Mode & liberté de la presse : tous les chemins mènent…

En 2009, il avait fait défiler un modèle incarnant l’espoir et le changement, portant une robe  impressions… Barack Obama. En 2010, le directeur artistique Guillermo Mariotto, de la célèbre maison de couture italienne Gattinoni, frappe à nouveau. Hier soir, en pleine semaine de la mode  AltaRoma AltaModa, c’est une mariée baillonnée d’un Lire la suite de « Mode & liberté de la presse : tous les chemins mènent… »

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Mad in France : Tendance Floue résiste et signe

Entre projets photographiques, expositions et ouvrages d’art ; après la Chine et l’Inde, le collectif de photographes Tendance Floue a sillonné l’Hexagone pour le troisième volet de son défi photographique annuel : Mad in France. Lancement aux Rencontres internationales de la Lire la suite de « Mad in France : Tendance Floue résiste et signe »

EXPO 47, portraits d’insurgés : de Pierrot Men & Raharimanana

Les photographies, textes et recueils de témoignages présentés sur ce blog ne sont pas libres de droits. Photos reçues de Pierrot Men et mises en ligne avec son accord.

Quand Raharimanana, écrivain et dramaturge, s’associe au photographe Pierrot Men, cela donne 47, portraits d’insurgés, un duo image/texte d’une force inédite. Une exposition sensible, esthétique, pédagogique et engagée, proposée dès aujourd’hui à la chapelle du Miracle, en marge du festival d’Avignon. Aperçu, et extraits de longs entretiens très privilégiés.

47. 1947. 29 mars 1947 : le point de départ d’une insurrection anticoloniale dont la répression, les tortures, massacres et exécutions sommaires ont meurtri des familles entières et causé plusieurs dizaines milliers de morts à Madagascar. Une période méconnue aux frontières de l’horreur et de la civilisation, restée jusqu’à présent dans l’ombre de l’histoire coloniale française. Lire la suite de « EXPO 47, portraits d’insurgés : de Pierrot Men & Raharimanana »

PHOTO : Ricardo Rangel n’est plus

Le photojournaliste mozambiquais Ricardo Rangel est décédé jeudi dernier à l’âge de 85 ans. Né en 1924, il met un premier pied dans l’univers de la photo en entretenant la chambre noire d’un chasseur d’éléphants également photographe, avant de travailler pendant près de 10 ans comme tireur au sein du studio Focus, pour Le Noticias, le Guardian Lire la suite de « PHOTO : Ricardo Rangel n’est plus »

William Eggleston : l’art du familier

William Eggleston, 69 ans, photographe américain, (s’)expose dès aujourd’hui à la Fondation Cartier pour l’art contemporain avec sa dernière série  : Paris, réalisée sur commande entre 2006 et 2008 (deux mois de séjour en tout). Ce chantre de la photographie démocratique saisit le quotidien, tout le quotidien, dans ses aspects les plus (extra)ordinaires comme les plus insolites. Sans niveau d’intérêt. Sans distinction. Sans même  parfois Lire la suite de « William Eggleston : l’art du familier »

Les portes de l’enfer

Les coulisses du grand reportage de guerre, avec Noël Quidu, photo reporter pour l’agence Gamma ; loin d’une image d’illustration convenue, lisse, sensationnelle ou facile comme on en voit de plus en plus dans de nombreux magazines. Pour mesurer les enjeux de l’information, de l’engagement du photographe et du Lire la suite de « Les portes de l’enfer »

Droit au logement, Paris 15 mars

Un clin d’œil à une question de vie essentielle :  le droit à un logement stable et salubre. Un droit de l’homme insuffisamment respecté, en France comme ailleurs, un devoir politique à honorer.


Photos
(Nikon F90, AF 50mm, IlfordHP5Plus), & montage ©Virginie de Galzain

Zoom sur… Slumdog Millionaire

Huit Oscars, dont celui du meilleur film, du meilleur scénario adapté et du meilleur réalisateur. Si vous n’avez pas encore vu le dernier film de Danny Boyle, Slumdog Millionaire, il est encore temps ! L’histoire de Jamal Malik, enfant des bidonvilles accusé de tricherie alors qu’il est sur le point de devenir richissime à 18 ans grâce à l’émission « Qui veut gagner des millions ? » Présenté tour à tour comme un « conte de fée » ou une « comédie sociale » — j’avoue que ce n’est pas ce qui m’est venu à l’esprit en sortant de la salle  ! — le film est aussi l’illustration d’une enfance de la rue et de la débrouille, et le miroir de c Lire la suite de « Zoom sur… Slumdog Millionaire »

Zimbabwe : alerte au choléra

25 décembre 2008, le ministère de la Santé du Zimbabwe notifie 26 497 cas de choléra, dont 1518 mortels. 30 janvier 2009 : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dénombre plus de 60 000 personnes contaminées, et plus de 3 100 morts. Un bilan certainement en deçà de la réalité, au sujet de l’épidémie qui sévit dans le pays depuis août 2008. Le point.

Quid du choléra
Le choléra est une maladie intestinale extrêmement contagieuse, qui se propage par le bacille Vibrio cholerae et  » se transmet par voie directe fécale-orale ou par l’ingestion d’eau et d’aliments contaminés  » (OMS). La base du traitement : l’hydratation, et l’administration de sels de réhydratation orale (SRO) en raison de très fortes diarrhées et de vomissements à répétition. Voire un traitement antibiotique.

C’est une maladie facile à soigner, guérissable dans la plupart des cas, pourvu qu’on en ait les moyens. Car sans traitement adapté, on peut mourir de cette maladie dans les 24 à 48 heures suivant l’apparition des symptômes. Le risque de mortalité de la population peut alors passer de 1 à
50 %. Au Zimbabwe, cela signifie que 6 des quelque 12 millions d’habitants sont concernés. Inconcevable en France (métropolitaine je précise) où ⎯ à titre de grossière et incomparable comparaison ⎯  l’état d’alerte sanitaire est décrété dès qu’une amorce de menace de chinkungunya plane.

Les moyens conditionnent la fin
Du côté de la population, comment avoir accès à l’information, à la prévention quand on vit dans une zone reculée ? Comment bénéficier de soins quand on n’a pas d’argent pour se déplacer dans une structure sanitaire ? Comment éviter la maladie ou se soigner quand le minimum nécessaire et vital, une eau potable et saine, n’est pas disponible ?

Les professionnels de la santé ⎯ dont une bonne partie a quitté le pays ⎯ rencontrent aussi de nombreuses difficultés. Le manque de moyens pour se rendre sur leur lieu de travail ou chez les habitants touchés par des maladies. Idem pour exercer leur métier : comment enrayer une épidémie quand on n’a pas les moyens humains et matériels pour soigner les malades ? Quand le gouvernement et les administrations en place ne s’engagent pas et n’apportent pas le soutien nécessaire ? Quand la situation politique, économique, sociale et sanitaire d’un pays s’aggrave d’année en année ? Pas de moyens. Tout est là. Ici, comme dans des dizaines d’autres pays du monde.

L’eau : origine et solution du mal
Le manque d’eau potable et de réseaux d’assainissement* est à l’origine de nombreuses maladies infectieuses intestinales et de millions de décès annuels. Le premier cause un défaut d’hydratation vitale, et des problèmes d’hygiène corporelle et alimentaire ; par extension, il touche l’agriculture, l’élevage, la pêche… Le deuxième favorise le développement et la propagation de maladies en raison d’eaux souillées, par des matières fécales notamment.

Les difficultés économiques et politiques critiques que traverse le Zimbabwe conditionnent une situation géographique et météorologique déjà fortement pénalisante. Les habitants des pays sous-développés et en voie de développement étant les plus vulnérables et les plus dépendants. La saison des pluies en cours, et les mouvements de population vers l’Afrique du Sud et le Mozambique notamment, sont des risques supplémentaires de contamination.

Le Zimbabwe en quelques chiffres**
Le Zimbabwe comprend entre 12 et 13 millions d’habitants. C’est un des pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire (40 %) et le VIH Sida (20 % des 15-49 ans). Près de 1,3 million d’enfants sont orphelins, la majorité ont perdu leurs parents des suites du VIH. L’espérance de vie à la naissance est d’environ 40 ans (plus de 80 ans en France). Le taux de mortalité des moins de 5 ans est de
105 ‰, un chiffre qui a presque doublé en 20 ans (taux de mortalité infantile en France : 3,6 ‰). Les dépenses moyennes de santé par an et par habitant avoisinent les 28 dollars (plus de 3800 dollars en France).

Le choléra dans le monde
L’OMS dénombre aujourd’hui plus de 236 800 cas de choléra, répartis dans plus de 50 pays en Afrique, en Asie du Sud et dans les Amériques ; un chiffre qui correspondrait à 10 % du nombre de cas réels. La multiplication d’épisodes météorologiques extrêmes (tempêtes, sécheresse, cyclones, inondations, etc) favorisent les dégradations sanitaires et aqueuses locales. Et le changement climatique fait craindre une accentuation des éléments précités, ainsi qu’une réapparition de certaines maladies dans des zones où elles avaient totalement disparu : l’Europe étant bien sûr concernée.

Chaque situation doit être considérée non seulement d’un point de vue local, mais aussi mondial, au risque d’arriver à des impasses sanitaires aberrantes et inhumaines. Ce qui concerne d’autres  régions aujourd’hui, pourrait nous concerner demain, à moyen ou long terme.

*1,4 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. 2,3 milliards de personnes ne disposent d’aucune installation sanitaire.
**Les chiffres France sont là pour donner une échelle de valeur et non à titre de comparaison.
Sources Médecins du monde, Unicef, Ined.

Diaporama « Pour la paix à Gaza »

À l’heure des négociations pour un possible et temporaire cessez-le-feu, extraits d’un reportage photo réalisé le long de la manifestation du 10 janvier 2009 à Paris, pour la paix à Gaza. PLUS DE PHOTOS ICI

 

Photos & montage ©Virginie de Galzain, musique Soleïman Badat

Grand Palais : des images de la Nuit

Photos (Nikon F90, AF 50mm) & montage ©Virginie de Galzain

Si vous n’êtes pas allé au Grand Palais tant qu’il était encore temps, voici  un aperçu en diaporama de la scénographie d’Alain Fleischer (Directeur artistique du Fresnoy) : Dans la nuit, des images. 130 oeuvres projetées, pour une immersion au coeur d’un univers inédit, entre onirisme et violence, réel et virtuel. Pas de frontières, pas de tabous, juste l’épreuve de sensations multiples, d’images et de sons dans un monde pas si imaginaire. La dernière avait lieu le 31 décembre 2008.

La Réunion : un paradis durable ?

Ce mois-ci, Stéphane Hoareau m’a proposé une tribune sur un thème libre pour son site Maloya.org, identités & cultures de l’océan Indien et la revue créole de l’Océan indien Point d’orgue (K’A éditions). Angle choisi : La Réunion, un paradis durable ? À quoi bon le paradis, s’il ne répond pas aux besoins les plus élémentaires de ceux qui y vivent ?

Un territoire français dont on parle, comme les autres, soit pour en faire un lieu (touristique) idyllique où tout est forcément parfait, soit en guise faire-valoir pour la Métropole quand ça l’arrange (cf. conférence « les îles et l’Union européenne : stratégie face au changement climatique et à la perte de la biodiversité » qui a suscité le déplacement et des propos enthousiastes de Jean-Louis Borloo), soit quand la population manifeste, et accessoirement quand un cyclone est passé. Une vision réductrice, loin d’une réalité dérangeante, plus facile à mettre de côté quand elle est à plusieurs milliers de kilomètres. Il est vrai.

La Réunion , un paradis durable ?

« Paradis tropical », « perle de l’océan Indien », « écrin de la biodiversité »… La Réunion n’en finit pas de susciter les enthousiasmes et les superlatifs (…) ; et tous les moyens sont mis en oeuvre pour favoriser son rayonnement, et le tourisme sous toutes ses formes. Mais dans un contexte de crise financière, et de mutations locales et internationales rapides, l’Île doit faire face à une situation nouvelle qui met en jeu sa place et son action dans le monde. Les derniers chiffres publiés sur la situation de l’illettrisme demeurent largement au-dessus de la moyenne nationale, et rappellent l’urgence de considérer le principe de développement dit « durable » dans sa globalité. À quoi bon le « paradis, » s’il ne répond pas aux besoins les plus élémentaires de ceux qui y vivent ?

« La vitrine du monde en termes de développement durable » soulignait Jean-Louis Borloo en juillet dernier lors de la conférence internationale « les îles et l’Union européenne : stratégie face au changement climatique et à la perte de la biodiversité ». « Un paradis à préserver », titrait France 3 dans le cadre de l’émission Des racines et des ailes qui était consacrée à l’Île le 29 octobre. (…) Le Parc National, créé en mars 2007, candidat au classement du Patrimoine Mondial… Certes, aux yeux du monde et de la Métropole, l’Île affiche un certain dynamisme et de nombreux atouts. (…)

Mais au-delà d’un « sublime état de nature », d’un brassage plutôt mieux réussi que dans de nombreux autres départements français, et des messages attractifs qui font office de façade en masquant une réalité trop dérangeante, se pose une question. Celle de l’avenir d’une île en proie à un développement sans précédent et à la mondialisation, dans un contexte de difficultés locales persistantes. Le défi est de taille : s’ouvrir au monde, sans pour autant sacrifier ce qui fait son authenticité et ses racines. L’enjeu étant non seulement économique et environnemental, mais surtout social ; humain en un mot. Ou comment s’imposer comme acteur voire précurseur de la durabilité planétaire tout en améliorant et en privilégiant le bien-être et le développement de ses habitants ?

Un fossé avec la Métropole

La situation sociale de l’île de La Réunion est aujourd’hui très en deçà de celle de la moyenne nationale, et tous les chiffres* confirment une situation préoccupante. Éducation, logement, santé, emploi, place des femmes, tous les domaines sont concernés. 52 % de la population réunionnaise vit sous le seuil de pauvreté – contre environ 12 % sur la moyenne des autres départements, et 10 % vit en-dessous du seuil de bas revenus (360 euros). Côté habitat, près du quart des habitants vit dans un logement trop petit, et seules 23 % des demandes de logements sociaux étaient honorées en 2004. Une situation qui pourrait empirer au vu de la baisse des budgets imputés au logement et d’une forte croissance démographique. À cela, s’ajoutent un taux d’illettrisme de 21 % – soit 111 000 personnes âgées de 16 à 65 ans dans l’incapacité de lire, comprendre et transmettre un message simple -, et près de 30 % de chômage. Des situations à résoudre d’urgence, car elles favorisent l’exclusion de la vie sociale mais aussi de la vie politique de l’Île, et par extension une dépendance.

En matière de santé publique, les inégalités persistent et la lutte pour l’accès aux soins pour tous doit demeurer une priorité. Plus de 50 % de la population bénéficie encore de la couverture maladie universelle (CMU) et a du mal à être actrice de sa santé, renonçant aux soins plutôt que de s’informer. En 2005-2006, l’épidémie de chikungunya a frappé de façon inhabituelle environ 300 000 personnes, faute de mesures rapides en termes d’information, de prévention et de soins. Récemment, le Conseil général a décidé de ne plus financer les moyens de contraception à destination des médecines préventives universitaires (MPU) : les étudiants à l’Université en sont privés, et sont renvoyés vers les centres de planification où ils se rendent pourtant beaucoup moins spontanément.

Enfin, le développement de certains domaines, tertiaires notamment, n’est pas en mesure de répondre à toutes les demandes d’emploi ; et de nombreux jeunes diplômés se retrouvent au chômage ou contraints de quitter l’Île pour trouver du travail. Parallèlement, les métiers émergents et postes vacants requièrent de plus en plus de qualifications, au détriment d’une large partie de la population, non formée. Quelles sont donc les perspectives possibles pour les étudiants réunionnais ? Et comment encourager ceux qui sont partis pour compléter leur formation ou intégrer la vie active à revenir dans l’Île ?

Libres et égaux en dignité et en droits ?

Le 20 décembre dernier, l’île de La Réunion fêtait les 160 ans de l’abolition de l’esclavage. Une date qui fait écho à une histoire accidentée, au devoir de mémoire, aux 60 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, rappelant une fois de plus que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.

Comme partout ailleurs, et particulièrement dans ce département français, le développement durable doit être fondé sur un développement social visant à subvenir aux besoins des êtres humains et à réduire les inégalités. Seule une politique solidaire peut y parvenir. Évoluer en tenant compte des bouleversements du monde, préserver les droits et les vies sur ses propres terres, et mettre en place des mesures qui permettent à chacun d’être acteur du développement et de bénéficier de ses retombées positives, tels sont les enjeux du paradis durable. Un pari à relever dès maintenant.

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*Sources chiffrées : INSEE, Observatoire des inégalités, Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES).

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À LIRE SUR

Depardon et Virilio : Ailleurs commence ici

Une exposition inédite débute aujourd’hui à la Fondation Cartier : Terre natale, Ailleurs commence ici, de Raymond Depardon et Paul Virilio. Un dialogue dynamique sous forme de projections sur l’état du monde et de ses habitants aujourd’hui. Une conversation mise en scène entre le cinéaste-photographe et l’urbaniste-philosophe mais aussi entre les univers rural et urbain, entre les habitants du monde contemporain et les visiteurs. La scénographie laisse toute sa place à l’image pour un face à face hyper réel avec l’Autre, alternant diffusion sur écrans géants et principe de mosaïques vidéo suspendues – trop petites – nous bombardant – trop vite – d’archives. La projection sphérique des données migratoires est une belle réalisation technique mais demeure scolaire, factuelle pour qui est déjà un peu informé. Et paradoxalement sans analyse sur les lourdes conséquences qu’elles auront au niveau individuel et mondial.

Quelle est la place de l’homme dans une société mondialisée à double vitesse ? Quels sont les fondements et que reste-t-il de son identité, de son histoire, de sa survie alors qu’il est menacé par un exode forcé ? Quels sont les nouveaux nomades et les nouveaux sédentaires dans un monde qui vit au rythme des migrations ?
«  J’ai voulu donner la parole à ceux qui ne l’ont pas  » disait Raymond Depardon hier soir, à l’inauguration, au sujet d’un des films présentés. Et la seule chose que ces gens savaient est que j’étais là pour les écouter.  » À voir. Pour Depardon. Même si ce n’est pas ce qu’il y a de plus représentatif de son superbe cheminement.

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Honolulu, Day 5 ©Raymond Depardon

PRATIQUE
Jusqu’au 15 mars 2009. Fondation Cartier pour l’art contemporain. 261, boulevard Raspail Paris 14e. Tél. : 01 42 18 56 50. Tlj, sauf le lundi, de 11h à 20h. Nocturne le mardi jusqu’à 22h. Tarif : 6,50 €, réduit : 4,50 €. Accès libre pour les – 18 ans mercredi de 14h à 18h. Autres infos sur http://fondation.cartier.com

Énergie + climat = journées parisiennes

Les 29 et 30 octobre, se tiendront les premières journées parisiennes de l’énergie et du climat. L’objectif : informer et sensibiliser concrètement les visiteurs sur les origines du changement climatique, ses conséquences ; et donner les clés pour mieux préserver l’environnement au quotidien.

Tout ça pour quoi ?
On a beau le répéter, le « grenelliser », l’éditer, bref alerter, le changement et le réchauffement climatiques poursuivent leurs ravages. Car la production de gaz à effet de serre, liée aux activités humaines, ne diminue pas. Résultat : la Terre, et tout ce qui la compose, est en danger. Pollution, résurgence de maladies respiratoires et infectieuses, fonte des glaces, élévation du niveau des eaux, disparition de territoires, déplacement de populations humaines et animales. Mais aussi hausse du nombre d’épisodes de sécheresse, de fortes pluies, de cyclones, etc, et leurs impacts sur les sols, l’habitat, la production agricole et l’élevage, la qualité de l’eau, et de facto sur les êtres vivants et la santé sont une réalité. Une réalité qui gagne du terrain et passe toutes les frontières – bien vulnérables enclos humains imaginaires – y compris celles de l’Europe, et donc de-la-Fran-ce.

L’ironie ? Les populations et les zones les plus touchées sont paradoxalement les plus fragilisées et les moins responsables. Pour l’instant. Mieux vaut vite sortir la tête du sable, car l’étouffement guette. L’ironie, ou plutôt la difficulté, veut aussi que la solution vienne de son auteur, l’homo industrialis, rattrapé par le progrès diront les uns, ses erreurs reconnaîtront les autres. Après avoir favorisé le développement industriel à tout va, prôné le gigantisme économique et mis au Panthéon la consommation de masse, l’heure est au durable (plus encore qu’au développement durable), au social et au solidaire. Au sens propre, et non marketing, des termes.

Tout ça pour qui  ?

Pour tous, car ce rendez-vous local citoyen s’annonce informatif, ludique et interactif. Organisé par la Mairie de Paris, en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et l’Agence régionale de l’environnement et de la maîtrise d’énergie (ARENE), l’événement propose de nombreuses conférences et débats, mais aussi des stands, des expos, animations, tables rondes et projections.

Enfants, adultes, professionnels et particuliers sont invités à soumettre leurs questions, leurs idées et leurs projets aux spécialistes présents (associations, entreprises du Bâtiment et de l’Énergie, institutions…), et à repartir la tête pleine de conseils avisés et les bras chargés de brochures pédagogiques et pratiques.

Habitat, déplacements, alimentation, consommation, gestion de l’eau, autant d’éléments de la vie de tous les jours que nous pouvons améliorer dès maintenant pour protéger notre planète. Chaque action, isolée ou non, a forcément un impact sur le reste du monde.

Journées parisiennes de l’énergie et du climat. Mercredi 29 et jeudi 30 octobre. De 10h à 19h. Esplanade de l’Hôtel de Ville. 75001 Paris. Entrée libre. www.paris.fr

Gilles Clément, Guillaume Bonnel, et moi

Petite auto promo pour une fois : la sortie d’un livre* dont j’ai le plaisir de signer les textes ; les photos sont de Guillaume Bonnel. Voyage au coeur du Domaine du Rayol, un site conçu par un homme que j’admire profondément, le paysagiste Gilles Clément (qui signe la préface), représentation d’une écologie humaniste plaçant le vivant au coeur de toute préoccupation. Un concentré de la beauté du monde, révélateur des enjeux de la survie planétaire.
Éditions La Martinière/Aubanel. En vente dès aujourd’hui en librairie !


*Les jardins du Domaine du Rayol. Voyage en Méditerranées.
Ed°. AUbanel/La Martinière. 160 p. 32 euros.
Un immense merci à Caroline Petit, Gilles Clément et Anne Serroy, qui nous ont confié ce superbe projet.
Le site de Gilles Clément : www.gillesclement.com  Le domaine du Rayol : www.domainedurayol.org

Laurent Gaudé : interview

Laurent Gaudé, écrivain et dramaturge français, vient de publier son dernier roman, La porte des Enfers. Une fable sur la condition humaine, un voyage d’amour à la frontière de la vie et de la mort. Rencontre* avec un auteur pour qui l’homme et la littérature sont à jamais liés.

Matteo et Giuliana sont frappés par la mort de Filippo, leur fils de six ans, au coeur d’une fusillade. L’histoire se déroule dans la région de Naples.

Laurent Gaudé : Naples est une ville qui aime marier les contraires, où coexistent la violence et la douceur, les croyants et les païens, la laideur et la beauté. Il était essentiel que cette dualité soit présente. Dans la géographie même de la cité, est localisée l’entrée des Enfers, au lac d’Averne. En novembre 1980, la terre a tremblé à Naples. C’était donc l’endroit idéal pour permettre un glissement continu entre le réel et la fiction, la fiction et le réel, pour que le lecteur puisse y croire.

La vie et la mort semblent parfois se confondre, prendre la place l’une de l’autre. L’écriture en est la messagère.
Filippo meurt violemment, un matin. Pour ses parents, restent l’absence et la révolte, une souffrance indiscible et la mort. Une longue descente aux Enfers commence pour tenter de rester en vie, et de redonner vie à leur enfant. Tandis que le fils part à la recherche de son père. Les morts se rappellent sans cesse à nous, posant l’idée que le monde des vivants est parfois plus vide encore. Écrire est une forme de lutte contre la mort, contre l’oubli ; une fixation de la mémoire. Tels André Malraux, ou René Char… La mémoire de ceux qui sont encore vivants est la seule chose qui compte. C’est ma seule arme.

Ce qui frappe dans toutes vos oeuvres est la réalité et la dignité des personnages, si durs que soient leur univers et leur vie.
Ce qui est à la fois passionnant et difficile est de comprendre et de raconter ce qu’un homme peut vivre, si proche ou si éloigné soit-il de ce que vous vivez. La capacité à être derrière lui parce qu’il vous touche, à se projeter par le biais de l’écriture. Mes livres sont durs, mais les personnages qui les habitent tiennent droit. Ils résistent aux assauts de la vie, malgré le malheur, la violence, la mort. Matteo, au plus fort de son errance et de son désepoir, rencontre ceux qui lui permettront d’entreprendre son voyage aux Enfers. Giuliana continue sa route en accord avec elle-même. Je crois en l’homme, à sa capacité à tenir, à trouver les ressources en lui alors même que tout semble fini. C’est ce qui fait la beauté de l’humanité.

Votre écriture a un pouvoir d’identification très fort, et une dimension presque cinématographique. Comment justifiez-vous cette démarche artistique ?
Le roman a une forme classique, mais c’est aussi un vrai lieu de construction. Quand je commence à écrire, je sais où je veux aller, la trajectoire est définie à l’avance, même si les personnages, l’histoire, évoluent au fil du temps. C’est une écriture presque visuelle, car je fais le déroulé de la scène à l’avance ; une sorte de fonctionnement par séquence. Ensuite, le silence dans lequel un livre vous plonge laisse sa place à un jeu mental avec le lecteur, plus encore qu’avec le théâtre, où l’expression orale a une place prépondérante.

Comment situez-vous le livre face aux nouveaux médias ?

Je crois en la force du roman, et suis très optimiste sur la place du livre, bien que le temps accordé à la télévision ou aux jeux videos empiète beaucoup sur la lecture. Le livre est un formidable espace de liberté car rien n’est imposé. Un espace d’apprentissage aussi, sans frontières, sans limite d’âge. Chacun y voit ce ce qu’il souhaite, en conserve des souvenirs et des couleurs qui lui sont propres.

La littérature fait sa rentrée ; la sélection des prix va commencer. Vous êtes vous-même lauréat de plusieurs d’entre eux (Goncourt des Lycéens, Goncourt, Prix Giono). Quel regard portez-vous sur la médiatisation de la littérature ?
Les prix ont leur légitimité et leur intérêt. La méfiance dont ils font parfois l’objet ne me semble pas fondée, même si tout est perfectible. On devrait davantage se poser la question de la concentration de groupes qui influent sur la production littéraire, et donc sur certains titres et ouvrages “phares”. Avec le risque d’une moins grande diversité. Et celui de tout axer sur le chiffre et la performance. Sans oublier la collusion des métiers, avec des membres de comités de lecture qui sont aussi auteurs, membres de jury, journalistes. Cela peut remettre en question le bien fondé d’un choix.

Quelles sont vos clés d’écrivain ?
Au-delà d’une passion, d’un plaisir, d’une envie, au-delà des aspects “littéraires”, pour “apprendre” à écrire, il faut vivre pleinement. S’imprégner de ses joies et de ses peines, des déceptions. Il faut voyager, se remplir d’expérience, et affiner son regard. En permanence. C’est la seule école qui me vienne à l’esprit. Ensuite, cela demande une discipline très personnelle. Et un luxe, qui est le temps. On a tous des rêves d’écriture, mais il y en a peu finalement qui aboutissent : il faut être persévérant, aller au bout de la démarche, finir ce qui est initié, le montrer. Et recommencer.

actes-sud
La Porte des Enfers, de Laurent Gaudé. Ed.Actes Sud. 19,50 €
*interview réalisée le 2 septembre 2008, parution Génération Solidaire Automne 2008

Bertrand Meunier : l’autre regard sur Pékin

Pendant les JO de Pékin, le photographe Bertrand Meunier, membre du collectif Tendance Floue, participe à l’espace « Hors jeux » du site rue89. Le concept : un jour, une photo, une légende. Un autre regard sur Pékin, à l’heure où seul le sport compte, à peu de choses près.

CORRESPONDANCES
La démarche de Rue89 reprend sous un autre format celle de Libération. Avec simplicité. En 1981, le quotidien avait commandé à Raymond Depardon une image par jour de New York, pendant cinq semaines, pour ses pages internationales. Outre la nouveauté que représentait cette approche, elle repensait en profondeur le principe même de la notion de photographie et de photo reportage. Une rupture avec un système selon lequel, communément, un photographe s’effaçait derrière son image, quand ce n’était pas sous le nom de son agence, et ne parlait pas. Une rupture déjà initiée par Depardon, notamment dans Notes*.

PAS D’ACTU, JUSTEMENT !
L’autre originalité de la commande de Libé résidait dans l’absence d’actu au sens événementiel voire sensationnel du terme. Il ne s’agissait pas d’aller couvrir un événement mais de faire un « journal photographique », d’instaurer un effet carte postale, une correspondance en images et en textes : en premier lieu celle du photographe avec la ville. Sa perception. Sa réalité. Ses mots.
À l’époque,  » New York représentait un lieu de liberté (…) le paradis pour un photographe (…) tout était possible, on pouvait photographier les gens comme on voulait. (…) Maintenant, les gens te regardent d’un drôle d’air quand tu fais des photos. Sur les ponts dans les gares, il est interdit de photographier.  » évoque Depardon dans New York, correspondance new-yorkaise. La liberté du sujet comptait aussi.

LES JEUX « HORS JEUX »
Pas d’actu à couvrir, mais toujours un ultimatum puisque quoiqu’il arrive une photo, et une seule, doit être envoyée à la Rédaction chaque jour. Aucun moyen de revenir en arrière. Avec toujours en toile de fond cette exigence de qualité et et cette acuité indéfinissable. Une exposition délicate aussi, sans artifice, soumise à un média parfois ingrat, hautement interactif, et accessible à tous ceux qui disposent d’un accès Internet. C’est à Pékin que le défi a lieu, en marge des JO, un an après la réalisation par Tendance Floue de la revue Mad in China. L’autre côté du miroir, dans une réalité au jour le jour. Celle qu’on ne voit pas.

Je ne reviendrai pas sur certains commentaires émis sur la première photo envoyée par Bertrand Meunier : Premier jour à Pékin, première rencontre dans le métro. Ca m’a littéralement atterrée ! Une image n’a pas dans ce cas un message immédiat. Elle révèle un point de vue, pose des questions, invite à ouvrir les yeux. Émotion, dialogue, rêve…, les effets comme les impacts sont multiples, dépendants de l’histoire de chacun, de sa culture, de la sensibilité . Une « bonne » légende personnalise, créée un lien, peut éviter de se perdre pour aller à l’essentiel, avant d’aller plus loin. Elle n’est pas descriptive, elle évoque un contexte, contient des indices, des clés. Une image n’est pas nécessairement « évidente ». Et ce qui peut sembler évident est en réalité un repère, qui renvoie à une expérience propre, à la mémoire, à une situation. Elle éveille la curiosité, renvoie à une question : pourquoi cette image ? Libre à nous de trouver ou non une information, voire une réponse.

UNE INTERROGATION PERMANENTE
Pékin, ville mise en scène pour les JO. Ses enjeux sportifs mais aussi éminemment politiques. Ses façades médiatiques. Ses fards. Une ville au coeur des enjeux de la croissance économique, avec une arrière-cours chargée d’injustices sociales, de précarité, d’oppression. C’est sur cette nation en mutation que Bertrand Meunier travaille depuis plus de dix ans, s’interrogeant – notamment – sur la Chine contemporaine. Auteur, avec Pierre Haski, du livre Le sang de la Chine, quand le silence tue*, il a réalisé de nombreux reportages photographiques sur le monde rural, l’exclusion des plus démunis ; un des derniers en date portant sur le visage et l’avenir du monde paysan, actuellement exposé au musée Nicéphore Niépce.

Bertrand Meunier est un grand. De ceux qui ont le regard résolument libre, dirigé vers le monde et vers les autres, à la fois conscient et concerné, hyper sensible et passionné. Ses photos laissent une empreinte indélébile dans les esprits tant elles sont présentes. Son écriture est réaliste mais pudique, esthétique et artistique. Des témoignages frappants de dureté et d’humanité. Des images qui voyagent et qui parlent pour ceux qu’on ne connait pas, dans leur troublante réalité quotidienne.

*Une enquête sur le sang contaminé par le VIH/Sida condamnant à mort des centaines de milliers de paysans, auxquels les autorités ont décidé de cacher la vérité, dans le Henan.

À CONSULTER, VOIR, LIRE, etc
> Le site de Rue89
> Le site de Tendance Floue
> Jusqu’au 28 septembre : Exposition  » Paysans ordinaires « , de Bertrand Meunier. Infos : www.museeniepce.com
> Le sang de la Chine, quand le silence tue. De Pierre Heski & Bertrand Meunier. Ed°.Grasset. 18 euros.
Un sujet également traité par le photographe chinois Lu Guang (Gamma) au début des années 2000. Des images de son travail avaient été présentées en France lors de l’exposition internationale de photographie « Pingyao à Paris » au MK2 Bibliothèque, en 2004.
> Notes, précédé de la La solitude heureuse du voyageur. De Raymond Depardon. Ed°. Points/poche. 8 euros.

Xavier Perrot : interview

Plasticien du paysage, Xavier Perrot, 28 ans, est l’un des associés de Cao|Perrot studio. Lauréat de nombreux prix, dont les “Nouveaux albums des jeunes architectes et des paysagistes 2008″ décernés en avril par le ministère de la Culture et de la Communication, il fait sans aucun doute partie de la relève du petit monde du paysage, talentueuse, innovante et créative. Rencontre*.

> Cao|Perrot a une histoire particulière. Quel a été votre parcours ?
J’ai grandi en Bretagne. Mes parents étaient agriculteurs ; c’est sans doute ce qui m’a donné cette fibre d’arriver dans le paysage. A la fin de ma scolarité, j’ai intégré l’École du Paysage de Saint-Ilan, en Bretagne, pendant deux ans, avant de suivre une formation complémentaire au Conservatoire International des Jardins de Chaumont-sur-Loire. C’est là que j’ai rencontré Andy Cao, en 2001. Artiste paysagiste américain d’origine vietnamienne, il participait au festival international de jardins avec Desert Sea, un jardin contemporain de contemplation. On peut vraiment parler d’une rencontre affinitaire. Peu de mots, mais une compréhension et une sensibilité communes immédiates.

Je venais de tenter le concours de l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, quand il a appris qu’il avait remporté le Grand prix de Rome**. Il m’a proposé de partir avec lui pour une année de recherches à l’Académie américaine de Rome. Ca a été une expérience fascinante ! Une ouverture sur différentes disciplines, qui permet aussi d’appréhender la façon dont chacun – chercheurs, artistes, archéologues, architectes, compositeurs, historiens de l’art – conceptualise ses projets. Je me suis rendu compte que nous étions finalement tous à la recherche de la même chose : stimuler les émotions. Nous avons réalisé notre première installation : la Red Box, une réinterprétation de l’érotisme dans les églises romaines. Un environnement sensoriel, qui offrait un parcours sensuel inédit aux visiteurs : caresser un mur de gazon, humer l’encens qui se consume, recevoir un massage de pieds, écouter un solo de clarinette, contempler un mur de bougies…

Red box, vues intérieur & extérieur/Académie américaine de Rome, Italie 2002  ©Stephen Jerrom

> Vous avez une approche très plurielle de la notion de jardin et de paysage : une conception plasticienne et pratique qui tend vers l’oeuvre d’art vivante et accessible. Cette dimension est nouvelle en France.
La première question qu’il faut s’autoriser à se poser est : qu’est-ce que le jardin aujourd’hui ? Qu’est-ce que la nature ? Pour nous, cela ne se résume pas à des plantes disposées avec esthétique. C’est un environnement, une atmosphère, des dynamiques. Tout espace comportant une idée peut être un jardin ! Faire fusionner les disciplines plutôt que de les cloisonner fait partie de notre approche, et la façon dont on conçoit un projet et dont on le réalise est aussi importante que le résultat. Nous avons toujours eu des intérêts multiples, pour les arts, la mode, l’architecture, etc. On donne vie à un jardin, on imagine des histoires en nous appropriant des éléments icôniques de telle ou telle culture, on l’habille en détournant l’utilisation de matériaux courants.

Nous voulons donner à chacun la possibilité de rentrer dans le jardin, au sens propre du terme, de s’intégrer à la réalisation paysagère et artistique, tout en gardant une dimension contemplative très présente. Chaque jardin comporte des inspirations, des influences subtiles qui permettent aux promeneurs de puiser dans leur propre histoire, de retrouver des traces de leur culture, des évocations revisitées de leur quotidien. Nous n’imposons rien. Libre à chacun de vivre et d’agir pleinement, d’interpréter librement ce qu’il voit, ce qu’il ressent. De toucher un gazon vertical, de marcher pieds nus sur une île de verre ou une lande de nylon crocheté, de s’asseoir sur des cousins végétaux, de percevoir des parfums subtils. Un voyage, et un éveil absolu des sens.

Lullaby garden/Cornerstone Festival of Gardens, Californie 2004 ©Stephen Jerrom

> Vos réalisations sont à la fois très sophistiquées et très authentiques, lumineuses et aériennes, à la frontière du rêve et du réel…
Dans la plupart des projets, la préparation est très longue. Nous devons sans cesse nous adapter au milieu. Nous aimons l’idée de ne pas être prisonniers des courants, des modes. Andy Cao et moi-même avons des origines différentes, mais aussi de nombreux points communs qui ont ouvert nos horizons. C’est vital. Dans tout ce que nous faisons, on essaie toujours d’apporter une sensibilité particulière au paysage, et de créer une expérience des sens et un dialogue avec l’observateur. De stimuler une réponse émotionnelle. De mixer une approche contemporaine et accessible, une sophistication naturelle, des énergies. De garder une dimension humaine forte, dans tous les sens du terme.

On se place à la fois sur le paysage et les arts plastiques, en créant des connexions avec l’environnement. Beaucoup de nos réalisations sont faites à la main, avec une utilisation détournée des matériaux que l’on a l’habitude de voir dans le quotidien. Comme le grillage à poule utilisé pour le Pavillon rouge exposé lors de Jardin, Jardins aux Tuileries ; des bogues de noix de coco au sol, le fil de pêche pour le Lullaby garden ou les Cocons installés dans la Baie de San Francisco ; des objets en verre fusionnés ou polis qui permettent de capter la lumière de façon magique, de donner des aspects saisissants, incandescents, métalliques ou liquides… Nous donnons une nouvelle identité et une nouvelle vie aux matériaux, en essayant de représenter l’idée de cycle et de dynamique omniprésente dans la nature. Un paysage imaginaire avec tout ce qu’il peut avoir de légèreté et d’impermanence, le somptueux de l’éphémère.

Jardin des Hespérides/Festival des jardins de Métis, Québec 2006-2007 ©Louise Tanguay

> Comment vous positionnez-vous face à la déferlante “aménagement durable” ?
L’aménagement, le développement durable, ce n’est pas nouveau ! C’est très bien en soi. C’est une démarche qu’on essaie d’avoir bien sûr, avec l’utilisation de matériaux recyclés par exemple. La possibilité de travailler avec des artisans étrangers comme cela a été le cas pour le Lullaby Garden, pour lequel nous sommes partis au Vietnam, le pays natal de mon associé qui n’y était pas retourné depuis 25 ans. Mais nous devons aussi nous adapter aux demandes. Le projet du futur Central Park (nouveau district de Guangming à Shenzhen) en Chine, représente un véritable défi en termes de développement durable. D’autant qu’il s’agit d’un site agricole de 240 hectares qui va être en grande partie réaménagé de la main de l’homme. Un réel paradoxe. Ce qui est dérangeant est que tout cela devient un argument publicitaire, une étiquette pour vendre. Cette notion est surmédiatisée aujourd’hui, mais peu sont ceux qui en font réellement. Beaucoup ne savent pas de quoi ils parlent, l’appliquent pour se donner bonne conscience. C’est tout de même étrange de créer une piste de ski dans un désert à 45°C, non ?

Notre approche se situe à un autre niveau. Il s’agit de repenser l’idée de « déchets » selon deux principes : puiser dans la terre des ressources, les utiliser, puis les redonner à la terre à la fin de leur cycle, et réutiliser le reste, recycler. Nous devons penser à consommer autrement, à nous libérer de cette dépendance qu’on nous impose : le tout jetable, le tout plastique et synthétique, le pétrole… pour ne citer que quelques exemples. À concevoir autrement, et là, c’est notre devoir de concepteurs. Puisqu’on ne peut pas se passer de la voiture, pourquoi ne pas envisager sérieusement les technologies de substitution, non polluantes ?   Transformer les champs et les forêts pour le compte des bio-carburants : belle gageure! L’écologie, c’est avoir une conception globale du développement, qui va dans le sens d’une vraie pensée : biologique, humaine, territoriale, environnementale, etc, en évitant les abus et l’exploitation. Les solutions existent alors que les lobbies prônent la destruction de la planète ! L’écologisme, dans le sens politique et militant, n’a jamais fait de nous des citoyens écolos. Soyons éco-logiques plutôt qu’écologistes !


Xavier Perrot devant le Pavillon rouge/Jardins, jardin aux Tuileries, Paris 2008 ©Virginie de Galzain

EN SAVOIR PLUS
www.caoperrotstudio.com

EXPO
Du 8 octobre 2008 au 25 janvier 2009 : expo à la Cité de l’architecture et du Patrimoine (Nouveaux albums des jeunes architectes et des paysagistes). 1 place du Trocadéro. Paris 16e. www.citechaillot.fr
* Interview réalisée le 21 juillet 2008, à Paris; ** équivalent du Prix Médicis.

Mad in India : l’épopée photographique de Tendance Floue

Présentée en ouverture des Rencontres d’Arles 2008, la nouvelle revue photographique de Tendance Floue vient de paraître. Un an après un premier numéro performance à Pékin, le collectif de photographes* renouvelle l’expérience « Mad in » avec Mad in India. Le résultat de trois semaines intensives, de la réalisation des reportages à la maturation du projet : un portrait personnel, reflet de l’Inde contemporaine.

Mad in India 2008/ Portraits décalés © Tendance Floue

LA VIE EN QUESTION
Liberté. Improvisation. Questionnement. Expression. Tels pourraient être les piliers de la démarche de Tendance Floue. Plus de 17 ans passés à explorer le monde, à en extraire des touches de réalité, devenues valeurs de référence à un instant précis. Témoins de moments de vie, les photographes (onze sur « Mad in », douze au total) se font relais de ce dont on ne parle pas, de ceux qu’on ne voit pas. Une confrontation du réel au réel, une cohabitation de tous les mondes, sans cesse remis en question tant les réponses sont complexes et multiples. “ On part sans idées préconçues, raconte Philippe Lopparelli. Parfois, on revient même avec le contraire de ce pourquoi on était parti. Cela occasionne des surprises, ça fait partie de la vie.  » À cette volonté d’interroger ce qui l’entoure, Tendance Floue ajoute celle d’aller toujours plus loin, osant se mettre en danger tant d’un point de vue individuel que collectif. Le photoreportage mis à l’épreuve du dialogue des genres narratifs et photographiques.

Mad in India 2008 / Next city © Tendance Floue

UNE PASSION COLLECTIVE
Avec « Mad in », le collectif a pris le parti de concevoir en toute liberté le portrait subjectif d’une destination émergente, au travers de sujets portés par l’improvisation.  » Mad in ? C’est une idée qui sort un mercredi soir après un apéro et ensuite il ne faut pas lâcher !  » poursuit Philippe Lopparelli. Et s’en donner les moyens…  » Plutôt que d’attendre le soutien de magazines, nous avons rapidement décidé de transformer ce projet en une revue indépendante. De faire la presse nous-mêmes. Et surtout tous ensemble « , ajoute Mat Jacob. Une aventure humaine inédite, renforcée cette année par le fait que beaucoup découvraient l’Inde pour la première fois. Un vrai choc.  » Chacun s’est projeté, immergé dans une histoire avec laquelle il avait une affinité. Parfois sans repères, dans un contexte très bouleversant « , confie Thierry Ardouin. Avec une difficulté particulière : éviter les clichés, l’imagerie standard, tout en préservant l’identité. Sans oublier l’envie de faire partager au plus près leurs regards et leurs perceptions.

De Bombay à Delhi, de Bénarès à Calcutta en passant par la campagne indienne, on retient son souffle devant un tel flux d’images et d’informations.  » On a été frappés par le chaos et l’agitation de la vie sur place !, explique Thierry. On voulait que le lecteur ressente cette impression en découvrant la revue.  » Pari réussi : au fil des pages, défile la réalité effervescente et poignante d’une vie grouillante. Couleur, noir et blanc, portraits, ambiances, témoignages, récits rythment la lecture sur un mode faussement déstructuré. Pas de sommaire, mais une interaction permanente ; des sujets qui posent des questions, et montrent sans caricature les enjeux humains d’une nation propulsée puissance montante de la mondialisation.

Mad in India 2008/Kolkata © Tendance Floue

UN PORTRAIT COMPOSITE
Condensé d’impressions personnelles, Mad in India offre à voir de façon subtile une nation contrastée et complexe, tour à tour dynamique et étouffante. Avec, en fil rouge, l’humanisation. Pendant que Pascal Aimar s’immerge dans l’actualité locale, à Calcutta, aux côtés des photographes du Telegraph, le premier quotidien de la ville, Olivier Culmann fixe un côté off de l’Inde high-tech, ses visages hypnotisés par les écrans plasma et ses employés. Un reportage un peu anticipé, soumis à des autorisations de prises de vue. Les villes nouvelles et leurs tours inhumaines semblent surgir de nulle part sous l’objectif de Patrick Tourneboeuf. Les photomontages de Meyer ponctuent l’ouvrage de regards pénétrants, expressions décalées d’un pays à la religion omniprésente, aux castes figées.

En contrepoint, l’Inde rurale de Thierry Ardouin. En proie à une crise profonde, elle représente près de 70% des habitants.  » Ce qui m’a le plus frappé, dit-il, c’est que l’on ne voit pas les visages des paysans, cachés par les fardeaux ou dissimulés derrière les corps accroupis. Ce sont des liens essentiels avec le paysage. » Loin de l’imagerie moderne et lisse, la vie laborieuse dans la casse de Delhi : Mayapuri.  » Cet endroit est une métaphore de l’Inde pour moi, précise Denis Bourges. Celle de la rue. Celle du petit rien. Je voulais montrer l’Inde des incompris et des oubliés à travers ces hommes.  » De son côté, Bertrand Meunier livre une errance hypersensible dans Calcutta. Des images sombres, révélateurs durs d’une ville malmenée, presque fantomatique. Une ville prisonnière d’une image imposée, qui a finalement détourné Mat Jacob de son projet initial pour le conduire à Bénarès. Loin des clichés de la crémation. De son côté, Gilles Coulon dévoile de l’intérieur la vie de Dharavi, un des plus grands bidonvilles du monde bientôt rayé de Bombay, au profit d’une cité dite moderne. Autre sujet sensible, la marche des moines tibétains de Dharamsala à Delhi, par Flore-Aël Surun. Paisible et intimiste, Philippe Lopparelli s’est laissé guider par d’autres pas : ceux de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913.  » Au milieu de toute cette agitation ambiante, j’avais besoin de me rattacher au texte de Tagore, et d’attendre que les choses se mettent en place autour de moi.  »

UNE PARUTION ATTENDUE
Au fil des voyages, le projet évolue, les enjeux rédactionnels et artistiques se précisent. La première impression se confirme : un très bel objet pour une prise en main aisée. Nouveau format, nouvelle pagination, et une version bilingue accessible et lisible dans bien des parties du monde. À cela, s’ajoutent une mise en forme structurée à l’identité graphique renouvelée, la participation exclusive d’auteurs, journalistes et spécialistes indiens, et les propos rapportés d’habitants. Un écho intérieur passionnant, qui permet de nous ouvrir plus concrètement encore à la culture indienne. Sans oublier les 115 photographies et créations originales – sélection drastique s’il en est – que je vous laisse le plaisir, ou au moins la curiosité, de découvrir. L’ensemble parfaitement et solidement relié, une finition soignée dans les moindres détails, jusque dans l’enveloppe textile. Dernière précision : le tirage est de 3 200 exemplaires, et l’on peut déjà parier sans risque qu’ils seront épuisés bien avant l’année prochaine à la même date !

*Merci encore à Thierry Ardouin, Denis Bourges et Philippe Lopparelli ! Les propos cités ont été recueillis le 10 juillet  à Paris.

EN SAVOIR PLUS
Le site :
www.tendancefloue.net
La revue : Mad in Idia. Ed°. Tendance Floue. 18 x 26 cm. 200 p. 19 .

Les Hmongs en sursis : interview Rémi Fritsch

Depuis près de trois ans, Rémi Fritsch poursuit son engagement pour la liberté des Hmongs. Fondateur et président de l’association Urgence humanitaire Asie, il rappelle l’urgence de la situation en invitant à nouveau chacun à signer une pétition destinée au Président de la République. Le 31 mai 2007 (voir post), nous avions réalisé ensemble une interview que je fais remonter pour l’occasion. Explications.

URGENCE LAOS : LES HMONGS EN SURSIS

Depuis plus de 30 ans, des populations Hmongs sont persécutées, pourchassées sans relâche par l’armée de la République Démocratique Populaire Lao. Une extermination programmée qui met en péril à court terme la survie d’environ 15 000 membres de cette minorité ethnique restés au Laos, ainsi que plus de 8 500 Hmongs réfugiés en Thaïlande, menacés de rapatriement forcé.

Trois questions à Rémi Fritsch, co-fondateur et président de l’association Urgence Humanitaire Asie.

> Qui sont les Hmongs et pourquoi certains d’entre eux sont-ils persécutés depuis plus de 30 ans ?
Rémi Fritsch
: C’est une ethnie de montagnards descendus du sud de la Chine au fil des siècles. Ils représentent 7% de la population du Laos, soit 400 000 personnes environ. Les Hmongs ont toujours voulu vivre libres, et la grande majorité d’entre eux n’ont jamais accepté la dictature communiste. C’est pourquoi ils se sont battus au côté des Français jusqu’en 1954, puis avec les Américains jusqu’en 1975, qui les ont armés et financés pour qu’ils sécurisent et contrôlent, au Laos, la zone frontalière avec le Vietnam.

Depuis 1975, après le retrait des Américains du Vietnam, les membres du Politburo du parti communiste Pathet Lao ont juré, écrit et organisé l’extermination des Hmongs et de leurs familles qui n’ont jamais accepté de se soumettre.

Le seul crime de ces enfants, ces femmes et ces hommes affamés, traumatisés, malades, à bout de force, errant sans fin dans la jungle pour échapper aux attaques incessantes des soldats, est d’avoir été – pour les rares anciens – les acteurs, ou d’être, pour les plus jeunes, les descendants des Hmongs ayant combattu le régime du pouvoir en place il y a plus de 30 ans !

> Comment est née Urgence Humanitaire Asie et quel est son objectif ?
R.F : A la suite de la diffusion en juin 2005 du reportage de Grégoire Deniau et Cyril Payen « Guerre Secrète au Laos », Arnaud Berthe et moi-même avons pris la décision d’aller sur le terrain. UHA est née début 2006, d’une rencontre avec des étudiants motivés, et devant les réponses  » Langues de Bois  » ou les non-réponses officielles à nos questions, tant de la part des autorités françaises que laotiennes, alors que 15 000 Hmongs sont réfugiés en France depuis 1975.

UHA a choisi avec humilité de porter son action strictement sur le plan humanitaire, loin des polémiques politiciennes sans fin et stériles depuis plus de 30 ans. UHA étant une association régie par la loi de 1901, profondément laïque, non politique, reconnue d’intérêt général, elle n’a d’autres textes de référence que les Déclarations des Droits de l’Homme et des Droits de l’Enfant. Ces droits étant violés de manière répétitive et irréfutable au nord du Laos, à l’encontre des Hmongs, UHA intervient car la réponse de la communauté internationale à ces crimes contre l’humanité est, à ce jour, un silence assourdissant, l’indifférence et l’inaction sur le terrain.

De plus, historiquement, les Hmongs sont les frères de coeur et de sang des Français : nous préférons tenter de nous rendre utiles concrètement, agir maintenant et faire connaître le sort des derniers survivants dans l’espoir de les sauver, plutôt que de ne rien faire et attendre qu’ils soient tous exterminés.

> Comment votre action s’organise-t-elle ?
R.F : UHA intervient de la manière la plus transparente qui soit, uniquement basée sur l’action de bénévoles, en collectant des peluches pour les enfants, des fonds privés et une subvention locale de la municipalité de Clichy-La-Garenne, où siège l’association, nous assurant notre indépendance d’action.

Depuis l’été 2006, nous nous fixons l’objectif d’une mission tous les 6 mois environ, dans le nord de la Thaïlande. Nous nous sommes faits connaître des autorités locales qui nous ont renouvelé leur autorisation de pénétrer dans la zone de regroupement des réfugiés, près du village de Huay Nam Khao, à 50 km de la frontière laotienne. A chaque mission, nous acheminons ainsi chacun 20 kg de peluches depuis la France, nous achetons sur place, dans les provinces de Phitsanulok et Phetchabun, le riz ainsi que divers équipements et matériaux de construction pour l’école UHA Public School.

Les contacts privilégiés noués avec les réfugiés Hmongs nous ont amenés à recueillir des témoignages terribles et bouleversants, que nous sommes en train de traduire, pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Nous avons transmis une lettre d’appel à la communauté internationale à Jacques Chirac et Georges Bush, téléchargeables, comme nos vidéos, sur notre site www.uhasie.org.

N’attendons pas que les 15 000 Hmongs encore pourchassés au nord du Laos soient tous morts pour n’avoir plus qu’à faire notre « devoir de mémoire » !
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Télécharger la pétition
– Regarder lereportage de Grégoire Deniau et Cyril Payen :
Guerre Secrète au Laos
– Voir le reportage du photographe Philip Blenkinsop, Worldpress en 2004 pour ce sujet

La flamme symbolique

En route vers les J.O 2008, la flamme olympique démarre aujourd’hui son périple de plus de 130 000 km direction Pékin. Héritage antique et sportif, porteuse d’histoires, de victoires et de messages, pour qui brillera-t-elle ?

Nuit des temps
Fascination, vénération et peur, vie et mort, le feu tour à tour confère pouvoir à qui le détient, incarne la lumière et la vie, la purification des âmes impures, jusqu’aux guerres et tortures les plus odieuses. On repense rapidement à Prométhée, supplicié pour avoir défié Zeus en rapportant aux hommes le feu divin. Aux célébrations païennes et aux sacrifices humains. Aux J.O antiques où la flamme représentait la pureté. A des siècles d’Histoire ponctués par sa quête puis ses usages. Un livre ouvert passionnant qui continue d’être écrit…

24 mars 2008
Que reste-t-il de la flamme olympique, emblème de liberté, de paix, du rassemblement des 5 continents signifiés par les 5 anneaux conçus par Pierre de Coubertin – et revisités pour l’occasion par les Fùwa, les mascottes officielles ? Que reste-t-il des Jeux, de tant de belles valeurs et de fraternité sportives ? Les J.O embrasent le monde. Les J.O. soulèvent et enthousiasment les foules. Les J.O. sont vecteurs d’émotions intenses. L’homme se dépasse aux J.O. Les J.O. sont universels. Les J.O. sont un spectacle, mais quel spectacle ?

Instrumentalisation politique
Rien de neuf sous le soleil : le voile se lève une fois de plus sur le totalitarisme, la violation des droits de l’homme, l’exploitation, la corruption et la répression. Ce, dans un climat de délation et de censure exacerbées et pour cause. Comment isoler un pays sous le coup de condamnations internationales, organisateur d’un événement parmi les plus populaires, suivis et couverts du monde et prochainement envahi par des centaines de milliers de dangereux spectateurs venus d’ailleurs ?

Faut-il boycotter les J.O. ?
A qui cela profitera-t-il ? Et surtout à qui cela nuira-t-il le plus ? A supposer que cela fasse très momentanément reculer le gouvernement chinois, il y a fort à parier que la situation empirera ensuite. Peut-être est-ce une des seules occasions pour certains Chinois de s’informer et d’informer, ne serait-ce qu’un peu plus, le monde extérieur ? On peut surtout se poser la question du crédit accordé par le CIO aux autorités chinoises, qui s’étaient engagées à améliorer la situation interne de leur pays ! De la flamme olympique au leurre politique, il n’y a qu’un pas.

AU CHOIX
Le site des JO 2008 http://fr.beijing2008.cn
Le site de Reporters sans frontières http://www.rsf.org
Mad in China, Tendance Floue www.tendancefloue.net/livres/mad.php
Le prochain Pierre Haski : La Chine, Internet, la censure. Le Seuil (mai 2008)

L’eau potable pour tous : une utopie concrète?

La journée mondiale de l’Eau 2008 est célébrée dans le contexte de l’Année internationale de l’assainissement. Une question prioritaire qui conditionne l’équilibre et la durabilité de notre planète et de ses habitants.

Près de 2,5 milliards de personnes sur les 6,68 milliards que compte le monde ne bénéficient pas d’installations sanitaires assainies, et 1 milliard n’a pas accès à de l’eau potable. Une situation qui constitue une grave menace pour la santé et cause notamment chaque année la mort de 1,6 million d’enfants. Sur les 3% d’eau douce qui composent la Terre, à peine 0.5 % est utilisable par l’homme. Côté consommation, on estime la moyenne annuelle à 1500 m3 par habitant dans un pays riche, contre 100 m3 par habitant dans un pays pauvre. Des quantités et une qualité très inégalement réparties, qui ne répondent pas pour beaucoup au minimum vital, et dont les ressources, épuisables, diminuent un peu plus chaque année.

La raréfaction d’une ressource vitale
L’accès à l’eau potable conditionne la santé, et par extension l’égalité, la dignité et le développement social de l’homme, le maintien et la stabilité de son environnement. À des échelles différentes, chaque pays est concerné. Les pays industrialisés doivent redoubler de vigilance face aux problèmes de rejets de produits chimiques et des eaux usées, à l’utilisation massive d’engrais et de pesticides et à une activité humaine négligeante (gaspillage, surconsommation, installations luxueuses).
Quant aux pays pauvres et en voie de développement, ils n’ont pas accès, pour la plupart, à une eau potable et saine, tant en quantité qu’en qualité, et ne disposent pas de moyens suffisants pour l’acheminer, s’approvisionner ou la purifier. D’autre part, leur gestion de l’eau est freinée par des infrastructures et des réseaux défectueux, voire une méconnaissance de son utilisation dans le cadre d’activités de production par exemple. Enfin, l’eau est au cœur d’enjeux politiques stratégiques, devenant un véritable outil de pression et une arme de guerre, dont les premières victimes sont comme toujours les populations civiles, particulièrement dans les zones défavorisées et fragiles.

Le réchauffement climatique
On en parle, on en parle. Mais de la prise de conscience à l’action, du chemin reste à parcourir. Le constat est pourtant sans équivoque et irréversible. Jean Jouzel, directeur de recherches au CEA et vice-président du groupe scientifique du GIEC rappelle l’urgence de la situation :  » Il est acquis que le réchauffement climatique des dernières décennies a déjà des conséquences perceptibles. (…) Les impacts sont très susceptibles d’augmenter dans tous les secteurs, ressources en eau, santé humaine entre autres, et de forcer des populations entières à devenir des réfugiés climatiques.  »
Hausse des températures, assèchement progressif des sols, intensification des cyclones, élévation du niveau des mers, vagues de chaleur, etc, le processus est enclenché, et risque de remettre en question la vie et la survie de millions d’hommes supplémentaires.

Une responsabilité collective
L’urgence, c’est une redéfinition des projets économiques et politiques, compatibles avec la vie de l’homme et favorables au développement de la planète. Durable, évidemment, car qui dit développement dit durabilité. Ce qui suppose de le rendre possible ! Ce qui dépend des hautes instances, dirigeantes et décisionnaires dont chaque action conditionne davantage l’équilibre ou le désordre mondial. Cela passe aussi par chacun d’entre nous ; avec des réflexes simples au quotidien (prévenir les fuites d’eau, adapter sa consommation, limiter le gaspillage, recycler, récupérer l’eau, limiter l’usage de produits polluants pour protéger l’environnement, etc) : le moindre geste compte.

Santé, habitat, industrie, économie, environnement, ressources, etc, tous les domaines liés de près ou de loin à la vie de l’homme sont menacés par une détérioration de la qualité de l’eau et une diminution de ses réserves. Loin d’un catastrophisme clinique, cet état des lieux avéré est un défi que l’humanité se doit de relever maintenant.  » Future  » ou  » no future  » ? Là est la réponse.

www.unesco.org/water & www.who.int/topics/water/fr
Voir aussi post 22 mars 2007

APOROS fait son festival

Le 7 mars dernier, débutait le festival Saint-Denis Expos-Photos à La Réunion. Le soir du lancement, les collectifs Tendance Floue et APOROS* inauguraient les projections. Le temps d’un aller-retour TROP rapide, j’ai pu assister au principal aux côtés de Charles (Delcourt), David (Lemort) et Nelson (Navin), notamment.

Il fait très chaud ce jour-là. Les tests techniques sont prévus en milieu d’après-midi, vers 16h30. Vraiment histoire de vérifier que tout fonctionne bien et que les diaporamas se lancent correctement. Car à l’heure à laquelle nous arrivons, le soleil rentre dans la salle en plein sur l’écran géant. Difficile de juger la qualité…
Après discours et cocktail de lancement, direction l’Espace Jeunon. Nathalie Gonthier (responsable de l’organisation de l’événement) nous informe qu’APOROS, prévu initialement après Tendance Floue, passera finalement avant. 20 heures passées, les lumières s’éteignent. Nelson est derrière l’écran et s’occupe des aspects techniques, tandis que nous restons debout, côté spectateurs. C’est parti pour 25 minutes : les séries de Charles, David, Nelson et Vincent (Meurin, pas présent car parti au Canada) défilent en rythme et en musique. Le rendu est à la hauteur. La vidéo de Soleiman (Badat, à Vienne à ce moment là) remporte aussi les suffrages. Belle soirée…

Ci-dessous, pour ceux qui n’y étaient pas, quelques images extraites de la production d’APOROS, Nou mars si zetwal (Nous marchons sur les étoiles). Des fragments du quotidien comme autant de ressentis et de scintillements de la vie pris sur le vif, au Sénégal et à La Réunion, à Paris, Vienne, New York et Londres. A suivre à Paris, une projection à La Bellevilloise le 4 avril !

Programme Saint-Denis Expos Photos : www.ville-saintdenis-reunion.fr/main.php?rno=90&page=2

From World of beauty ©David.L_APOROS

From Central LIFE ©Nelson NAVIN_APOROS

From Sonnenbrillen’ Kino video ©Soleiman BADAT_APOROS


From New Yorkers ©Charles DELCOURT_APOROS


From The last days of glory ©Vincent MEURIN_APOROS

*Collectif APOROS : Soleïman Badat, Charles Delcourt, Virginie de Galzain, David Lemort, Vincent Meurin, Nelson Navin

Liberté, sécurité, fichés !

Dans le cadre de la soirée Thema « Tous fichés » diffusée ce soir sur ARTE à 20h40, Bruno Fay, journaliste et co auteur des documentaires  » Total contrôle « ,  » Resistants.com  » et  » Big brother City  » revient sur ses deux ans d’enquête sur les technologies de veille et de contrôle.

Londres, Barcelone, Berlin, Vienne, New York, Boston, Los Angeles et Mexico : comment as-tu organisé ton enquête ?
B.F : J’avais déjà eu l’occasion de travailler sur certains sujets pour des enquêtes publiées dans la presse écrite. Je pense notamment au réseau Freenet – sorte de face cachée du Net -, aux implants de puces RFID, aux logiciels de filtrage sur Internet… A force d’enquêter séparément sur chacune de ces technologies de contrôle, j’ai eu un jour l’envie de rassembler tout ce que je savais pour essayer de mesurer de manière plus globale les risques et les enjeux. Ensuite, dans le cadre de la préparation de nos documentaires, l’enquête à proprement dite était d’autant plus difficile que nous touchions à des technologies en constante évolution.

En 2004, lorsque nous avons déposé le premier synopsis de  » Total Contrôle « , la téléphonie sur Internet n’était pas encore très répandue, les implants de puce commençaient à peine, les logiciels de filtrage sur Internet n’étaient pas encore obligatoires, la biométrie au travail était encore rare, les attentats de Londres n’avaient pas encore eu lieu. Finalement, au-delà de l’enquête initiale, notre travail a relevé essentiellement de la veille technologique pour être à l’affût des moindres progrès technologiques en matière de surveillance et de contrôle.

Vous mettez en lumière des sujets sensibles, tant sur les plans technologiques que politiques et citoyens. Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
B.F : Nous avons eu un problème lors d’un tournage en France dans un Conseil général qui a choisi de s’équiper en téléphonie sur Internet. Au dernier moment, les responsables du site ne souhaitaient plus être associés au thème du fichage et l’interview ne s’est pas bien terminée. Dommage car notre but n’était pas de pointer du doigt telle ou telle entreprise, mais plutôt de réfléchir aux risques de la téléphonie IP en termes de confidentialité et de traçage. Sinon, nous avons plutôt rencontré de la méfiance. Lorsque nous avons interviewé le directeur de Microsoft Allemagne sur le fonctionnement de Windows Vista et, paradoxalement, sur le concept « d’informatique de confiance ». Lorsque nous avons tourné dans les locaux d’un fabricant de puces RFID qui avait peur d’être associé au « Big Brother ».

Le tournage au Mexique a également été particulièrement difficile. Les implants de puce restent confidentiels et nous avons eu beaucoup, beaucoup de mal pour être reçus par les services du Procureur général, l’équivalent de notre Garde des sceaux. Il y a trois ans, le Procureur avait décidé de se faire implanter une puce dans le bras et d’installer dans les bureaux du ministère un portique, une borne de réception RFID, pour être localisé en permanence. Une manière pour lui de se protéger des enlèvements très fréquents en Amérique du Sud. Plusieurs dizaines de ses collaborateurs étaient également implantés pour avoir accès à leurs ordinateurs. Naturellement, nous voulions en savoir un peu plus. Mais, sur le plan politique, le Mexique est un bien curieux pays et nous avons eu énormément de difficultés pour rencontrer nos interlocuteurs…

Enfin, nous avons également rencontré de la méfiance là où nous ne nous y attendions pas. Du côté des résistants, certains sont tellement paranos qu’ils refusent par principe de parler à des journalistes !
Pour les autres sujets, nous avons été au contraire étonnés de rencontrer des intervenants souvent fascinés et éblouis par l’aspect technologique des nouveaux moyens de surveillance. Pour certains, le côté ‘magique’ de la biométrie leur fait oublier les risques. Du coup, ils ne se rendaient même pas compte qu’ils disaient parfois des choses terrifiantes.

Aujourd’hui la réalité a dépassé la fiction. La vie privée est un livre ouvert : téléphone mobile, cartes à puce, ordinateur révèlent le moindre de nos faits et gestes : communications, achats, déplacements, santé… Tout est référençable, tout est référencé?
B.F : Oui, la réponse est clairement oui ! Tout est désormais référençable, traçable à un point que nous n’imaginons pas. Et souvent conservé et référencé dans des puissants disques durs. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous sommes tracés en permanence de manière active. Cela veut simplement dire que nous laissons en permanence des traces qui peuvent être utilisées ou non selon le bon vouloir des autorités. Les technologies existent. L’enjeu est désormais politique et dépend uniquement de la volonté ou non d’un gouvernement, ou de quelques géants de l’informatique, à utiliser les moyens dont ils disposent pour  » ficher  » et tracer les individus. Pour ne prendre qu’un seul exemple, comme le montre très bien Reporters Sans Frontières, l’utilisation du contrôle d’Internet n’a pas les mêmes conséquences en France ou en Chine.
La conservation des données collectées pose également des questions essentielles : quelle protection lorsque l’on sait que tout est piratable ? A qui donner l’accès aux bases de données ? A qui confier la gestion de ces données (société privée, Etat ?) ? etc.

L’ombre d’un impérialisme sécuritaire se profile. Des technologies rapprochées aux dérives paranoïaques en passant par la technophobie : où commence et où s’arrête la notion de sécurité? Qu’est ce qu’être libre au XXIe siècle?
B.F : Cette question relève de la conscience de chacun et du prix que nous sommes prêts à payer pour notre sécurité. Dans le sujet  » Big Brother City « , Duncan Campbell termine en citant une phrase de Benjamin Franklin qui dit à peu près cela :  » Ceux qui seraient tentés de vendre un peu de liberté pour gagner quelques instants de sécurité ne méritent ni l’une ni l’autre, ni sécurité ni liberté « …
Tout l’enjeu consiste à mettre en place des garde-fous suffisants pour éviter le pire. Ce n’est pas parce que l’homme a inventé le couteau qu’il est obligé de tuer son prochain. C’est pareil pour les nouvelles technologies. Je ne crois pas qu’il faille revenir en arrière. Internet est quelque chose d’extraordinaire. Le téléphone est également un progrès considérable pour communiquer.

Le problème des  » résistants  » en général est qu’ils ont soit des convictions politiques bien arrêtées mais qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment ces technologies pour s’attaquer aux vrais problèmes et convaincre le plus grand nombre, soit qu’ils en maîtrisent parfaitement les aspects techniques et les risques technologiques mais qu’ils n’ont pas de conscience politique suffisante pour s’y opposer. Nous avons rencontré des hackers de génie qui n’avaient aucune conscience politique, et des militants des libertés individuelles qui ne comprennent rien à l’informatique, au fonctionnement de la biométrie ou aux puces RFID. Pour qu’elle s’organise de manière efficace, la résistance doit aujourd’hui savoir concilier la technique et la politique. Ce n’est pas encore vraiment le cas.

Le blog de Bruno Fay http://investigation.blog.lemonde.fr/
En attendant ce soir :
http://www.dailymotion.com/enquetesetreportages/video/x2b02s_bandeannonce http://video.google.com/videoplay?docid=-4146080511720384297&hl=fr

Migrations & droits de l’Homme

Dans le cadre du 36e Congrès de la FIDH (Lisbonne 19-25 avril), s’est tenu le Forum Migrations et Droits de l’Homme. Son objectif :
– informer de la situation des migrants et des flux migratoires dans le monde.
– dénoncer les violations des droits de l’Homme et agir en faveur du respect de ces mêmes droits.

– alerter et impliquer les dirigeants, comme le grand public, sur la nécessité de mettre en place ou de renforcer une politique de protection des migrants dans les terres d’accueil.

Quelques données clés
Les flux ont augmenté de 50% en 25 ans mais concernent environ 3% de la population mondiale. Toutes les régions du monde sont concernées, avec des évolutions mixtes : une terre d’accueil peut se retrouver pays d’émigration ou de passage et inversement. Les principales zones d’accueil sont les Etats-Unis, l’Europe occidentale et l’Australie mais aussi les pays pétroliers, le Japon et les Quatre Dragons.

De plus, et parallèlement à ce qui est ancré dans les esprits, les migrations ne se limitent plus aux flux Nord-Sud. Le phénomène Sud-Sud s’amplifie, notamment en raison du durcissement des conditions d’entrée en Europe mais aussi des conflits locaux et des déplacements de populations.

Principaux motifs de migration
De façon très schématique. Plusieurs motifs peuvent en effet être implicitement liés : les pays en guerre et/ou dont le régime politique est dit « fort » sont aussi souvent ceux qui sont touchés par une situation économique plus que précaire, des phénomènes climatiques aggravants, la faim, la maladie…

– 40 % quittent leur pays pour trouver un emploi, principalement vers les grandes métropoles.
– 60 % pour des raisons politiques (conflits, régime en vigueur, persécutions), écoclimatiques (sécheresse, catastrophes naturelles), alimentaires et sanitaires (famine, épidémies) et une minorité – en hausse cependant – pour faire des études ou suivre sa famille.

Spécificités
Environ 50 % des migrants seraient des femmes, lesquelles se déplacent de plus en plus souvent seules. D’une part en raison de la possibilité d’accéder à des emplois considérés comme  » féminins  » (emplois dits domestiques et liés à la personne, au sexe…). D’autre part en lien avec la prise de conscience de leurs droits.

Conséquences
Encore et toujours la violation des droits de l’Homme, et ceux des migrants en particulier. Une situation illustrée notamment par la hausse de la traite des humains (qui concerne officiellement plus de 500 000 personnes par an, essentiellement des femmes et des enfants au sein ou en dehors du pays d’origine, et représente la 3e source de revenus illicites dans le monde) et d’une forme d’esclavage  » moderne  » qui n’a de moderne que l’époque. Par extansion, la violence, la discrimination et les inégalités.


Egalement, l’insécurité tant dans les pays d’accueil qui tendent parfois à diaboliser la notion même d’immigration et favorisent indirectement des attitudes xénophobes ou racistes, que dans les pays d’origine où se développe un commerce lié à l’émigration clandestine. Le syndrome de « l’immigration jetable » (ou que faire quand on a fini de combler les besoins d’une démographie déficiente ou d’une main d’oeuvre bon marché?). Les expulsions arbitraires mettant en danger les migrants forcés de retourner dans leur pays d’origine.

La question centrale est d’envergure internationale : le respect des droits de ces nouveaux arrivants dans une nation, conformément à la législation internationale en vigueur, et la mise en place d’un statut légal local.

L’illettrisme en France

▪ Vers le site du photoreportage Illettrisme : droit de savoirs

Nom : illettrés. Profil : hommes et femmes scolarisés en France vivant et travaillant apparemment comme les autres. Nombre : 3 100 000 millions ! Soit 9% des 18-65 ans. Qu’est ce que l’illettrisme ? Pourquoi le devient-on ? Comment le prévenir et le combattre ? Etat des lieux avec Hervé Fernandez, Secrétaire général de l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme).

On a l’habitude en France de distinguer l’illettrisme et l’analphabétisme – distinction que ne font pas tous les pays d’ailleurs. Quelles sont les différences fondamentales entre ces deux terminologies ?
H.F : On peut en effet distinguer deux types de situations : celle des personnes qui ont été scolarisées en France et qui ne parviennent toujours pas à lire, comprendre et transmettre un message simple de la vie quotidienne, et celles qui sont venues s’installer en France pour différentes raisons et qui vont donc devoir apprendre le français comme une langue étrangère.

Deux situations bien distinctes donc qui appellent des réponses différenciées. L’illettrisme est la plupart du temps très mal vécu et amène souvent les personnes concernées à user de nombreux stratagèmes pour que leurs proches ne s’en rendent pas compte, sans pour autant forcément se donner les moyens d’y remédier. A la différence des personnes qui vont souhaiter apprendre notre langue et s’orienter plus naturellement vers des formations.

Comment expliquer ce phénomène ? Comment peut-on y remédier, notamment dans le secteur de l’emploi ?
H.F : L’illettrisme est encore très tabou et les personnes touchées ressentent parfois un phénomène de rejet et de honte. Dans une société où l’on mise beaucoup sur les diplômes, les parcours chaotiques et échecs scolaires successifs sont mal perçus. Il est donc indispensable d’apporter des réponses appropriées.
On sait que sur 3,1 millions de personnes, plus de la moitié ont une activité professionnelle. Une information qui montre la nécessité de mettre en place des formations ciblées tout au long de la vie professionnelle. Les situations ne sont pas toujours révélées car ces salariés sont compétents. C’est à l’occasion de changements dans leur poste de travail que l’on peut s’apercevoir des difficultés de certains à lire et à écrire. Certains salariés refusant des promotions à cause de cela.

Nous avons engagé l’opération nationale du Forum permanent des bonnes pratiques*. Mis en place localement, il a permis de voir que certaines entreprises anticipent les changements dans le cadre d’une politique de gestion prévisionnelle des emplois. Un cadre non stigmatisant : celui de l’évolution naturelle des compétences. On ne parle donc plus de lutte contre l’illettrisme, mais de développement des acquis professionnels dans lequel on peut alors intégrer des formations à l’écriture et au calcul notamment. La difficulté n’est pas tant de mettre en place des solutions que d’en parler et de dédramatiser les situations.

Les résultats de l’enquête Information Vie Quotidienne menée par l’INSEE avec l’ANLCI font tomber de nombreuses idées reçues.
H.F : Outre le fait que l’illettrisme n’empêche pas d’avoir une activité professionnelle, l’enquête met en avant des éléments essentiels.

– Les jeunes ne sont pas les plus touchés : plus de la moitié des personnes en situation d’illettrisme ont plus de 45 ans. On sait que la capacité à lire et à écrire se perd très vite si elle n’est pas éprouvée au quotidien. De nombreuses ruptures dans un parcours scolaire (incarcération d’un parent, maladie, discrimination) peuvent favoriser une situation d’illettrisme. D’où la nécessité d’impliquer les parents pour pouvoir agir sur les enfants.
– Ce phénomène n’est pas limité aux zones urbaines, et notamment aux zones dites sensibles : 50 % des personnes en situation d’illettrisme vivent dans des zones rurales. Le renforcement de la lutte et de la prévention doit donc aussi être fait auprès des zones faiblement peuplées et des entreprises de façon à couvrir tous les besoins.
– Enfin, ce n’est pas seulement le fait de l’immigration : 74 % des personnes illettrées utilisaient uniquement le français chez elles à l’âge de 5 ans.

L’illettrisme est un mal invisible. Les personnes en situation d’illettrisme vivent, réussissent sans pour autant bien savoir lire et écrire. Ces résultats sont essentiels car ils lèvent le voile sur des idées reçues, montrent mieux qui est touché, permettant ainsi d’agir. Comment ? En levant les freins psychologiques, en organisant des actions conjuguées à des solutions, en impliquant les acteurs comme les décideurs. La lutte contre l’illettrisme est l’affaire de tous.

* Du 20 au 22 Juin prochains à Lyon, se tiendront les rencontres nationales du Forum des bonnes pratiques.
EN SAVOIR PLUS : https://vdegalzain.files.wordpress.com/2007/04/illetrisme.pdf & ANLCI www.anlci.gouv.fr

Sida(ction): les enfants aussi!

bd.jpgLe sida, c’est d’abord un bilan qui dépasse les pires prévisions : 25 millions de morts et 40 millions de malades en sursis dans le monde. En France, 150 000 personnes sont séropositives.
Dans les pays en développement, déjà touchés par la famine, les guerres, la pauvreté, le sida ruine toute perspective d’avenir. Les enfants et les femmes enceintes sont la première cible de la maladie.

3 questions à… Anne Fouchard*, responsable de la Communication et de l’Information UNICEF France. (©photo_Jean-Pascal Roux)

Fin 2005, l’UNICEF a lancé la campagne  » Unissons-nous POUR les enfants CONTRE le Sida  » définie autour de quatre grandes priorités. De quoi s’agit-il ?
Anne Fouchard : L’une de ces priorités est de prévenir les nouvelles infections chez les 15-24 ans. Pour être adaptée à chaque culture, la prévention est mise en place et faite par des locaux. Nous espérons pouvoir dépister 10 millions de jeunes d’ici à 2010, et accélérer ainsi la prise en charge des enfants malades.

Il s’agit également de prévenir la transmission de la mère à l’enfant. Aujourd’hui, 2000 bébés naissent infectés chaque jour. Le seul moyen de limiter les risques de transmission pendant la grossesse et l’allaitement est la prise d’ARV. En Europe où les femmes ont accès à ces traitements, 97% des enfants naissent sains. Dans les pays en développement, la seule molécule disponible protège l’enfant dans seulement 50 % des cas. Et peut en plus favoriser chez la mère une résistance du virus.

Cela pose aussi la question des traitements pour les enfants. Le problème majeur est l’intolérance – connue chez l’adulte – aux médicaments, qui n’existent pas en dosage pédiatrique. Notre espoir : réussir à produire dans les deux ans un médicament adapté (sirop, mini gélules) à partir des formules de tri thérapies existantes. Il faut aussi soigner les maladies qui, contractées en plus du sida, provoquent la mort (tuberculose, méningite…). Assurer une alimentation équilibrée. Détecter la maladie le plus tôt possible. Avoir de l’eau potable et un minimum d’hygiène. Avoir des coûts adaptés aux pays pauvres. Notre action doit prendre en compte tous ces paramètres pour être efficaces.

Enfin, n’oublions pas que des millions d’enfants sont orphelins. Pour les protéger et préparer leur avenir, il nous faut les maintenir dans un système éducatif, obtenir l’accès gratuit à l’école, éviter la discrimination. Il s’agit aussi d’impliquer les ministères sur place pour limiter certaines pratiques locales et assurer la prévention et l’accès aux soins.

Comment faire comprendre aux nations riches, elles-mêmes touchées par la maladie, qu’elles doivent s’investir dans la lutte contre le sida dans le monde ? L’accès aux soins est un droit pour tous les malades, un devoir pour les politiques…
A.F : Le devoir est politique dans tous les sens du terme en effet. Si nous ne faisons rien, les enfants malades seront les mendiants, les prostitués, les soldats de demain ce qui anéantirait des décennies d’efforts. Notre démarche consiste mobiliser les institutions et les laboratoires pour favoriser l’accès des pays pauvres aux médicaments. L’Ouganda, le Brésil ou la Thaïlande ont mené une politique volontariste (formation du personnel médical, production de génériques…) qui porte déjà ses fruits. C’est la preuve irréfutable que c’est possible.

Votre plus grand espoir ?
A.F : Depuis 2006, des progrès ont été faits concernant les traitements pour enfants avec notamment des ARV pédiatriques à 60 dollars par enfant et par an. Le challenge est donc aujourd’hui le réussir le passage à l’échelle nationale de ces programmes.

Il faut des traitements adaptés pour les enfants et des médicaments accessibles au plus grand nombre. Pour que les femmes ne transmettent plus la maladie à leur bébé, pour que les enfants puissent vivre et grandir avec leurs parents.

PLUS D’INFOS SUR LE SITE DE L’UNICEF www.unicef.fr
Interview de Christian Saout, président de l’association AIDES, & prévention
(TOC magazine mars 2006)
http://vdegalzain.files. wordpress.com/2007/03/toc-032006_sida.pdf

A consulter :
www.sidaction.org
DU 23 AU 25 MARS, le Sidaction appelle à réagir, dons au 110.

www.aides.org
www.sida-info-service.org

http://education.france5.fr/sida/

www.cfes.sante.fr

www.actupparis.org

√ de nombreux liens sur www.vih.org

*ET AUSSI : retrouver Anne Fouchard sur BLOGTROTTERS.FR
http://www.blogtrotters.fr/work-in-progress/la-crise-du-darfour-fait-tache-dhuile-en-centrafrique à propos de la crise du DARFOUR et ses incidences sur la vie des enfants.

Histoires d’eau_histoire d’hommes

Ressource naturelle vitale, l’eau s’épuise et se raréfie. Au coeur de la survie planétaire, l’or bleu sonne comme un défi de plus dont les enjeux, comme les contraintes sont à la fois humains, économiques et politiques. En cette Journée mondiale de l’Eau, l’UNESCO appelle à la prise de conscience.

Gaspillage, pollution, réchauffement climatique, pauvreté, conflits, accroissement de la population mondiale sont parmi les causes – ou conséquences- directes de la pénurie d’eau. Paradoxalement, bien que la Terre soit composée à près de 70% d’eau, à peine 0.5% (sur les 3% d’eau douce) est utilisable par l’homme. Il ne s’agit donc pas tant de quantité que de répartition et de qualité exploitable. Une donnée essentielle pour comprendre l’urgence de la situation et son importance sur la durabilité de notre environnement et de notre développement.

Un enjeu vital
Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à une eau potable, causant chaque année près de 7 millions de décès dont celui de 2 millions d’enfants. Au problème de l’accès inégal à l’eau potable d’une partie du monde à l’autre, s’ajoute celui de la quantité d’eau disponible par habitant. Selon les derniers rapports, celle-ci devrait diminuer de moitié d’ici à 2050.
Dans les pays les plus pauvres, principalement en Afrique et en Asie, le manque de moyens et/ou de volonté ne permet pas de mettre en place les aménagements nécessaires et suffisants pour rendre l’eau accessible, la traiter et la purifier. D’où la prolifération exponentielle des maladies et épidémies liées (diarrhées, paludisme, choléra), la famine… Une prolifération qui peut aussi être provoquée ou accentuée par des variations climatiques ou des catastrophes naturelles, fréquentes dans les zones concernées.

Une crise planétaire
Les états récurrents ou persistants de sécheresse, l’exploitation excessive de l’eau – notamment pour l’irrigation- favorisent la réduction des niveaux d’eau. Parallèlement, la pollution liée notamment aux rejets de produits industriels détériorent la qualité de l’eau et de l’environnement.
Dans certains pays, des jardins luxuriants et piscines sont un luxe provocateur insupportable à quelques mètres parfois de logements insalubres et autres bidonvilles. Les habitants de ces derniers n’ont pas accès à l’eau courante et se voient alors contraints d’avoir recours à des services privés de distribution coûtant jusqu’à 10 fois plus cher que ceux des services publics.
Autant de raisons qui doivent engager les Etats et les responsables des réseaux de distribution à garantir et faciliter l’accès à une eau douce, assainie et potable pour tous, unis dans une politique responsable locale et nationale.

Le pouvoir et l’interdépendance
Le manque d’eau a des conséquences sur le développement économique, l’accès à une activité rémunérée (notamment pour les femmes auxquelles incombent dans certains pays, l’approvisionnement en eau et le soin des enfants malades), les inégalités, l’autonomie des populations.
Des enjeux qui prennent des visages forcément politiques dans la mesure où de nombreuses ressources d’eau traversent plusieurs pays, les rendant de facto interdépendants. Elles peuvent donc constituer de multiples occasions de divisions et de tensions liées à la gestion de l’eau de part et d’autre des frontières, voire devenir un dangereux moyen de pression. Chaque action dans un des états ayant des implications parfois irréversibles chez son voisin tant sur le plan humain que sur les plans agricole, industriel, énergétique, domestique et environnemental.

L’urgence à long terme
Faciliter un accès à l’eau potable pour tous, négocier et pérenniser des accords transfrontaliers pour garantir la sécurité, le développement et la survie des peuples, consommer et utiliser moins et mieux, mettre en place des moyens de préserver la qualité et la quantité de nos ressources – notamment en eaux souterraines, et anticiper sur les risques climatiques sont des conditions sine qua non pour assurer notre avenir. Eau, pauvreté, développement, santé, paix, sécurité, durabilité: tout est lié.