PHOTO : Pep Bonet. Continuer à témoigner.

 » A child is marked by his place of birth » (Pep Bonet*, photographe). L’endroit où nous naissons conditionne nos vies. C’est tellement évident que nous l’oublions souvent. C’est source de tant d’injustices qu’il convient de ne pas l’oublier (et nul besoin d’aller loin pour s’en rendre compte). Mais au Tchad, pour ne citer que ce pays, un enfant sur deux demeure non immunisé contre des infections évitables, et plus de 40% souffrent de malnutrition chronique. En clair : ces enfants ont faim, ne peuvent pas bénéficier de vaccinations ni de soins élémentaires, n’ont pas assez d’eau ni d’eau potable, n’ont parfois plus de parents pour s’occuper d’eux. Ce n’est pas seulement surréaliste : c’est totalement inhumain et scandaleux. Le taux de mortalité infantile avant 5 ans y est de 20%.

C’est là que le photographe Pep Bonet a réalisé The most beautiful hell I know/El infierno mas bonito que conozco, un documentaire qui vous plonge au cœur d’un service de pédiatrie infantile. En attendant sa diffusion complète, un trailer de plus de 3 minutes est d’ores et déjà visible : ces images renvoient aux pires crises humanitaires des années 70, notamment, mais elles sont nécessaires pour témoigner de la réalité de vie de très nombreuses familles sur cette planète. Elles engagent aussi celles et ceux qui s’investissent au quotidien, qui ne baissent pas les bras. Bien au-delà d’un constat, le sens de ces reportages tient dans une volonté tournée vers l’avenir : voir, savoir, croire et agir. C’est ce qui nous mène !

Nous sommes au XXIe siècle. Si le nombre de décès d’enfants de moins de 5 ans baisse régulièrement dans le monde depuis les années 1990** – seulement – (amélioration convergente de l’économie + accès aux soins + sensibilisation des familles + éducation + veille au respect des droits humains…), il demeure encore bien trop élevé, notamment dans certains pays d’Afrique et d’Asie du sud. Chaque année, plus de 7 millions d’enfants meurent avant cet âge : soit plus de 19 000 par jour ! En question : une alimentation insuffisante en quantité et en qualité, des maladies prévenues voire éradiquées dans certaines parties du globe qui continuent pourtant de tuer par manque de moyens matériels et sanitaires de base (maladies respiratoires, diarrhées, paludisme, vih-sida) ! Des facteurs régulièrement aggravés par une mortalité importante des mamans à la naissance, l’insécurité mondiale, les migrations forcées massives, les épidémies (choléra, rougeole…) entre autres.

En question aussi, ne nous leurrons pas, des volontés et implications bien insuffisantes de la part des décideurs quels qu’ils soient et où qu’ils soient. L’argent va à l’argent.

Nous sommes au XXIe siècle : l’histoire se construit et se déconstruit de façon vertigineuse, de plus en plus incontrôlable. Et Pep Bonet fait partie de ceux qui croient en la transmission du virus de l’espoir. Et c’est primordial.

*membre de l’agence Noor images (référence absolue avec Magnum)_** Sources UNICEF

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Haïti : l’urgence permanente

Rien à dire si ce n’est agir comme on peut face à l’injuste et à l’insoutenable. Souvenons-nous aussi que, outre cette situation d’urgence extrême, Haïti est depuis des décennies dans une situation d’insécurité politique, humaine, alimentaire, sanitaire, écologique, économique absolue. Pays le plus pauvre d’Amérique, et parmi les trop nombreux plus pauvres du monde, il avait aussi été au cœur des médias lors des émeutes de la faim en 2008 – lesquelles, vite oubliées le calme suffisamment apparent Lire la suite de « Haïti : l’urgence permanente »

L’urgence durable : de Rome à Copenhague

 » La crise silencieuse de la faim représente une grave menace pour la paix et la sécurité mondiales. Nous devons de toute urgence dégager un large consensus sur l’éradication totale et rapide de la faim dans le monde ». Jacques Diouf, directeur général de la FAO (ONU pour l’alimentation et l’agriculture).

Alors que le sommet de Copenhague est médiatisé depuis des mois (ce qui n’empêche pas  une réelle méconnaissance de son ordre du jour), le prochain Sommet mondial sur la sécurité alimentaire s’ouvre ce 16 novembre à Rome avec nettement moins d’enthousiasme politique. Les émeutes d’avril 2008 semblent Lire la suite de « L’urgence durable : de Rome à Copenhague »

Diabète, obésité : la santé en danger

14 novembre : journée mondiale du diabète. La maladie est épidémique, non transmissible, et en passe de devenir un des principaux fléaux sanitaires du XXIe siècle. À l’origine de 2,9 millions de décès de cause directe ou indirecte par an, elle peut être évitée. Explications.

Diabète et obésité
Le diabète est une maladie chronique caractérisée par une accumulation excessive de sucre dans le sang. Elle est due à une production insuffisante de l’insuline par l’organisme (diabète de type 1) ou à une mauvaise utilisation de l’insuline par ce dernier (diabète de type 2). Aujourd’hui, on estime à 246 millions le nombre de personnes atteintes de la maladie, dont 90 % de diabète de type 2. Une moyenne qui pourrait doubler d’ici à 2030 ! En France, près de  3 millions de personnes sont déjà concernées.

Le surpoids et l’obésité sont sources de pathologies chroniques graves dont le diabète de type 2, actuellement 4e cause de décès dans la majorité des pays riches. Une catastrophe en termes de santé publique, alors que l’obésité est non transmissible, et pour beaucoup liée à des causes évitables : consommation excessive de graisses, activité physique insuffisante notamment. Agir sur ces causes évitables, c’est agir sur le diabète et les maladies associées comme l’hypertension, certains cancers, et les maladies cardio-vasculaires — premières responsables du décès des diabétiques dans les pays industrialisés.

Le pourquoi du comment
Près de 1,7 milliard d’individus sont atteints de surpoids, dont 300 millions d’obésité. Compte tenu de l’ampleur des dégâts, il serait temps de prendre conscience que c’est avant tout une question de santé et de qualité de vie, et non d’esthétique même si… Comment en sommes-nous arrivés là ? Très simple : nous mangeons trop, nous mangeons mal, et nous avons réduit notre activité physique quotidienne à néant ou presque. Ce qui nous rapproche à vitesse grand V du modèle Couch potato ou « patate de canapé » selon la très visuelle expression consacrée.

En cause : l’urbanisation, la modernisation et l’occidentalisation industrielle du monde qui ont provoqué l’abandon de modes de vie traditionnels, la hausse des déplacements en transports en commun, mais aussi le développement des loisirs passifs (télévision, jeux vidéos and co) et du grignotage compulsif. Dans le même temps, l’industrie agro-alimentaire a multiplié la production d’aliments plus riches en tout (sucre, sel, matière grasse), les plats préparés souvent loin d’être équilibrés et les portions individuelles gargantuesques très énergétiques mais pas très nourrissantes. Cherchez l’erreur.

Le lobby industriel
Trop salés, trop sucrés, trop gras : le constat reste sans appel pour de nombreux produits préparés issus de l’industrie agro-alimentaire. Des céréales au chocolat « riches en vitamines, fer et blé complet » – et surtout en matières grasses – aux plats cuisinés « garants d’un bon équilibre alimentaire » – dont la teneur en sel est démontrée néfaste pour la santé – en passant par les produits laitiers « riches en calcium » à la valeur énergétique explosive et les conditionnements ludiques, tout est bon pour vendre et créer une dépendance du consommateur au produit. Et même si des efforts commencent à être faits pour réduire les ajouts excessifs en sucre, sel et matière grasse notamment, la logique reste le profit. Rien n’est gratuit, soyons réalistes.

D’autre part, certaines marques n’hésitent pas à détourner les messages du Programme national nutrition et santé (PNNS) en slogan publicitaire, manipulant habilement le client sur les réelles vertus nutritionnelles de ses achats. Toutes sont concernées, y compris celles qui sont engagées sur le terrain du programme Nutrition et santé, à grand renfort de consultants et de diététiciens pour donner une caution scientifique à leurs productions. Il est temps ! Business is business, et tout profite aux grands groupes, pour l’instant, qui créent de nouveaux besoins là où il n’y aurait pas lieu d’être. Ou comment créer un remède après avoir provoqué le mal.

Agir, et vite
Information et prévention sont les maîtres-mots :  » manger mieux et bouger plus  » donc, comme dit l’Inpes. Dans le monde, plus de 10 % des enfants sont déjà obèses, et ça ne va pas en s’améliorant. < À toute fin utile, les facteurs héréditaires sont minoritaires : inutile de se donner bonne conscience ou de se trouver des excuses avec cela. > On sait aussi que 50 % des enfants et adolescents en surpoids ou obèses le resteront à l’âge adulte. Par extension, cela augmente le risque de développer une maladie liée (dont le diabète de type 2) et réduit l’espérance de vie de 10 ans minimum. Dans tous les pays, la prévention doit passer conjointement par la famille, l’école, les institutionnels et l’industrie agro-alimentaire.

L’école doit proposer des repas équilibrés et limiter l’accès aux produits trop énergétiques. Idem à la maison, où l’enfant suit l’exemple qu’on lui donne et consomme ce qu’il y a dans les placards. Règle numéro un : éviter de manger entre les repas, et d’acheter des produits trop caloriques  non rassasiants (barres chocolatées, sodas, fritures, biscuits salés) au profit d’aliments sains (frais, en conserve ou surgelés, qu’importe, mais non cuisinés surtout). Règle numéro 2 : diminuer les activités sédentaires au profit des activités physiques (balade à pied, en rollers ou à vélo, piscine…). A cela, s’ajoute une réduction des messages publicitaires alimentaires incitatifs. Des informations nutritionnelles claires et lisibles sur les emballages. Sans oublier l’instauration de dépistage régulier et une information médicale systématisée, histoire d’éviter de plomber davantage le trou de la Sécu qui aboutit à toujours plus de taxations pour les malades.

Maux des temps modernes, le diabète et l’obésité en sont les nouveaux défis sanitaires. Ironie indécente : le nombre d’habitants affamés — 923 millions — est en hausse en 2008, et plus de 5 millions d’enfants décèdent chaque année des suites de la malnutrition. Si on ne modifie pas rapidement nos modes de vie et de consommation, on pourrait bientôt plus mourir de – mal – s’alimenter que d’avoir faim !

À LIRE  :
Sur le blog : obésité VS santé
L’obésité, de Jean-Michel Borys. Ed.Le cavalier bleu. 9 €

LIENS :
– Le Programme national nutrition et santé www.mangerbouger.fr
– La Fédération internationale du diabète www.idf.org