Mad in France : Tendance Floue résiste et signe

Entre projets photographiques, expositions et ouvrages d’art ; après la Chine et l’Inde, le collectif de photographes Tendance Floue a sillonné l’Hexagone pour le troisième volet de son défi photographique annuel : Mad in France. Lancement aux Rencontres internationales de la photographie, à Arles.

Tendance Floue, c’est avant tout une aventure construite depuis 18 ans par 12 photographes. Et autant de personnalités fortes aux identités, perceptions, visions différentes, liées par cette irrésistible envie d’aller toujours plus loin ensemble. “ Une nécessité vitale de création au sein du collectif.

C’est aussi en 2007, l’origine d’un projet fou à tiroirs : Mad in. Ni livre d’art ni magazine photo, Mad in est une revue photographique indépendante auto éditée, conçue en moins d’un mois, loin des codes éditoriaux, économiques, langagiers et médiatiques usuels. Une oeuvre qui associe, met en commun les points de vue en images de chaque photographe et des textes dédiés de tous horizons dans un univers graphique renouvelé. L’édition 2009 focalise sur la France, traversée d’un fil rouge :  » résistances « .

credit MAT JACOB
© Mat JACOB_Nos âmes fragiles

Résistances
Qu’on ne s’y trompe pas, Mad in France n’est pas un manifeste militant illustré en réaction à un contexte national ou à des sujets d’actualité.
Lancé comme une bombe par la journaliste Cécile Cazenave, le terme de “ résistances  » provoque de nombreux débats, et un nouveau défi : comment travailler sur son propre pays avec un regard distancié, sans verser dans les lieux communs d’un mot piège ?  » Cette notion est naturellement présente à Tendance Floue, mais la difficulté était d’aborder un thème aussi fort, usé, galvaudé, ou neuf (?), avec délicatesse et responsabilité « , précise Meyer*. Pour Olivier Culmann*, «  il a servi de lien, a suivi chaque photographe sans qu’il tombe pour autant dans l’explication facile. « 

Volontairement pluriel, le terme est implicitement sujet à réflexion, à réponses multiples. Qu’est-ce que résister ? Qui résiste ? À qui ou à quoi ? Comment ? Pourquoi ?… Autant de questions qui nous sont renvoyées en écho, comme une invitation à regarder à côté de nous, à réfléchir sur ce qu’est la France d’aujourd’hui, et ceux qui la composent, la vivent ou survivent. Une France que nous appréhendons habituellement à la lumière de notre histoire personnelle, ou de ce que les médias nous en renvoient, dans un bombardement incessant d’images auquel il convient, précisément, de résister…

credit FLORE AEL SURUN
© Flore-Aël SURUN_Ensemble

Traversées
Tendance Floue ne déroge pas à sa règle : réaliser un rêve, porté par un besoin d’expression, d’improvisation et de liberté pour offrir une vision d’auteur personnelle et composite du monde qu’il parcourt. Le photographe Jean-Christian Bourcart, invité, fait d’ailleurs partie du projet.

Plus encore que les précédents Mad in, celui-ci intrigue et attire l’attention. Par l’objet éditorial qu’il représente d’abord : 14 cahiers indépendants (432 pages au total) contenus dans une boîte transparente, avec cette forte et familière odeur d’encre proche de celle d’un papier journal, à l’ouverture.
Par une rupture maîtrisée avec la linéarité ensuite. Pas de début, pas de fin. Seuls l’idée maîtresse et le chevauchement d’une image sur deux cahiers assurent un ordre apparent. “ Avec ce format, nous avions cette volonté d’être différent du précédent et d’afficher une singularité tout en conservant le principe initial, précise Olivier Culmann. Une singularité de forme et de fond,  » dont les écrivains et les graphistes du pays créent chaque fois l’identité visuelle, culturelle,  » ajoute-t-il.

Foisonnant, élégant, riche et ludique, Mad in France laisse au lecteur le choix de son point de vue et de sa lecture. Un voyage au long court inédit et perturbant, comme des traversées dans un dédale de sujets aux frontières du décalé, de la mémoire, ou de l’intime. Photographies, textes de spécialistes (André Benedetto, Pascale Égré, Marie-José Hubaud, Emmanuel Renault, …), “ jeux de maux  » (Joaquim Caroça) et détournement de pages d’actu parues pendant la production  rythment une publication impossible à résumer.

credit THIERRY ARDOUIN
© Thierry ARDOUIN_La Bonne graine

Indépendance(s)
Avec la liberté, indépendance(s) est le maître mot qui guide et(ré)unit Tendance Floue, tant de façon individuelle que collective. L’audace, le risque, une forme de résistance… “ Notre manière de fonctionner est inconscientisée, précise Thierry Ardouin*. Chaque Mad in est une nouvelle expérience, avec une dimension folle. On le produit, on le fabrique, portés par une totale liberté. « 

Dans Mad in France, avec “ Je veux vivre un rêve ”, Meyer pose la question de l’avenir au travers de ce que les ados pensent, sous forme de photomontages. “ J’ai voulu envisager la résistance comme la possibilité de rêver à un âge où on a une perception mouvante des choses, un univers qui est propre. Une forme de poésie ou d’interprétation ébauchée du monde, ” explique le photographe.

©MEYER
© MEYER, Je veux vivre un rêve

Mat Jacob aborde la question des failles et des forces qui sont en chacun de nous avec une série de portraits très serrés : “ Nos âmes fragiles ”.  » Des rencontres, comme des confidences intimes sur lesquelles apparaissent les lignes de la main,  » ajoute Caroline Stein*.

Quant à Olivier Culmann, il a choisi d’éprouver la résistance dans le procédé, plus que dans le thème en lui-même. “ Pour mes projets personnels, je travaille beaucoup en amont, puis sur des années parfois. Dans Mad, c’est l’inverse : je réagis de façon brute à ce que je rencontre, je ne prévois rien, à la limite de l’angoisse… je m’amuse. Le voyage de Candice est une chronique quotidienne. À chaque jour, son histoire et ses rencontres. Candice est un personnage né le premier soir, j’ai voyagé avec elle comme une fiction dans le réel.

credit OLIVIER CULMANN
© Olivier CULMANN_Le voyage de Candice

La suite, l’ensemble, est à découvrir sans attendre. Car si la liberté n’a pas de prix, Tendance Floue rappelle justement qu’elle requiert un investissement et un engagement permanent, matériel, artistique, intellectuel et humain, lucide voire éprouvant, animés par cette nécessaire énergie qui permet de croire que tout est encore possible et vivant. Un enjeu de la parole photographique.

*Merci encore à Caroline Stein, Meyer, Olivier Culmann et Thierry Ardouin. Les propos cités ont été recueillis début juillet, à Paris.

PRATIQUE
La revue/le coffret : Mad in France. Ed°. Tendance Floue. 17,5 x 22,5 cm. 432 p. 25 €.
Le site : www.tendancefloue.net
Le collectif : Pascal Aimar, Thierry Ardouin, Denis Bourges, Gilles Coulon, Olivier Culmann, Mat Jacob, Caty Jan, Philippe Lopparelli, Bertrand Meunier, Meyer, Flore-Aël Surun, Patrick Tournebœuf.

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