Denis Mukwege, prix de la paix de Séoul 2016

Depuis plus de 15 ans, le Dr Denis Mukwege opère et répare physiquement et psychologiquement des femmes, jeunes filles et bébés victimes de violences et tortures sexuelles, au péril de sa vie, dans son hôpital de Panzi (Sud-Kivu/République démocratique du Congo). Le 6 octobre prochain, il recevra un nouveau prix en reconnaissance de ses actions et de ses engagements pour le respect des droits humains : le prix de la Paix de Séoul 2016. Mais pendant ce temps, certains de ses proches sont arrêtés à Kinshasa. Pendant ce temps, des violences qui dépassent l’entendement se poursuivent en RDC, notamment dans le Kivu, depuis plus de 20 ans. Pendant ce temps, la création d’un Tribunal pénal international (TPI ) au Congo contre le viol comme arme de guerre ne voit pas le jour.

Quid des actes concrets de la part de ceux qui pourraient aider son pays à se stabiliser sur le long terme, à faire reconnaître le viol de guerre comme crime de guerre et respecter les droits et l’intégrité des femmes, au-delà des mots et des beaux discours ?

Le 9 mars dernier, lors du colloque ‘Viols, armes de guerre : pour un tribunal pénal international en République Démocratique du Congo » qui se tenait à la mairie de Paris, Denis Mukwege rappelait ceci : « Le viol est une arme destruction massive de la femme, de la famille, de la communauté. Il est pratiqué de façon méthodique, pour donner des souffrances, humilier, traumatiser. Parfois, il l’est en public, en associant les proches, le mari, le frère, les fils ! Les femmes concernées, depuis leur plus jeune âge parfois, ne peuvent plus avoir de vie privée ou ne peuvent plus avoir d’enfants. D’un point de vue sanitaire, elles ont souvent été contaminées lors de ces actes par des infections sexuelles qu’elles peuvent à leur tour, sans le savoir, transmettre à un homme, à un bébé. Il faut être très conscient que ces conséquences sont issues de la volonté de détruire un peuple et se portent sur plusieurs générations. Ces femmes deviennent des parias et fuient leur terre. Leurs enfants sont rejetés. Il y a une destruction du tissu social, des repères, de tout ce qui est sacré dans la communauté. Et c’est celui qui désorganise la société qui domine alors cette société. Aujourd’hui, nous sommes des survivants, elles sont des survivantes. »

Pour en savoir plus sur le Dr Mukwege, il est important de voir/lire ces documents, les seuls qui permettent de réaliser de façon très concrète qui il est et les conditions dans lesquelles il vit et se bat au quotidien aux côtés de celles et ceux qu’il défend, soigne et protège :
– le documentaire L’homme qui répare les femmes, de Thierry Michel et Colette Braeckman ;
– le livre Panzi : de Guy Bernard-Cadière et Denis Mukwege (éd. du Moment).

Violences sexuelles en RDC : création ‘Rentrez chez vous et racontez’

Depuis plus de 20 ans, l’est du Congo est ravagé par des combats sans fin entre milices et bandes armées. Les femmes et les enfants en sont les premières victimes, détruites de l’intérieur par des violences sexuelles insoutenables. En France, deux comédiens âgés de 27 ans – Claudia Mongumu* et Charles Meunier* – sont leur relais et donnent leurs voix depuis près de 4 ans à celles et ceux qui n’en ont pas. Des voix pudiques et brutes à entendre lors du colloque «Viols, armes de guerre : pour un tribunal pénal international en République démocratique du Congo (RDC) », le 9 mars à Paris. Photos et entretien croisé avec les deux interprètes autour d’une création engagée : Rentrez chez vous et racontez.

Claudia Mongumu/Charles Meunier, 7 mars 2016, repetition Rentrez chez vous et racontez
Claudia Mongumu & Charles Meunier © Virginie de Galzain

• Comment est né Rentrez chez vous et racontez ?
Claudia : Rentrez chez vous et racontez a vu le jour dans le cadre de Créer pour agir, un événement organisé en novembre 2012 par l’association Voix/es Alternatives que j’ai co-fondée la même année. Il est né de la volonté de dénoncer l’utilisation de violences et mutilations sexuelles comme arme de guerre, une arme de « destruction massive de la femme, de la famille, de la communauté » comme le dit le docteur Denis Mukwege*, notamment au Congo. Un Congo déstabilisé à l’Est par les suites du génocide du Rwanda, théâtre de guérillas incessantes et de barbaries tues, quasi impunies sur le plan national et international depuis plus de 20 ans.

Le titre reprend la phrase lancée par certaines milices Lire la suite « Violences sexuelles en RDC : création ‘Rentrez chez vous et racontez’ »