Stanley Greene : hommage

ON DOIT PRENDRE DES PHOTOS AVEC LE CŒUR, PAS AVEC LA TÊTE.

L’immense photographe Stanley Greene nous a quittés cette nuit. Un homme qui a tout donné et tout sacrifié pour témoigner et informer. Un homme sans concession, révolté par l’inhumanité. Un combattant engagé dans une démarche éthique fondée sur la vérité, la réalité, la mémoire, l’homme. Quelqu’un que l’on aimait autant voir qu’écouter.

Né en 1949, photographe dit “ de guerre ”après avoir été notamment photographe de mode, Stanley Greene était surtout un photographe de la vie. D’une certaine vie, qui un jour dérape pour sombrer, faire sombrer dans le chaos, la douleur, la violence, la domination, la soumission, la mort. Au-delà du pire scénario. Car là, c’est bien le monde réel qui s’affiche, un monde contemporain “ plus d’actualité que jamais ” selon la dérisoire formule consacrée : celui d’êtres humains déchainés de haine, de pouvoir, ou soumis à la barbarie la plus insupportable, la plus inimaginable. Ce monde rempli ici ou là d’atrocités, de celles qui deviennent paradoxalement, ironiquement historiques.

Cofondateur de NOOR images, récompensé par de nombreuses distinctions photographiques, Stanley Greene a couvert les conflits pendant près de 30 ans, guidé par cette insatiable quête – “ Essayer de comprendre pourquoi les humains se comportent de cette façon (…), aller où c’est en train de se passer pour comprendre.”  – et cet état extatique dans lequel on se retrouve quand on sait que c’est là qu’on doit être. S’oublier, faire corps avec ce qui vous entoure, prendre des photos, vivre. Et garder vivant ce que d’autres aimeraient mieux cacher, oublier. Quitte à y perdre chaque fois un peu de soi-même. La vérité exige du courage. La vérité, quelle qu’elle soit, a toujours un prix.

Pour mieux comprendre, il faut regarder encore et encore ses photographies en noir et blanc (pour la plupart), celles qui traversent Black Passport par exemple. Un carnet de bord publié en 2009 avec, en fil rouge, les questionnements, les sentiments de Stanley Greene, et des repères personnels toujours intenses, perturbés ou perturbants, justes et honnêtes. Trente ans de vie en textes et en images traversée par ses débuts, la mode, San Francisco ; ces femmes lumineuses qui ont compté et surtout ces conflits qui marquent au fer rouge. Sud Soudan, Caroline, Zaïre, Tchétchénie, Asya, Moscou, Anna, Irak, Afghanistan… composent 26 scènes de vie, d’amour, de photographie. Parce que le photographe de guerre n’est pas un héros, mais avant tout un homme ; “ un papillon de nuit – je le cite – qui se jette dans les flammes.

Stanley Greene a tout donné et tout sacrifié pour informer, plaider, être auprès de ceux qui vivent des violences inouïes. Lors d’un entretien très intense paru dans Polka magazine en septembre 2016, il confiait à Dimitri Beck : « C’est comme si j’avais passé un pacte avec le diable pour essayer de mener à bien ma carrière. Mais il m’a dépouillé, a pris mon argent, ma vie personnelle, ma santé. Tout. (…) Mais je ne regrette rien. »

Référence absolue de la photographie, il était d’une présence sensible, généreuse et magnétique. iI nous laisse un héritage photographique et moral exceptionnel ; des images qui nous  » collent au mur » ; cette nécessité impérative pour nous, photographes, de « savoir pourquoi on prend les photos » et des étincelles de passion à partager pour résister encore.


> Stanley Greene/NOOR images
http://noorimages.com/photographer/greene/
> Black Passport. Schilt Publishing (édition originale) & Textuel (version française). 170 x 225 mm. 288 p. 45 €.

 VOIR, ÉCOUTER

 

Publicités

EXPO Vivre avec le VIH, à Chalon/Saône

L’exposition extraite du reportage que j’ai effectué sur la vie avec le VIH-Sida pendant plusieurs mois (télécharger pdf de la présentation) poursuit son chemin. Après plusieurs diffusions en 2010 (voir onglet Expos), elle est à la mairie de Chalon-sur-Saône du 1er au 22 29 avril. Elle est par ailleurs intégrée à la programmation de la semaine de lutte contre les discriminations de la Ville, qui se tiendra du 11 au 16 avril.

Je remercie à nouveau les nombreux patients et les membres de l’équipe médicale du service Immunologie de l’HEGP/AP-HP pour leur confiance et leur aide, et tous ceux qui me soutiennent via la diffusion de ce projet.

Je suis sur un autre sujet depuis plusieurs mois, retour au film noir et blanc cette fois. A suivre.

Extrait du reportage Vivre avec le vih-sida ©Virginie de Galzain

Mairie de Chalon/Saône : 03 85 90 50 50. Tirages d’exposition : PICTO Bastille/Paris. Parrainage : association internationale de photographie sociale Sophot/Pour que l’esprit vive. Contact vdegalzain.gmail.com

PHOTO_47, portraits d’insurgés. De Pierrot Men & Raharimanana

Les photographies, textes et recueils de témoignages présentés sur ce blog ne sont pas libres de droits. Photos reçues de Pierrot Men et mises en ligne avec son accord.

Un papier que je publie à nouveau sur une expo à voir absolument si vous passez par Avignon d’ici au 29 juillet. De mémoire, peu de retours presse dessus (hors « remaniement » de dossier de presse ?) ce qui est absolument insensé compte tenu du niveau, de la qualité, de la sensibilité de l’événement ; de la force et de l’intérêt du thème, des photos et Lire la suite de « PHOTO_47, portraits d’insurgés. De Pierrot Men & Raharimanana »

PHOTO : Ricardo Rangel n’est plus

Le photojournaliste mozambiquais Ricardo Rangel est décédé jeudi dernier à l’âge de 85 ans. Né en 1924, il met un premier pied dans l’univers de la photo en entretenant la chambre noire d’un chasseur d’éléphants également photographe, avant de travailler pendant près de 10 ans comme tireur au sein du studio Focus, pour Le Noticias, le Guardian Lire la suite de « PHOTO : Ricardo Rangel n’est plus »