Inceste et violences sexuelles sur mineurs : l’urgence d’agir

– Interview et photos ©Virginie de Galzain

Silence, on viole. En France, au moins 4 millions de personnes ont été victimes d’inceste. Et on estime qu’un enfant est victime de viol ou de violences sexuelles toutes les 3 minutes dans notre pays. Une vérité inacceptable qui révèle un déni de réalité et des défaillances très graves en matière de protection, de prévention, de justice et d’accès aux soins. Une « bombe à fragmentation » qui ravage tout à l’intérieur comme à l’extérieur de soi, de façon immédiate et à retardement.

Plusieurs départements de la moitié Nord de l’Hexagone et d’Outre-Mer sont parmi les plus touchés. Engagée, Christine Visnelda Douzain est psychiatre responsable de l’Unité de psychotrauma et centre de ressources NOE (Nord-Ouest-Est) de La Réunion (EPSMR de Cambaie). Depuis plus de 20 ans, elle soigne et accompagne des femmes, des hommes, des enfants qui ont été victimes d’inceste et de violences sexuelles, qui ont grandi avec ces traumatismes à vie. Lors d’une interview qu’elle a bien voulu m’accorder, Christine Visnelda Douzain brise le silence. Elle alerte sur les détresses vécues, leurs conséquences et les urgences vitales de ce combat sanitaire et humain. Elle rappelle qu’il est possible de « dire », de se faire aider, soigner. Elle nous parle aussi d’un projet culturel de sensibilisation innovant : la pièce Quelque chose, en cours de déploiement à La Réunion.

* * *

GENÈSE D’UN ENGAGEMENT
Christine Visnelda Douzain : « Je suis venue à La Réunion juste après ma thèse de doctorat et mon diplôme d’études spécialisées (DES) de psychiatrie. J’ai commencé à travailler au Service médico psychologique régional (SMPR), une structure hospitalière et unité à vocation psychiatrique destinée à soigner et accompagner les détenus au sein des prisons. Là, j’ai découvert que beaucoup de personnes – des homme à 90% – étaient incarcérées pour avoir commis viols et inceste ; et qu’eux-mêmes avaient été victimes de violences, de maltraitances et de carences affectives graves. À l’époque, je me souviens m’être notamment demandé pourquoi je n’avais rencontré qu’une victime en quatre ans de spécialisation. La réponse est venue rapidement.

Je suis ensuite partie m’occuper d’une unité qui proposait 50% d’accueil d’urgences psychiatriques et 50% de travail auprès de personnes souffrant de problèmes liés à la dépendance à l’alcool qui cachaient parfois une souffrance plus ancienne et profonde. Peu à peu, tout s’est mis en place et j’ai intégré pendant 18 ans la Cellule d’urgence médico psychologique (CUMP) dont je suis devenue responsable. En 2005, une consultation en psychotrauma est créée dans le nord de l’Île pour offrir un suivi sur du plus long terme. Puis une autre dans le Sud. L’ensemble des rencontres faites sur le terrain et le dispositif de la CUMP ont guidé ma spécialisation dans le trauma et mes engagements médicaux et humains.

INCESTE ET VIOLENCES SEXUELLES : TOUS CONCERNÉS
C.V-D. : Dès la première année, nous accueillons à l’unité des patients qui ont subi majoritairement des violences sexuelles dans l’enfance, essentiellement des femmes. Cela ne va jamais cesser d’augmenter (jusqu’à 60% aujourd’hui), sans que nous ayons eu une stratégie de soins orientée en ce sens (au départ). Nous n’avions en effet pas conscience de l’ampleur du problème à cette époque. Les femmes que nous recevons – et de plus en plus les hommes – viennent spontanément ou nous sont adressées par des professionnels de santé, du réseau associatif ou du champ social. Ces personnes sont de tout âge, de toute condition et de toute origine sociale. La moyenne a entre 30 ans et 50 ans et 90% d’entre elles ont été victimes d’inceste. Nous suivons aussi des enfants, parfois dès l’âge de 4 ans, parfois plus jeunes.

Dans le récit des personnes accueillies, on se rend compte que, où qu’elles vivent, trouver un lieu de soin ou d’écoute approprié est un parcours du combattant. Que ce soit chez leur médecin, le gynécologue ou le pédiatre par exemple, elles ont l’impression que l’on passe à côté de leurs signaux d’alerte ou qu’elles ne sont pas prises au sérieux. Faute de formation suffisante pour détecter, soigner ou a minima orienter, le corps médical se sent la plupart du temps impuissant et ne fait pas par peur de faire mal. Parfois, il va orienter vers un psychiatre qui va faire un diagnostic non conforme et aggravant. Une situation d’autant plus alarmante que ce sujet est tabou.

evocation©Virginie de Galzain

DES ANNÉES AVANT D’OSER « DIRE »
C.V-D. : Il faut savoir qu’entre le premier viol et l’aveu, il se passe en moyenne 16 ans. Longtemps, les victimes – femmes et hommes – ont été dans le silence, que ce soit pour trouver une écoute ou parce qu’elles ont « fait avec » par force. D’autres ont ressenti des souffrances trop immenses pour réagir, une forme de vide, de « blanc » – à l’instar des personnes souffrant de stress post-traumatique – qui les empêchaient d’avoir accès à l’ensemble de ce qui s’était passé. Quand elles arrivent dans le service, elles sont un peu plus « prêtes » à tenter d’affronter les horreurs vécues car elles ont un socle de ressources (études, travail, entourage, vie amoureuse) qui leur donne une meilleure estime d’elles-mêmes. Un des cas fréquents de consultation est l’attente d’un bébé car c’est une période où l’on se pose des questions et où tout remonte à la surface : « Est-ce que je vais être une bonne mère ? Est-ce qu’ »il »/ »elle », va être un bon père/une bonne mère ? Est-ce que ce que j’ai subi risque de se reproduire ? Comment l’empêcher ? ».

Quant aux adolescents, ils sont dans un double processus : à la fois parler puis vite refermer la porte et oublier. Or, oublier est impossible car les violences sexuelles marquent fortement dans son intimité, mettent en péril la structuration psychique. On peut en revanche apprendre à vivre avec ce traumatisme le mieux possible, pourvu que l’on soit bien accompagné.

Le chemin de la parole est très long car le poids de la honte, un sentiment puissant de culpabilité voire de responsabilité (!), la protection paradoxale de la famille, l’âge de l’enfant sont autant de freins qui enferment dans une prison intérieure ; qui empêchent de nommer la souffrance ; qui obligent l’enfant à faire un choix entre lui et l’agresseur, entre lui et la famille aussi. Car révéler, c’est prendre le risque de voir cette dernière voler en éclat. Or, pour ces victimes, pendant longtemps, mieux vaut une illusion de famille que le rejet et la solitude. Mais dans l’histoire, c’est l’agresseur qui est gagnant.

UNE DESTRUCTION DE L’ENFANT ET DE LA FAMILLE
C.V-D. : La plupart des viols sur mineurs sont des incestes (viol par le père, la mère, un frère, un oncle…) ou considérés comme tels par les victimes car ces violeurs font partie intégrante du cercle familial et peuvent même remplacer un parent (amis, voisins très proches, ceux que l’on appelle affectueusement les tontons et les tatis, etc). Contrairement aux idées reçues, les actes incestueux sont souvent commis sur des enfants très jeunes, vers 6 ans voire plus jeunes parfois. Cela peut se produire n’importe quand, pendant une fête de famille, à l’écart dans un bois, dans une voiture, pendant que l’un des parents est au travail ou dort. Cela peut durer 5 ans, 10 ans et toucher plusieurs générations de suite, avec très peu de cas de condamnation.

Cet acte d’une grande violence attaque non seulement l’enfant mais l’ensemble de la famille. Il y a une volonté de destruction de l’autre, physiquement et psychiquement. Ce, avec une forte emprise et des stratégies pour faire taire l’enfant, du faux « sentimentalisme » à la menace. « Tu ne veux pas me faire de la peine ? C’est notre secret. Si tu en parles, j’irai en prison. Cela ferait du mal à ta mère. Tu n’es rien sans moi. Si tu refuses, j’irai voir ton petit frère, ta petite sœur. Si tu parles, je te tue… ». C’est ainsi que 5, 10, 20 ans plus tard, on se retrouve face à des adultes qui révèlent ce qui s’est passé comme des enfants terrorisés.

L’agression isole l’enfant que ce soit au propre ou au figuré. Car même s’il ne le réalise pas tout de suite, il sent rapidement que quelque chose de violent s’est passé avec une grande terreur, le sentiment d’être sali, la honte. On lui fait croire que tout cela est normal et là tout s’écroule. Ceux qu’il aime plus que tout, qui représentaient la protection et la sécurité sont devenus des dangers ; la maison n’est plus un refuge mais un lieu de peurs constantes. Tout ceci s’aggrave si la mère ou la personne à laquelle on va essayer de « dire » ne vous protège pas de cette situation, fait semblant de ne rien remarquer. Soit elle croit l’enfant mais lui interdit de parler : « Tu vas nous faire honte. Personne ne doit savoir ». Soit elle rejette ce qui se passe et dénie l’enfant dans son intégrité et sa condition : « Tu es folle ! Tu es nulle ! Tu l’as aguiché ». Les enfants peuvent développer un rejet très violent vis à vis de celle ou celui qui n’a pas su ou qui a refusé de les protéger. Ce sont des douleurs immenses et souvent irréparables.

DES CONSÉQUENCES GRAVES POUR LA SANTÉ
C.V-D. : Les violences sexuelles sont une négation totale de l’être humain. Les conséquences sur la santé mentale et physiques sont immenses à court, moyen et long terme. Et plus les violences sexuelles sont subies jeunes, plus les conséquences vont être graves. Sachant qu’elles sont souvent précédées par des carences affectives, maltraitance psychologique, violences physiques. Tout est fait pour que l’enfant soit déjà conditionné à se soumettre.

Physiquement, on grandit comme un objet dont les adultes font ce qu’ils veulent ; on vit dans la peur que cela recommence ; on revoit les images de ce qui s’est passé ; on a mal partout. Il peut alors y avoir de nombreuses régressions, la chute de résultats scolaires ou un surinvestissement, des comportements inexpliqués. À l’adolescence, cela peut se manifester par des mises en danger de soi tant le corps est devenu une sorte de déchet : des addictions, mutilations, relations sexuelles non protégées voire prostitution, anorexie et boulimie avec perte de règles, des agressions… La drogue ou l’alcool, expérimentés comme des façons d’oublier, vont en effet favoriser des pertes de contrôle de soi qui peuvent générer des passages à l’acte où l’agressé devient agresseur. À long terme, la personne peut développer des déficits immunitaires, des troubles hormonaux multiples, des maladies qui se répètent. Le corps a la mémoire des événements et réagit de façon destructrice à chaque connexion.

Psychologiquement, cela crée une image de soi très dégradée, voire un anéantissement. On ne vaut rien. On n’est rien. Le manque de confiance par peur d’être trahi ou détruit à nouveau complique ou entrave les relations amicales, familiales, amoureuses. Angoisse, dépression et tentatives de suicide, troubles dissociatifs de l’identité peuvent apparaître ; des obsessions et des phobies, des rejets et des refus, l’aversion d’être touché, des réactions émotionnelles disproportionnées…
Entendons-nous bien : c’est la concordance, la récurrence, la durée de nombreux signes – lesquels peuvent être liés à des réalités, des mal-être qui ne sont pas spécifiques de l’inceste – qui doivent a minima alerter.

En substance, c’est toute la lecture du monde qui est faussée car elle est déduite d’une expérience de négation de l’être humain dans toute son acception. C’est une blessure à vie avec des réactions qui vont dépendre du cadre de vie, de la structure affective, des blocages intérieurs. Il faut énormément de temps pour reconstruire une sécurité intérieure. C’est pourquoi il est urgent de mettre en place actions et prévention dès le plus jeune âge.

evocation 4©Virginie de Galzain

POLITIQUE DE SANTÉ PUBLIQUE : IL FAUT AGIR !
C.V-D. : La santé mentale est sous-dotée partout et plus encore à La Réunion. Pourtant, on sait. On a des ouvrages et études très documentées comme celles de Muriel Salmona(1) ; et Violaine Guérin(2) a notamment référencé d’autres études sur les conséquences somatiques. Qu’attend-on ?

Aujourd’hui, il n’y a pas, selon moi, de politique de santé nationale ou locale forte et satisfaisante compte tenu de la gravité et de l’ampleur de ce problème qui concerne tout le monde. Quelle société constituons-nous pour ne pas protéger nos enfants ? Pour ne pas être en mesure de soigner les personnes agressées ? Pour continuer à fermer les yeux ? Ces enfants sont des fantômes, des victimes silencieuses. C’est donc facile de les oublier d’autant que c’est insupportable à regarder en face. Des vies humaines sont en danger : environ 1 enfant mineur est violé ou y est exposé toutes les 3 minutes en France. Au moins 4 millions de personnes ont été victimes d’inceste dans notre pays dans l’impunité la plus totale.

Il s’agit de réparer des millions d’enfants devenus des hommes et des femmes qui ont des blessures immenses et doivent continuer à vivre. De permettre l’accès aux soins dans des conditions et des qualités d’accueil décentes et dignes pour tous. À ce titre, on manque d’unités spécialisées, de professionnels spécialisés et sensibilisés : il s’agit donc de former en qualité et en quantité du personnel médical, ainsi que du personnel socio-éducatif. Qu’il y ait aussi ce réflexe qui nous oblige de soucis de sécurité du patient, et plus encore des enfants. Cela suppose de disposer d’un panel d’outils larges car la reconstruction passe également par l’art, le sport, la thérapie et tous les acteurs doivent interagir.

Il est aussi urgent que la politique soit du côté de la prévention et d’une vision à long terme, pas en one shot. Elle doit avoir lieu à tous les niveaux de la société : dans les écoles, en renforçant la formation des enseignants qui doivent offrir aux élèves des sessions d’éducation à la vie affective et sexuelle (même si ce terme me semble inapproprié dans le primaire) et d’éducation morale et civique (lois, consentement, respect de l’autre..) ; avec un outil de théâtre forum* par exemple, et des animations adaptées aux plus petits ; avec des brochures pédagogiques dans les lieux de vie des familles. Ce sont des outils faciles à mettre en œuvre. Un enfant qui a entendu plusieurs fois que « Non, ça ne fait pas partie des choses normales », va davantage se sentir autorisé à dire « Non » à son tour ou à révéler ce qui lui est arrivé, souvent aux enseignants précités. Et plus la parole est révélée tôt, plus la prise en charge est rapide et mieux on limite les conséquences graves à court, moyen et long terme. Sachant que les temps d’attente pour un premier rendez-vous peuvent être un peu longs. Aucun enfant ne devrait se trouver en situation de dire « Non » à cela. Ce n’est pas à l’enfant de dire « Non » !

DÉTECTER LES VIOLENCES SEXUELLES, SE FAIRE AIDER : C’EST POSSIBLE
C.V-D. : C’est très difficile de détecter en raison des pressions faites sur les enfants, de leur âge, de leur dépendance affective et des familles aux apparences trompeuses. Il y a des familles qui ont l’air « normales » et c’est un proche qui va donner l’alerte. Il y a aussi des familles « forteresses », celles que l’on envie, où tout semble aller pour le mieux avec une unité apparente très forte. Mais personne n’y rentre, les enfants ne reçoivent pas de copains à la maison et l’agresseur est le maître. À l’inverse, des structures plus « défaillantes » vont attirer l’attention avec des difficultés de vie qui fragilisent, des enfants qui n’ont pas ce dont ils ont besoin, voire d’autres violences.

Il y a cependant une première approche très simple qui consiste à évoquer le sujet, à poser des questions, on a le droit de le faire, avec le plus de délicatesse possible : « Comment ça se passe à la maison ? À l’école ? Est-ce qu’il y a quelque chose de particulier qui s’est passé ? Est-ce que quelqu’un t’a fait du mal ? ». Puis à écouter sans influencer. Créer un contexte favorable à la confiance et à la parole est fondamental.

Il faut aller vers l’autre, enfant ou adulte et lui faire savoir qu’il peut se faire aider. Cela consiste aussi à être vigilant, non seulement à des accumulations de signes émis par l’enfant mais aussi au comportement de son entourage vis à vis de lui. Si vous n’êtes pas un professionnel de santé ou d’éducation, ou que vous ne vous sentez pas apte à le faire, il ne faut pas hésiter à en discuter avec un confrère.

Aider et se faire aider, c’est possible ! : si vous avez été victime d’un viol ou d’une agression sexuelle ; si vous en avez été témoin ; qu’un.e de vos proches est concerné.e ou que vous avez des doutes. Des personnes sont là pour vous écouter, vous conseiller et vous orienter, vous soigner et vous protéger. Cela peut être votre médecin, l’infirmière scolaire ou l’assistante sociale de l’école, un enseignant ou un psychologue membre d’un RASED (réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté), via le planning familial ou la PMI, une association dédiée ou un numéro d’urgence (voir contacts plus bas). Mon unité aussi bien sûr si vous habitez La Réunion. Réagir vite peut permettre d’éviter que cela se reproduise et s’aggrave.

L’UPCR : SOIN ET PROTECTION
C.V-D. : Notre unité a pour vocation de soigner, d’accompagner, et aussi de former et d’informer. Depuis 2018, on a adjoint à nos outils de prise en charge individuels un outil de groupe à visée thérapeutique avec une psychomotricienne. Cela nous permet d’agir de différentes façons, de nous adapter et d’apporter à chacun une réponse sur mesure car nous sommes tous uniques avec une histoire, des besoins, des capacités, des réactions différentes. Cela nous permet également de réduire les délais d’attente car le groupe de parole est ouvert en permanence. Le plus important est de créer un espace dans lequel la personne victime va se sentir en sécurité. Et que la personne qu’elle va avoir en face d’elle soit quelqu’un sur qui elle va pouvoir s’appuyer. S’il y a un sentiment de protection et de confiance, les outils dont nous disposons se révèlent efficaces.

Il faut ensuite donner de soi, avec une forte dose d’humanité et d’empathie car nous prenons en charge des êtres humains aux vies brisées qu’il faut aider à se réparer. Nous allons également explorer les ressources qu’a la personne (sur quoi/qui elle peut compter) : plus elle en a personnellement, plus on sait que cela va l’aider à se reconstruire. Il est alors fondamental de les encourager, de les valoriser voire d’en créer d’autres (sport, art, kiné…). Nous travaillons pour cela en lien avec des partenaires choisis pour leurs compétences, une forte sensibilité à ce sujet et une attention à l’autre qui sont indispensables.

evocation©Virginie de Galzain

QUELQUE CHOSE : UNE PIÈCE DE THÉÂTRE
POUR SENSIBILISER ET
DETAK LA LANG (libérer la parole)
C.V-D. : Associant pièce de théâtre – Quelque chose – et ateliers de théâtre forum, ce projet a vu le jour en octobre 2018. Il est né d’une rencontre avec Capucine Maillard, auteure de la pièce et cofondatrice de la compagnie Aziadé, et Émilie Magnant, petite lumière de la Réunion (fondatrice de La cerise sur le chapeau, La Cerise) qui a accompli des exploits pour faire exister cette pièce ici. Une belle histoire entre trois femmes d’une énergie et d’une utopie un peu folle ! J’avais entendu parler de la pièce en 2016 pour les 30 ans de l’INAVEM (France Victimes).

Passionnée d’art, ma première idée était d’utiliser un média artistique et culturel au service de la santé, de la prévention et très important, de la libération de la parole. De toucher le grand public. Pour y parvenir, la pièce a été remarquablement contextualisée à la Réunion par Dominique Carrère avec un personnage parlant créole. Andréa Bescond (Les Chatouilles) a réalisé une mise en scène fine en utilisant beaucoup le travail du corps, incarnée par des acteurs de l’Île. Cela démarre dans un contexte de fête. Quatre femmes, unies par l’amitié, 4 femmes victimes d’inceste parlent avec force, humanité et beaucoup d’humour aussi de leur parcours de reconstruction, de leurs souffrances, de leur formidable force de vivre.

Outre les théâtres qui ont accepté de programmer la pièce, Quelque chose est un support d’information et de prévention inédit pour intervenir auprès des jeunes dans les collèges et les lycées. Ce, avec le soutien du Rectorat et l’investissement des proviseurs et des équipes socio-éducative (infirmière, assistante sociale, conseiller principal d’éducation/CPE) de chaque établissement. Cette implication du personnel est essentielle car il pourra être, ultérieurement, un confident possible d’un élève qui a subi des violences sexuelles ou en a été témoin, et donc être un relais vers nous. Quelques jours après être allé voir la pièce, on mène un atelier de théâtre forum avec 2 situations jouées par de jeunes bénévoles (>lire le témoignage d’une des bénévoles) pour interpeller les jeunes et les amener à exprimer leurs réactions, à proposer des solutions qui seront expérimentées. C’est un éveil à la solidarité et à la citoyenneté.

Au-delà, nous voulons que les jeunes qui auraient subi des violences sachent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ont le droit de parler et peuvent se faire aider. Que les autres puissent accueillir la parole d’une victime. Enfin – et là c’est très compliqué – nous aimerions toucher de potentiels jeunes auteurs de violences sexuelles (25 % des cas, source(1)).

Enfin, des centres communaux d’action sociale (CCAS) ont organisé une soirée-restau et vont emmener des femmes voir une représentation dans un théâtre de l’Île en février. Ce qu’elles n’ont souvent pas les moyens de faire. Et nous avons joué la pièce en prison pour des hommes dont beaucoup étaient d’anciens agresseurs. Ces personnes bénéficient également d’un atelier de théâtre forum.

QUELQUE CHOSE : OBJECTIF 2020 !
C.V-D. : Chacun peut s’approprier cette œuvre ! Des victimes se sont retrouvées dans ce qu’elles ont vu. Des spectateurs sont venus en famille. Des jeunes se sont investis comme bénévoles dans les ateliers. C’est très fédérateur.

Quelque chose est un outil formidable qui a été très bien accueilli : par les partenaires qui nous soutiennent, les théâtres, les établissements scolaires et le public. C’est un signal très fort. La prochaine représentation a notamment lieu le 16 février* au CDOI de Saint-Denis, et deux autres seront réservées aux scolaires. Notre objectif est de poursuivre la diffusion grâce au renouvellement et à l’augmentation des subventions que nous espérons nombreuses et à l’ouverture des lieux culturels. J’aimerais beaucoup pouvoir développer un autre support artistique et pédagogique pour sensibiliser les enfants dans les petites classes car ils sont particulièrement exposés.

Nous continuons des expérimentations avec des ateliers de prévention sur le consentement, la liberté, le respect de l’Autre. Développons des connexions avec des associations pour aller à la rencontre des parents et plus particulièrement les femmes. Car en touchant les femmes, on touche la famille. La mère doit avoir les clés pour surmonter ce qu’elle a vécu puis bien protéger les enfants. Il est temps d’ouvrir les yeux, d’agir de façon concrète. Informer, sensibiliser est le premier pas pour protéger les enfants et prévenir. Savoir dépister, écouter et soigner en est un autre pour permettre aux victimes de revivre et de vivre en paix. C’est leur droit, c’est notre devoir ».

(1)Muriel Salmona est psychiatre spécialisée en psychotraumatologie et victimologie, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie ; son étude https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2018_Etat_des_lieux_des_mineurs_victimes_de_violences_sexuelles.pdf (2)Violaine Guérin est endocrinologue, gynécologue et présidente de Stop aux violences sexuelles

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OÙ/QUAND VOIR LA PIÈCE QUELQUE CHOSE* ?
Le 16 février 2019, au Centre dramatique de L’Océan indien (CDOI), à Saint-Denis de La Réunion. Réservation : 02 62 20 96 36 et location@cdoi-reunion.com
*de Capucine Maillard, adaptation en créole Dominique Carrère, mise en scène Andréa Bescond.Interprétée à La Réunion parAgnès Bertille, Isabelle Delleaux, Jocelyne Lavielle, Fanny Turpin et Daniel Hoarau
– Le site de la compagnie Aziadé : http://www.compagnie-aziade.fr/
– Le site de La cerise sur le chapeau https://lacerise.re/
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quelque chose_aziade_la reunion

LES CONTACTS UTILES (non exhaustif)

LE NUMÉRO D’APPEL FRANCE OUTRE-MER
– le 119 : Allô enfance en danger. Un numéro anonyme, gratuit, 7j/7, France Outre-Mer incluse et http://www.allo119.gouv.fr/
• EN PARLER, SE FAIRE AIDER
La Réunion :
– L’EPSMR de La Réunion : 02 62 45 35 45 https://www.epsmr.org Télécharger Dépliant infos NOE EPSMR avec toutes les infos locales utiles
– La maison des adolescents/Kaz’ados 02 62 20 65 40 (Saint-Denis) et 02 62 45 87 43 (Saint-Paul)
– L’Association réunionnaise pour l’aide juridique aux familles et aux victimes https://www.saintdenis.re/ASSOCIATION-REUNIONNAISE-POUR-L-301566.html
National :
– L’association nationale France Victimes http://www.france-victimes.fr
– La maison des adolescents près de chez vous : https://www.filsantejeunes.com/carte_mda
Pour les 12-25 ans (tout sujet) : Fil Santé Jeunes : 0800 235 236 (anonyme et gratuit) et https://www.filsantejeunes.com
• À TÉLÉCHARGER & DIFFUSER SANS MODÉRATION
Le livret pédagogique Stop aux violences sexuelles faites aux enfants (Bayard jeunesse) https://www.bayard-jeunesse.com/wp-content/uploads/2018/10/Livret-STOP_aux-Violences_Sexuelles.pdf
• S’INFORMER
– Mémoire traumatique et victimologie https://www.memoiretraumatique.org
– Stop aux violences sexuelles https://www.stopauxviolencessexuelles.com
– Association internationale des victimes de l’inceste (AIVI) https://aivi.org/
– L’ouvrage de référence de Christine Visnelda Douzain : L’enfant et le diable, de Liliane Daligand. Éd. L’Archipel (2004)
• À VOIR 
– Un film : Les chatouilles, d’Andréa Bescond
– Une animation pour informer les enfants : Un tonton pas si gentil https://www.youtube.com/watch?v=HoLMc3dlVqQ
– Un reportage format court, de Katia Clarens https://www.arte.tv/fr/videos/087062-000-A/la-reunion-une-psychiatre-se-bat-contre-l-inceste
– Une émission : Le monde en face. Inceste, que justice soit faite, d’Audrey Gloaguen (sur France 5 le 5 février 2019 puis en replay
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