Migrations : Odysseia, d’Antoine D’Agata

Odysseia, du photographe Antoine d’Agata. Un travail exceptionnel sur et avec ceux que l’on appelle des migrants. À lire, voir, regarder, faire passer pour comprendre, s’interroger sur le pourquoi de ces odyssées d’hommes, de femmes et d’enfants ; sur les conséquences sur des vies individuelles et collectives. Et au-delà, sur un monde en (dés)équilibre où tout interagit.

Les discours de stigmatisation et de peur de l’Autre sont inacceptables tant humainement que politiquement, outre la méconnaissance apparente ou manifeste qu’ils traduisent ; ce, face au courage et aux souffrances passés, présents et à venir de ceux qui ont ces parcours, ces passages quand ils sont surmontés, ces voyages de survie. http://dagata.arte.tv/

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ODYSSEIA, d’Antoine D’agata
– le site : http://dagata.arte.tv/
– le livre : André Frère éditions, 192p., 32 €
http://www.andrefrereditions.com/livres/photographie/odysseia

A lire absolument également :
– l’enquête de Fabrizio Gatti : lire le post dédié Bilal, sur la route des clandestins, éd. Liana Levi/Piccolo
– l’ouvrage documentaire : Pour un autre regard sur les migrations (collectif), éd. La Découverte
et les fictions Ulysse from Bagdad, d’Éric-Emmanuel Schmidt, éd. Albin Michel ou Livre de Poche & Eldorado, de Laurent Gaudé, éd. Actes Sud.

À toutes fins utiles, je rappelle que tout ce qui est sur ce blog depuis 2007 relève de choix personnels,
sans aucune influence ni demande extérieure et moins encore avec une quelconque contrepartie !

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A LIRE : Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti

À la suite d’un énième (!) naufrage de personnes migrantes non loin de Lampedusa, le grand reporter italien Fabrizio Gatti appelle à soutenir dès maintenant une candidature de l’île italienne au prix Nobel de la paix (SIgner pour une candidature de Lampedusa au prix Nobel de la paix http://temi.repubblica.it).

Dans son livre Bilal sur la route des clandestins, il raconte le quotidien de ces hommes et femmes qui fuient les dangers de leur pays, quotidien qu’il a vécu à leurs côtés en se faisant passer pour l’un des leurs. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins
« Dans le Sahara, certaines nouvelles se propagent comme en l’an mil, portées par la voix des voyageurs. Ainsi faut-il voyager pour savoir ».

Fabrizio Gatti est grand reporter au sein de l’hebdomadaire italien L’Espresso. Depuis près de 20 ans, il s’investit en faveur du respect des droits fondamentaux et contre l’organisation internationale du crime. Engagé dans de nombreuses enquêtes en infiltré, il ne conçoit pas l’information sans l’épreuve des réalités et la rencontre de ceux qui les vivent ou les subissent. – Une conception du métier de plus en plus difficile à honorer tant à l’écrit qu’en photographie si l’on veut en vivre (ndlr). – Son livre Bilal a obtenu le prix Terzani* en 2008. Il a été réédité par les éditions Liana Levi fin 2010 en format poche. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins raconte des destins hors norme au travers du parcours de Fabrizio Gatti, l’homme, le journaliste qui s’est fait lui-même clandestin, du Sénégal à la Libye jusqu’à Lampedusa pour comprendre, mieux révéler, restituer et dénoncer l’inimaginable et l’inhumain. Les clandestins, ce sont ici des Africains qui fuient la guerre, la faim, la pauvreté, la survie pour ce qu’ils pensent être leur salut : un pays européen. En l’occurrence, l’Italie. Et par extension, une chance de travailler et d’aider leurs familles restées au pays. Entre lucidité cruelle, inconscience et espérance, ils se risquent à tenter de franchir des milliers de kilomètres dans des conditions dangereuses.

Pour y parvenir, ils quittent leurs proches, leur pays (Sénégal, Sierra Leone, Liberia, Nigéria, Togo, Côte d’Ivoire…) pour affronter le désert, la soif, la maladie, la mer, la mort et ceux – manipulés ou criminels – qui détiennent leur vie entre leurs mains : militaires, policiers, administrations, passeurs. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un scénario mélo. C’est à considérer très concrètement bien au-delà de ce qu’on peut entrevoir de façon parcellaire dans les médias : une réalité pour des centaines de milliers de personnes. Des millions si l’on considère ceux que l’on appelle les déplacés de force.

Racket, mauvais traitements, corruption et tortures sur le trajet et aux postes frontaliers, marchandisation de l’homme, « trafic humanitaire », machination dès les premières heures à parcourir qui se poursuit au gré des frontières… Tel est le quotidien vécu parfois sur des milliers de kilomètres : de Dakar à Kayes, Bamako, Gao et Niamey, en passant par Agadez, Dirkou jusqu’au camp de Gatrun avant Lampedusa, pour ceux qui y parviendront ou voudront y parvenir. Et une fois là-bas ?

En contrepoint, les accords tacites et/ou formels conclus sur plusieurs années entre le gouvernement Berlusconi et le colonel Khadafi, faisant de la Libye un rempart contre l’immigration clandestine, faisant de Lampedusa « l’engrenage central des déportations de masse mises en œuvre par l’Italie avec la complicité de l’Allemagne et de l’Union européenne (…) ».

Un livre essentiel et unique pour savoir. Pour reconsidérer la question des migrations forcées, car toutes ne le sont pas. Pour penser autrement ces migrations et faire en sorte que les migrants clandestins ne soient plus vus comme un danger mais avant tout comme des personnes en situation de danger. Les évolutions et les bouleversements du monde doivent être intégrés pour une cohabitation des situations partout et pour tous ; car ériger des barrières ne pourra qu’exacerber les injustices et les tensions, maintenir les précarités, lesquelles favorisent instabilité et insécurité locales et internationales.

Pour élargir le sujet – ne perdons pas de vue que tout est lié directement ou indirectement et le sera de plus en plus – le chômage, le mal logement, la fragilité sont dans nos murs ; la faim, la maladie, la guerre sont à nos portes. Quant aux révolutions en cours et à venir, si elles ouvrent la voie vers plus de démocratie et d’égalité des droits au prix de nombreuses vies, la chute de dirigeants n’est évidemment pas un remède instantané aux crises traversées depuis des décennies, d’où la poursuite notamment des migrations vers nos terres.

Malgré cela, ou à cause de cela tout reste encore possible, pourvu que l’on intègre l’idée que ce qui arrive aux autres pourraient nous arriver pour mieux le prévenir, l’éviter ou l’améliorer ; pourvu que l’on privilégie l’homme et son avenir en considérant à 360 ° les réalités locales et globales présentes ; pourvu que l’on cesse de renforcer le pouvoir de ceux qui prônent ou véhiculent des principes de peur, de haine ou d’exclusion de l’Autre, du Différent, de l’Étranger ; pourvu que le développement soit envisagé pour tous et avec tous et non pour une élite.

L’heure est définitivement à l’union, à l’humanité et à l’action pour aller vers le moins mal possible, pour tendre vers le mieux si ce n’est vers le meilleur. Au moins essayer.

* prix littéraire international, du nom de Tiziano Terzani, journaliste et écrivain italien.

Bilal sur la route des clandestins. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €

Post À lire : l’enquête de Fabrizio Gatti publié initialement en mai 2011.

A LIRE : L’enquête de Fabrizio Gatti

« Dans le Sahara, certaines nouvelles se propagent comme en l’an mil, portées par la voix des voyageurs. Ainsi faut-il voyager pour savoir ».

Fabrizio Gatti est grand reporter au sein de l’hebdomadaire italien L’Espresso. Depuis près de 20 ans, il s’investit en faveur du respect des droits fondamentaux et contre l’organisation internationale du crime. Engagé dans de nombreuses enquêtes en infiltré, il ne conçoit pas l’information sans l’épreuve des réalités et la rencontre de ceux qui les vivent ou les subissent. – Une conception du métier de plus en plus difficile à honorer tant à l’écrit qu’en photographie si l’on veut en vivre (ndlr). – Son livre Bilal a obtenu le prix Terzani* en 2008. Il a été réédité par les éditions Liana Levi fin 2010 en format poche. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins raconte des destins hors norme au travers du parcours de Fabrizio Gatti, l’homme, le journaliste qui s’est fait lui-même clandestin, du Sénégal à la Libye jusqu’à Lampedusa pour comprendre, mieux révéler, restituer et dénoncer l’inimaginable et l’inhumain. Les clandestins, ce sont ici des Africains qui fuient la guerre, la faim, la pauvreté, la survie pour ce qu’ils pensent être leur salut : un pays européen. En l’occurrence, l’Italie. Et par extension, une chance de travailler et d’aider leurs familles restées au pays. Entre lucidité cruelle, inconscience et espérance, ils se risquent à tenter de franchir des milliers de kilomètres dans des conditions dangereuses.

Pour y parvenir, ils quittent leurs proches, leur pays (Sénégal, Sierra Leone, Liberia, Nigéria, Togo, Côte d’Ivoire…) pour affronter le désert, la soif, la maladie, la mer, la mort et ceux – manipulés ou criminels – qui détiennent leur vie entre leurs mains : militaires, policiers, administrations, passeurs. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un scénario mélo. C’est à considérer très concrètement bien au-delà de ce qu’on peut entrevoir de façon parcellaire dans les médias : une réalité pour des centaines de milliers de personnes. Des millions si l’on considère ceux que l’on appelle les déplacés de force.

Racket, mauvais traitements, corruption et tortures sur le trajet et aux postes frontaliers, marchandisation de l’homme, « trafic humanitaire », machination dès les premières heures à parcourir qui se poursuit au gré des frontières… Tel est le quotidien vécu parfois sur des milliers de kilomètres : de Dakar à Kayes, Bamako, Gao et Niamey, en passant par Agadez, Dirkou jusqu’au camp de Gatrun avant Lampedusa, pour ceux qui y parviendront ou voudront y parvenir. Et une fois là-bas ?

En contrepoint, les accords tacites et/ou formels conclus sur plusieurs années entre le gouvernement Berlusconi et le colonel Khadafi, faisant de la Libye un rempart contre l’immigration clandestine, faisant de Lampedusa « l’engrenage central des déportations de masse mises en œuvre par l’Italie avec la complicité de l’Allemagne et de l’Union européenne (…) ».

Un livre essentiel et unique pour savoir. Pour reconsidérer la question des migrations forcées, car toutes ne le sont pas. Pour penser autrement ces migrations et faire en sorte que les migrants clandestins ne soient plus vus comme un danger mais avant tout comme des personnes en situation de danger. Les évolutions et les bouleversements du monde doivent être intégrés pour une cohabitation des situations partout et pour tous ; car ériger des barrières ne pourra qu’exacerber les injustices et les tensions, maintenir les précarités, lesquelles favorisent instabilité et insécurité locales et internationales.

Pour élargir le sujet – ne perdons pas de vue que tout est lié directement ou indirectement et le sera de plus en plus – le chômage, le mal logement, la fragilité sont dans nos murs ; la faim, la maladie, la guerre sont à nos portes. Quant aux révolutions en cours et à venir, si elles ouvrent la voie vers plus de démocratie et d’égalité des droits au prix de nombreuses vies, la chute de dirigeants n’est évidemment pas un remède instantané aux crises traversées depuis des décennies, d’où la poursuite notamment des migrations vers nos terres.

Malgré cela, ou à cause de cela tout reste encore possible, pourvu que l’on intègre l’idée que ce qui arrive aux autres pourraient nous arriver pour mieux le prévenir, l’éviter ou l’améliorer ; pourvu que l’on privilégie l’homme et son avenir en considérant à 360 ° les réalités locales et globales présentes ; pourvu que l’on cesse de renforcer le pouvoir de ceux qui prônent ou véhiculent des principes de peur, de haine ou d’exclusion de l’Autre, du Différent, de l’Étranger ; pourvu que le développement soit envisagé pour tous et avec tous et non pour une élite.

L’heure est définitivement à l’union, à l’humanité et à l’action pour aller vers le moins mal possible, pour tendre vers le mieux si ce n’est vers le meilleur. Au moins essayer.

* prix littéraire international, du nom de Tiziano Terzani, journaliste et écrivain italien.

Bilal sur la route des clandestins. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €

Amnesty international : le droit à la vie

En marge de la Journée mondiale des Réfugiés et dans le cadre de la sortie du rapport annuel d’Amnesty International, Geneviève Sevrin, présidente d’Amnesty International France fait le bilan.

√ En ouverture de votre bilan annuel, vous alertez sur un climat d’insécurité, et ce que vous appelez une politique de la peur, la peur de l’Autre notamment… Geneviève Sevrin : On ne peut en effet ignorer que notre monde est soumis à des éléments qui mettent en péril son devenir et celui de ses habitants. Terrorisme et attentats, pollution, dérèglements et catastrophes climatiques, pauvreté dominante et galopante, épuisement de l’eau, famines, conflits, maladies… Tout cela crée implicitement un contexte de peur.

Mais au-delà, les gouvernements jouent de plus en plus sur ce sentiment de peur exacerbé depuis LE  » 11 Septembre  » pour mettre en place voire imposer des mesures sécuritaires, des lois qui tendent vers la restriction et le contrôle des libertés individuelles (d’expression, d’association…), vers la violation des droits humains dans leur ensemble. Pour ne donner que quelques exemples, c’est l’Australie qui parque sur une île les boat people et renvoie les immigrés dans leur pays d’origine, ce sont les Etats-Unis avec le très dénoncé Patriot act, les abus de Guantanamo, les bavures en Irak.

En France*, l’assimilation entre les notions de flux migratoires et de demandeurs d’asile** restreint considérablement les possibilités d’entrer sur le territoire. Le possible passage de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) sous la tutelle du nouveau ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, nous fait craindre pour l’indépendance de cet organisme, chargé d’accorder ou non le statut de réfugié.

Concernant ce dernier point, on constate qu’un climat de peur de l’Autre se développe insidieusement, tendant à associer un étranger à un clandestin, à un envahisseur et donc à un danger potentiel. D’une part c’est hypocrite, particulièrement si l’on s’en tient au système d’une immigration choisie. D’autre part, c’est dangereux pour le principe d’égalité entre les êtres humains, dans un pays où la mixité culturelle et sociale est pourtant constitutive.

Enfin, il faut savoir qu’il existe un principe de non refoulement qui interdit l’expulsion d’une personne dans des Etats  »  sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Sous couvert de notion de  » pays sûr « , se met paradoxalement en place en régime fondé sur la défiance, la haine alors que les valeurs de confiance, de tolérance et de solidarité devraient en être les référants clés. Il convient de rappeler que le droit d’asile est souvent le seul droit qui reste à un être humain quand tous les autres sont violés.

√ D’un point de vue général, quelles sont les points forts de l’année 2006 dans la lutte pour le maintien des droits humains ? G.S : La situation reste globalement très critique et d’autant plus préoccupante que les violations des droits humains se mondialisent. Pour commencer par les points positifs, on remarque des avancées encourageantes en ce qui concerne la justice, les armes et l’abolition de la peine de mort. La mise en place de la Cour pénale Internationale qui comme vous le savez a pouvoir en matière de crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, commence à porter ses fruits. Ainsi des enquêtes sont initiées en Ouganda, en RDC et au Darfour. La création d’un tribunal international pour juger les présumés assassins de Rafic Hariri est en cours au Liban, et à la Haye, le tribunal spécial pour la Sierra Léone a commencé à juger Charles Taylor. Hissène Habré devrait aussi être jugé prochainement. Tout ceci est la preuve d’une amorce de changement.

Une autre victoire des O.N.G est relative au vote en faveur d’un Traité international sur le contrôle des armes classiques fin 2006. Le principe de la création d’un tel traité a été adopté par 139 pays, et il est essentiel dans la lutte engagée contre la prolifération et l’utilisation des armes dites légères, lesquelles sont à l’origine du plus grand nombre de tués aujourd’hui lors de conflits et sont au cœur d’importants trafics.

Concernant la peine de mort enfin, une majorité d’Etats est aujourd’hui abolitionniste. De plus en plus d’Etats instaurent des moratoires, des mouvements abolitionnistes se développent notamment aux Etats-Unis et l’idée de l’abolition progresse aussi en Chine. L’approche évolue également, puisqu’on ne demande plus aujourd’hui aux ONG abolitionnistes de se justifier sur les motivations de leurs actions mais aux Etats de se justifier sur le pourquoi du maintien de la peine de mort au sein de leurs frontières. Notre objectif est l’abolition universelle mais la route est encore longue. En ce sens, il est indispensable que Ban Ki-moon poursuive l’action de Kofi Annan et ne fasse pas machine arrière (Ban Ki-moon avait en effet précisé que la peine capitale  » restait la décision de chacun des pays membres « ).

√ Vous mettez en avant le net recul du  » droit à la vie  » : G.S : Les droits les plus vitaux et les plus élémentaires continuent chaque jour d’être bafoués. Droits civils et politiques, humains, culturels et économiques (accès aux soins, à un logement…) y compris dans les pays occidentaux. La situation des femmes et des enfants est très alarmante. Ce sont les premières victimes des inégalités et de la discrimination, dans la vie de tous les jours comme lors des conflits armés.

Les femmes sont en effet très exposées dans les conflits (le viol est utilisé comme une arme de guerre) ; dans certains pays d’Asie, des crimes  » d’honneur  » sont commis par centaines de milliers. Les mariages forcés continuent à exister, de même que se poursuit la traite des êtres humains à des fins de prostitution (on se souvient des 20 000 femmes prostituées à l’occasion des J.O d’Athènes, et de celles  » offertes  » aux visiteurs lors de la coupe du Monde de football à Berlin en 2006). Sans oublier les violences domestiques, une des premières causes de décès et de handicap en Europe chez les 16-40 ans.

Il y a le problème des enfants soldats, embrigadés dès leur plus jeune âge pour combattre (Irak, Liban, Palestine, Tchad, Afghanistan, Colombie pour ne citer que ceux-là), parfois drogués. Leur vie est détruite tant sur les plans physiques (accidents, blessures à vie, prostitution, exposition aux MST…) que psychologiques (traumatisme, confusion des notions de Bien et de Mal, perte des repères), dans une concentration de haine, de frustration et de vengeance. L’utilisation de la torture et de sévices ne faiblit pas non plus.

Nous-mêmes devons être très vigilants face aux dérives qui visent à banaliser le recours à des traitements cruels, inhumains, ou dégradants, notamment par des démocraties ; quand des Etats se mettent à utiliser les mêmes armes que les groupes armés pour les combattre, ce sont ces derniers qui ont gagné…

√ Quel message souhaitez-vous faire passer ? G.S : Il est indispensable de considérer le monde dans son ensemble en raison de l’interdépendance de chaque acte. On ne peut privilégier une action au détriment d’une autre car c’est partout qu’il faut agir. Pour la dignité humaine. www.amnesty.fr *AVRIL 2007 la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour défaillances dans la procédure d’asile à la frontière. MAI 2007 Human Rights Watch (HRW) épingle la France estimant que sa politique d’expulsions en matière anti terroriste « ne présente pas de garanties suffisantes » en matière de droits de l’Homme. ** » (…) les migrants, réfugiés compris, représenteraient en 2005 près de 200 millions de personnes (9,2 millions de réfugiés), soit près de 3 % de la population mondiale  » (Source www.fidh.org)

Migrations & droits de l’Homme

Dans le cadre du 36e Congrès de la FIDH (Lisbonne 19-25 avril), s’est tenu le Forum Migrations et Droits de l’Homme. Son objectif :
– informer de la situation des migrants et des flux migratoires dans le monde.
– dénoncer les violations des droits de l’Homme et agir en faveur du respect de ces mêmes droits.

– alerter et impliquer les dirigeants, comme le grand public, sur la nécessité de mettre en place ou de renforcer une politique de protection des migrants dans les terres d’accueil.

Quelques données clés
Les flux ont augmenté de 50% en 25 ans mais concernent environ 3% de la population mondiale. Toutes les régions du monde sont concernées, avec des évolutions mixtes : une terre d’accueil peut se retrouver pays d’émigration ou de passage et inversement. Les principales zones d’accueil sont les Etats-Unis, l’Europe occidentale et l’Australie mais aussi les pays pétroliers, le Japon et les Quatre Dragons.

De plus, et parallèlement à ce qui est ancré dans les esprits, les migrations ne se limitent plus aux flux Nord-Sud. Le phénomène Sud-Sud s’amplifie, notamment en raison du durcissement des conditions d’entrée en Europe mais aussi des conflits locaux et des déplacements de populations.

Principaux motifs de migration
De façon très schématique. Plusieurs motifs peuvent en effet être implicitement liés : les pays en guerre et/ou dont le régime politique est dit « fort » sont aussi souvent ceux qui sont touchés par une situation économique plus que précaire, des phénomènes climatiques aggravants, la faim, la maladie…

– 40 % quittent leur pays pour trouver un emploi, principalement vers les grandes métropoles.
– 60 % pour des raisons politiques (conflits, régime en vigueur, persécutions), écoclimatiques (sécheresse, catastrophes naturelles), alimentaires et sanitaires (famine, épidémies) et une minorité – en hausse cependant – pour faire des études ou suivre sa famille.

Spécificités
Environ 50 % des migrants seraient des femmes, lesquelles se déplacent de plus en plus souvent seules. D’une part en raison de la possibilité d’accéder à des emplois considérés comme  » féminins  » (emplois dits domestiques et liés à la personne, au sexe…). D’autre part en lien avec la prise de conscience de leurs droits.

Conséquences
Encore et toujours la violation des droits de l’Homme, et ceux des migrants en particulier. Une situation illustrée notamment par la hausse de la traite des humains (qui concerne officiellement plus de 500 000 personnes par an, essentiellement des femmes et des enfants au sein ou en dehors du pays d’origine, et représente la 3e source de revenus illicites dans le monde) et d’une forme d’esclavage  » moderne  » qui n’a de moderne que l’époque. Par extansion, la violence, la discrimination et les inégalités.


Egalement, l’insécurité tant dans les pays d’accueil qui tendent parfois à diaboliser la notion même d’immigration et favorisent indirectement des attitudes xénophobes ou racistes, que dans les pays d’origine où se développe un commerce lié à l’émigration clandestine. Le syndrome de « l’immigration jetable » (ou que faire quand on a fini de combler les besoins d’une démographie déficiente ou d’une main d’oeuvre bon marché?). Les expulsions arbitraires mettant en danger les migrants forcés de retourner dans leur pays d’origine.

La question centrale est d’envergure internationale : le respect des droits de ces nouveaux arrivants dans une nation, conformément à la législation internationale en vigueur, et la mise en place d’un statut légal local.