MONDE : Les Hmongs en sursis

L’armée thaïlandaise a commencé l’expulsion de plus de 4000 Hmongs vers le Laos, peut-on lire ou entendre ce jour. Je doute que cela intéresse suffisamment de monde. Moins en tout cas que le prochain Nigérian, Yéménite et autre Pakistanais qui sera malade dans les toilettes d’un avion en partance pour les États-Unis… Et pourtant ! Pour revenir au sujet, de nombreux Hmongs ont combattu aux côtés de la France puis des États-Unis entre les années 1950 et 1970. Aucune des deux nations précitées n’a manifesté de soutien effectif à cette minorité dont certains membres vivent dans des conditions inhumaines*. Entretien avec Rémi Fritsch, fondateur et président de l’association Urgence humanitaire Asie.

> Qui sont les Hmongs et pourquoi certains d’entre eux sont-ils persécutés depuis plus de 30 ans ?
Rémi Fritsch : C’est une ethnie de montagnards descendus du sud de la Chine au fil des siècles. Ils représentent 7% de la population du Laos, soit 400 000 personnes environ. Les Hmongs ont toujours voulu vivre libres, et la grande majorité d’entre eux n’ont jamais accepté la dictature communiste. C’est pourquoi ils se sont battus au côté des Français jusqu’en 1954, puis avec les Américains jusqu’en 1975, qui les ont armés et financés pour qu’ils sécurisent et contrôlent, au Laos, la zone frontalière avec le Vietnam.

Depuis 1975, après le retrait des Américains du Vietnam, les membres du Politburo du parti communiste Pathet Lao ont juré, écrit et organisé l’extermination des Hmongs et de leurs familles qui n’ont jamais accepté de se soumettre. Le seul crime de ces enfants, ces femmes et ces hommes affamés, traumatisés, malades, à bout de force, errant sans fin dans la jungle pour échapper aux attaques incessantes des soldats, est d’avoir été – pour les rares anciens – les acteurs, ou d’être, pour les plus jeunes, les descendants des Hmongs ayant combattu le régime du pouvoir en place il y a plus de 30 ans !

> Comment est née Urgence Humanitaire Asie et quel est son objectif ?
R.F : À la suite de la diffusion en juin 2005 du reportage de Grégoire Deniau et Cyril Payen “Guerre Secrète au Laos”*, Arnaud Berthe et moi-même avons pris la décision d’aller sur le terrain. UHA est née début 2006, d’une rencontre avec des étudiants motivés, et devant les réponses ” Langues de Bois ” ou les non-réponses officielles à nos questions, tant de la part des autorités françaises que laotiennes, alors que 15 000 Hmongs sont réfugiés en France depuis 1975.

UHA a choisi avec humilité de porter son action strictement sur le plan humanitaire, UHA étant une association régie par la loi de 1901, laïque, non politique, reconnue d’intérêt général, elle n’a d’autres textes de référence que les Déclarations des Droits de l’Homme et des Droits de l’Enfant. Ces droits étant violés de manière répétitive et irréfutable au nord du Laos, à l’encontre des Hmongs, UHA intervient car la réponse de la communauté internationale à ces crimes contre l’humanité est, à ce jour, un silence assourdissant, l’indifférence et l’inaction sur le terrain.

De plus, historiquement, les Hmongs sont les frères de coeur et de sang des Français : nous préférons tenter de nous rendre utiles concrètement, agir maintenant et faire connaître le sort des derniers survivants dans l’espoir de les sauver, plutôt que de ne rien faire et attendre qu’ils soient tous exterminés.

> Comment votre action s’organise-t-elle ?
R.F : UHA intervient de la manière la plus transparente qui soit, uniquement basée sur l’action de bénévoles, en collectant des peluches pour les enfants, des fonds privés et une subvention locale de la municipalité de Clichy-La-Garenne, où siège l’association, nous assurant notre indépendance d’action.

Depuis l’été 2006, nous nous fixons l’objectif d’une mission tous les 6 mois environ, dans le nord de la Thaïlande. Nous nous sommes faits connaître des autorités locales qui nous ont renouvelé leur autorisation de pénétrer dans la zone de regroupement des réfugiés, près du village de Huay Nam Khao, à 50 km de la frontière laotienne. À chaque mission, entre autres, nous achetons sur place, dans les provinces de Phitsanulok et Phetchabun, le riz ainsi que divers équipements et matériaux de construction pour l’école UHA Public School.

Les contacts privilégiés noués avec les réfugiés Hmongs nous ont amenés à recueillir des témoignages terribles et bouleversants, que nous continuons de traduire, pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Pour des raisons indépendantes de notre volonté, nous n’avons pu retourner sur place depuis plusieurs mois ; mais des projets sont en cours. En raison de la nouvelle menace qui pèse sur la vie des réfugiés, une lettre va également être transmise au président Nicolas Sarkozy, pour accompagner la pétition que vous pouvez télécharger et signer via le site www.uhasie.org

N’attendons pas que les milliers de Hmongs encore pourchassés au nord du Laos soient tous morts pour n’avoir plus qu’à faire notre “devoir de mémoire” !
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À (FAIRE) SUIVRE
+ la pétition d’Urgence humanitaire Asie
Urgence Humanitaire Asie sur FACEBOOK

*À VOIR
Le reportage de Grégoire Deniau et Cyril Payen : Guerre Secrète au Laos
Le reportage du photographe Philip Blenkinsop sur NOOR images

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