Divines : deux talents bruts

Encore un prix d’interprétation, archi mérité, pour le duo de choc de Divines : Déborah Lukumuena (César de la meilleure actrice dans un second rôle) et Oulaya Amamra (César du meilleur espoir féminin), deux fortes personnalités habitées par leur rôle et d’une présence inouïe. Je n’ajouterai rien de plus car c’est à regarder / écouter pour en saisir la pleine mesure. La bande annonce donne le ton mais ne vous arrêtez surtout pas là. Si vous n’avez pas vu le film en salle, séance de rattrapage impérative en VOD !

Quant à Houda Benyamina, la réalisatrice de Divines, elle a remporté le César de la meilleure première œuvre (pari sur Grand Corps Malade et Mehdi Idir pour Patients en 2018) après avoir déjà reçu le prix du meilleur premier film aux Lumières de la presse étrangère 2017 et la Caméra d’or au festival de Cannes 2016. Un beau et vrai défi pour celle qui a créé en 2006 l’association 1000 visages. Une structure innovante et engagée qui initie et forme les jeunes issus des quartiers populaires aux métiers du cinéma, détecte et accompagne des talents, tend à rendre accessible à tous le 7e Art et plus largement la culture tout en promouvant les valeurs citoyennes.

La loi du marché : Vincent Lindon primé !

Enfin ! L’IMMENSE acteur/homme Vincent Lindon prix d’interprétation masculine Cannes 2015 pour le film La loi du marché, de Stéphane Brizé. Un film à voir absolument tant pour la force du sujet qu’il porte – le chômage – et la place qu’il redonne à celles et ceux qui luttent au quotidien pour rester dignes, que pour ses interprètes.

Christian Poveda : Alain Mingam raconte

Christian Poveda, photoreporter et documentariste, nous a quittés le 2 septembre dernier à 54 ans, assassiné au Salvador où il vivait. À l’occasion de la sortie en DVD de La vida loca, documentaire sur le quotidien des gangs salvadoriens, Alain Mingam (que je remercie encore), grand reporter, et ambassadeur du film, revient sur le tournage, les gangs maras, le Salvador, la violence dans les médias.

Près de 90 000 entrées en salle plus tard en France, le film est désormais disponible à la vente. Un regard sans concession, engagé et humain. À voir d’urgence.

interview réalisée  pour http://www.lmde.tv / images-montage Yannick Hanafi

Le DVD : 19,99 € (prix indicatif, sur fnac.com, amazon.fr…)
Le site Internet : www.lavidaloca-lefilm.fr

Zoom sur… Slumdog Millionaire

Huit Oscars, dont celui du meilleur film, du meilleur scénario adapté et du meilleur réalisateur. Si vous n’avez pas encore vu le dernier film de Danny Boyle, Slumdog Millionaire, il est encore temps ! L’histoire de Jamal Malik, enfant des bidonvilles accusé de tricherie alors qu’il est sur le point de devenir richissime à 18 ans grâce à l’émission « Qui veut gagner des millions ? » Présenté tour à tour comme un « conte de fée » ou une « comédie sociale » — j’avoue que ce n’est pas ce qui m’est venu à l’esprit en sortant de la salle  ! — le film est aussi l’illustration d’une enfance de la rue et de la débrouille, et le miroir de c Lire la suite « Zoom sur… Slumdog Millionaire »

Tabarly 2

Si ce n’est pas encore fait, courez voir le documentaire de Pierre Marcel sur Tabarly. À voir absolument sur grand écran. Je ne pouvais pas manquer cela ! Un bel hommage sans mélo ni excès. Juste l’homme par lui-même. Un fou de voile, un homme libre, amoureux de la vie, engagé dans la Marine pendant 32 ans, navigateur hors pair, ingénieur visionnaire, d’une présence fascinante et d’une simplicité reposante – de celles qui caractérisent les Grands. Rien de plus. Rien de moins.

Les images se suffisent à elles seules, rythmées avec légèreté par la musique de Yann Tiersen : les Pen Duick légendaires à la ligne parfaite qu’on rêve tous de barrer ne serait-ce qu’une minute, un visage tour à tour déterminé, concentré, simplement heureux, des manoeuvres rapides et précises, la force du vent dans les voiles et la mer. Imprévisible… On peut y passer le meilleur comme le pire, mais rien n’est plus fascinant ! Irrésistible !

Petite pique aux journalistes désarmés devant son silence, alors qu’il n’avait juste rien à leur dire, tant les questions amenaient une réponse… comment dire… évidente. Rien de neuf. S’informer avant de vouloir informer… Autre débat ;)

«  Je n’aurais pas osé rêver une vie pareille « , dixit Tabarly. Il a fait mieux : il l’a vécue.

Tabarly

Vivre ses rêves à fond, plutôt que de rêver sa vie.

Le documentaire de Pierre Marcel sur Tabarly est à voir absolument sur grand écran. Un bel hommage sans mélo ni excès. Juste l’homme par lui-même. Un fou de voile, un homme libre, amoureux de la vie, engagé dans la Marine pendant 32 ans, navigateur hors pair, ingénieur visionnaire, d’une présence fascinante et d’une simplicité reposante – de celles qui caractérisent les Grands. Rien de plus. Rien de moins.

Les images se suffisent à elles seules, rythmées par la musique de Yann Tiersen : les Pen Duick légendaires à la ligne parfaite qu’on rêve tous de barrer ne serait-ce qu’une minute, un visage tour à tour déterminé, concentré, simplement heureux, des manœuvres rapides et précises, la force du vent dans les voiles et la mer. Imprévisible… On peut y passer le meilleur comme le pire, mais rien n’est plus fascinant ! Irrésistible !

Petite pique aux journalistes désarmés devant son silence, alors qu’il n’avait juste rien à leur dire, tant les questions amenaient une réponse… comment dire… évidente. Rien de neuf. S’informer avant de vouloir informer… Autre débat…

«  Je n’aurais pas osé rêver une vie pareille « , dixit Tabarly. Il a fait mieux : il l’a vécue.


Un documentaire de Pierre Marcel. Sur une musique de Yann Tiersen.
Sortie aujourd’hui, 11 juin.

Marjane Satrapi : interview

Téhéran, 1978. Marjane, 9 ans, rêve de sauver le monde sur fond de Révolution iranienne. Vingt ans plus tard, rencontre exclusive avec une jeune femme au franc-parler, libre et passionnée.

Persepolis, c’est un pan de l’histoire de l’Iran? Une histoire ? Un exil ?

Marjane Satrapi : Je n’ai pas réfléchi à cela ; c’est l’histoire d’une vie comme les autres, tout simplement. Un point de vue subjectif porté de façon rétrospective. L’histoire évolue au rythme d’une enfant puisque j’avais une dizaine d’années à l’époque de la Révolution iranienne, au rythme des événements, de mon départ au moment de la guerre qui opposait l’Iran à l’Irak. Et c’est un exil, oui, dans la mesure où j’ai perdu le droit d’y retourner. Pour l’instant. Mais je ne suis ni historienne, ni politicienne, et mon but en faisant ce film, comme la BD auparavant, n’était rien d’autre que de remplir mon rôle d’artiste. J’ai fait une école d’art : alors les images, l’écriture sont venues spontanément. Ce n’était pas un genre imposé, mais un réel plaisir.

Marjane a un côté anti-héros. Il y a aussi beaucoup d’humour, de dérision…

Pour les gens, le vrai héros c’est plutôt Superman. Mais c’est assommant, chiant même, c’est trop parfait ! Ici, c’est la réalité ! Certes, cette destinée est par certains aspects spéciale, mais j’ai aussi eu de la chance, j’ai fait la majeure partie de mes études dans une école française. Et près de la moitié de ma vie s’est faite hors d’Iran. J’ai été témoin de la vie de mon pays à un moment précis de l’histoire, mais il n’y a pas de renoncement. Il y a une vraie affection iranienne, pas dans le sens nostalgie « 1001 nuits » – je déteste ce côté orientaliste et exotique, – mais dans les aspects humains. J’adore l’humanisme, les gens, ce qui fait qu’on peut se sentir proche de quelqu’un qui vous est apparemment étranger, et a contrario à mille lieux d’une personne qui parle la même langue…

Comment s’est fait le passage de la BD au film d’animation ?
Comme tout ce que je fais, cela s’est produit un peu par hasard. Il n’y avait pas de volonté particulière au départ. Mais Marc-Antoine Robert (le producteur), et Vincent Paronnaud (le co-réalisateur) ne sont évidemment pas étrangers à cette décision. Quand on arrive à un moment où l’on se voit proposer de faire un film, avec le temps, la liberté de choix et d’action et les moyens nécessaires, c’est tellement rare que cela ne se refuse pas. J’ai donc saisi l’occasion. Chaque fois que je commence quelque chose de nouveau, je me dis que le pire qui puisse arriver est que je fasse une merde… Et alors… Il restera toujours des éléments positifs puisque chaque nouvelle expérience est une occasion d’apprendre. Cela se passe donc aussi sur un mode ludique, joyeux.

Prix Alph’Art pour la BD, prix spécial du jury pour le film au festival de Cannes cette année. Persepolis représentera aussi la france aux oscars en 2008…

Oui. Ce n’est pas pour cela qu’on le fait mais c’est une vraie récompense. C’est assez merveilleux. Beaucoup de mes amis sont auteurs de BD, je viens de la BD underground, je travaille avec des éditeurs de BD indépendants, pas des grands groupes ! Et c’est cela qui est d’ailleurs très surprenant. C’est aussi encourageant pour la création. C’est vraiment l’effet bouche à oreille qui a fonctionné. Imaginez un peu, un film d’animation en noir et blanc, adapté d’une BD, sur un sujet lié à l’Iran, qui sort en plein été ; ce n’était pas gagné d’avance. Alors quand le public vous suit, c’est fabuleux.

On a beaucoup parlé de choc des cultures à propos du film…
Il n’y a pas de choc des cultures, c’est de la foutaise ! La culture est « une », une chaîne composée de nombreux maillons, et nous sommes tous influencés, nourris par d’autres cultures. Elle appartient à tous, c’est une question d’intelligence. Le vrai choc, la vraie division du monde, ce n’est pas entre le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident. C’est entre les fanatiques sous toutes leurs formes (anti-avortement, pro FN, etc) et les non fanatiques, entre les intelligents et les cons, les riches et les pauvres ; car quand on a un peu d’argent, on a forcément plus de facilités : aller à l’école, voyager, se cultiver, et donc s’ouvrir aux autres, être ouvert d’esprit.

L’éducation est un enjeu essentiel contre la bêtise humaine, mais aussi pour la démocratie et l’égalité ?
La culture et l’instruction sont de véritables armes. Ça permet d’être moins con. Le danger de la stupidité, c’est avant tout un manque de connaissances et une source d’erreurs. Regardez les Strasbourgeois qui votent pour le Front National alors qu’ils ne savent finalement pas ce qu’est un étranger… La vraie intelligence rend humble et lucide car plus on sait, plus le monde devient complexe et difficile à appréhender et à expliquer. Elle permet aussi de faire des choix en connaissance de cause, d’avoir des références communes, de regarder le monde autrement.

Quel regard portez-vous sur les mouvements étudiants, comme ceux auxquels on peut assister en france régulièrement ?
Les années 80 ont été une période un peu facile, avec un aspect « golden boy », fric, grandes écoles : une espèce de réaction post années 60-70. Il faut que la jeune génération se bouge, mais maintenant, sinon après « ce sera la merde ». Et c’est l’état qui finira par décider de tout. Il faut qu’elle continue à faire ses revendications, car il y a plein de choses à acquérir !

Le film s’achève sur cette phrase : « la liberté a un prix ». C’est le début de tout finalement !
Bien sûr ! Un prix physique, moral, un engagement, une intégrité à soi-même. La liberté a un prix car la pensée universelle a un prix. Aujourd’hui, l’état régit nos vies par certains aspects, les médias ont des contenus édulcorés – c’est pour cela que Le Canard enchaîné est mon journal préféré ! Avoir une pensée personnelle, avoir le droit de parler, exprimer son opinion sans avoir peur du regard des autres, oser embrasser une idée sous certains aspects plutôt que dans son intégralité. Être libre. C’est pour cela qu’il faut se battre.

persepolis-247-films

À LIRE / À VOIR
Le site www.myspace.com/persepolislefilm
Le DVD de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. 2.4.7.Films/Diaphana films. 19,99 € (prix indicatif).
La BD de Marjane Satrapi. Édition de L’Association. Monovolume : 32 €. En 4 tomes : à partir de 14 €.
*interview réalisée le 2O novembre 2007, parution Génération Solidaire Hiver 2007