Harcèlement scolaire : « le » documentaire à voir

Le harcèlement scolaire, cela nous concerne tous. Au moins 10% des élèves touchés chaque année en France (plus de 1,2 million d’enfants et adolescents). Des impacts psychiques et/ou physiques très graves sur chaque enfant, chaque famille, allant du profond mal-être au suicide. Pour mieux comprendre et parce que ce sont eux qui en parlent le mieux, regardez ‘Souffre-douleurs, ils se manifestent‘, un documentaire d’Andrea Rawlins-Gaston (agence CAPA) qui laisse la parole à 6 jeunes ainsi qu’à plusieurs parents. Des témoignages essentiels pour informer et alerter, mobiliser, prévenir et protéger. C’est éprouvant, choquant mais nécessaire tant cela dépasse ce que l’on peut imaginer. Tant c’est urgent et vital. Chacun de nous est un maillon de la chaîne et peut agir.


DEUX NUMÉROS ANONYMES ET GRATUITS
POUR TOUS
Deux numéros d’urgence sont à contacter/transmettre. Vous y trouverez écoute, réponses et orientation vers les acteurs proches de chez vous.
– Le 3020 : vous êtes victime de harcèlement scolaire ou témoin, avez un enfant, un ami, un proche, un élève concerné : dès le premier acte subi, au moindre doute, appelez le 3020, un numéro d’appel anonyme et gratuit (du lundi au vendredi de 9h à 20h)
– Le 0800 200 000 : en cas de cyber-harcèlement

S’INFORMER ET AGIR
Vous êtes scolarisé et vous souhaitez devenir ambassadeur dans votre collège ou votre lycée : infos auprès de vos enseignants, CPE, responsable d’établissement et sur https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ressources/devenir-ambassadeur-au-lycee/
– Vous souhaitez en savoir plus, faire intervenir une association, organiser un atelier sensibilisation, vous former… : informations, guides, outils de sensibilisation sur nonauharcelement et via le site du Conseil de l’Europe.


À  savoir : le harcèlement scolaire, ce sont des insultes, humiliations, coups, rumeurs, mises à l’écart infligés à un élève de façon répétée, le plus souvent sur une longue période, de la part d’un ou plusieurs autres élèves. La loi punit le harcèlement scolaire, mais aussi les violences scolaires et la provocation au suicide.

À voir : ‘Camille’, de Boris Lojkine

Le 12 mai 2014, la photojournaliste Camille Lepage est tuée en Centrafrique en plein conflit. Avec son film Camille, le cinéaste Boris Lojkine réalise un très beau, réaliste et juste portrait de femme photographe guidée par ses idéaux ; un témoignage hommage à la Centrafrique aussi, où le film a été tourné.

Terre d’oubliés, la Centrafrique était devenue le lieu de vie de Camille après plusieurs années au Sud Soudan. Une seconde patrie alors plongée dans des violences intercommunautaires extrêmes entre la Seleka et les anti-Balaka, où elle partageait le quotidien de celles et ceux dont elle révélait les réalités en images. À 26 ans, elle était informée, talentueuse et engagée. Passionnée par l’image, elle était guidée voire obsédée par la nécessité de témoigner au nom de ceux qui souffrent et que le monde délaisse, ignore ou condamne au silence et à l’oubli, du moins tant que cela ne fait pas vendre.

Car c’est aussi cela être photographe quand on sait que c’est « là » que l’on doit être. Faire corps avec ce qui vous entoure, saisir des instants, vivre. Et garder vivant ce que d’autres ne voient pas ou plus. Ce que d’autres aimeraient cacher. C’est avoir les yeux ouverts sur le monde ; tenter de comprendre pourquoi on en est là, de faire bouger les lignes. Quitte à y perdre chaque fois un peu de soi-même. La vérité exige du courage. La vérité, quelle qu’elle soit, a toujours un prix.

Le film évoque aussi de nombreuses questions, contradictions, certitudes et doutes auxquels un.e photographe peut être confronté.e (outre sa place dans un métier encore très masculin quand on est une femme). La distance avec le sujet et ce que l’on appelle l’éthique. La nécessité d’informer et son impact. La notion d’actualité quand elle devient condition de publication et ce que cela implique dans notre façon de travailler et de vivre. Et l’exigence de répondre à des questions essentielles : ce que l’on veut dire, comment et pourquoi. Camille Lepage y avait répondu, sans concession.


• Le Site de Camille Lepage https://camille-lepage.photoshelter.com, notamment un extrait de son travail en Centrafrique
• Le site de l’association « Camille Lepage, on est ensemble » http://www.camillelepage.org
• L’interview de Boris Lojkine sur le film et sa démarche https://www.telerama.fr/cinema/camille-lepage-a-donne-sa-vie-pour-la-centrafrique

Inceste et violences sexuelles sur mineurs : l’urgence d’agir

– Interview et photos ©Virginie de Galzain

Silence, on viole. En France, au moins 4 millions de personnes ont été victimes d’inceste. Et on estime qu’un enfant est victime de viol ou de violences sexuelles toutes les 3 minutes dans notre pays. Une vérité inacceptable qui révèle un déni de réalité et des défaillances très graves en matière de protection, de prévention, de justice et d’accès aux soins. Une « bombe à fragmentation » qui ravage tout à l’intérieur comme à l’extérieur de soi, de façon immédiate et à retardement.

Plusieurs départements de la moitié Nord de l’Hexagone et d’Outre-Mer sont parmi les plus touchés. Engagée, Christine Visnelda Douzain est psychiatre responsable de l’Unité de psychotrauma et centre de ressources NOE (Nord-Ouest-Est) de La Réunion (EPSMR de Cambaie). Depuis plus de 20 ans, elle soigne et accompagne des femmes, des hommes, des enfants qui ont été victimes d’inceste et de violences sexuelles, qui ont grandi avec ces traumatismes à vie. Lors d’une interview qu’elle a bien voulu m’accorder, Christine Visnelda Douzain brise le silence. Elle alerte sur les détresses vécues, leurs conséquences et les urgences vitales de ce combat sanitaire et humain. Elle rappelle qu’il est possible de « dire », de se faire aider, soigner. Elle nous parle aussi d’un projet culturel de sensibilisation innovant : la pièce Quelque chose, en cours de déploiement à La Réunion.

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GENÈSE D’UN ENGAGEMENT
Christine Visnelda Douzain : « Je suis venue à La Réunion juste après ma thèse de doctorat et mon diplôme d’études spécialisées (DES) de psychiatrie. J’ai commencé à travailler au Service médico psychologique régional (SMPR), une structure hospitalière et unité à vocation psychiatrique destinée à soigner et accompagner les détenus au sein des prisons. Là, j’ai découvert que beaucoup de personnes – des homme à 90% – étaient incarcérées pour avoir commis viols et inceste ; et qu’eux-mêmes avaient été victimes de violences, de maltraitances et de carences affectives graves. À l’époque, je me souviens m’être notamment demandé pourquoi je n’avais rencontré qu’une victime en quatre ans de spécialisation. La réponse est venue rapidement.

Je suis ensuite partie m’occuper d’une unité qui proposait 50% d’accueil d’urgences psychiatriques et 50% de travail auprès de personnes souffrant de problèmes liés à la dépendance à l’alcool qui cachaient parfois une souffrance plus ancienne et profonde. Peu à peu, tout s’est mis en place et j’ai intégré pendant 18 ans la Cellule d’urgence médico psychologique (CUMP) dont je suis devenue responsable. En 2005, une consultation en psychotrauma est créée dans le nord de l’Île pour offrir un suivi sur du plus long terme. Puis une autre dans le Sud. L’ensemble des rencontres faites sur le terrain et le dispositif de la CUMP ont guidé ma spécialisation dans le trauma et mes engagements médicaux et humains.

INCESTE ET VIOLENCES SEXUELLES : TOUS CONCERNÉS
C.V-D. : Dès la première année, nous accueillons à l’unité des patients qui ont subi majoritairement des violences sexuelles dans l’enfance, essentiellement des femmes. Cela ne va jamais cesser d’augmenter (jusqu’à 60% aujourd’hui), sans que nous ayons eu une stratégie de soins orientée en ce sens (au départ). Nous n’avions en effet pas conscience de l’ampleur du problème à cette époque. Les femmes que nous recevons – et de plus en plus les hommes – viennent spontanément ou nous sont adressées par des professionnels de santé, du réseau associatif ou du champ social. Ces personnes sont de tout âge, de toute condition et de toute origine sociale. La moyenne a entre 30 ans et 50 ans et 90% d’entre elles ont été victimes d’inceste. Nous suivons aussi des enfants, parfois dès l’âge de 4 ans, parfois plus jeunes.

Dans le récit des personnes accueillies, on se rend compte que, où qu’elles vivent, trouver un lieu de soin ou d’écoute approprié est un parcours du combattant. Que ce soit chez leur médecin, le gynécologue ou le pédiatre par exemple, elles ont l’impression que l’on passe à côté de leurs signaux d’alerte ou qu’elles ne sont pas prises au sérieux. Faute de formation suffisante pour détecter, soigner ou a minima orienter, le corps médical se sent la plupart du temps impuissant et ne fait pas par peur de faire mal. Parfois, il va orienter vers un psychiatre qui va faire un diagnostic non conforme et aggravant. Une situation d’autant plus alarmante que ce sujet est tabou.

evocation©Virginie de Galzain

DES ANNÉES AVANT D’OSER « DIRE »
C.V-D. : Il faut savoir qu’entre le premier viol et l’aveu, il se passe en moyenne 16 ans. Longtemps, les victimes – femmes et hommes – ont été dans le silence, que ce soit pour trouver une écoute ou parce qu’elles ont « fait avec » par force. D’autres ont ressenti des souffrances trop immenses pour réagir, une forme de vide, de « blanc » – à l’instar des personnes souffrant de stress post-traumatique – qui les empêchaient d’avoir accès à l’ensemble de ce qui s’était passé. Quand elles arrivent dans le service, elles sont un peu plus « prêtes » à tenter d’affronter les horreurs vécues car elles ont un socle de ressources (études, travail, entourage, vie amoureuse) qui leur donne une meilleure estime d’elles-mêmes. Un des cas fréquents de consultation est l’attente d’un bébé car c’est une période où l’on se pose des questions et où tout remonte à la surface : « Est-ce que je vais être une bonne mère ? Est-ce qu’ »il »/ »elle », va être un bon père/une bonne mère ? Est-ce que ce que j’ai subi risque de se reproduire ? Comment l’empêcher ? ».

Quant aux adolescents, ils sont dans un double processus : à la fois parler puis vite refermer la porte et oublier. Or, oublier est impossible car les violences sexuelles marquent fortement dans son intimité, mettent en péril la structuration psychique. On peut en revanche apprendre à vivre avec ce traumatisme le mieux possible, pourvu que l’on soit bien accompagné.

Le chemin de la parole est très long car le poids de la honte, un sentiment puissant de culpabilité voire de responsabilité (!), la protection paradoxale de la famille, l’âge de l’enfant sont autant de freins qui enferment dans une prison intérieure ; qui empêchent de nommer la souffrance ; qui obligent l’enfant à faire un choix entre lui et l’agresseur, entre lui et la famille aussi. Car révéler, c’est prendre le risque de voir cette dernière voler en éclat. Or, pour ces victimes, pendant longtemps, mieux vaut une illusion de famille que le rejet et la solitude. Mais dans l’histoire, c’est l’agresseur qui est gagnant.

UNE DESTRUCTION DE L’ENFANT ET DE LA FAMILLE
C.V-D. : La plupart des viols sur mineurs sont des incestes (viol par le père, la mère, un frère, un oncle…) ou considérés comme tels par les victimes car ces violeurs font partie intégrante du cercle familial et peuvent même remplacer un parent (amis, voisins très proches, ceux que l’on appelle affectueusement les tontons et les tatis, etc). Contrairement aux idées reçues, les actes incestueux sont souvent commis sur des enfants très jeunes, vers 6 ans voire plus jeunes parfois. Cela peut se produire n’importe quand, pendant une fête de famille, à l’écart dans un bois, dans une voiture, pendant que l’un des parents est au travail ou dort. Cela peut durer 5 ans, 10 ans et toucher plusieurs générations de suite, avec très peu de cas de condamnation.

Cet acte d’une grande violence attaque non seulement l’enfant mais l’ensemble de la famille. Il y a une volonté de Lire la suite de « Inceste et violences sexuelles sur mineurs : l’urgence d’agir »

ONG ‘More than me’ : l’enquête

Investigation : à voir et à lire « UNPROTECTED », une enquête du TIME et de ProPublica sur l’ONG américaine « More Than Me », engagée pour la scolarisation des filles. Une ONG dont le cofondateur, aujourd’hui décédé, a commis pendant plusieurs années des viols répétés sur des filles scolarisées dans leur école (bidonville de Monrovia, Liberia). Une ONG qui savait et dont la fondatrice et plusieurs de ses membres ont refusé d’admettre la vérité et d’agir en conséquence. Et ce n’est pas tout.

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Présenté lors du festival du film d’investigation Double exposure, le documentaire pose la question de l’immense responsabilité des personnes qui agissent au nom de l’amélioration des conditions de vie, de la protection de vies humaines tout en laissant commettre / commettant l’irréparable. Elle interroge aussi sur la nécessité de rester vigilant vis à vis de ceux qui se disent « humanitaires » sans en avoir les compétences ni l’éthique et semblent investis à tout prix d’une mission de sauveur en faveur de populations fragiles : « A lot of time, people come from outside and they underestimate the power of Liberians. They think that we are all stupid people with little or no education. Our system is fragile and they can get away because their skin is white  » (Iris M., infirmière à MTM).

Il interpelle par extension sur le fait que partout dans le monde, la lutte contre toute forme de violence doit être poursuivie ; que chacune de ces violences, particulièrement les violences sexuelles commises à l’encontre des enfants, par qui que ce soit (notamment les humanitaires, militaires, dignitaires, enseignants, éducateurs, ecclésiastiques, médecins, parents au sens large… NDLR) doit être fermement punie par une loi. La protection physique et psychologique des enfants, la garantie de leur accès aux droits fondamentaux et au bien-être afin qu’ils grandissent dans de bonnes conditions sont une priorité absolue.


• Lire l’enquête sur le site du TIME : http://time.com/longform/more-than-me-investigation/
• En savoir plus sur ProPublica : https://www.propublica.org/about/
• Double Exposure : https://doubleexposurefestival.com/

PHOTO Ara Güler : hommage

Hommage à Ara Güler, membre de l’agence Magnum disparu hier. Photographe de 50 ans d’histoire d’Istanbul et de ses habitants, portraitiste extraordinaire, cet amoureux de la vie était un peintre sensible du réel et des hommes. Il laisse un trésor d’images, d’une force et d’une profondeur magique, une mémoire sociale inégalée. Voir le très beau documentaire qui lui a été consacré, disponible sur Viméo.

Également, le livre Istanbul, Ara Güler, photos Ara Güler, texte Orhan Pamuk, éd. du Pacifique

#saveaquarius ! Retour sur un rassemblement citoyen

Paris, place de la République. En réponse à l’appel à mobilisation citoyenne #saveaquarius, des milliers de personnes sont venues manifester leur soutien à SOS Méditerranée et à la poursuite des missions de sauvetage en mer de l’Aquarius. À leurs côtés, plusieurs personnalités et acteurs phares d’ONG et d’associations sont intervenus.

#saveaquarius paris ©Virginie de Galzain

En images et en textes, retour sur le rassemblement parisien du 6 octobre, un diaporama à voir et à partager. Extrait d’un travail sur l’importance de la mobilisation au sein d’une société, d’une démocratie.


> Signez et partagez la pétition > soutenir l’Aquarius et sa mission de sauvetage en mer

Réunion : le RSMA-R sur tous les fronts

Lutte contre la dengue à La Réunion : les jeunes volontaires du régiment du Service militaire adapté de la Réunion (RSMA-R) en renfort pour informer la population, prévenir et enrayer l’épidémie.

Chaque année, près de 6000 jeunes Ultramarins suivent une formation professionnelle et citoyenne de 6 à 12 mois au sein de ce dispositif militaire d’exception présent dans 7 régiments d’Outre-Mer. En collaboration étroite et permanente avec les acteurs locaux, la réussite du SMA associe l’expertise et l’engagement fort de ceux qui le composent, une connaissance de long terme des spécificités (sociale, éducative, économique, environnementale, sanitaire…) et des capacités d’emploi de chaque DOM et COM. Ce, en proposant un cadre de vie structuré exigeant et à forte valeur humaine. Plusieurs régiments du SMA seront à l’honneur et défileront cette année le 14 juillet sur les Champs-Élysées.

©Virginie de Galzain

Le site du reportage https://unenjeudavenirs.wordpress.com
Le site du SMA http://www.le-sma.com

A lire : Enfance, au cœur des souffrances

À lire absolument, le dossier du quotidien La Croix réalisé avec la Brigade de protection des mineurs. Pousser la porte de l’intime et lire les mots d’enfants victimes de violences et de maltraitances inacceptables. Une urgence absolue : les protéger, prévenir et faire connaître très largement cette réalité massive, invisible et taboue pour mieux agir.

Extrait : « Du haut de ses 7 ans, Enzo se raconte volontiers : l’école, les bagarres avec son cadet et « papa qui gronde ». Comment ? « Parfois ça fait mal. Parfois moyen mal », lâche-t-il, refusant d’en dire plus, « sinon mes parents disent que ça va faire toute une histoire ». Et puis, sans prévenir, il devient intarissable. Et raconte ce père qui lui « cogne la tête contre le mur quand la chambre est trop en désordre », les « coups de chaise » lorsqu’il est trop bruyant. Et « les mains de papa qui serrent très fort le cou », ajoutant dans un rire forcé : « Il dit toujours qu’il va m’étrangler mais il ne le fait jamais ! » Dehors, le ciel hésite entre le bleu parme et le gris cendre. « Tu ne diras rien, hein ? Sinon, ça va recommencer », s’inquiète- t-il, en fin d’audition. « 

Une LA croix 190618

Pour la paix à Gaza

Extrait d’archives, série « Pour la paix à Gaza« . Manifestation de soutien aux Palestiniens face à l’opération israélienne « plomb durci », janvier 2009.

manif_pour la paix gaza_virginie de galzain
Paris, 10 janvier 2009 © Virginie de Galzain

Madagascar : ’47, portraits d’insurgés’, de Pierrot Men & Raharimanana

47. 1947. 29 mars 1947 : le point de départ d’une insurrection anti-coloniale dont la répression, les tortures, massacres et exécutions sommaires ont meurtri des familles entières et causé plusieurs dizaines milliers de morts à Madagascar.
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Art, Histoire et Mémoire. Quand Raharimanana, écrivain et dramaturge, s’associe au photographe Pierrot Men, cela donne 47, portraits d’insurgés, un projet images / textes d’une force inédite, unique mémoire des survivants de l’insurrection de 1947. Sensible et pédagogique, politique et engagée, cette œuvre – présentée à plusieurs reprises sous forme d’exposition depuis 2009 – est pérennisée par l’ouvrage du même nom(1). Aperçu et extraits de longs entretiens très privilégiés.

extrait de 47, portraits d'insurges_Raprosy et l'enfantRaprosy ©Pierrot Men

47. 1947. 29 mars 1947 : le point de départ d’une insurrection anti-coloniale dont la répression, les tortures, massacres et exécutions sommaires ont meurtri des familles entières et causé plusieurs dizaines milliers de morts à Madagascar. Une période méconnue aux frontières de l’horreur et de la civilisation, restée dans l’ombre de l’histoire coloniale française. Pour Raharimanana,  « les gouvernements actuels (français et malgache) ne veulent pas parler de 1947, car ce serait une forme de compromission, reconnaître et endosser toutes les erreurs de leurs devanciers, et reconnaître que leurs pouvoirs se basent aussi sur cette occultation de la mémoire.  »
(NDLR : ces propos ont été recueillis en 2009. En 2016, lors du sommet de la Francophonie qui se tenait à Madagascar, le président François Hollande a reconnu pour la première fois les crimes commis par la France coloniale en 1947 : une reconnaissance, non des excuses).

extrait de 47, portraits d'insurges_Henriette Vita
Henriette Vita, survivante, est décédée trois mois après cette rencontre ©Pierrot Men

À la rencontre du silence
Ce projet est une histoire de rencontres. Celle de deux artistes qui placent l’homme au centre de leur démarche, dans un monde où les enjeux économiques et politiques sont rois. Et celles de deux hommes Lire la suite de « Madagascar : ’47, portraits d’insurgés’, de Pierrot Men & Raharimanana »

Mediapart fête ses 10 ans !

Pour fêter ses 10 ans, le site d’information indépendant Médiapart vous donne rendez-vous au 104 (Paris) toute la journée de 11h à 23h. Rencontres avec la Rédaction, débats, conférences, expositions, projections… et une offre d’abonnement exceptionnelle valable jusqu’à dimanche 18 mars.
Programme complet sur > https://festival.mediapart.fr/ 

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Stanley Greene : hommage

ON DOIT PRENDRE DES PHOTOS AVEC LE CŒUR, PAS AVEC LA TÊTE.

L’immense photographe Stanley Greene nous a quittés cette nuit. Un homme qui a tout donné et tout sacrifié pour témoigner et informer. Un homme sans concession, révolté par l’inhumanité. Un combattant engagé dans une démarche éthique fondée sur la vérité, la réalité, la mémoire, l’homme. Quelqu’un que l’on aimait autant voir qu’écouter.

Né en 1949, photographe dit “ de guerre ”après avoir été notamment photographe de mode, Stanley Greene était surtout un photographe de la vie. D’une certaine vie, qui un jour dérape pour sombrer, faire sombrer dans le chaos, la douleur, la violence, la domination, la soumission, la mort. Au-delà du pire scénario. Car là, c’est bien le monde réel qui s’affiche, un monde contemporain “ plus d’actualité que jamais ” selon la dérisoire formule consacrée : celui d’êtres humains déchainés de haine, de pouvoir, ou soumis à la barbarie la plus insupportable, la plus inimaginable. Ce monde rempli ici ou là d’atrocités, de celles qui deviennent paradoxalement, ironiquement historiques.

Cofondateur de NOOR images, récompensé par de nombreuses distinctions photographiques, Stanley Greene a couvert les conflits pendant près de 30 ans, guidé par cette insatiable quête – “ Essayer de comprendre pourquoi les humains se comportent de cette façon (…), aller où c’est en train de se passer pour comprendre.”  – et cet état extatique dans lequel on se retrouve quand on sait que c’est là qu’on doit être. C’est ça la photo. S’oublier, faire corps avec ce qui vous entoure, prendre des photos, vivre. Et garder vivant ce que d’autres aimeraient mieux cacher, oublier. Quitte à y perdre chaque fois un peu de soi-même. La vérité exige du courage. La vérité, quelle qu’elle soit, a toujours un prix.

Pour mieux comprendre, il faut regarder encore et encore ses photographies en noir et blanc (pour la plupart), celles qui traversent Black Passport par exemple. Un carnet de bord publié en 2009 avec, en fil rouge, les questionnements, les sentiments de Stanley Greene, et des repères personnels toujours intenses, perturbés ou perturbants, justes et honnêtes. Trente ans de vie en textes et en images traversée par ses débuts, la mode, San Francisco ; ces femmes lumineuses qui ont compté et surtout ces conflits qui marquent au fer rouge. Sud Soudan, Caroline, Zaïre, Tchétchénie, Asya, Moscou, Anna, Irak, Afghanistan… composent 26 scènes de vie, d’amour, de photographie. Parce que le photographe de guerre n’est pas un héros, mais avant tout un homme ; “ un papillon de nuit – je le cite – qui se jette dans les flammes.

Stanley Greene a tout donné et tout sacrifié pour informer, plaider, être auprès de ceux qui vivent des violences inouïes. Lors d’un entretien très intense paru dans Polka magazine en septembre 2016, il confiait à Dimitri Beck : « C’est comme si j’avais passé un pacte avec le diable pour essayer de mener à bien ma carrière. Mais il m’a dépouillé, a pris mon argent, ma vie personnelle, ma santé. Tout. (…) Mais je ne regrette rien. »

Référence absolue de la photographie, et une des miennes, il était d’une présence sensible, généreuse et magnétique. II nous laisse un héritage photographique et moral exceptionnel ; des images qui nous  » collent au mur » ; cette nécessité impérative pour nous, photographes, de « savoir pourquoi on prend les photos » et des étincelles de passion à partager pour résister encore.


> Stanley Greene/NOOR images
http://noorimages.com/photographer/greene/
> Black Passport. Schilt Publishing (édition originale) & Textuel (version française). 170 x 225 mm. 288 p. 45 €.

 VOIR, ÉCOUTER : EYES ON SYRIA’S SHATTERED LIVES

« Handicaps, faire face » : l’expo

Nouveau : j’ai le plaisir de vous annoncer que le projet Handicaps : faire face, réalisé avec le CASVP, a été inauguré. Il commence sa diffusion sous la forme d’une exposition en mars (me contacter pour le lieu). En images et en témoignages, des agents du CASVP s’exposent et livrent leur regard sur le handicap, notamment au travail. Des visages reflet d’une vraie noblesse du cœur. Des mots sensibles et lucides qui nous permettent d’en apprendre plus sur une nécessité d’adaptation permanente, des souffrances contenues et une envie de partager pour avancer ensemble, à égalité. Pour en savoir plus > cliquez ici.

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© Virginie de Galzain

Exposition ‘Le SMA : un enjeu d’avenirs’ à Périgueux

Le 1er décembre 2016, le Détachement du Service militaire adapté (DSMA) fêtait ses 20 ans au musée d’art Vesunna de Périgueux sous le haut patronage d’Ericka Bareigts, ministre des Outre-Mer.

Pour accompagner cet événement, je suis très heureuse de vous annoncer que l’exposition extraite du photoreportage Le SMA : un enjeu d’avenirs* est présentée à Périgueux pendant 5 semaines !
• Du 29 novembre au 4 décembre 2016 : Musée d’art Vesunna, parc de Vésone, 20 rue du 26e régiment d’Infanterie, Périgueux. • Du 7 décembre 2016 au 3 janvier 2017 : Hôtel de Ville 23 rue du Président Wilson, Périgueux. Entrée libre. (*tirages à l’agrandisseur : Andres Romero)
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‘Paroles d’enfants syriens’ de Bernie Bonvoisin

À voir sur LCP, « Paroles d’enfants syriens «  n’est pas un film documentaire comme les autres. Ce sont…

… Des enfants qui (nous) font face
51 minutes « brutes » à suivre des enfants syriens en exil dans leur quotidien. 51 minutes d’expression de leur vérité : celle de ceux qui savent, qui vivent ce qu’est la guerre, l’exil, la mort violente, la destruction de sa/la vie, les parents qui ne sont pas là, la terreur et la misère. Puis la lente reconstruction ‘à l’étranger’ avec des personnes bienveillantes qui luttent avec eux jour après jour pour leur intégrité et leur dignité ; pour leur éducation, face au risque de haine de l’Autre et d’autodestruction ; pour qu’ils retrouvent un semblant d’enfance et de petits moments d’insouciance. Des enfants qui ont connu le pire, sont passés du jour au lendemain dans un horrible monde d’adultes et font face avec courage dans une hyper conscience du monde :

« Est-ce que je vais vivre toute ma vie dans une tente de réfugié ? Ou bien je vais mourir loin de mon pays ? Ils ont tué nos souvenirs. Ils ont même tué des humains. Ils ont détruit ma maison. Ils ont détruit mon pays. Où est la solution ?  »
(− Chaïma, 12 ans)

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D’autres ont leur projet

« Je vois la verdure en face, les fermes et la bananeraie. J’aimerais aller là-bas. J’irai là-bas. Je construirai ma maison et j’aurai ma propre société. » (− Qussai, 11 ans),

sont comme Imane, malheureux, ou rêvent de retourner en Syrie comme Marwan qui travaille jusqu’à 4 mois d’affilé à ramasser des pommes de terre pour 4 dollars par jour pour Lire la suite de « ‘Paroles d’enfants syriens’ de Bernie Bonvoisin »

Pour mémoire

Il s’appelait Étienne. C’était un homme cultivé et engagé pour les autres. Il était aussi demandeur d’asile. Je l’avais rencontré lors d’un reportage réalisé sur et avec France terre d’Asile en avril 2015. J’ai appris son décès hier.
Il tenait à raconter son histoire, pour mémoire, pour que l’on sache. Il voulait qu’on le nomme, et il avait été difficile de lui expliquer que « pour le moment » sa sécurité primait. Car même loin de chez eux, de nombreux demandeurs d’asile demeurent en danger. Comme beaucoup d’autres, il avait connu la dure nécessité de quitter son pays et les siens ; puis la rue. Comme beaucoup d’autres, il était en attente d’un statut de réfugié dont la réponse tardait. Trop. Toujours trop. Pendant ce temps, généreux et digne, il s’engageait pour les autres. Les mots qui suivent (cliquer sur l’image pour lire) sont extraits de l’entretien que nous avions eu ensemble.

temoignage Etienne, avril 2015

*le premier magazine national d’information et de prévention santé pour les personnes migrantes primo arrivantes originaires d’Afrique subsaharienne

L’exposition ‘Le droit d’apprendre’ aux journées du Patrimoine

J’ai le plaisir de vous annoncer que ma prochaine exposition – « Le droit d’apprendre » – sera notamment présentée lors des Journées européennes du Patrimoine 2016 par l’agence Erasmus, à Bordeaux.

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« Le droit d’apprendre »* est un projet photographique destiné à informer, sensibiliser, montrer de l’intérieur l’importance d’un droit fondamental : le droit à la formation pour tous, à tout âge, quelles que soient ses compétences. Un bien commun qui doit être diffusé, connu et accessible. Lire la suite de « L’exposition ‘Le droit d’apprendre’ aux journées du Patrimoine »

Remise à niveau et lutte contre l’illettrisme

TÉMOIGNAGE (*). Apprendre et améliorer ses compétences à tout âge, c’est un droit pour tous et c’est possible. Denis suit une formation collective de remise à niveau Français compétence professionnelle avec Langues Plurielles sur son lieu de travail :

« C’est la première fois que je fais quelque chose pour moi. J’ai arrêté l’école en CM2 pour me mettre à travailler. À la maison, on avait besoin d’argent. J’ai commencé dans le bâtiment comme manœuvre. Depuis, j’exerce tous ces métiers dont on peut avoir besoin couramment dans une maison de retraite, où je suis salarié : entretien, peinture, électricité, réparations, plomberie… Je vais avoir 50 ans l’année prochaine et je veux évoluer (…).

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© Virginie de Galzain/Erasmus+/EPALE

Ce n’est pas facile de demander de l’aide. Pour vous dire les choses franchement, j’avais vraiment honte de me sentir différent à ce point. On a peur de s’exposer devant les autres. Le premier jour de formation, je n’étais pas à l’aise mais j’essayais de ne pas le montrer. C’est important d’être à plusieurs car on se retrouve ensemble, à égalité. Aujourd’hui, c’est ma quatrième séance : je suis ravi. Je sens que je commence à m’ouvrir. Mes enfants sont heureux pour moi, je crois qu’ils sont fiers de ce que j’entreprends ».


(*) Extrait du reportage réalisé pour Erasmus+ / EPALE : « La formation des adultes : un bien commun » (Langues Plurielles, octobre-novembre 2015) et de l’exposition « Le droit d’apprendre ». A voir également, le reportage/exposition Illettrisme : droit de savoirs

A voir : ‘Nulle part, en France’

« Vous a-t-on dit que vous seriez des ombres, qu’il n’y aurait pour vous aucune terre ? Vous a-t-on dit que vous n’auriez plus de nom, nulle part, ici ? Vous a-t-on dit que vous auriez nulle part pour seule patrie ? » – Laurent Gaudé/Nulle part en France.

 À regarder et à écouter, Nulle part en France, le documentaire de Yolande Moreau au cœur des camps de Calais et Grande-Synthe. Un regard sobre et sensible, frontal et révolté, qui humanise des hommes, des femmes et des enfants que l’on rejette et réduit à l’état d’ennemis fantomatiques ; qui donne à voir une fois encore les conditions de vie inacceptables que nous tolérons pour ceux qui fuient leur pays – quel qu’il soit – avec l’espoir de vivre enfin en paix.

Pénétrants, les témoignages des personnes en situation de migration sont complétés des mots de Laurent Gaudé : des mots réalistes et sans complaisance qui résonnent comme des appels à réfléchir et à s’ouvrir, à accueillir l’Autre comme il devrait l’être.

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De Yolande Moreau, Elsa Kleinschmager, Sébastien Guisset, Fred Grimm, Hania Osta et Laurent Gaudé – ARTE GEIE

Depuis plusieurs décennies, l’accueil de personnes en situation de migrations forcées n’a pas été pensé ni anticipé. Les dirigeants, notamment ceux de notre pays (passés et présents) renversent la situation de façon insupportable en disant que ce sont elles qui nous mettent en danger. Non seulement c’est erroné mais en plus il faut oser. Et ils (ces mêmes dirigeants) « remercient chaleureusement » voire paient en passant certains autres gouvernements pour qu’ils maintiennent dans leurs murs ces personnes qui leur font peur au risque de provoquer les pires déstabilisations ailleurs. Déstabilisations qui peuvent d’ailleurs favoriser la montée/poursuite de formes de violence et de terrorisme. C’est ce que l’on appelle se décharger de ses responsabilités, avec un égoïsme, un cynisme et une hypocrisie totale.

Il faudrait aussi que l’on m’explique pourquoi/comment le Liban peut accueillir plus d’1,2 million de réfugiés syriens, la Turquie plus de 2,5 millions et nous + ou – 11 000 ? (voir chiffres Syrie* plus bas)

Créer des frontières bunkers, supprimer le droit d’entrée au plus grand nombre au profit du devoir de sortie n’est pas la solution. Outre le fait que c’est une négation de l’Autre, c’est avant tout un acte d’inhumanité et un aveu d’échec(s) ; une action dans l’urgence et une vue à court terme ; une absence d’analyse et de responsabilité concertée pour mettre en place des actions adaptées. Ajoutons quelques sacs de sable sur la digue en attendant une prochaine vague… en substance ! Et comptons sur la « résilience » (elle a bon dos) de ces hommes, femmes et enfants pour vivre avec ce rejet massif, les violences subies, l’exil.

1 – La situation du monde impose de faire avec et non contre. Situation à laquelle nous sommes tous directement ou indirectement associés.
2 – Cela ne dissuadera personne de quitter son pays pour un autre.
3 – Cela continuera de favoriser les migrations clandestines et donc des parcours terribles, la criminalité (de ceux qui vont profiter de leur vulnérabilité pendant leur parcours) et des morts.
4 -Cela favorise les concentrations indignes type Calais et des injustices : défaut d’accès au Droit et aux droits (santé, logement, formation linguistique, emploi, éducation).
5 – Cela précarise les personnes qui parviennent à rester clandestinement dans le pays d’arrivée à défaut d’accueil.
6 – Cela entretient l’exploitation des êtres humains notamment sous la forme du travail illégal, pas de papiers, pas de contrat, pas de droits, une paie sous le manteau quand il y en a et des menaces de dénonciation ou un renvoi si le travailleur demande un contrat de façon trop pressante.

WELCOME !

À LIRE/À VOIR AUSSI : SUGGESTIONS
Documents
– les ouvrages de Catherine Wihtol de Wenden
Les bateaux ivres de Jean-Paul Mari. Éd. Lattès. 19 €
Bilal, sur le route des clandestins, de Fabrizio Gatti. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €
Cet autre de Ryszard Kapuscinski. Éditions Plon. 18 €
Pour un autre regard sur les migrations, construire une gouvernance mondiale. Éd. La Découverte .

Films ou documentaires (VOD/DVD)
Des étoiles de Dyana Gaye
Hope de Boris Lojkine
La cour de Babel de Julie Bertuccelli
Harragas de Merzak Allouache
Welcome de Philippe Lioret
Une mer fermée et La première neige d’Andrea Segre
Fuocoammare, par delà de Lampedusa de Gianfranco Rosi

Romans
Eldorado de Laurent Gaudé. Actes Sud poche. 7,70 €
Ulysse from Bagdad d’Éric-Emmanuel Schmitt. Livre de poche. 7,10 €
Partir de Tahar ben Jelloun. Folio. 7,70 €

*QUELQUES CHIFFRES : CAS DE LA SYRIE
– Plus de 7 millions de personnes déplacées au sein du pays.
– Près de 4,8 millions de réfugiés en 5 ans, dont dans les pays suivants :
– 2,5 millions en Turquie (population du pays : 75 millions d’habitants)
– 1,2million ? au Liban (population du pays : 4,4 millions d’habitants)
– plus de 635 000 en Jordanie (population 6,6 millions d’habitants)
– plus de 245 000 en Irak (population 33,5 millions d’habitants)
– 10 000/11 000 en France depuis 2011 selon l’OFPRA (population 66 millions)

Plus de 260 000 morts depuis 2011 (source officielle, 470 000 selon le Syrian Center for Policy Research/SCPR), sans compter les dizaines de milliers de disparus dans les mains du régime en place, les tortures et emprisonnements. Ce, dans l’inaction internationale et l’impunité complète.

Formation et insertion : Le régiment du SMA de La Réunion fête ses 50 ans

Le régiment du SMA de La Réunion fêtait officiellement ses 50 ans le 8 avril. Il y a un an, j’y réalisais plusieurs semaines de reportage, en photographies et recueil de très nombreux témoignages. Un reportage réalisé en immersion, avec toute la confiance et la liberté de vue nécessaire, qui s’inscrit dans un travail de long terme sur l’accès à une éducation et une formation égalitaire pour tous initié fin 2011.

Pendant ces semaines, j’ai pu suivre la vie au sein des 3 sites du régiment (Saint-Pierre, Saint-Denis et Bourg Murat), découvrir la diversité des parcours de vie individuels et des apprentissages communs à différents stades de la formation des jeunes. Le RSMA accueille en effet en flux tendu 100 nouveaux jeunes par mois pour 6 à 12 mois : ceux qui arrivent côtoient ceux qui partent comme ceux qui sont à mi-parcours. J’ai pu observer, photographier, m’entretenir avec des cadres et des jeunes volontaires. Que l’on ne s’y trompe pas, le RSMA ne forme pas de futurs militaires, mais il met tout en œuvre pour permettre aux filles et garçons qui le souhaitent d’apprendre un métier qu’ils pourront exercer dans le civil ; des jeunes qui se donnent les moyens de faire des choix de vie dans des contextes personnels ou conjoncturels parfois difficiles.

Reportage et montage ©Virginie de Galzain

Mon objectif était de comprendre, au-delà des mots et des chiffres qui décrivent ce dispositif, qui sont les volontaires et les cadres militaires qui le composent, où ils en sont au moment où je les rencontre et comment et pourquoi c’est une réussite humaine. Car entre l’arrivée des jeunes et les 75% dits d’insertion, il y a des mois de partage et de vie collective inédite en internat, de travail intensif et de détente, de doute et de découragement, de petites et de grandes victoires. Rien ne va de soi, rien n’est gagné d’avance. Appréhender de l’intérieur ce microcosme très exigeant « qui ne lâche rien » est le seul moyen d’informer, de donner à voir l’organisation et les moyens mis en place pour former en interne à des dizaines de métiers dans les meilleures conditions possibles ; l’encadrement humain existant et nécessaire jour et nuit ; les compétences et l’investissement à tous les niveaux en lien avec de nombreux acteurs de la vie civile. Et surtout : les liens qui se tissent au fur et à mesure que les jours et les semaines passent qui participent à renforcer confiance et détermination,  envie de réussir et conscience que c’est possible.

> Le site du reportage : ‘Le SMA : un enjeu d’avenirs’

9 ans !

Ce blog fête ses 9 ans ! Créé en mars 2007, il rassemble des images et points de vue au gré de sujets qui me tiennent à cœur, rencontres ou collaborations, entre autres… Pour l’occasion, j’ai le plaisir de vous faire découvrir la nouvelle version du site dédié au reportage que j’ai réalisé sur le Service militaire adapté, mission fondamentale de l’armée auprès des jeunes d’Outre-mer depuis plus de 50 ans ; version sur laquelle vous trouverez un nouveau diaporama, une sélection d’images et des extraits de témoignages notamment :
unenjeudavenirs.wordpress.com

reportage sma_reunion_virginie de galzain

Et toujours, le site photo, mis à jour, comprenant de nombreuses galeries vdegalzainphoto.wordpress.com Merci à toutes celles et ceux qui me suivent depuis…, à celles et ceux qui passent, même par hasard !

Internat

reportage service militaire adapte_virginie de galzainLe service militaire adapté : un enjeu d’avenirs‘ © Virginie de Galzain

L’expo ‘Le SMA : un enjeu d’avenirs’ aux Invalides

L’exposition extraite du photoreportage Le SMA : un enjeu d’avenirs, était présentée aux Invalides le 4 février 2016 à l’occasion d’une soirée spéciale du Service militaire adapté, que je remercie sincèrement à nouveau. (tirages à l’agrandisseur Andrès Romero)

Je vous invite à consulter le site présentant des extraits de ce travail qui me tient particulièrement à cœur unenjeudavenirs.wordpress.com, avec ses enjeux, des images inédites, des extraits de témoignages révélateurs des réalités de vie de jeunes qui se portent volontaires pour apprendre un métier au SMA, mais aussi de l’investissement des militaires qui les accompagnent pendant leur formation. Un reportage qui va bien au-delà de l’envie d’informer qui fait partie intégrante de mon métier et qui répond à un engagement personnel de long terme d’alerter sur la nécessité urgente de permettre à tous de bénéficier d’une éducation et d’une formation égalitaire (et non identique).
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                                    Salons du Gouverneur militaire de Paris/Invalides © Virginie de Galzain

Nouveau reportage : zoom sur la Compagnie Turbulences

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Turbulences ! Atelier professionnel Trapèze © Virginie de Galzain
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Turbulences ! Atelier professionnel Trapèze © Virginie de Galzain
TBL_tpz20_vdegalzainTurbulences ! Atelier professionnel Trapèze © Virginie de Galzain

Le trimestre se termine notamment avec plusieurs reportages réalisés pour Erasmus + France. Une belle collaboration au cœur d’organismes de formation et/ou d’emploi pour adultes, reconnus pour la qualité de leur accompagnement et de leur expertise et pour leur engagement humain (centre de formation, ESAT*, entreprise d’insertion). L’objectif : donner à voir ces structures de l’intérieur ; valoriser leurs auteurs, leurs actions et les personnes qui en bénéficient sur EPALE*, la première plateforme participative dédiée à la formation et à l’emploi des adultes en Europe. Ces reportages vont être progressivement mis en ligne sous différents angles, complétés de témoignages spontanés avec les acteurs concernés.

Découvrez dès maintenant les premiers extraits du travail mené avec Turbulences ! :  »Turbulences! : un lien social, une utopie concrète », une compagnie théâtrale exceptionnelle qui propose formation ou emploi pour des personnes qui ont des difficultés d’intégration sociale en raison de troubles envahissants du développement (TED) et une entreprise sociale et solidaire. De nombreuses photos et un entretien mené avec Philippe Duban, son directeur, à découvrir sur https://ec.europa.eu/epale/fr/node/17039 et vdegalzainphoto.wordpress.com

*Établissement et services d’aide par le travail (ESAT)
*Electronic Platform for Adult Learning in Europe (EPALE)

Carnet de reportage…

Le carnet de notes du photoreportage réalisé au régiment du service militaire adapté de La Réunion au printemps 2015, la complémentarité images/mots étant pour moi essentielle. Plus de 280 pages noircies, entretiens avec des cadres militaires et des jeunes volontaires. Autant de témoignages qui constituent une mémoire collective unique, en complément des très nombreuses photos réalisées sur place dans l’ensemble des compagnies.

Voir des extraits en Photos et Paroles de…, objet du reportage, autant dire très peu au regard du travail accompli ensemble. Plusieurs mois en lissant entre les préparatifs, les semaines en immersion sur place, le scan et l’éditing des négatifs, la préparation des images, la retranscription d’une partie des propos pour accompagner les tirages de l’exposition, etc… Un très beau projet que j’avais en tête depuis 2011 et qui a pu se concrétiser grâce à une rencontre avec un membre du SMA (que je remercie encore), pour résumer. A suivre… si si. En attendant, n’hésitez pas à partager les liens.

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carnet_photoreportage rsmar_virginie de galzain
Le site du reportage : https://unenjeudavenirs.wordpress.com

Photo : Les temps modernes.2

Extrait de reportages et portraits, commandes et projets indépendants.
Madagascar, Paris, Rome, La Réunion, New York, Bastia.
> (re)voir Les temps modernes.1

Migrations : Odysseia, d’Antoine D’Agata

Odysseia, du photographe Antoine d’Agata. Un travail exceptionnel sur et avec ceux que l’on appelle des migrants. À lire, voir, regarder, faire passer pour comprendre, s’interroger sur le pourquoi de ces odyssées d’hommes, de femmes et d’enfants ; sur les conséquences sur des vies individuelles et collectives. Et au-delà, sur un monde en (dés)équilibre où tout interagit.

Les discours de stigmatisation et de peur de l’Autre sont inacceptables tant humainement que politiquement, outre la méconnaissance apparente ou manifeste qu’ils traduisent ; ce, face au courage et aux souffrances passés, présents et à venir de ceux qui ont ces parcours, ces passages quand ils sont surmontés, ces voyages de survie. http://dagata.arte.tv/

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ODYSSEIA, d’Antoine D’agata
– le site : http://dagata.arte.tv/
– le livre : André Frère éditions, 192p., 32 €
http://www.andrefrereditions.com/livres/photographie/odysseia

A lire absolument également :
– l’enquête de Fabrizio Gatti : lire le post dédié Bilal, sur la route des clandestins, éd. Liana Levi/Piccolo
– l’ouvrage documentaire : Pour un autre regard sur les migrations (collectif), éd. La Découverte
et les fictions Ulysse from Bagdad, d’Éric-Emmanuel Schmidt, éd. Albin Michel ou Livre de Poche & Eldorado, de Laurent Gaudé, éd. Actes Sud.

À toutes fins utiles, je rappelle que tout ce qui est sur ce blog depuis 2007 relève de choix personnels,
sans aucune influence ni demande extérieure et moins encore avec une quelconque contrepartie !

Le reportage sur le SMA à la Une du site de l’ANLCI

Accès à l’éducation et à la formation pour tous : l’ANLCI (agence nationale de lutte contre l’illettrisme) met le reportage Le service militaire adapté : un enjeu d’avenirs à la Une de son site (merci).

une anlci juillet 2015_www.anlci.gouv.fr

Le site du reportage : https://unenjeudavenirs.wordpress.com

Expo en cours de fabrication !

Les tirages de l’exposition extraite du reportage que j’ai réalisé au régiment du Service militaire adapté de La Réunion sont prêts. Magie du baryté traditionnel, à l’agrandisseur… (par Andrès Romero !). Étape suivante : scan chez I-labo…

tirages_expo_service militaire adapté_virginie de galzain

Lire la suite de « Expo en cours de fabrication ! »

Education, formation : un droit pour tous

 » Penser constamment à la jeunesse est la seule manière de construire toujours en fonction du futur, c’est la seule méthode pour être certain de ne jamais sacrifier l’avenir au présent, ce qui est en définitive le devoir suprême de l’homme d’Etat. (…)
Si notre République ne sait pas capter, canaliser, absorber les ambitions et les espoirs de la jeunesse, elle périclitera, elle perdra de plus en plus son sens et sa justification, elle se dissoudra ; mais si elle sait s’y adapter, si elle est capable de comprendre l’espérance des filles et des garçons de France, d’épouser cette espérance, de la servir dans chacune de ses décisions, alors elle n’aura rien à craindre des aventuriers, des démagogues, des extrémistes, car elle sera toujours plus forte et plus vivante, portée par sa jeunesse, ardemment défendue, et chaque jour renouvelée par elle. « 

— Pierre Mendès France

Depuis fin 2010, je travaille aussi sur les thèmes de la lutte contre l’illettrisme et de l’accès à l’éducation et à la formation pour tous. Ce projet photographique « à tiroirs » a pour objectif de rappeler l’urgence du respect de l’égalité du ‘droit d’apprendre et de savoirs’, de mettre en lumière les parcours et réalités de vie des personnes concernées mais aussi de fédérer et de valoriser les acteurs engagés. Le premier volet (Illettrisme : droit de savoirs) a été initié en collaboration avec la Direction du service national (DSN/SGA/ministère de la Défense) et l’association Savoirs pour réussir Paris, en lien avec l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI). Il fait l’objet de plusieurs expositions depuis 2012. Un nouveau volet, réalisé avec le Service militaire adapté depuis la publication de ce post (mise à jour début 2016) est visible sur unenjeudavenirs.wordpress.com.

N’oublions pas que le respect des droits fondamentaux, dont l’éducation fait partie, est une des clés de la stabilité et de la cohésion sociale, de la liberté et de la démocratie, tant sur le plan local qu’international. Que la lutte pour la diminution de la pauvreté et des inégalités croissantes – et par extension des exclusions, dépendances, corruptions, violences et manipulations – est une condition sine qua none urgente de l’accès à ces droits sur le long terme dans tous les pays du monde. N’oublions pas, surtout, le rôle et la place de la jeunesse dans ces deux dimensions qui me sont chères de « futurs des possibles » et « d’utopies concrètes ».

fisheye3_48 49_illettrisme_virginie de galzain fisheye3_50 51_illettrisme_virginie de galzain fisheye3_52 53_illettrisme_virginie de galzain fisheye3_54 55_illettrisme_virginie de galzainExtrait du reportage Illettrisme, droit de savoirs © Virginie de Galzain
Parution Fisheye n°3 (avec mes remerciements)

Le site du reportage : droitdesavoirs.wordpress.com

Mada…

Plein d’images jamais montrées, plein d’images chargées de rencontres, de souvenirs et de ce que vous ne verrez pas. Il faudra que je prenne le temps d’en faire quelque chose un jour. Une image prise, c’est comme l’enfance, ça marque à vie. Des photos non prises aussi, parce qu’il y a ce que l’on saisit et ce que l’on vit. Vu de l’extérieur ça ne se comprend pas toujours… Il y a beaucoup à dire, ça viendra. Le photographe ne peut que faire corps avec ce qui l’entoure, et c’est là toute la difficulté : être là sans être là, être immergé et garder une distance. Mettre l’humain au cœur de tout sachant qu’on s’oublie dans tout ça… On s’oublie mais on y met un peu de soi car on n’est pas là par hasard. Happé parce que l’on voit, entend, découvre, partage. Veiller à garder l’équilibre pour que l’affectif ne prenne pas le dessus sur l’information. Facile à dire !

Été 2012, je suis une équipe de chirurgiens bénévoles de Médecins du Monde dans une mission de chirurgie réparatrice à Madagascar. Encore l’océan Indien… Une journée est consacrée aux consultations (photo) avec les familles qui ont parfois traversé l’île pour espérer faire opérer leur enfant, une sœur, un proche. Les couloirs du service ne désengorgeront pas de la journée. Des malformations du visage aux brûlures graves, les médecins réaliseront près de 40 opérations en 5 jours, soutenus par l’équipe malgache.

mission chirurgie reparatrice_MdM_Mada__virginie de galzainChirurgie réparatrice_Médecins du Monde 2012 © Virginie de Galzain

A voir : l’expo ‘Paris Magnum’

Présentée à l’Hôtel de Ville jusqu’au 28 mars 2015, l’exposition Paris Magnum révèle une sélection inédite de photographies réalisées à Paris, des années 1930 à nos jours.

Raymond Depardon, David Seymour, Bruno Barbey, Marc Riboud, Martine Franck, Henri Cartier-Bresson… sous l’œil de 30 des photographes de l’agence Magnum, se dévoile une chronique de la vie parisienne qui remonte le fil du XXe siècle. Front Populaire, Libération de Paris, crise d’après-guerre et bidonvilles de Nanterre ; vie quotidienne et combats citoyens ; Mai 68 ; résistance intellectuelle et rayonnement culturel ; Picasso ; Malraux ; Gainsbourg ou Starck… Du photojournalisme à l’expression picturale, l’exposition évoque 80 ans d’évolution sociale, économique, politique mais aussi photographique et médiatique au cœur de mutations urbaines fortes.

Le visiteur évolue entre tirages et projections, guidé par des images noir et blanc et couleur associées de façon chronologique. Un voyage dans le temps pour mieux saisir les fragments de notre histoire. Des instants de vie qui composent une mémoire collective unique, née de regards à la fois passionnés et personnels, exigeants et indépendants.

La photographie a ceci de fascinant et d’essentiel qu’elle est universelle et sans frontières. Il suffit d’un regard pour « lire » le monde, de garder les yeux ouverts pour le comprendre. Plus que jamais, laissons ses droits à l’image pour Lire la suite de « A voir : l’expo ‘Paris Magnum’ »

Tous avec Charlie.5

 » L’utopie partagée est le ressort de l’Histoire  » − Helder Camara

Tous avec Charlie ! © Virginie de Galzain

Avec Charlie hebdo 2

Paris 7 janvier 2015. La Rédaction de Charlie Hebdo est victime d’une fusillade meurtrière au cours de laquelle plusieurs de ses dessinateurs sont abattus : Charb, Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré, ainsi que deux de ses chroniqueurs : Elsa Cayat (psychanalyste) et Bernard Maris (économiste). Cinq autres personnes, dont deux policiers, perdent la vie.

En fin de journée, de nombreux rassemblements spontanés de soutien ont lieu en France, dont place de la République, à Paris. Un rassemblement simplement motivé par l’envie et le besoin « d’être là », unis face au choc, à la violence de la disparition d’hommes et de femmes qui faisaient ce en quoi ils croyaient.

paris, place de la republique, tous avec charlie hebdo, 7 janvier 2015Tous avec Charlie ! © Virginie de Galzain

Le petit gardien de zébus

Victor, gardien de zébus, les yeux fermés le temps d’un rêve…
Extrait du reportage réalisé avec Médecins du Monde sur la mission de chirurgie réparatrice, à Madagascar.

victor_madagascar_virginie de galzainReportage Madagascar 2012 © Virginie de Galzain/MdM

PHOTO : ‘Family love’, de Darcy Padilla

Récompensé notamment par le prix Eugene Smith en 2010 et deux World Press (2011 et 2012), Family love (ex Julie project) de Darcy Padilla vient d’être publié aux éditions de La Martinière, en coédition avec la revue 6 mois. Réalisé sur une période de 18 ans, ce « portrait photographique » unique raconte la vie de Julie jusqu’à sa disparition. Une vie faite de combats incessants et de violences multiples, avec, en fil rouge, un besoin Lire la suite de « PHOTO : ‘Family love’, de Darcy Padilla »

PHOTO : The Manhattan darkroom

The Manhattan darkroom est une rétrospective inédite et unique du photographe et photojournaliste français Henri Dauman. L’exposition vient de commencer, elle est visible pour un mois seulement au Palais d’Iéna, à Paris. Voici quelques indices…

En 1950, après avoir échappé à la rafle du Vel’d’hiv’ et perdu père et mère, Henri Dauman part définitivement vivre à New York où il devient rapidement photographe pour les plus grands médias internationaux. Soixante ans plus tard, c’est une sélection (drastique) de près de 200 photos d’archives qui nous est présentée.
Profonds noir et blanc et couleurs justes, planches et publications évoquent ou décryptent plusieurs décennies de l’histoire politique, sociale, économique et artistique des États-Unis. Dans le désordre et sans exhaustivité aucune : Kennedy et  Khrouchtchev. Des portraits inattendus de Fellini, Delon, Bardot, Giacometti. Le Viêt Nam. Les yeux de Liz Taylor et une sublime photo de rue de Saint-Laurent. Les grands mouvements de contestation (féministes,  anti-ségrégation, etc). Les figures du jazz et la contre-culture. La société de consommation, l’essor de la petite bourgeoisie et celui des laissés-pour-compte. John Lindsay. Warhol… Sans oublier quelques séquences comme on en voit très rarement.

Reportage, portrait, photo de rue, … Henri Dauman maîtrise les genres et traverse son temps avec une très grande liberté de représentation : directe, informative, icônique ou cinématographique, critique voire incisive ou décalée, mais toujours personnelle. Pour ne pas oublier que la photo est avant tout un regard porté sur… Qu’elle est aussi un laboratoire où il faut oser expérimenter, se faire plaisir, du plus conventionnel au plus inédit. Je ne connaissais pas Henri Dauman. Que dire… : courez-y !


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INFOS
The Manhattan darkroom. Jusqu’au jeudi 4 décembre 2014. Palais d’Iéna (Conseil économique, social et environnemental) : 9 place d’Iéna, 16e. Du lundi au samedi de 10h à 18h (jusqu’à 21h le jeudi). Dimanche de 12h à 18h. Entrée libre.

– Le site d’Henri Dauman : http://daumanpictures.com
– Le site de l’exposition : www.manhattan-darkroom.com

DOCUMENTAIRE À voir : Se battre !

 

 » Les gens ne peuvent pas savoir ce que c’est que de partir le matin au boulot et de se dire : Putain, mais qu’est-ce qu’ils vont manger mes gosses ce soir ? Faut y passer pour comprendre… « .

Sorti au cinéma en mars 2014, le documentaire Se battre, de Jean-Pierre Duret et Andréa Santana est disponible en VOD et en DVD. Tourné à Givors (Rhône), il suit le quotidien d’hommes et de femmes qui résistent chaque jour pour avoir ou garder un travail et un logement, pour nourrir leur famille ; qui se battent pour continuer à guider leur vie, et celle de leurs enfants, avec espoir et sens. Un film dont les acteurs pourraient être vous et moi, dans leur propre rôle, habités de dignité et de courage, de solidarité, de rage de vivre comme tout le monde.

Ce quotidien n’est pas une exception : il concerne des millions de Français qui vivent à quelques euros près par mois, dans notre pays. Vivre à quelques euros près, c’est devoir surmonter l’insécurité, l’inquiétude, la pauvreté ; se serrer la ceinture en permanence pour subvenir à ses besoins vitaux et payer ses factures ; ne pas pouvoir payer les soins ou sorties scolaires des enfants ; connaître la faim parfois et l’aide alimentaire du Secours Populaire ; ne plus pouvoir lire parce qu’on ne peut pas faire renouveler ses lunettes ; ou avoir froid à la maison car se chauffer devient un luxe.

Le regard de la société, quant il se fait dur et blessant, exclut. Mais l’absence de tout regard tue. C’est pourquoi il est essentiel de continuer à valoriser ceux que l’on ne voit pas avec une démarche profondément humaine face à l’indifférence, aux idées reçues, au mépris, à la banalisation de situations inacceptables. Vous trouverez plus bas un extrait de la note d’intention des deux auteurs de ce témoignage de vie(s), car personne ne dira mieux qu’eux et que ses acteurs ce que ce film représente. Comme le dit Laurence dans les premières minutes du documentaire : « Faut y passer pour comprendre ». Car oui, on peut « être sensible à », « imaginer », essayer de « se mettre à la place de »…, mais le vivre au quotidien, c’est autre chose. Car il faut réaliser ce que signifie l’obsession de s’en sortir, le plaisir de travailler et l’envie d’exister au-delà de la survie, face à des suspicions indécentes chroniques « d’assistanat », dans son acception la plus humiliante.

La dépendance des personnes en difficulté est de plus en plus forte. La priorité est d’adapter le marché aux nécessités humaines et environnementales pour dépasser, précisément, le stade de la survie. Mesdames et messieurs les Ministres, dirigeants, décideurs présents et à venir, étudiants amenés à exercer ces fonctions : à défaut « d’y passer », vous aussi regardez, écoutez. Pour mieux décider et tendre vers le mieux vivre possible pour tous, particulièrement ceux qui en ont le plus besoin.

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Extrait de la note d’intention :

 » Ce n’est pas un film sur la précarité ou la pauvreté. C’est un film fait avec des êtres  qui traversent cette précarité dans la banalité du quotidien, du chômage, de la survie ou du travail mal payé. Ils sont le paysage à découvrir avec leur vitalité, leur détermination à vivre, leur culture de résistance. En effet, ce n’est pas parce qu’on est pauvre, qu’on est dénué de parole, de rêves, de sentiments, ou qu’on n’est pas dépositaire de mémoire et d’envie de transmettre à ses enfants l’idée d’un monde meilleur.  » — Jean-Pierre Duret et Andréa Santana

LE SITE DU FILM : www.sebattre.com
LE DVD : éd.Blaqout http://boutique.blaqout.com
OÙ VOIR LE FILM ? www.sebattre.com/projections

Reportage de guerre : Michaël Zumstein

Être vigilant, donner un point de vue, réaliser des images qui ont du sens et résister à la demande/consommation de photos sensationnelles qui n’informent pas et banalisent. Garder à l’esprit le risque de manipulation. Rester en vie aussi…

Lire l’interview du photographe Michaël Zumstein : Le sang n’est pas la preuve que la photo est bonne. (Nouvel Observateur, 30 août) : « Pour sa 26e édition, le festival Visa pour l’image de Perpignan expose ses photos sur le conflit centrafricain dans une série intitulée « De terreur et de larmes. » Un reportage au long cours de plusieurs mois, commencé début septembre 2013, à l’aube de la lutte armée qui allait opposer la Séléka, mouvement rebelle à majorité musulmane, et les anti-balaka, milices chrétiennes d’autodéfense. De la formation des milices aux multiples exactions commises par les deux camps, le photographe a suivi toutes les évolutions du conflit dont…

Le site de Michaël Zumstein : michael-zumstein.com

A revoir. Le Nigeria de Bénédicte Kurzen

(Mise à jour). Puisque le documentaire Mémoire de l’oubli n’est plus simplement accessible (c’est bien dommage…), revoir cette vidéo de la photographe au sujet de son reportage Nigeria : one nation under gods.

 > Voir les photos de Bénédicte Kurzen

Dernier jour pour revoir le troisième volet de la série Mémoire de l’oubli*sur Arte. Invitée : la photojournaliste française Bénédicte Kurzen, rare si ce n’est unique à couvrir et à décrypter depuis 2009 la situation au Nigeria. Indépendante, Bénédicte Kurzen a Lire la suite de « A revoir. Le Nigeria de Bénédicte Kurzen »

Prisons de Madagascar, suite 2

prisons de Madagascar, 2012_virginie de galzain_mdm

Extrait du reportage Prisons de Madagascar © Virginie de Galzain/MdM

Sortie des « dortoirs » pour la distributions du 2e et dernier repas de la journée.
Dans les prisons de Madagascar, la malnutrition est l’une des principales causes de mortalité des détenus. Faute de financements réguliers et suffisants, les directeurs d’établissement ne peuvent pas toujours payer les fournisseurs immédiatement, et se retrouvent parfois avec un niveau insuffisant de nourriture. Le nombre de repas peut alors tomber de 2 à 1 par jour.

L’expo Illettrisme : droit de savoirs au forum Défense/Illettrisme

Post un peu tardif faute de temps (!)… Pour sa 4e diffusion, l’exposition extraite du reportage Illettrisme : droit de savoirs est présentée le 20 juin au forum Défense/Illettrisme qui se tient aux Invalides, salle Turenne. Sous le haut patronage de M. Jean-Paul Bodin, secrétaire général pour l’administration (SGA), il est organisé par la direction du service national (DSN) – que je remercie – en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale/DEPP.

Télécharger le pdf de l’exposition

Prisons de Madagascar, inside.3

Extrait du reportage Prisons de Madagascar © Virginie de Galzain/MdM

Des espaces surpeuplés datant pour la plupart de la colonisation, des odeurs de toilettes qui vous prennent à la gorge et vous imprègnent à peine la porte franchie, la menace récurrente de la peste en raison d’une forte présence de rats et de puces, un nombre important de décès faute d’alimentation suffisante, des droits humains non respectés… Telle est la situation insupportable des prisons de Madagascar et de nombreux pays du monde. Même si de nombreuses ONG et associations œuvrent pour l’amélioration des conditions sanitaires, juridiques et humaines, la tâche est titanesque.

Avec plus de 20 000 détenus dans l’île, le nombre de prisonniers a explosé depuis la chute de Ravalomanana (2009) dépassant de plus de 50% les « capacités » d’accueil. Notons, s’il est besoin de le rappeler, que l’aide internationale est quasi interrompue depuis cette période ! Le pays traverse une crise totale depuis 5 ans, et le parti pris a été de bloquer plus encore la situation d’habitants isolés dont le monde n’a que faire. Notons aussi qu’à ce jour, Madagascar fait partie des pays mis au banc du sommet États-Unis/Afrique qui se tiendra à Washington en août prochain. Conséquence, les budgets nécessaires pour l’alimentation, la santé, le droit, l’éducation, l’entretien et la rénovation des bâtiments, déjà largement sacrifiés au regard des besoins de la population, le sont plus encore pour les prisons.

Les « chambres » des détenus comprennent un ou plusieurs niveaux de lattes superposées souvent moisies et disjointes. Dans celles-ci, les toilettes sont au fond (un « luxe » façon toilettes « à la turque » loin d’être ainsi présent dans toutes les prisons, mais toilettes sans intimité et papier hygiénique absent). La photo montre le deuxième niveau d’une pièce étroite en comprenant 3. La hauteur ne permet pas de s’asseoir. Et la longueur ne permet pas de s’allonger. Dans ces dortoirs fermés de 17/18 heures jusqu’au lendemain matin, des dizaines à centaines de prisonniers sont entassés les uns contre les autres .

Reportage sur l’illettrisme en France : le nouveau site

Le nouveau site du reportage Illettrisme : droit de savoirs est en ligne ! En images et en textes, retrouvez les infos sur l’origine du reportage, ses liens, l’exposition, ses relais aussi. Evolutions à suivre sur http://droitdesavoirs.wordpress.com

droitdesavoirs.wordpress.com

À TÉLÉCHARGER :
le pdf de présentation de la dernière expo
les 8 pages parues dans le magazine Déclic photo
les 7 pages parues dans le magazine photo Fisheye

‘Illettrisme, droit de savoirs’ dans Fisheye magazine !

EN KIOSQUE ! 7 pages d’extraits du reportage
dans le magazine photo FISHEYE, novembre-décembre !

fisheye 3_illettrisme droit de savoir_virginie de galzain

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A LIRE : Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti

À la suite d’un énième (!) naufrage de personnes migrantes non loin de Lampedusa, le grand reporter italien Fabrizio Gatti appelle à soutenir dès maintenant une candidature de l’île italienne au prix Nobel de la paix (SIgner pour une candidature de Lampedusa au prix Nobel de la paix http://temi.repubblica.it).

Dans son livre Bilal sur la route des clandestins, il raconte le quotidien de ces hommes et femmes qui fuient les dangers de leur pays, quotidien qu’il a vécu à leurs côtés en se faisant passer pour l’un des leurs. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins
« Dans le Sahara, certaines nouvelles se propagent comme en l’an mil, portées par la voix des voyageurs. Ainsi faut-il voyager pour savoir ».

Fabrizio Gatti est grand reporter au sein de l’hebdomadaire italien L’Espresso. Depuis près de 20 ans, il s’investit en faveur du respect des droits fondamentaux et contre l’organisation internationale du crime. Engagé dans de nombreuses enquêtes en infiltré, il ne conçoit pas l’information sans l’épreuve des réalités et la rencontre de ceux qui les vivent ou les subissent. – Une conception du métier de plus en plus difficile à honorer tant à l’écrit qu’en photographie si l’on veut en vivre (ndlr). – Son livre Bilal a obtenu le prix Terzani* en 2008. Il a été réédité par les éditions Liana Levi fin 2010 en format poche. À lire absolument.

Bilal sur la route des clandestins raconte des destins hors norme au travers du parcours de Fabrizio Gatti, l’homme, le journaliste qui s’est fait lui-même clandestin, du Sénégal à la Libye jusqu’à Lampedusa pour comprendre, mieux révéler, restituer et dénoncer l’inimaginable et l’inhumain. Les clandestins, ce sont ici des Africains qui fuient la guerre, la faim, la pauvreté, la survie pour ce qu’ils pensent être leur salut : un pays européen. En l’occurrence, l’Italie. Et par extension, une chance de travailler et d’aider leurs familles restées au pays. Entre lucidité cruelle, inconscience et espérance, ils se risquent à tenter de franchir des milliers de kilomètres dans des conditions dangereuses.

Pour y parvenir, ils quittent leurs proches, leur pays (Sénégal, Sierra Leone, Liberia, Nigéria, Togo, Côte d’Ivoire…) pour affronter le désert, la soif, la maladie, la mer, la mort et ceux – manipulés ou criminels – qui détiennent leur vie entre leurs mains : militaires, policiers, administrations, passeurs. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un scénario mélo. C’est à considérer très concrètement bien au-delà de ce qu’on peut entrevoir de façon parcellaire dans les médias : une réalité pour des centaines de milliers de personnes. Des millions si l’on considère ceux que l’on appelle les déplacés de force.

Racket, mauvais traitements, corruption et tortures sur le trajet et aux postes frontaliers, marchandisation de l’homme, « trafic humanitaire », machination dès les premières heures à parcourir qui se poursuit au gré des frontières… Tel est le quotidien vécu parfois sur des milliers de kilomètres : de Dakar à Kayes, Bamako, Gao et Niamey, en passant par Agadez, Dirkou jusqu’au camp de Gatrun avant Lampedusa, pour ceux qui y parviendront ou voudront y parvenir. Et une fois là-bas ?

En contrepoint, les accords tacites et/ou formels conclus sur plusieurs années entre le gouvernement Berlusconi et le colonel Khadafi, faisant de la Libye un rempart contre l’immigration clandestine, faisant de Lampedusa « l’engrenage central des déportations de masse mises en œuvre par l’Italie avec la complicité de l’Allemagne et de l’Union européenne (…) ».

Un livre essentiel et unique pour savoir. Pour reconsidérer la question des migrations forcées, car toutes ne le sont pas. Pour penser autrement ces migrations et faire en sorte que les migrants clandestins ne soient plus vus comme un danger mais avant tout comme des personnes en situation de danger. Les évolutions et les bouleversements du monde doivent être intégrés pour une cohabitation des situations partout et pour tous ; car ériger des barrières ne pourra qu’exacerber les injustices et les tensions, maintenir les précarités, lesquelles favorisent instabilité et insécurité locales et internationales.

Pour élargir le sujet – ne perdons pas de vue que tout est lié directement ou indirectement et le sera de plus en plus – le chômage, le mal logement, la fragilité sont dans nos murs ; la faim, la maladie, la guerre sont à nos portes. Quant aux révolutions en cours et à venir, si elles ouvrent la voie vers plus de démocratie et d’égalité des droits au prix de nombreuses vies, la chute de dirigeants n’est évidemment pas un remède instantané aux crises traversées depuis des décennies, d’où la poursuite notamment des migrations vers nos terres.

Malgré cela, ou à cause de cela tout reste encore possible, pourvu que l’on intègre l’idée que ce qui arrive aux autres pourraient nous arriver pour mieux le prévenir, l’éviter ou l’améliorer ; pourvu que l’on privilégie l’homme et son avenir en considérant à 360 ° les réalités locales et globales présentes ; pourvu que l’on cesse de renforcer le pouvoir de ceux qui prônent ou véhiculent des principes de peur, de haine ou d’exclusion de l’Autre, du Différent, de l’Étranger ; pourvu que le développement soit envisagé pour tous et avec tous et non pour une élite.

L’heure est définitivement à l’union, à l’humanité et à l’action pour aller vers le moins mal possible, pour tendre vers le mieux si ce n’est vers le meilleur. Au moins essayer.

* prix littéraire international, du nom de Tiziano Terzani, journaliste et écrivain italien.

Bilal sur la route des clandestins. Éd. Liana Levi/Piccolo. 13 €

Post À lire : l’enquête de Fabrizio Gatti publié initialement en mai 2011.