Nouveau reportage : zoom sur la Compagnie Turbulences

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Turbulences ! Atelier professionnel Trapèze © Virginie de Galzain
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Turbulences ! Atelier professionnel Trapèze © Virginie de Galzain
TBL_tpz20_vdegalzainTurbulences ! Atelier professionnel Trapèze © Virginie de Galzain

Le trimestre se termine notamment avec plusieurs reportages réalisés pour Erasmus + France. Une belle collaboration au cœur d’organismes de formation et/ou d’emploi pour adultes, reconnus pour la qualité de leur accompagnement et de leur expertise et pour leur engagement humain (centre de formation, ESAT*, entreprise d’insertion). L’objectif : donner à voir ces structures de l’intérieur ; valoriser leurs auteurs, leurs actions et les personnes qui en bénéficient sur EPALE*, la première plateforme participative dédiée à la formation et à l’emploi des adultes en Europe. Ces reportages vont être progressivement mis en ligne sous différents angles, complétés de témoignages spontanés avec les acteurs concernés.

Découvrez dès maintenant les premiers extraits du travail mené avec Turbulences ! :  »Turbulences! : un lien social, une utopie concrète », une compagnie théâtrale exceptionnelle qui propose formation ou emploi pour des personnes qui ont des difficultés d’intégration sociale en raison de troubles envahissants du développement (TED) et une entreprise sociale et solidaire. De nombreuses photos et un entretien mené avec Philippe Duban, son directeur, à découvrir sur https://ec.europa.eu/epale/fr/node/17039 et vdegalzainphoto.wordpress.com

*Établissement et services d’aide par le travail (ESAT)
*Electronic Platform for Adult Learning in Europe (EPALE)

A voir : l’expo ‘Paris Magnum’

Présentée à l’Hôtel de Ville jusqu’au 28 mars 2015, l’exposition Paris Magnum révèle une sélection inédite de photographies réalisées à Paris, des années 1930 à nos jours.

Raymond Depardon, David Seymour, Bruno Barbey, Marc Riboud, Martine Franck, Henri Cartier-Bresson… sous l’œil de 30 des photographes de l’agence Magnum, se dévoile une chronique de la vie parisienne qui remonte le fil du XXe siècle. Front Populaire, Libération de Paris, crise d’après-guerre et bidonvilles de Nanterre ; vie quotidienne et combats citoyens ; Mai 68 ; résistance intellectuelle et rayonnement culturel ; Picasso ; Malraux ; Gainsbourg ou Starck… Du photojournalisme à l’expression picturale, l’exposition évoque 80 ans d’évolution sociale, économique, politique mais aussi photographique et médiatique au cœur de mutations urbaines fortes.

Le visiteur évolue entre tirages et projections, guidé par des images noir et blanc et couleur associées de façon chronologique. Un voyage dans le temps pour mieux saisir les fragments de notre histoire. Des instants de vie qui composent une mémoire collective unique, née de regards à la fois passionnés et personnels, exigeants et indépendants.

La photographie a ceci de fascinant et d’essentiel qu’elle est universelle et sans frontières. Il suffit d’un regard pour « lire » le monde, de garder les yeux ouverts pour le comprendre. Plus que jamais, laissons ses droits à l’image pour Lire la suite de « A voir : l’expo ‘Paris Magnum’ »

L’expo ‘Vivre avec le VIH’ ce soir à Perpignan

Dans le cadre de la semaine de lutte contre le sida, la Casa musicale de Perpignan propose ce soir, 5 décembre, « Un max de bruit contre le sida ! « . Un événement festif et solidaire organisé par Lire la suite de « L’expo ‘Vivre avec le VIH’ ce soir à Perpignan »

PHOTO : ‘Family love’, de Darcy Padilla

Récompensé notamment par le prix Eugene Smith en 2010 et deux World Press (2011 et 2012), Family love (ex Julie project) de Darcy Padilla vient d’être publié aux éditions de La Martinière, en coédition avec la revue 6 mois. Réalisé sur une période de 18 ans, ce « portrait photographique » unique raconte la vie de Julie jusqu’à sa disparition. Une vie faite de combats incessants et de violences multiples, avec, en fil rouge, un besoin Lire la suite de « PHOTO : ‘Family love’, de Darcy Padilla »

PHOTO : The Manhattan darkroom

The Manhattan darkroom est une rétrospective inédite et unique du photographe et photojournaliste français Henri Dauman. L’exposition vient de commencer, elle est visible pour un mois seulement au Palais d’Iéna, à Paris. Voici quelques indices…

En 1950, après avoir échappé à la rafle du Vel’d’hiv’ et perdu père et mère, Henri Dauman part définitivement vivre à New York où il devient rapidement photographe pour les plus grands médias internationaux. Soixante ans plus tard, c’est une sélection (drastique) de près de 200 photos d’archives qui nous est présentée.
Profonds noir et blanc et couleurs justes, planches et publications évoquent ou décryptent plusieurs décennies de l’histoire politique, sociale, économique et artistique des États-Unis. Dans le désordre et sans exhaustivité aucune : Kennedy et  Khrouchtchev. Des portraits inattendus de Fellini, Delon, Bardot, Giacometti. Le Viêt Nam. Les yeux de Liz Taylor et une sublime photo de rue de Saint-Laurent. Les grands mouvements de contestation (féministes,  anti-ségrégation, etc). Les figures du jazz et la contre-culture. La société de consommation, l’essor de la petite bourgeoisie et celui des laissés-pour-compte. John Lindsay. Warhol… Sans oublier quelques séquences comme on en voit très rarement.

Reportage, portrait, photo de rue, … Henri Dauman maîtrise les genres et traverse son temps avec une très grande liberté de représentation : directe, informative, icônique ou cinématographique, critique voire incisive ou décalée, mais toujours personnelle. Pour ne pas oublier que la photo est avant tout un regard porté sur… Qu’elle est aussi un laboratoire où il faut oser expérimenter, se faire plaisir, du plus conventionnel au plus inédit. Je ne connaissais pas Henri Dauman. Que dire… : courez-y !


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INFOS
The Manhattan darkroom. Jusqu’au jeudi 4 décembre 2014. Palais d’Iéna (Conseil économique, social et environnemental) : 9 place d’Iéna, 16e. Du lundi au samedi de 10h à 18h (jusqu’à 21h le jeudi). Dimanche de 12h à 18h. Entrée libre.

– Le site d’Henri Dauman : http://daumanpictures.com
– Le site de l’exposition : www.manhattan-darkroom.com

PHOTO : Saul Leiter, hommage

« Voir des choses auxquelles vous n’aviez jamais prêté attention auparavant. Considérer le monde autrement. Continuer à photographier pour le plaisir. Trouver la beauté où elle est, parfaite ou imparfaite… » (Saul Leiter)

Le photographe américain Saul Leiter est décédé à la veille de ses 90 ans. Douceur, élégance, délicatesse, onirisme sont les premiers mots qui me viennent à l’esprit pour caractériser ce regard et ses photographies uniques, que l’on ne peut comparer à aucun(es) autre(s). Humilité, discrétion, humour et générosité seraient pour l’homme.

Né en 1923, le photographe américain fut l’un des premiers à jouer le jeu de la couleur à la fin des Années 40, à une époque où le noir et blanc domine – la couleur étant réservée à la publicité et non à l’art ou au documentaire. Étrangement méconnu, il avait été exposé pour la première fois en France à la Fondation Henri Cartier Bresson, au printemps 2008, puis à la galerie Camera Obscura, et au musée Nicéphore Niépce en 2009.

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Photographe de mode, Saul Leiter était aussi un photographe « de rues ». Celles de New York, prises à hauteur d’homme, humanisant de façon inédite une ville labyrinthique aux proportions déjà gigantesques. Cet univers pictural et ce sens inné et fascinant de la couleur (Saul Leiter était aussi peintre) et du noir et blanc mettaient en valeur des images personnelles, parfois intimes. Des images de tous les jours, des touches de paysages urbains, des tableaux de vie qui évoquent des quotidiens, des personnes, de façon discrète et apaisante.

Une atmosphère, vivante, presque palpable, sensorielle ou sensuelle dont on semble avoir étouffé les bruits pour se concentrer sur chaque sujet. L’écriture photographique est imprégnée d’une chaleur et d’une douceur inédite, dévoilant un autre visage de la ville et de la vie.

saul leiter_

Une œuvre à regarder inlassablement dans les rares mais beaux ouvrages édités chez Steidl. Un photographe découvrir dans le documentaire sorti en septembre 2013 : In no great hurry, 75 minutes d’entretien avec un homme enjoué, concentré sur sa passion comme art de vivre au sens plein du terme, la recherche d’extraits d’une certaine beauté du monde. Il était loin des agitations médiatiques, courses à la visibilité et illusions de succès, loin des nouvelles technologies, de la vitesse, du sensationnel. Ce qui comptait, c’était la photo, le temps, les autres.

LE SITE + LIEN ACHAT DVD :
In no great hurry, 13 lessons in life de Tomas Leach, 18 € environ
LES LIVRES :
Early color, 168 p., éd.Steidl, 38 €
Early black and white, éd.Steidl, 75 €
Saul Leiter by Saul Leiter, 152 p., éd.Steidl, à chercher en occasion.

Trailer de In no great hurry

EXPO Vivre avec le VIH, à Chalon/Saône

L’exposition extraite du reportage que j’ai effectué sur la vie avec le VIH-Sida pendant plusieurs mois (télécharger pdf de la présentation) poursuit son chemin. Après plusieurs diffusions en 2010 (voir onglet Expos), elle est à la mairie de Chalon-sur-Saône du 1er au 22 29 avril. Elle est par ailleurs intégrée à la programmation de la semaine de lutte contre les discriminations de la Ville, qui se tiendra du 11 au 16 avril.

Je remercie à nouveau les nombreux patients et les membres de l’équipe médicale du service Immunologie de l’HEGP/AP-HP pour leur confiance et leur aide, et tous ceux qui me soutiennent via la diffusion de ce projet.

Je suis sur un autre sujet depuis plusieurs mois, retour au film noir et blanc cette fois. A suivre.

Extrait du reportage Vivre avec le vih-sida ©Virginie de Galzain

Mairie de Chalon/Saône : 03 85 90 50 50. Tirages d’exposition : PICTO Bastille/Paris. Parrainage : association internationale de photographie sociale Sophot/Pour que l’esprit vive. Contact vdegalzain.gmail.com

PHOTO. Paolo Pellegrin : expos prolongées

Deux expositions dédiées au photojournaliste Paolo Pellegrin sont prolongées en février. Depuis plus de 15 ans, Paolo Pellegrin s’attache à témoigner des injustices et des souffrances qui bouleversent et détruisent le quotidien des hommes. Ses photos sont comme des cicatrices éternelles du monde et de l’Histoire, invitations pressantes à regarder et à réfléchir, à savoir.

Qu’il couvre des conflits au plus près de la barbarie ou qu’il réalise des photos de mode ou des portraits des célébrités de notre temps, Paolo Pellegrin garde toujours l’essentiel : la vérité de l’instant et sa relation à l’être humain. Rendez-vous Lire la suite de « PHOTO. Paolo Pellegrin : expos prolongées »

Photojournalisme : état des lieux

À lire, le premier rapport sur le photojournalisme de l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC). Publié cet été, il en dresse un état des lieux social, économique et juridique, complété de 15 propositions.

Le chantier est urgent pour l’ensemble d’une profession dont les acteurs vont à la rencontre de l’événement pour mieux montrer la vie du monde. Malmené par les évolutions de la presse, laquelle change progressivement de mains, le photojournalisme est pourtant une garantie du maintien d’une information de qualité sur tous les sujets de fonds. Ce, face aux dérives de la culture de communication de masse, à un flux démesuré d’images amateurs voire  à une forme de restriction ? censure ? motivée par ce que le lecteur souhaiterait lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir. Bonne lecture.

Le rapport Photojournaliste_Rapport_definitif
En annexe annexes_rappport_photojournalisme, de très nombreux documents dont des textes législatifs, une retranscription d’interventions de professionnels de l’image…

Mode & liberté de la presse : tous les chemins mènent…

En 2009, il avait fait défiler un modèle incarnant l’espoir et le changement, portant une robe  impressions… Barack Obama. En 2010, le directeur artistique Guillermo Mariotto, de la célèbre maison de couture italienne Gattinoni, frappe à nouveau. Hier soir, en pleine semaine de la mode  AltaRoma AltaModa, c’est une mariée baillonnée d’un Lire la suite de « Mode & liberté de la presse : tous les chemins mènent… »

PHOTO Pierrot Men : chroniques malgaches

Les propos recueillis ci-dessous ne sont pas libres de reproduction et d’utilisation, comme l’ensemble des éléments figurant sur ce blog. Photos reçues et mises en ligne avec l’accord de Pierrot Men.

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À lire : Cet autre, de Kapuscinski

 » Habitants de la planète, nous sommes tous des Autres face aux Autres : moi face à eux, eux face à moi « . (Ryszard Kapuscinski)

Cet Autre, une profonde réflexion sur « ce miroir dans lequel nous nous regardons » : l’Autre. Son auteur, Ryszard Kapuscinski (1932-2007) était un Grand reporter polonais. Un écrivain voyageur qui a passé près de 30 ans à couvrir ces événements qui restent dans les vies et l’Histoire, de la fin de l’Afrique coloniale en passant par la chute du Shah d’Iran, de l’Éthiopie au Mozambique, de la Bolivie au Pakistan, à l’Afghanistan… pour l’agence de presse polonaise.

Historien de formation, curieux inassouvi, son héritage littéraire est un celui d’un témoin de l’humanité, de ses bouleversements géopolitiques, économiques, sociétaux, structurels. Plus qu’un métier,  le journalisme était pour lui un devoir d’analyse ; une passion d’informer ; la mission engagée d’appréhender, de connaître, de comprendre, de restituer le monde  et d’aller à la rencontre de l’Homme.

Dans un monde profondément bouleversé par ce qu’on appelle la mondialisation, l’évolution  des modes de communication, l’affranchissement du colon et la redéfinition des frontières planétaires, la circulation des hommes et l’affirmation du métissage, Kapuscinski s’interroge sur cet Autre qui nous ressemble. Il a ses identités, ses repères, son histoire propres que nous érigeons parfois au rang de barrière. Des barrières qui prennent la couleur d’une peau, l’odeur de l’argent, la direction du nationalisme, le sens du fondamentalisme ou la trajectoire du plein pouvoir au point de nous empêcher de « voir », d’apprendre, de réaliser cet acte essentiel de la découverte de l’Inconnu, de  la (re)connaissance de l’Étranger.

Entre peur et espoir, isolement et ouverture, histoire, mémoire et avenir, les notions de respect, de bienveillance, de curiosité, d’humanité, d’égalité sont au cœur des questionnements liés à notre relation à l’Autre. Vivre ou ne pas vivre ensemble ?…


Cet autre, de Ryszard Kapuscinski. Éditions Plon. 18 €.
À lire également : Ébène, aventures africaines (10-18). Imperium (10-18). Le negus (Press pocket). Le Shah, ou la démesure du pouvoir (Flammarion). Neuf ou d’occasion, certains titres étant indisponibles à ce jour.

DIAPORAMA Nuit Blanche_Impressions

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Photos & montage©Virginie de Galzain

Étincelles d’un nomadisme urbain : des impressions saisies au vol se font reflets d’individualités  ou d’intimités dans la ville au cours d’un événement culturel fédérateur. Le patrimoine devient un prétexte à se laisser guider par les autres, à figer des instants de partage ou de solitude, la place de l’homme dans le tissu social.

PHOTO Pierrot Men : un livret, une expo

Sortie d’un carnet photographique de Pierrot Men, grand photographe franco malgache, dont j’ai le plaisir de signer le texte à sa demande, un vrai cadeau. Un photographe d’exception pour qui j’ai une profonde admiration, tant au niveau artistique que personnel,  et c’est peu de le dire. Ceci explique cela…

Vous pourrez découvrir quelques-unes de ses œuvres (trop peu… en noir et blanc, et inédit, en couleur) dans ce titre ; un aperçu sensible et profond du quotidien dans toutes ses dimensions, dans toute son humanité et sa dignité : l’essence de Madagascar, où il est né et où il vit. Ses photographies sont la mémoire visuelle de l’Ile, un regard Lire la suite de « PHOTO Pierrot Men : un livret, une expo »

La Villette_projections…

En reportage photo pour quelques semaines dans un service hospitalier, petite pause en ces chaudes soirées d’été. Histoire de prolonger les plaisirs avec un fm2 que j’aurais du acquérir bien plus tôt ! Et non, la photo n’est pas retouchée…

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Série “Les temps modernes (nikon fm2, portra 400 vc, af 35mm) © Virginie de GALZAIN

PHOTO_47, portraits d’insurgés. De Pierrot Men & Raharimanana

Les photographies, textes et recueils de témoignages présentés sur ce blog ne sont pas libres de droits. Photos reçues de Pierrot Men et mises en ligne avec son accord.

Un papier que je publie à nouveau sur une expo à voir absolument si vous passez par Avignon d’ici au 29 juillet. De mémoire, peu de retours presse dessus (hors « remaniement » de dossier de presse ?) ce qui est absolument insensé compte tenu du niveau, de la qualité, de la sensibilité de l’événement ; de la force et de l’intérêt du thème, des photos et Lire la suite de « PHOTO_47, portraits d’insurgés. De Pierrot Men & Raharimanana »

EXPO 47, portraits d’insurgés : de Pierrot Men & Raharimanana

Les photographies, textes et recueils de témoignages présentés sur ce blog ne sont pas libres de droits. Photos reçues de Pierrot Men et mises en ligne avec son accord.

Quand Raharimanana, écrivain et dramaturge, s’associe au photographe Pierrot Men, cela donne 47, portraits d’insurgés, un duo image/texte d’une force inédite. Une exposition sensible, esthétique, pédagogique et engagée, proposée dès aujourd’hui à la chapelle du Miracle, en marge du festival d’Avignon. Aperçu, et extraits de longs entretiens très privilégiés.

47. 1947. 29 mars 1947 : le point de départ d’une insurrection anticoloniale dont la répression, les tortures, massacres et exécutions sommaires ont meurtri des familles entières et causé plusieurs dizaines milliers de morts à Madagascar. Une période méconnue aux frontières de l’horreur et de la civilisation, restée jusqu’à présent dans l’ombre de l’histoire coloniale française. Lire la suite de « EXPO 47, portraits d’insurgés : de Pierrot Men & Raharimanana »

EXPO Kréyol factory : les identités en question

Moi l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose. Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est à dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme où il se trouve. Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc.

En texte et en photos, la tribune libre pour laquelle Stéphane Hoarau m’a sollicitée pour maloya.org. Sujet : Kréyol factory, les identités en question, en écho à l’exposition en cours à la Grande Halle de la Villette. Bonne lecture !

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Kréyol Factory (Grande Halle de la Villette/Paris 2009) © Virginie de GALZAIN

Encore trois semaines pour voir ou revoir Kreyol factory, l’exposition d’art contemporain installée depuis le 7 avril dans la Grande Halle de la Villette (Paris). Pluridisciplinaire, artistique, esthétique, documentaire, pédagogique, sociologique, elle interpelle aujourd’hui sans distinction sur une question de société de fond : celle des identités créoles, et par là même, celle des différences, du métissage et des diversités. Un voyage à la découverte de l’Autre.

L’espace est gigantesque – 2 800 m2 –, et la scénographie de Raymond Sarti conçue comme un entrelacement de vagues, en écho aux migrations forcées de millions d’hommes et de femmes soumis au déracinement et à l’esclavage pendant des siècles. Pour Jacques Martial, président du Parc de la Villette : “ Il était urgent de parler de cette identité, de cette réalité particulière de la France que sont les mondes créoles : une histoire née de l’esclavage, de la colonisation, de la fin de la colonisation ”. C’est chose faite, et c’est une première.

UN VOYAGE SANS FRONTIÈRES

Kréyol factory est un voyage, une traversée en sept séquences pour mieux connaître et comprendre les évolutions du monde créole, comme autant d’univers, de paysages, de réflexions qui questionnent ses identités. Les artistes en sont les guides concernés qui tentent d’apporter leur réponse – ou du moins leur interprétation – subjective.

Martinique, Guadeloupe, Guyane, Haïti, Jamaïque, Porto Rico, République Dominicaine, mais aussi Maurice et La Réunion dévoilent tour à tour leurs spécificités et leurs similitudes, en essayant d’éviter le difficile écueil des clichés et des idées reçues. Libre à chacun de se faire ensuite sa propre idée. Mémoire, art et histoire sont mis en perspective avec le présent, comme des liens tissés vers un monde contemporain commun.

SENS DE L’ART ET ART DU SENS

Depuis le 7 avril, ils sont 60 artistes à présenter un ensemble de 85 oeuvres d’arts plastiques, 250 photographies et 9 espaces documentaires. “Notre volonté n’était pas d’être exhaustif, – ce qui aurait été impossible – souligne Yolande Bacot, commissaire de l’exposition, mais thématique”. À la question : “ Pourquoi tant de commandes là où il aurait été aussi possible de puiser dans un fonds local existant ? ”, elle répond sobrement : “ C’est vous qui le dites. Les artistes auxquels nous avons fait appel ont une écriture, un langage à exposer, et un sens qui répond aux besoins de l’exposition. (…) Les commandes passées confirment aussi notre volonté de susciter des travaux artistiques et plastiques, de soutenir matériellement la création contemporaine ”.

Ainsi, les installations, photographies, vidéos, mais aussi sculptures, peintures, musiques, textes littéraires et philosophiques… s’approprient, détournent, décodent, illustrent une histoire, ou plutôt des histoires nées de… et marquées par le colonialisme, l’exploitation de l’homme par l’homme et la domination raciale, la place de la femme dans la société, la réappropriation de son existence, mais aussi la reconstruction, le développement, la singularité et le partage ; la vie ensemble, enfin.

Entre humanisme et provocation, humour, idéalisme et réalisme, la diversité de fond et de forme rassemble, permettant de toucher chacun en fonction de sa sensibilité, de son contexte de vie, de ses origines, de son âge.

CRÉOLISATION ET MONDIALISATION

La créolisation, c’est cette capacité de l’homme à accueillir et à se laisser traverser et enrichir par des apports extérieurs, par la différence, pour ensuite grandir tout en restant lui-même”, explique Jacques Martial. Le terme pose la question des racines, de l’individu, de l’acceptation de l’Autre, des diversités et de la diversification du monde, de l’égalité entre les hommes et de la liberté.
Il nous renvoie au père de ce concept : le penseur, écrivain et poète humaniste Édouard Glissant, trop absent de cette manifestation. Un écho à ce qu’il appelle “ le métissage conscient de lui-même ”.

La définition nous confronte aussi aux réalités de l’évolution du monde, à la difficulté de participer et de tirer profit des modifications structurelles engendrées par la globalisation, tout en préservant les spécificités de chacun. À l’heure de la mondialisation, les enjeux économiques prévalent souvent sur les enjeux culturels, environnementaux et identitaires. L’uniformisation des codes de société guette, la consommation de masse s’intensifie, et avec elles, les risques d’accentuation identitaire, de déséquilibre et de dépendance.

L’exposition entière ouvre quant à elle des interrogations sur l’identité choisie ou forcée. Qu’est-ce qu’être soi ? Et comment ? Peut-on être chez soi partout aujourd’hui ? “ Être accepté, en particulier loin de chez soi est difficile dans les sociétés du monde, y compris dans la nôtre en particulier, ajoute Yolande Bacot. En raison de notre passé, des pesanteurs des histoires coloniales, d’une partition géographique qui correspond à une partition sociale. (…) L’amalgame parfois fait entre les problèmes économiques et sociaux, et les questions culturelles et identitaires est révélateur de cette fragilité ”.

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Familière, surprenante, enthousiasmante, utile, pour certains, discutable, réductrice ou déroutante pour d’autres, l’exposition Kréyol factory ne laisse pas indifférent. Elle est un lieu de sens qui unit ou partage, et à l’évidence interroge, enrichit, permet de débattre et ouvre sur les autres “avec un profond respect”, confirment de nombreux visiteurs. Y aura-t-il une suite ? Au moins dans les esprits : “Ces espaces posent en effet de nombreuses questions en suspend, dont celle de la démocratie”, conclut Yolande Bacrot. De multiples champs d’exploration demeurent, à nous de les parcourir et d’y réfléchir ensemble.

PRATIQUE
Jusqu’au 5 juillet 2009. Grande Halle de la Villette, Paris 19.

De 14h à 22h du mardi au jeudi. De 11h à 19h du vendredi au dimanche.

Saul Leiter : Dancing in the street

Une exposition en cours, à découvrir absolument au musée Nicéphore Niépce, à Châlon-sur-Saône : Dancing in the street, 40 photographies de Saul Leiter. Né en 1923, le photographe américain fut un des premiers à jouer le jeu de la couleur à la fin des Années 40, à une époque où le Noir et Blanc domine, la couleur étant réservée à la publicité et non à Lire la suite de « Saul Leiter : Dancing in the street »

Dédicace ce jour/librairie La Martinière

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Dédicace d’un beau livre dont j’ai signé les textes. Un ouvrage sur l’esprit d’un site hors du commun, porteur d’un projet universel : le Domaine du Rayol. Une illustration vivante de l’écologie humaniste de son créateur : le paysagiste Gilles Clément. Pour l’occasion, plusieurs images de Guillaume Bonnel, auteur des photos de l’ouvrage, seront exposées. À plus tard !
17 rue Jacob, Paris. M° Saint Germain des Prés. Dès 17 h, jusqu’à 19h30/20h.

Expo Saul Leiter

Un post rapide, je détaillerai peut-être plus tard, pour annoncer l’expo de photos Saul Leiter qui se tient à la galerie Camera Obscura*, à Paris. Né en 1923, le photographe américain a été exposé pour la première fois en France, à la Fondation Henri Cartier Bresson, au printemps dernier.

Photographe de mode, Saul Leiter est aussi un photographe « de rues ». Celles de New York, prises à hauteur d’homme, humanisant de façon discrète une ville labyrinthique aux proportions déjà gigantesques. Un univers pictural et un sens inné et fascinant de la couleur (Saul Leiter est aussi peintre). Des images de tous les jours, véritables touches de paysages, tableaux de vie qui évoquent le quotidien des habitants de façon discrète et apaisante.

Une atmosphère, vivante, presque palpable, dont on semble avoir étrangement étouffé les bruits pour se concentrer sur chaque sujet. L’écriture photographique est imprégnée d’une chaleur et d’une douceur inédite, dévoilant un autre visage de la ville. A voir absolument.

Postmen, 1952 ©Saul LEITER

Canopy, 1958 ©Saul LEITER

*EXPOSITION SAUL LEITER (en partenariat avec la galerie Howard Greenberg). Jusqu’au 18 octobre 2008. Galerie Camera Obscura, 268 boulevard Raspail, 75014 Paris. www.galeriecameraobscura.fr & Early color, 168 p., éd.Steidl.

Marjane Satrapi : interview

Téhéran, 1978. Marjane, 9 ans, rêve de sauver le monde sur fond de Révolution iranienne. Vingt ans plus tard, rencontre exclusive avec une jeune femme au franc-parler, libre et passionnée.

Persepolis, c’est un pan de l’histoire de l’Iran? Une histoire ? Un exil ?

Marjane Satrapi : Je n’ai pas réfléchi à cela ; c’est l’histoire d’une vie comme les autres, tout simplement. Un point de vue subjectif porté de façon rétrospective. L’histoire évolue au rythme d’une enfant puisque j’avais une dizaine d’années à l’époque de la Révolution iranienne, au rythme des événements, de mon départ au moment de la guerre qui opposait l’Iran à l’Irak. Et c’est un exil, oui, dans la mesure où j’ai perdu le droit d’y retourner. Pour l’instant. Mais je ne suis ni historienne, ni politicienne, et mon but en faisant ce film, comme la BD auparavant, n’était rien d’autre que de remplir mon rôle d’artiste. J’ai fait une école d’art : alors les images, l’écriture sont venues spontanément. Ce n’était pas un genre imposé, mais un réel plaisir.

Marjane a un côté anti-héros. Il y a aussi beaucoup d’humour, de dérision…

Pour les gens, le vrai héros c’est plutôt Superman. Mais c’est assommant, chiant même, c’est trop parfait ! Ici, c’est la réalité ! Certes, cette destinée est par certains aspects spéciale, mais j’ai aussi eu de la chance, j’ai fait la majeure partie de mes études dans une école française. Et près de la moitié de ma vie s’est faite hors d’Iran. J’ai été témoin de la vie de mon pays à un moment précis de l’histoire, mais il n’y a pas de renoncement. Il y a une vraie affection iranienne, pas dans le sens nostalgie « 1001 nuits » – je déteste ce côté orientaliste et exotique, – mais dans les aspects humains. J’adore l’humanisme, les gens, ce qui fait qu’on peut se sentir proche de quelqu’un qui vous est apparemment étranger, et a contrario à mille lieux d’une personne qui parle la même langue…

Comment s’est fait le passage de la BD au film d’animation ?
Comme tout ce que je fais, cela s’est produit un peu par hasard. Il n’y avait pas de volonté particulière au départ. Mais Marc-Antoine Robert (le producteur), et Vincent Paronnaud (le co-réalisateur) ne sont évidemment pas étrangers à cette décision. Quand on arrive à un moment où l’on se voit proposer de faire un film, avec le temps, la liberté de choix et d’action et les moyens nécessaires, c’est tellement rare que cela ne se refuse pas. J’ai donc saisi l’occasion. Chaque fois que je commence quelque chose de nouveau, je me dis que le pire qui puisse arriver est que je fasse une merde… Et alors… Il restera toujours des éléments positifs puisque chaque nouvelle expérience est une occasion d’apprendre. Cela se passe donc aussi sur un mode ludique, joyeux.

Prix Alph’Art pour la BD, prix spécial du jury pour le film au festival de Cannes cette année. Persepolis représentera aussi la france aux oscars en 2008…

Oui. Ce n’est pas pour cela qu’on le fait mais c’est une vraie récompense. C’est assez merveilleux. Beaucoup de mes amis sont auteurs de BD, je viens de la BD underground, je travaille avec des éditeurs de BD indépendants, pas des grands groupes ! Et c’est cela qui est d’ailleurs très surprenant. C’est aussi encourageant pour la création. C’est vraiment l’effet bouche à oreille qui a fonctionné. Imaginez un peu, un film d’animation en noir et blanc, adapté d’une BD, sur un sujet lié à l’Iran, qui sort en plein été ; ce n’était pas gagné d’avance. Alors quand le public vous suit, c’est fabuleux.

On a beaucoup parlé de choc des cultures à propos du film…
Il n’y a pas de choc des cultures, c’est de la foutaise ! La culture est « une », une chaîne composée de nombreux maillons, et nous sommes tous influencés, nourris par d’autres cultures. Elle appartient à tous, c’est une question d’intelligence. Le vrai choc, la vraie division du monde, ce n’est pas entre le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident. C’est entre les fanatiques sous toutes leurs formes (anti-avortement, pro FN, etc) et les non fanatiques, entre les intelligents et les cons, les riches et les pauvres ; car quand on a un peu d’argent, on a forcément plus de facilités : aller à l’école, voyager, se cultiver, et donc s’ouvrir aux autres, être ouvert d’esprit.

L’éducation est un enjeu essentiel contre la bêtise humaine, mais aussi pour la démocratie et l’égalité ?
La culture et l’instruction sont de véritables armes. Ça permet d’être moins con. Le danger de la stupidité, c’est avant tout un manque de connaissances et une source d’erreurs. Regardez les Strasbourgeois qui votent pour le Front National alors qu’ils ne savent finalement pas ce qu’est un étranger… La vraie intelligence rend humble et lucide car plus on sait, plus le monde devient complexe et difficile à appréhender et à expliquer. Elle permet aussi de faire des choix en connaissance de cause, d’avoir des références communes, de regarder le monde autrement.

Quel regard portez-vous sur les mouvements étudiants, comme ceux auxquels on peut assister en france régulièrement ?
Les années 80 ont été une période un peu facile, avec un aspect « golden boy », fric, grandes écoles : une espèce de réaction post années 60-70. Il faut que la jeune génération se bouge, mais maintenant, sinon après « ce sera la merde ». Et c’est l’état qui finira par décider de tout. Il faut qu’elle continue à faire ses revendications, car il y a plein de choses à acquérir !

Le film s’achève sur cette phrase : « la liberté a un prix ». C’est le début de tout finalement !
Bien sûr ! Un prix physique, moral, un engagement, une intégrité à soi-même. La liberté a un prix car la pensée universelle a un prix. Aujourd’hui, l’état régit nos vies par certains aspects, les médias ont des contenus édulcorés – c’est pour cela que Le Canard enchaîné est mon journal préféré ! Avoir une pensée personnelle, avoir le droit de parler, exprimer son opinion sans avoir peur du regard des autres, oser embrasser une idée sous certains aspects plutôt que dans son intégralité. Être libre. C’est pour cela qu’il faut se battre.

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À LIRE / À VOIR
Le site www.myspace.com/persepolislefilm
Le DVD de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. 2.4.7.Films/Diaphana films. 19,99 € (prix indicatif).
La BD de Marjane Satrapi. Édition de L’Association. Monovolume : 32 €. En 4 tomes : à partir de 14 €.
*interview réalisée le 2O novembre 2007, parution Génération Solidaire Hiver 2007