MEDIAS : Rue89 lance son mensuel

Rue89.com, le site indépendant d’information et de débat sur l’actualité fête déjà ses trois ans d’existence. En complément d’une plateforme au contenu renouvelé au quotidien, le premier numéro du mensuel papier vient de paraître. Mais pourquoi ? Explications ce matin avec Pierre Haski, co-fondateur et acteur de l’aventure depuis 2007.

VDG : Quel est votre parcours ? Comment et pourquoi Rue89.com est-il né ?
PH : J’ai fait une grande partie de mon parcours de journaliste à l’international, à l’AFP puis à Libération, comme correspondant (Afrique du Sud, Chine…) et chef de rubrique (Afrique, Étranger…) avant d’être nommé directeur adjoint de la rédaction de Libération. C’était début 2006, à la veille du premier plan social qui a précédé le départ de Serge July.

L’idée du site a germé à ce moment là : j’avais commencé un blog sur la Chine en 2004, ce qui a représenté pour moi une révélation aussi bien pour des questions d’interactivité que de contact et de confiance avec un lectorat. Nous nous sommes retrouvés à quatre (avec Laurent Mauriac, Pascal Riché, Arnaud Aubron) à avoir expérimenté ce média différent, avec l’envie de tenter une nouvelle aventure collective : celle d’un site d’information Internet.
Beaucoup de noms étaient déjà pris. Le concept de « rue » reprenait cette notion de lieu d’échange et de débat essentiel, auquel nous avons ajouté « 89 », en écho à des moments historiques forts. D’où Rue89, que nous avions sous-titré au départ un peu pompeusement « la révolution de l’information ».

Le site fête ses trois ans. Quel premier bilan en tirez-vous ?
Le premier est que nous pensions que ce serait plus long et plus compliqué de nous faire une place, un nom. Après la mise en ligne d’un certains nombre d’informations, après l’abstention de vote de Cécilia Sarkozy au deuxième tour des Présidentielles (mai 2007), nous avons réalisé que notre espace était visible, et que nos parcours respectifs et communs dans le journalisme donnaient une crédibilité.

La deuxième constatation est la capacité à créer une vraie communauté autour du site. En trois ans, plus de 2 500 personnes ont signé. Nous avons environ 1,5 million de visiteurs uniques par mois, et 20 personnes en CDI composent l’équipe aujourd’hui. Il s’est passé quelque chose.
Enfin, nous avons évolué dans notre façon de voir ce qu’on appelle le « participatif ». La difficulté est de trouver l’équilibre entre l’aspiration du citoyen qui souhaite réagir, apporter son témoignage ou sa version des faits, et les règles professionnelles et éthiques de notre métier, avec tout ce qu’elles comportent de vérification des sources, de qualité rédactionnelle et de nécessité d’informer au plus juste possible.

Pourquoi lancer un magazine papier ?
Cette idée était présente dès la création du site. Mais tout était à faire. Et notre volonté a toujours été de d’abord mettre nos énergies au service de nouveautés sur Internet, d’interactivité, de gratuité, avec l’appui des nouvelles technologies. Maintenant, on peut dire que le site « tourne », c’était le moment ; nous avons surtout rencontré Frédéric Allary (ancien directeur général des Inrockuptibles) qui a souhaité prendre ce risque à nos côtés, et nous faire profiter de son expérience : nous nous occupons de la production du contenu, de sa validation, du BAT final ; il prend en charge  toute la conception et le suivi de fabrication. La gestion des deux est certes complexe, mais aussi simplifiée par cette association.

En quoi va-t-il être complémentaire du site ? Différent de ce qui existe sur le marché de la presse écrite ?
C’est d’abord un format « posé », qui permet de lire autrement, à la différence du site sur lequel un article reste en page d’accueil 36 heures en moyenne. Ces articles sont toujours consultables en archives gratuites, mais soyons réalistes, peu vont lire une info a posteriori par ce biais, et surtout, qui lit tout ce qui est en ligne ? Deux tiers du magazine sont composés d’une sélection minutieuse de papiers parus sur le site : parfois réécrits et actualisés, ils seront aussi un complément à des vidéos plus synthétiques. Un tiers est créé (Le monde en images…), avec une mise en page dynamique, des compléments infographiés, des mises à jour. De quoi surprendre peut-être.

Ensuite, nous souhaitons garder cet éclectisme du départ tant sur le fond que sur la forme. Le choix de la couverture, encore discuté au sein de la Rédaction, va dans ce sens. Une parution mensuelle nous permet d’aller au-delà d’un agenda médiatique « obligé », d’apporter notre regard sur des sujets que nous choisissons et qui nous interpellent, de mettre à jour des contenus forcément évolutifs : le décryptage de la marée noire dans le golfe du Mexique, un reportage sur  la mission d’un navire de la Marine danoise dans le golfe d’Aden, l’interview de l’intellectuel palestinien Elias Sanbar… Outre ceux qui connaissent déjà le site, nous espérons élargir le public. Infos courtes, enquêtes, sujets de fond ou éclairages plus légers rythment de nombreuses thématiques (économie, société, planète, culture). Le format a ses contraintes et ses risques, comme tout. Nous allons continuer à travailler la maquette. Nous porterons beaucoup d’attention aux retours que nous aurons sur le premier numéro.

Comment « vit » Rue89.com, et quels sont vos projets ?
Quand nous avons démarré, la dimension « participative » était assez abstraite. Peu à peu, les médias ont réalisé qu’ils avaient intérêt à en tenir compte. Mais lorsqu’un quotidien fait payer ses archives, tandis que des blogs associés sont en accès libre, que vont consulter les Internautes ? Vous connaissez la réponse. Nous avons la chance d’être une structure légère, et d’avoir pu grandir en nous adaptant, à la différence de quotidiens ou d’hebdos qui sont entre les difficultés chroniques d’un système et la construction d’un nouveau qui n’est pas assez défini.

Le site a été fondé selon un modèle économique particulier. Il est indépendant et libre, accessible à tous et gratuit. Outre deux levées de fonds en trois ans, les fondateurs restent le groupe dominant, et aucun actionnaire autre ne détient plus de 10 % du capital. Ce dernier étant apporté par ceux qui apprécient le principe et veulent nous soutenir. La publicité constitue la moitié des recettes, à laquelle s’ajoutent nos services : développement de sites Internet (Handipartage, Bibliobs, …) et formation continue de journalistes qui souhaitent passer du print au web.

Nous perdons encore de l’argent, mais nous espérons atteindre le point d’équilibre avant fin 2011. Ce, indépendamment du magazine papier, qui est une inconnue à ce jour, et arrive en « plus ». Nous travaillons aussi sur une nouvelle version du site, avec un principe de navigation thématisé. Mise en ligne : début 2011 au plus tard, idéalement. À suivre.

Le mag : 3,90 €/mois. 98 p. + de 80 000 exemplaires.
Le site : www.rue89.com

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