Carnet de reportage…

Le carnet de notes du photoreportage réalisé au régiment du service militaire adapté de La Réunion au printemps 2015, la complémentarité images/mots étant pour moi essentielle. Plus de 280 pages noircies, entretiens avec des cadres militaires et des jeunes volontaires. Autant de témoignages qui constituent une mémoire collective unique, en complément des très nombreuses photos réalisées sur place dans l’ensemble des compagnies.

Voir des extraits en Photos et Paroles de…, objet du reportage, autant dire très peu au regard du travail accompli ensemble. Plusieurs mois en lissant entre les préparatifs, les semaines en immersion sur place, le scan et l’éditing des négatifs, la préparation des images, la retranscription d’une partie des propos pour accompagner les tirages de l’exposition, etc… Un très beau projet que j’avais en tête depuis 2011 et qui a pu se concrétiser grâce à une rencontre avec un membre du SMA (que je remercie encore), pour résumer. A suivre… si si. En attendant, n’hésitez pas à partager les liens.

carnet_photoreportage_rsmar_virginie de galzain
carnet_photoreportage rsmar_virginie de galzain
Le site du reportage : https://unenjeudavenirs.wordpress.com

Le reportage sur le SMA à la Une du site de l’ANLCI

Accès à l’éducation et à la formation pour tous : l’ANLCI (agence nationale de lutte contre l’illettrisme) met le reportage Le service militaire adapté : un enjeu d’avenirs à la Une de son site (merci).

une anlci juillet 2015_www.anlci.gouv.fr

Le site du reportage : https://unenjeudavenirs.wordpress.com

Reportage : Le service militaire adapté, un enjeu d’avenirs

reportage rsma_service militaire adapté_virginie de galzain

Le site : unenjeudavenirs.wordpress.com

Éducation, formation, insertion : un droit pour tous Ce photoreportage s’intègre dans un travail que j’ai initié fin 2010 sur la lutte contre les inégalités et l’accès à la formation et à l’emploi pour tous. C’est le seul de cette nature, sur ce sujet. Réalisé en immersion au sein du régiment de La Réunion, l’un des 7 régiments du Service militaire adapté (SMA), le reportage Le Service militaire adapté : un enjeu d’avenirs donne à voir un dispositif militaire unique engagé depuis plus de 50 ans dans l’accès à l’éducation, à la formation et à l’insertion professionnelle et sociale des jeunes d’Outre-Mer dans la vie civile.

Au terme d’une formation militaire d’un mois, les volontaires apprennent un métier correspondant aux besoins d’emploi locaux, complété du certificat national de Sauveteur secouriste du travail, dans l’une des compagnies dédiées. Outre le savoir-faire, la remise à niveau personnalisée en français et en mathématiques fait partie intégrante de l’apprentissage,  le SMA accueillant entre autres de nombreux jeunes sans diplômes et/ou en situation d’illettrisme (plus de 40%). Six à 12 mois de vie collective en internat qui vont surtout permettre à chacun de se construire avec les autres ; de gagner en confiance et en responsabilité pour mieux consolider son avenir, tant professionnel que privé.

Photographies et recueil de témoignages : informer, valoriser, témoigner Portraits ou scènes de vie (incorporation, internat, formation militaire initiale, formations, remise à niveau, temps forts… ), les photos évoquent le parcours de jeunes courageux et déterminés à aller de l’avant, les coulisses de leur vie au sein du régiment et l’engagement humain de cadres militaires unis par une mission d’insertion sociale civile et d’égalité des droits. Les textes, propos rapportés de jeunes volontaires et de militaires, mettent en lumière avec une force particulière le cheminement et les réalités de vie des stagiaires ; des regards personnels sur les missions et enjeux du SMA ; les avenirs possibles.

Ce reportage est aussi un travail d’information et de mémoire qui saisit, à un moment donné, l’histoire du SMA, ses acteurs, ses actions et les jeunes – femmes et hommes – accueillis et accompagnés. Une évocation concrète et humaine de sa raison d’être. Un lien entre eux et nous. Les quelques images présentées sont un premier extrait de ce travail réalisé grâce à la participation de celles et ceux, nombreux, que j’ai eu la chance de rencontrer et avec qui j’ai partagé des moments que je considère comme exceptionnels.

Une exposition est en cours de préparation et un autre diaporama, plus complet, est à venir. En attendant, n’hésitez pas à diffuser autour de vous ce post et le site associé. À suivre.

Le site du reportage : unenjeudavenirs.wordpress.com
Le lien exportable du diaporama
: https://www.dailymotion.com/video/x2tildt_le-service-militaire-adapte-un-enjeu-d-avenirs_school

Un projet cofinancé par le  Fonds d’Expérimentation pour la Jeunesse

Illettrisme : en attendant la 3e expo…

 » J’ai encore beaucoup à faire pour savoir bien lire et écrire. J’aime apprendre, j’ai envie d’être quelqu’un de cultivé, mais c’est dur. (…) Ce qui compte le plus pour moi, c’est la liberté, de pouvoir faire des choix. » (M., 20 ans, 2011)

En attendant la 3e exposition en cours de préparation pour septembre avec la direction du service national, une archive extraite du reportage Illettrisme, droit de savoirs illustre un article consacré à l’association Savoirs pour réussir Paris association au sein de laquelle j’ai réalisé une partie du projet en 2011. L’article est paru dans le magazine trimestriel A Paris de l’été 2013, rubrique Solidarité.

lutte contre illettrisme_a paris_ete 2013_savoir pour reussir_virginie de galzain copieAtelier d’écriture, SPR Paris, 2011 ©Virginie de Galzain

Exposition « Illettrisme : droit de savoirs ».2 !

Pour la 2e diffusion, c’est la la Ville d’Aubervilliers qui accueille l’exposition Illettrisme : droit de savoirs* du 17 novembre au 14 décembre 2012. Elle est extraite du photoreportage du même nom que j’ai réalisé en indépendant sur de très nombreux mois en 2011, le seul de long terme dédié à la lutte contre l’illettrisme et pour l’accès aux connaissances de base pour tous, en France.

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Elle sera successivement accrochée dans le hall  de l’Hôtel de Ville, puis au Centre communal d’action sociale (CCAS) à partir du 23 novembre après-midi pour finir au 31/33, rue de la Commune de Paris à partir du 7 décembre. Très engagée dans la prévention et la lutte contre l’illettrisme, Aubervilliers a mis en place un Plan local en partenariat avec l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme). Elle a rejoint le collectif initié par l’Agence pour la demande de label grande cause nationale 2013 : une cause urgente qui concerne plus de 3 millions de personnes dans notre pays.

Trois millions de personnes qui ont été scolarisées en France mais ont perdu ou mal acquis la maîtrise de la lecture, de l’écriture, de la lecture et du calcul. Auxquelles s’ajoutent près de 40 000 jeunes en situation d’illettrisme détectés chaque année par la Direction du service national (tests réalisés au cours des journées Défense et Citoyenneté). Autant d’hommes et de femmes répartis sur tout le territoire qui se trouvent aujourd’hui dans une situation cachée, taboue, fragilisante inacceptable. Une réalité qui constitue une inégalité des droits en matière d’éducation, de formation, d’emploi, et qui conditionne la vie au quotidien.

> Exposition du 17 novembre au 14 décembre 2012 :
– Mairie d’Aubervilliers, 2 rue de la commune de Paris : du 17 au 23.
– Puis à quelques mètres au CCAS : 6 rue Charron, 1er étage : à partir du 23 novembre. Et 31/33, rue de la Commune de Paris à partir du 7 décembre. Entrée libre.
> Le site du photoreportage : droitdesavoirs
> Soutenir la demande de label Illettrisme, grande cause 2013 : www.illettrisme2013.fr
> Lire les 8 pages consacrées au reportage dans le magazine Déclic photo

* tirages baryté traditionnels Andrés Romero
La 1ere exposition a eu lieu à l’espace 11-13 chapelle, 2 impasse du Curé, 75018

Appréhension


Madagascar/Opération sourire/chirurgie réparatrice ©Virginie de Galzain/MdM

Le reportage « Illettrisme, droit de savoirs » à la Une de sps.fr

Printemps/été 2012 : le photoreportage Illettrisme, droit de savoir est à la Une du site www.sps.fr (syndicat de la presse sociale). Réalisé en 2011, c’est le 2e volet d’un projet photographique  que je mène sur les différences invisibles, contre les idées reçues en France. Une exposition de ce projet est en cours de préparation.
Télécharger le pdf de présentation du photoreportage.

illettrisme droit de savoirs_virginie de galzain

Le site du projet : Illettrisme, droit de savoirs

Photo : défiance, indépendance, confiance

Ce post est à l’attention de ceux que j’ai croisés/abordés ces derniers temps dans le cadre d’un nouveau photoreportage indépendant que j’espère mener avec eux SI… Seule je ne peux rien. Ils ont ma carte, ils se reconnaîtront s’ils passent sur ce blog.

▪ Un photoreportage indépendant est un projet pensé et initié de façon personnelle, sans commande, sans influences autres que ses propres repères, analyses, connaissances, ignorances, questionnements. La première motivation est l’intérêt pour le sujet et toutes les richesses mais aussi toutes les difficultés qu’il comporte. La seconde est le soucis d’informer – cela n’engage que moi -, d’aller au-delà d’une étiquette derrière laquelle on peut à la fois tout et rien mettre puisque l’on ne sait pas, concrètement, de quoi l’on parle. Par « concrètement », j’entends « vivre les choses » de la façon dont les autres les vivent ou du moins les approcher. On ne peut se mettre à la place de chacun ; on peut en revanche saisir ce que l’on vous donne pour mieux le relayer : en photographies illustratrices ou évocatrices et en recueil de témoignages.

▪ Pourquoi est-ce important ? Parce que la société a globalement les moyens matériels de s’exprimer, mais l’individu ne peut le faire ouvertement. Peur du regard des autres, manque de soutien ou de liens, conditionnement/contexte éducatif ou social, pression financière ou professionnelle : l’hypocrisie est totale et influe sur les libertés et la sensibilisation aux dysfonctionnements. Résultat ? La matérialisation, la conceptualisation des situations participent à les rendre abstraites car elles se substituent aux hommes. On ne touche personne avec de l’abstraction : on risque en revanche d’anesthésier, de travestir voire de manipuler et de l’être (manipulé).

▪ Aller au cœur des réalités pour mieux les comprendre, les retranscrire, les relayer est ce qui me fait avancer, ce qui me passionne aussi. En un mot : humaniser. Ce qui implique du temps, des mois mais aussi un engagement mutuel, un respect et une confiance réciproque. Les doutes font partie du parcours car on se demande tous à un moment donné « ce qu’on fait là » et « pourquoi on le fait », si « cela a du sens » ! Pour arriver à cette conclusion que « oui cela a une raison d’être, sinon nous ferions autre chose » !

▪ La diffusion prendra le temps qu’elle prendra, par des modes qui privilégient le long terme (exposition, diaporama…) et surtout la place nécessaire pour que chacun s’y retrouve : autant de formats qui permettent à ceux qui les découvrent de se poser au lieu de subir une image, des mots. D’être face aux autres, avec leurs préoccupations, leurs parcours de vie, leurs projections. D’être face à soi aussi puisqu’il y aura toujours un détail, une situation, une image qui fera écho à quelque chose de vécu, de vu et qui induira une proximité inattendue. Cette diffusion est mesurée, choisie, particulièrement au regard du temps passé et des implications humaines inhérentes ou consécutives.

En attendant, la priorité est avant tout de « faire », de pouvoir commencer :
cela dépend de vous, j’attends de vos nouvelles.

REPORTAGE ‘Illettrisme : droit de savoirs’

« Illettrisme : droit de savoirs » est le 2e volet du projet photographique de long terme que je mène sur les différences invisibles. Un sujet de plusieurs mois réalisé en lien avec l’ANLCI, en collaboration avec la direction du service national/DSN (détection des difficultés de lecture) et l’association Savoirs pour réussir Paris (prise en charge de jeunes de 16 à 25 ans). Le magazine Déclic photo (n°75, en kiosque jusqu’au 8 décembre 2011) consacre 8 pages au reportage avec une interview sur le sujet et la démarche.

EN SAVOIR PLUS
Le site du reportage http://droitdesavoirs.wordpress.com.

ILLETTRISME : DROIT DE SAVOIRS !

▪ Nommer ou ne pas nommer ? Voir ou ne pas voir ? Comme de nombreux autres, l’illettrisme est de ces sujets prioritaires dont il est urgent mais «délicat» de parler. Le nommer, c’est risquer d’étiqueter, de stigmatiser, de provoquer l’exclusion de ceux qui sont concernés. Ne pas le nommer, c’est nier une réalité humaine, éducative, professionnelle, sociale. Une réalité encore taboue qui concerne plus de 3 millions de personnes âgées de 16 ans et plus, qui ont été scolarisées mais ont perdu la maîtrise de l’écriture, de la lecture et/ou du calcul.

▪ En France, l’instruction est obligatoire à partir de 6 ans, pour tous les enfants français ou étrangers résidant en France ; et ce, jusqu’à l’âge de 16 ans révolus. Or, près de 9% des personnes en situation d’illettrisme ont entre 18 et 25 ans. C’est avec ces dernières que j’ai eu envie de commencer à travailler, parce qu’elles sont situées à une période cruciale de leur vie : à la frontière de la scolarité, de la formation et de la vie active.

LE REPORTAGE : REMONTER LA CHAÎNE D’UN DROIT FONDAMENTAL

L’illettrisme n’est pas une fatalité : c’est une inégalité cachée, aux causes multiples que l’on peut mesurer et résoudre à tout âge. Un cap à franchir. Face à cela, qui agit ? Dans quel contexte ? Comment détecter ? Aider ? Résoudre ? Quelles sont les actions et interactions qui permettent, peu à peu, d’ouvrir les yeux sur cette question de société, d’améliorer l’intégration sociale de chacun ?

▪ C’est ce que le reportage aborde en remontant la chaîne du combat pour l’accès aux savoirs fondamentaux, au “Droit de savoirs”. Avec, dans un premier temps, le suivi de deux maillons clés :

– la détection, avec la direction du service national (DSN/secrétariat général pour l’administration SGA / ministère de la Défense). Lors des Journées défense et citoyenneté (JDC), elle met en oeuvre la détection des difficultés de lecture auprès de 750 000 jeunes âgés de 17 à 25 ans, grâce aux tests d’évaluation des acquis de la langue française*. Chaque année, ils permettent de détecter entre 35 000 et 40 000 jeunes Français en situation d’illettrisme. C’est la seule initiative d’ampleur dans un processus de lutte contre l’illettrisme sur cette génération, à laquelle s’ajoutent les entretiens proposés aux jeunes déscolarisés et le relais vers des structures d’accompagnement adaptées.

– l’accompagnement, avec l’association Savoirs pour réussir Paris. Engagée dans la lutte contre l’illettrisme auprès des 16-25 ans, l’association appartient au réseau national du même nom co-fondé par le linguiste Alain Bentolila et le général Fassier. Composée de deux salariées et 30 bénévoles permanents, elle propose des ateliers internes (écriture, calcul, lecture, presse…) et des ateliers pédagogiques menés en partenariat avec des acteurs culturels et d’intérêt général engagés (Petit Palais, APSV/Parc de La Villette, fondations…). Ses objectifs : réconcilier les jeunes avec les savoirs de base, restaurer leur confiance et l’envie d’apprendre pour préparer l’avenir.

PHOTOGRAPHIES ET TÉMOIGNAGES : INFORMER, VALORISER, RENDRE VISIBLE

Entre portraits de jeunes, de tuteurs et de membres de la DSN, détails et scènes de vie en test ou en apprentissage, les photographies évoquent des instants d’investissement personnel, de partage, d’implication, de doute et de solitude, de fierté retrouvée. Partie intégrante du reportage, les témoignages sont un autre « arrêt sur image » : l’expression pour les jeunes, comme pour ceux qui les accompagnent des difficultés et de la nécessaire reprise de la confiance en soi pour progresser, construire son avenir. Et par là même celui de sa famille, de son entreprise, de son pays. Avec en fil rouge, l’ouverture aux autres et à soi-même ; le désir et le plaisir d’apprendre toujours plus.
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Photojournalisme : la retouche en question

Rapidement, en passant, un lien vers un article du Monde au sujet de la retouche photographique abusive dans le domaine du photojournalisme. Un point de vue que je partage complètement (voir allusion dans le post précédent) sur une tendance qui s’affirme d’année en année.
Défendu, notamment, par  Jean-François Leroy, fondateur de Visa pour l’image, elle pose avant tout la question essentielle du relais, en images, de la réalité ; d’un regard documentaire et non pas plastique du monde ;  de l’honnêteté photographique. La suite sur Photoshop sème la zizanie dans la photo de presse.

Photojournalisme : Alixandra Fazzina

Je n’ai trouvé aucune statistique sur le nombre de femmes photojournalistes en France et dans le monde. Simplement parce qu’il n’en existe pas. Pas plus qu’il n’en existe concernant le photojournalisme – ou j’ai très mal cherché -. Force est de constater qu’elles sont peu représentées en agences et collectifs. L’occasion de faire un zoom sur Alixandra Fazzina, qui a rejoint le 1er juillet dernier NOOR images.

Née en 1974, la photographe britannique est la première journaliste lauréate de la distinction Nansen pour les réfugiés, (2010) remise chaque année par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Alixandra Fazzina consacre en effet l’essentiel de son travail et de sa vie à mettre en lumière les réalités et conséquences humaines des conflits, des migrations forcées, de la violence, de l’exploitation de la pauvreté, tant au sein de la population civile que sur la maternité. Un engagement initié dans les années 2000 en Europe de l’est, qu’elle poursuit aujourd’hui de façon indépendante. Bosnie, Sierra Leone, Angola, Afghanistan… sont parmi ses territoires d’investigation et d’expression.

CLIQUER SUR L’IMAGE POUR ACCÉDER AUX PHOTOS

From A Million Shillings, Escape from Somalia © Alixandra Fazzina/NOOR

Reconnue pour son courage et son regard, elle a été relayée par des médias comme Newsweek, The Sunday times, The New York times. Elle sera prochainement rééditée par l’éditeur Trolley, pour un travail personnel de près de deux ans sur les migrants de la Somalie vers la péninsule arabique : A Million Shillings, Escape from Somalia. Un voyage au cœur des détresses et des attentes de femmes, d’enfants et d’hommes ; sur les traces des passeurs, dans l’enfer des trafics du golfe d’Aden. Ses images sont des tableaux qui traduisent des réalités vécues jour et nuit au quotidien par des populations qui tentent de fuir le danger, qui perdent leurs racines et parfois leur vie pour un semblant de liberté. Les compositions, la lumière sont des révélateurs de désordres, d’urgences, d’émotions saisis avec disponibilité, patience, respect.

Porte-parole des oubliés de l’actualité, Alixandra Fazzina symbolise aussi l’importance du rôle de  cette profession, à l’heure où l’on ne pense plus seulement à relayer l’information mais à faire du chiffre, à satisfaire un certain type de lectorat voire à anticiper sur ses envies au risque de se tromper ; à l’heure où la différence, le malheur, l’étranger, la vie de centaines de millions de personnes en substance, sont de plus en plus voilés, occultés au profit d’une réalité plus acceptable  (?), légère (?), divertissante (?). À l’heure enfin, où des photographies sont retouchées, saturées ou désaturées, contrastées, lissées, voire ce que l’on appelle esthétisées au point de perdre l’âme, la matière et le réalisme  initiaux,  au point de dénaturer et de travestir la vérité : pourquoi ? Pour la rendre plus visible ?

Alixandra Fazzina dépeint un réel en mouvement permanent, avec intuition, force et sensibilité, comme on peut le faire lorsque l’on est profondément touché et conscient de se qui se passe autour de soi, en s’oubliant et en donnant le meilleur de son art. Ses images sont d’une honnêteté humaine, intellectuelle et photographique qui interpelle. Des arrêts sur l’Histoire, qui se déroule non plus à des kilomètres, mais aujourd’hui, sous nos yeux.

La photographe vit depuis trois ans à Islamabad. Elle vient d’être témoin de ce que beaucoup considèrent comme une des pires catastrophes naturelles des temps modernes : les inondations survenues au Pakistan.

Galeries photo : www.noorimages.com
À paraître : A Million Shillings, Escape from Somalia. Éd. Trolley. Environ 30 €.

Visa pour l’image : David Guttenfelder

 » J’aime les images qui ont un message universel sur les hommes. J’ai vu la photographie aider des gens, c’est une part importante de notre métier. « 

En plus de 15 ans, le photoreporter David Guttenfelder a couvert les conflits dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen Orient, notamment pour l’Associated press (AP) pour laquelle il travaille. Lauréat de nombreux prix internationaux (dont quelques World Press), il a aussi fait l’objet ces jours-ci de six pages de publication pour un reportage sur les troupes américaines en Afghanistan avec un iPhone (relaté en mars par Denverpost.com). Je conçois que le procédé technique puisse, à la limite, intriguer, mais de là à… non.

Indépendamment de ce que je considère comme une anecdote, voici (plus bas) deux liens pour en savoir un peu plus sur la démarche et les images de ce photographe qui sont loin d’en être une – anecdote -. Liberia, Rwanda, Irak, Pakistan, Afghanistan, …, offrent à voir des réalités odieuses qui continuent de traverser les frontières et d’anéantir des vies. Des existences dignes, transmises pour que nous les regardions en face. Pas en feuilletant rapidement l’hebdo du moment, entre le Portrait et les pages Conso. Pas en faisant défiler 30 images/minute sur un site Internet. Mais en prenant le temps : il restera toujours cette image, celle qui résiste aux autres, qui touche, fait réfléchir. Voire ré-agir.

En 2007, David Guttenfelder avait repoussé les limites et codes habituels du travail en agence de presse en nous livrant The dark side of a wire photographer : une  approche plus intime et intuitive de la vie, dans ces lieux dans lesquels il s’engage, une évocation en marge de ce qu’il appelle le centre de l’Histoire. Il sera à nouveau en France pour une projection lors du prochain Visa pour l’image, une rétrospective de ses reportages en Afghanistan. Rendez-vous à Perpignan le 4 septembre 2010.

→ Lien photo www.lightstalkers.org/david_guttenfelder
Interview, en cliquant sur l’image ci-dessous ↓

Christian Poveda : Alain Mingam raconte

Christian Poveda, photoreporter et documentariste, nous a quittés le 2 septembre dernier à 54 ans, assassiné au Salvador où il vivait. À l’occasion de la sortie en DVD de La vida loca, documentaire sur le quotidien des gangs salvadoriens, Alain Mingam (que je remercie encore), grand reporter, et ambassadeur du film, revient sur le tournage, les gangs maras, le Salvador, la violence dans les médias.

Près de 90 000 entrées en salle plus tard en France, le film est désormais disponible à la vente. Un regard sans concession, engagé et humain. À voir d’urgence.

interview réalisée  pour http://www.lmde.tv / images-montage Yannick Hanafi

Le DVD : 19,99 € (prix indicatif, sur fnac.com, amazon.fr…)
Le site Internet : www.lavidaloca-lefilm.fr

Stanley Greene : à voir, à lire

ON DOIT PRENDRE DES PHOTOS AVEC LE CŒUR, PAS AVEC LA TÊTE.

Vient de paraître : Black passport*, du photojournaliste Stanley Greene (voir aussi ce lien). Le jeu de questions/réponses proposé par mail – et non de visu – ne me satisfaisant pas à cette échelle… et l’interview forcée un jour de dédicace parisienne n’étant pas dans mes habitudes, il faudra se contenter de mes mots avant de vous précipiter en librairie (!) au moins “ pour voir”.

Né en 1949, photographe dit “ de guerre ”, Stanley Greene est surtout un photographe de la vie. D’une certaine vie, qui un jour dérape pour sombrer, faire sombrer dans le chaos, la douleur, la violence, la domination, la soumission, la mort. Au-delà du Lire la suite « Stanley Greene : à voir, à lire »

Stanley Greene : l’enjeu photographique

 » Il y a tous ces photographes qui voyagent partout ensemble, en essayant de faire plus fort, parce que leurs magazines insistent sur ce point. Les gens perdent leur esprit ! « 

Un extrait d’une excellente interview du photo-reporter Stanley Greene  (membre de NOOR images) que je vous suggère d’écouter en intégralité. Les propos sont immuables et les questions posées sont d’une pertinence plus que jamais d’actualité. Qu’est-ce que l’engagement photographique ? Qui est le photographe ? Quel est le rôle de l’image ? Son sens ? Sa place ? Comment évolue-t-elle entre exigence médiatique, volonté politique, soif de scoop et devoir d’informer ?

Du témoignage révélateur d’une réalité révoltante à l’image choc du preneur d’image en attente de sensationnel ; de la violence restituée ou suggérée à visage (in)humain au brutal trash travesti commercial ; du réalisme sensible au pathologique grand public ; du reportage documenté à la fast or low cost photo : aperçu sensé d’un homme sans concession, combattant engagé dans une démarche artistique fondée sur la vérité, la réalité, l’Histoire, l’homme. Une  (de mes) référence(s).
À lire aussi sur le blog : Black passport, de Stanley Greene

CLIQUER SUR L’IMAGE POUR ACCÉDER À LA VIDÉO

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Christian Poveda_vida loca !

Christian Poveda, photoreporter et documentariste, nous a quittés hier à 54 ans, assassiné au Salvador où il vivait. Son dernier documentaire sur le quotidien des gangs salvadoriens, La vida loca (La vie folle), sort en salle le 30 septembre. Ces liens www.lafemme-endormie.com/vidaloca (site du film) et http://www.agencevu.com/photographers (ses portfolios au sein de l’agence VU) parlent pour lui de ce qu’il était, de ce qu’il faisait, mieux que tout ce que l’on pourra en dire de beau aujourd’hui.

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Les portes de l’enfer

Les coulisses du grand reportage de guerre, avec Noël Quidu, photo reporter pour l’agence Gamma ; loin d’une image d’illustration convenue, lisse, sensationnelle ou facile comme on en voit de plus en plus dans de nombreux magazines. Pour mesurer les enjeux de l’information, de l’engagement du photographe et du Lire la suite « Les portes de l’enfer »

Philip Blenkinsop : Visa d’or news

Samedi dernier, lors de la semaine professionnelle du 20e festival Visa pour l’image, à Perpignan, étaient décernés les prestigieux Visa d’or. C’est le photographe australien Philip Blenkinsop qui a remporté le Visa d’or ‘news’ pour son reportage sur le tremblement de terre au Sichuan, en Chine.

Né en 1965, Philip Blenkinsop figure parmi les photojournalistes les plus importants de sa génération. En 1989, il quitte le quotidien The Australian, pour s’installer à Bangkok, en Thaïlande. Un pays au coeur d’importantes mutations. Depuis, il travaille essentiellement en Asie, et témoigne par l’image des dures réalités des conflits, des catastrophes humanitaires. L’horreur figée entre la vie et la mort, expression d’une violence extrême et d’un rapport extrême à la violence.  » Une violence omniprésente en Asie, à laquelle les Occidentaux ne sont pas habitués, que les photographes eux-mêmes ont du mal à représenter telle quelle «  précise-t-il.

Des Philippines au Népal, de la Birmanie au Laos ou à la Thaïlande, etc, il rend la vie aux oubliés, immortalise l’oppression, donnant à voir aux yeux du monde un quotidien cruel voire infernal. Une photo témoin extrêmement marquante, dénuée de censure. Un document inestimable qui ouvre les consciences, et une perception personnelle de moments clés, historiques, identitaires, dans une dimension humaniste hautement artistique.

Récompensé de nombreux prix, il est aujourd’hui l’un des membres de NOOR images, fondée fin 2007. L’agence rassemble neuf photographes, et pas des moindres (Pep Bonet, Stanley Greene, Francesco Zizola, mais aussi Samentha Appleton, Jon Lowenstein, Yuri Kozyrev, Jan Grarup et Kadir van Lohuizen), engagés dans une volonté de compréhension du monde, dans la pure tradition du photojournalisme. Un documentaire est actuellement en cours sur son travail. En voici dix minutes.


LE SITE : www.noorimages.com

Bertrand Meunier : l’autre regard sur Pékin

Pendant les JO de Pékin, le photographe Bertrand Meunier, membre du collectif Tendance Floue, participe à l’espace « Hors jeux » du site rue89. Le concept : un jour, une photo, une légende. Un autre regard sur Pékin, à l’heure où seul le sport compte, à peu de choses près.

CORRESPONDANCES
La démarche de Rue89 reprend sous un autre format celle de Libération. Avec simplicité. En 1981, le quotidien avait commandé à Raymond Depardon une image par jour de New York, pendant cinq semaines, pour ses pages internationales. Outre la nouveauté que représentait cette approche, elle repensait en profondeur le principe même de la notion de photographie et de photo reportage. Une rupture avec un système selon lequel, communément, un photographe s’effaçait derrière son image, quand ce n’était pas sous le nom de son agence, et ne parlait pas. Une rupture déjà initiée par Depardon, notamment dans Notes*.

PAS D’ACTU, JUSTEMENT !
L’autre originalité de la commande de Libé résidait dans l’absence d’actu au sens événementiel voire sensationnel du terme. Il ne s’agissait pas d’aller couvrir un événement mais de faire un « journal photographique », d’instaurer un effet carte postale, une correspondance en images et en textes : en premier lieu celle du photographe avec la ville. Sa perception. Sa réalité. Ses mots.
À l’époque,  » New York représentait un lieu de liberté (…) le paradis pour un photographe (…) tout était possible, on pouvait photographier les gens comme on voulait. (…) Maintenant, les gens te regardent d’un drôle d’air quand tu fais des photos. Sur les ponts dans les gares, il est interdit de photographier.  » évoque Depardon dans New York, correspondance new-yorkaise. La liberté du sujet comptait aussi.

LES JEUX « HORS JEUX »
Pas d’actu à couvrir, mais toujours un ultimatum puisque quoiqu’il arrive une photo, et une seule, doit être envoyée à la Rédaction chaque jour. Aucun moyen de revenir en arrière. Avec toujours en toile de fond cette exigence de qualité et et cette acuité indéfinissable. Une exposition délicate aussi, sans artifice, soumise à un média parfois ingrat, hautement interactif, et accessible à tous ceux qui disposent d’un accès Internet. C’est à Pékin que le défi a lieu, en marge des JO, un an après la réalisation par Tendance Floue de la revue Mad in China. L’autre côté du miroir, dans une réalité au jour le jour. Celle qu’on ne voit pas.

Je ne reviendrai pas sur certains commentaires émis sur la première photo envoyée par Bertrand Meunier : Premier jour à Pékin, première rencontre dans le métro. Ca m’a littéralement atterrée ! Une image n’a pas un message immédiat. Elle révèle un point de vue, pose des questions, invite à ouvrir les yeux. Émotion, dialogue, rêve…, les effets comme les impacts sont multiples, dépendants de l’histoire de chacun, de sa culture, de la sensibilité . Une « bonne » légende personnalise, créée un lien, peut éviter de se perdre pour aller à l’essentiel, avant d’aller plus loin. Elle n’est pas descriptive, elle évoque un contexte, contient des indices, des clés. Une image n’est jamais « évidente ». Et ce qui peut sembler évident est en réalité un repère, qui renvoie à une expérience propre, à la mémoire, à une situation. Elle éveille la curiosité, renvoie à une question : pourquoi cette image ? Libre à nous de trouver ou non une information, voire une réponse.

UNE INTERROGATION PERMANENTE
Pékin, ville mise en scène pour les JO. Ses enjeux sportifs mais aussi éminemment politiques. Ses façades médiatiques. Ses fards. Une ville au coeur des enjeux de la croissance économique, avec une arrière-cours chargée d’injustices sociales, de précarité, d’oppression. C’est sur cette nation en mutation que Bertrand Meunier travaille depuis plus de dix ans, s’interrogeant – notamment – sur la Chine contemporaine. Auteur, avec Pierre Haski, du livre Le sang de la Chine, quand le silence tue*, il a réalisé de nombreux reportages photographiques sur le monde rural, l’exclusion des plus démunis ; un des derniers en date portant sur le visage et l’avenir du monde paysan, actuellement exposé au musée Nicéphore Niépce.

Bertrand Meunier est un grand. De ceux qui ont le regard résolument libre, dirigé vers le monde et vers les autres, à la fois conscient et concerné, hyper sensible et passionné. Ses photos laissent une empreinte indélébile dans les esprits tant elles sont présentes. Son écriture est réaliste mais pudique, esthétique et artistique. Des témoignages frappants de dureté et d’humanité. Des images qui voyagent et qui parlent pour ceux qu’on ne connait pas, dans leur troublante réalité quotidienne.

*Une enquête sur le sang contaminé par le VIH/Sida condamnant à mort des centaines de milliers de paysans, auxquels les autorités ont décidé de cacher la vérité, dans le Henan.

À CONSULTER, VOIR, LIRE, etc
> Le site de Rue89
> Le site de Tendance Floue
> Jusqu’au 28 septembre : Exposition  » Paysans ordinaires « , de Bertrand Meunier. Infos : www.museeniepce.com
> Le sang de la Chine, quand le silence tue. De Pierre Heski & Bertrand Meunier. Ed°.Grasset. 18 euros.
Un sujet également traité par le photographe chinois Lu Guang (Gamma) au début des années 2000. Des images de son travail avaient été présentées en France lors de l’exposition internationale de photographie « Pingyao à Paris » au MK2 Bibliothèque, en 2004.
> Notes, précédé de la La solitude heureuse du voyageur. De Raymond Depardon. Ed°. Points/poche. 8 euros.