la Journée mondiale des Réfugiés et dans le cadre de la sortie du rapport annuel d’Amnesty International, Geneviève Sevrin, présidente d’Amnesty International France fait le bilan.

√ En ouverture de votre bilan annuel, vous alertez sur un climat d’insécurité, et ce que vous appelez une politique de la peur, la peur de l’Autre notamment… Geneviève Sevrin : On ne peut en effet ignorer que notre monde est soumis à des éléments qui mettent en péril son devenir et celui de ses habitants. Terrorisme et attentats, pollution, dérèglements et catastrophes climatiques, pauvreté dominante et galopante, épuisement de l’eau, famines, conflits, maladies… Tout cela crée implicitement un contexte de peur.

Mais au-delà, les gouvernements jouent de plus en plus sur ce sentiment de peur exacerbé depuis LE  » 11 Septembre  » pour mettre en place voire imposer des mesures sécuritaires, des lois qui tendent vers la restriction et le contrôle des libertés individuelles (d’expression, d’association…), vers la violation des droits humains dans leur ensemble. Pour ne donner que quelques exemples, c’est l’Australie qui parque sur une île les boat people et renvoie les immigrés dans leur pays d’origine, ce sont les Etats-Unis avec le très dénoncé Patriot act, les abus de Guantanamo, les bavures en Irak.

En France*, l’assimilation entre les notions de flux migratoires et de demandeurs d’asile** restreint considérablement les possibilités d’entrer sur le territoire. Le possible passage de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) sous la tutelle du nouveau ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, nous fait craindre pour l’indépendance de cet organisme, chargé d’accorder ou non le statut de réfugié.

Concernant ce dernier point, on constate qu’un climat de peur de l’Autre se développe insidieusement, tendant à associer un étranger à un clandestin, à un envahisseur et donc à un danger potentiel. D’une part c’est hypocrite, particulièrement si l’on s’en tient au système d’une immigration choisie. D’autre part, c’est dangereux pour le principe d’égalité entre les êtres humains, dans un pays où la mixité culturelle et sociale est pourtant constitutive.

Enfin, il faut savoir qu’il existe un principe de non refoulement qui interdit l’expulsion d’une personne dans des Etats  »  sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Sous couvert de notion de  » pays sûr « , se met paradoxalement en place en régime fondé sur la défiance, la haine alors que les valeurs de confiance, de tolérance et de solidarité devraient en être les référants clés. Il convient de rappeler que le droit d’asile est souvent le seul droit qui reste à un être humain quand tous les autres sont violés.

√ D’un point de vue général, quelles sont les points forts de l’année 2006 dans la lutte pour le maintien des droits humains ? G.S : La situation reste globalement très critique et d’autant plus préoccupante que les violations des droits humains se mondialisent. Pour commencer par les points positifs, on remarque des avancées encourageantes en ce qui concerne la justice, les armes et l’abolition de la peine de mort. La mise en place de la Cour pénale Internationale qui comme vous le savez a pouvoir en matière de crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, commence à porter ses fruits. Ainsi des enquêtes sont initiées en Ouganda, en RDC et au Darfour. La création d’un tribunal international pour juger les présumés assassins de Rafic Hariri est en cours au Liban, et à la Haye, le tribunal spécial pour la Sierra Léone a commencé à juger Charles Taylor. Hissène Habré devrait aussi être jugé prochainement. Tout ceci est la preuve d’une amorce de changement.

Une autre victoire des O.N.G est relative au vote en faveur d’un Traité international sur le contrôle des armes classiques fin 2006. Le principe de la création d’un tel traité a été adopté par 139 pays, et il est essentiel dans la lutte engagée contre la prolifération et l’utilisation des armes dites légères, lesquelles sont à l’origine du plus grand nombre de tués aujourd’hui lors de conflits et sont au cœur d’importants trafics.

Concernant la peine de mort enfin, une majorité d’Etats est aujourd’hui abolitionniste. De plus en plus d’Etats instaurent des moratoires, des mouvements abolitionnistes se développent notamment aux Etats-Unis et l’idée de l’abolition progresse aussi en Chine. L’approche évolue également, puisqu’on ne demande plus aujourd’hui aux ONG abolitionnistes de se justifier sur les motivations de leurs actions mais aux Etats de se justifier sur le pourquoi du maintien de la peine de mort au sein de leurs frontières. Notre objectif est l’abolition universelle mais la route est encore longue. En ce sens, il est indispensable que Ban Ki-moon poursuive l’action de Kofi Annan et ne fasse pas machine arrière (Ban Ki-moon avait en effet précisé que la peine capitale  » restait la décision de chacun des pays membres « ).

√ Vous mettez en avant le net recul du  » droit à la vie  » : G.S : Les droits les plus vitaux et les plus élémentaires continuent chaque jour d’être bafoués. Droits civils et politiques, humains, culturels et économiques (accès aux soins, à un logement…) y compris dans les pays occidentaux. La situation des femmes et des enfants est très alarmante. Ce sont les premières victimes des inégalités et de la discrimination, dans la vie de tous les jours comme lors des conflits armés.

Les femmes sont en effet très exposées dans les conflits (le viol est utilisé comme une arme de guerre) ; dans certains pays d’Asie, des crimes  » d’honneur  » sont commis par centaines de milliers. Les mariages forcés continuent à exister, de même que se poursuit la traite des êtres humains à des fins de prostitution (on se souvient des 20 000 femmes prostituées à l’occasion des J.O d’Athènes, et de celles  » offertes  » aux visiteurs lors de la coupe du Monde de football à Berlin en 2006). Sans oublier les violences domestiques, une des premières causes de décès et de handicap en Europe chez les 16-40 ans.

Il y a le problème des enfants soldats, embrigadés dès leur plus jeune âge pour combattre (Irak, Liban, Palestine, Tchad, Afghanistan, Colombie pour ne citer que ceux-là), parfois drogués. Leur vie est détruite tant sur les plans physiques (accidents, blessures à vie, prostitution, exposition aux MST…) que psychologiques (traumatisme, confusion des notions de Bien et de Mal, perte des repères), dans une concentration de haine, de frustration et de vengeance. L’utilisation de la torture et de sévices ne faiblit pas non plus.

Nous-mêmes devons être très vigilants face aux dérives qui visent à banaliser le recours à des traitements cruels, inhumains, ou dégradants, notamment par des démocraties ; quand des Etats se mettent à utiliser les mêmes armes que les groupes armés pour les combattre, ce sont ces derniers qui ont gagné…

√ Quel message souhaitez-vous faire passer ? G.S : Il est indispensable de considérer le monde dans son ensemble en raison de l’interdépendance de chaque acte. On ne peut privilégier une action au détriment d’une autre car c’est partout qu’il faut agir. Pour la dignité humaine. www.amnesty.fr *AVRIL 2007 la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour défaillances dans la procédure d’asile à la frontière. MAI 2007 Human Rights Watch (HRW) épingle la France estimant que sa politique d’expulsions en matière anti terroriste « ne présente pas de garanties suffisantes » en matière de droits de l’Homme. ** » (…) les migrants, réfugiés compris, représenteraient en 2005 près de 200 millions de personnes (9,2 millions de réfugiés), soit près de 3 % de la population mondiale  » (Source www.fidh.org)