Armes légères, paix civile, droits humains

Selon Small arms survey et Amnesty international, plus de 850 millions d’armes légères et petits calibres (ALPC) sont en circulation dans le monde, dont près de 100 millions de kalachnikovs. Je ne sais pas si on réalise ce que cela représente.
Elles sont majoritairement détenues par des civils. Et 40 à 60 % du commerce des armes légères dans le monde est, à un moment donné, illicite (source Nations Unies) sans toutefois être illégal (marché gris).

La paix et la sécurité du monde en question

Conflits internes, guérillas, attentats voire attaques isolées… sont à l’origine d’atteintes et de destructions finalement massives (physique et mentale, familiale et sociale, économique et environnementale). Ils sont majoritairement menés avec des armes légères.
Résultat, une capacité de violence et de terreur toujours plus simple, forte mais aussi anarchique. De nombreuses zones géographiques vivent, subissent cela de façon récurrente voire permanente. Certaines sont plus médiatiques ou médiatisées que d’autres selon une « hiérarchie », comme on dit dans le métier, assez troublante.
Les répercussions humaines sont insupportables :
– plus de 500 000 tués chaque année, chiffres qui ne sont manifestement toujours pas assez forts pour signifier l’horreur que cela constitue,
et cela peut se passer tous les jours, dans n’importe quel pays ;
– les armes font chaque année 300 000 victimes hors conflits armés ;
– plus de 1 500 personnes meurent chaque jour, dont 250 000 par an de la violence armée ;
– dans les conflits armés, 80% des victimes sont des civils.

Du 24 au 27 août 2015, s’est tenue la 1ère conférence des États parties du Traité sur le commerce des armes (TCA) à Cancun. Aucun média n’a relayé cet événement sous quelque angle que ce soit. Même si « le mal est fait » dans le sens où un nombre considérable d’armes sont dans les mains de ceux qui contribuent à la déstabilisation du monde, et que l’on ne peut présumer de l’efficacité future du TCA, c’est une avancée considérable pour réglementer davantage le commerce et le transfert des armes (croyons-y). Sans parler de la force du lobby des armes, notamment aux États-Unis. L’enjeu humain est inestimable, mondial et son application concrète urgente.


Zoom sur…
Enfants : quel avenir présent possible ?

Les civils, notamment les enfants, sont les premières victimes.
– Comment grandir dans un contexte d’insécurité chronique ?
– Comment se construire et se consolider quand on a perdu l’un de ses parents voire les deux, et que l’on est livré à soi-même ; aux autres par la même occasion ?
Quand on voit la mort en face ? Quand on la vit ?
et je ne me lancerai pas dans une liste noire des horreurs et terreurs auxquelles la violence confronte.
– Comment étudier quand on ne peut plus aller à l’école car elles ont été bombardées ou réquisitionnées ? – quand il y en a.
– Comment survivre quand on ne peut plus être soigné car les centres de soins ont subi le même sort ou que les médicaments sont encore moins disponibles que d’habitude ou en quantité insuffisante au regard des besoins ?
– Comment boire, se nourrir quand tout a été détruit, pillé ?
Que les sources d’eau sont contaminées ?
– Comment avoir un avenir quand on doit fuir, dans la ville ou dans le pays voisin (majorité des cas), vivre sans toit, sans eau ni électricité, en dépendant de l’aide internationale et/ou locale, voire en étant année après année dans des camps ?
– Comment échapper à un enrôlement pour être enfant soldat ? 250 000 soldats enfants, estimation (la prolifération des armes légères et de destruction extrême hyper maniables et pas chères comme la kalachnikov étant un lien évident).
– Comment échapper au destin d’enfant kamikaze ?
– Comment « revenir » d’un parcours d’enfant soldat ?
– Comment se remettre d’une situation, souvent associée, d’esclave sexuel(le) ? De bouclier humain ?
Comment survivre à tout cela ?
Rester intégré dans son propre pays ? S’intégrer dans un autre ?
– Comment résister aux traumatismes et apprendre à vivre avec ?

Comment un enfant peut-il ainsi avoir sa place dans le monde ? Avoir ses droits respectés ? Vivre et grandir, simplement ?

SOURCES des données chiffrées : ONU, Amnesty international, Small arms survey, UNICEF

> Le témoignage d’Emmanuel Jal, chanteur, musicien, ancien enfant soldat (la vidéo ci après a été enregistrée avant l’entrée en vigueur (24 décembre 2014) du Traité sur le commerce des armes.

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Rester vigilant…

Rester vigilant… Les récents événements ne doivent pas donner lieu à des décisions trop rapides. Décisions/lois qui seraient/sont acceptées/votées – sans temps de réaction possible – dans un contexte extrême, au risque d’en voir les effets boomerang trop tard sur les libertés individuelles et collectives.

Rester vigilant, c’est notamment garder une distance juste. C’est agir, réagir, réfléchir de façon constante, suivie, lucide. C’est soutenir, consolider mais aussi alerter, résister. C’est une attention permanente à l’Autre, à ce qui nous entoure, à ce qui nous concerne. Ensemble.

« Les droits humains ne sont pas un frein à la sécurité mais contribuent à la solution. » Et tout mettre en œuvre pour tendre vers un accès aux droits humains pour tous, pour l’égalité des droits, est une condition sine qua non de stabilité sociale et de paix civile.

amnesty appel liberte presidence de la republique         Pour signer : http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Liberte-expression
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L’histoire se répète, souvent, happés que nous sommes par une immédiateté qui peut être aveuglante, l’émotion, l’individualisme, un conditionnement insidieux qui vise à maîtriser un peu plus chaque jour nos vies. Tandis que les victimes des auteurs d’actes de terreur se chiffrent rapidement par milliers en quelques mois dans des zones du monde qui semblent impuissantes, sans moyens/volontés politiques. Sans soutien concret.
Une chose est sûre, tout usage massif de procédés de surveillance et d’investigation individuelle et collective, et par extension de restriction implicite ou explicite des libertés fait glisser de la présomption d’innocence vers le « tous suspects » par défaut.

29012009_virginie de galzain                                                  Paris, 29 janvier 2009 © Virginie de Galzain

Amnesty international : le droit à la vie

En marge de la Journée mondiale des Réfugiés et dans le cadre de la sortie du rapport annuel d’Amnesty International, Geneviève Sevrin, présidente d’Amnesty International France fait le bilan.

√ En ouverture de votre bilan annuel, vous alertez sur un climat d’insécurité, et ce que vous appelez une politique de la peur, la peur de l’Autre notamment… Geneviève Sevrin : On ne peut en effet ignorer que notre monde est soumis à des éléments qui mettent en péril son devenir et celui de ses habitants. Terrorisme et attentats, pollution, dérèglements et catastrophes climatiques, pauvreté dominante et galopante, épuisement de l’eau, famines, conflits, maladies… Tout cela crée implicitement un contexte de peur.

Mais au-delà, les gouvernements jouent de plus en plus sur ce sentiment de peur exacerbé depuis LE  » 11 Septembre  » pour mettre en place voire imposer des mesures sécuritaires, des lois qui tendent vers la restriction et le contrôle des libertés individuelles (d’expression, d’association…), vers la violation des droits humains dans leur ensemble. Pour ne donner que quelques exemples, c’est l’Australie qui parque sur une île les boat people et renvoie les immigrés dans leur pays d’origine, ce sont les Etats-Unis avec le très dénoncé Patriot act, les abus de Guantanamo, les bavures en Irak.

En France*, l’assimilation entre les notions de flux migratoires et de demandeurs d’asile** restreint considérablement les possibilités d’entrer sur le territoire. Le possible passage de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) sous la tutelle du nouveau ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, nous fait craindre pour l’indépendance de cet organisme, chargé d’accorder ou non le statut de réfugié.

Concernant ce dernier point, on constate qu’un climat de peur de l’Autre se développe insidieusement, tendant à associer un étranger à un clandestin, à un envahisseur et donc à un danger potentiel. D’une part c’est hypocrite, particulièrement si l’on s’en tient au système d’une immigration choisie. D’autre part, c’est dangereux pour le principe d’égalité entre les êtres humains, dans un pays où la mixité culturelle et sociale est pourtant constitutive.

Enfin, il faut savoir qu’il existe un principe de non refoulement qui interdit l’expulsion d’une personne dans des Etats  »  sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Sous couvert de notion de  » pays sûr « , se met paradoxalement en place en régime fondé sur la défiance, la haine alors que les valeurs de confiance, de tolérance et de solidarité devraient en être les référants clés. Il convient de rappeler que le droit d’asile est souvent le seul droit qui reste à un être humain quand tous les autres sont violés.

√ D’un point de vue général, quelles sont les points forts de l’année 2006 dans la lutte pour le maintien des droits humains ? G.S : La situation reste globalement très critique et d’autant plus préoccupante que les violations des droits humains se mondialisent. Pour commencer par les points positifs, on remarque des avancées encourageantes en ce qui concerne la justice, les armes et l’abolition de la peine de mort. La mise en place de la Cour pénale Internationale qui comme vous le savez a pouvoir en matière de crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, commence à porter ses fruits. Ainsi des enquêtes sont initiées en Ouganda, en RDC et au Darfour. La création d’un tribunal international pour juger les présumés assassins de Rafic Hariri est en cours au Liban, et à la Haye, le tribunal spécial pour la Sierra Léone a commencé à juger Charles Taylor. Hissène Habré devrait aussi être jugé prochainement. Tout ceci est la preuve d’une amorce de changement.

Une autre victoire des O.N.G est relative au vote en faveur d’un Traité international sur le contrôle des armes classiques fin 2006. Le principe de la création d’un tel traité a été adopté par 139 pays, et il est essentiel dans la lutte engagée contre la prolifération et l’utilisation des armes dites légères, lesquelles sont à l’origine du plus grand nombre de tués aujourd’hui lors de conflits et sont au cœur d’importants trafics.

Concernant la peine de mort enfin, une majorité d’Etats est aujourd’hui abolitionniste. De plus en plus d’Etats instaurent des moratoires, des mouvements abolitionnistes se développent notamment aux Etats-Unis et l’idée de l’abolition progresse aussi en Chine. L’approche évolue également, puisqu’on ne demande plus aujourd’hui aux ONG abolitionnistes de se justifier sur les motivations de leurs actions mais aux Etats de se justifier sur le pourquoi du maintien de la peine de mort au sein de leurs frontières. Notre objectif est l’abolition universelle mais la route est encore longue. En ce sens, il est indispensable que Ban Ki-moon poursuive l’action de Kofi Annan et ne fasse pas machine arrière (Ban Ki-moon avait en effet précisé que la peine capitale  » restait la décision de chacun des pays membres « ).

√ Vous mettez en avant le net recul du  » droit à la vie  » : G.S : Les droits les plus vitaux et les plus élémentaires continuent chaque jour d’être bafoués. Droits civils et politiques, humains, culturels et économiques (accès aux soins, à un logement…) y compris dans les pays occidentaux. La situation des femmes et des enfants est très alarmante. Ce sont les premières victimes des inégalités et de la discrimination, dans la vie de tous les jours comme lors des conflits armés.

Les femmes sont en effet très exposées dans les conflits (le viol est utilisé comme une arme de guerre) ; dans certains pays d’Asie, des crimes  » d’honneur  » sont commis par centaines de milliers. Les mariages forcés continuent à exister, de même que se poursuit la traite des êtres humains à des fins de prostitution (on se souvient des 20 000 femmes prostituées à l’occasion des J.O d’Athènes, et de celles  » offertes  » aux visiteurs lors de la coupe du Monde de football à Berlin en 2006). Sans oublier les violences domestiques, une des premières causes de décès et de handicap en Europe chez les 16-40 ans.

Il y a le problème des enfants soldats, embrigadés dès leur plus jeune âge pour combattre (Irak, Liban, Palestine, Tchad, Afghanistan, Colombie pour ne citer que ceux-là), parfois drogués. Leur vie est détruite tant sur les plans physiques (accidents, blessures à vie, prostitution, exposition aux MST…) que psychologiques (traumatisme, confusion des notions de Bien et de Mal, perte des repères), dans une concentration de haine, de frustration et de vengeance. L’utilisation de la torture et de sévices ne faiblit pas non plus.

Nous-mêmes devons être très vigilants face aux dérives qui visent à banaliser le recours à des traitements cruels, inhumains, ou dégradants, notamment par des démocraties ; quand des Etats se mettent à utiliser les mêmes armes que les groupes armés pour les combattre, ce sont ces derniers qui ont gagné…

√ Quel message souhaitez-vous faire passer ? G.S : Il est indispensable de considérer le monde dans son ensemble en raison de l’interdépendance de chaque acte. On ne peut privilégier une action au détriment d’une autre car c’est partout qu’il faut agir. Pour la dignité humaine. www.amnesty.fr *AVRIL 2007 la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour défaillances dans la procédure d’asile à la frontière. MAI 2007 Human Rights Watch (HRW) épingle la France estimant que sa politique d’expulsions en matière anti terroriste « ne présente pas de garanties suffisantes » en matière de droits de l’Homme. ** » (…) les migrants, réfugiés compris, représenteraient en 2005 près de 200 millions de personnes (9,2 millions de réfugiés), soit près de 3 % de la population mondiale  » (Source www.fidh.org)