Zimbabwe : alerte au choléra

25 décembre 2008, le ministère de la Santé du Zimbabwe notifie 26 497 cas de choléra, dont 1518 mortels. 30 janvier 2009 : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dénombre plus de 60 000 personnes contaminées, et plus de 3 100 morts. Un bilan certainement en deçà de la réalité, au sujet de l’épidémie qui sévit dans le pays depuis août 2008. Le point.

Quid du choléra
Le choléra est une maladie intestinale extrêmement contagieuse, qui se propage par le bacille Vibrio cholerae et  » se transmet par voie directe fécale-orale ou par l’ingestion d’eau et d’aliments contaminés  » (OMS). La base du traitement : l’hydratation, et l’administration de sels de réhydratation orale (SRO) en raison de très fortes diarrhées et de vomissements à répétition. Voire un traitement antibiotique.

C’est une maladie facile à soigner, guérissable dans la plupart des cas, pourvu qu’on en ait les moyens. Car sans traitement adapté, on peut mourir de cette maladie dans les 24 à 48 heures suivant l’apparition des symptômes. Le risque de mortalité de la population peut alors passer de 1 à
50 %. Au Zimbabwe, cela signifie que 6 des quelque 12 millions d’habitants sont concernés. Inconcevable en France (métropolitaine je précise) où ⎯ à titre de grossière et incomparable comparaison ⎯  l’état d’alerte sanitaire est décrété dès qu’une amorce de menace de chinkungunya plane.

Les moyens conditionnent la fin
Du côté de la population, comment avoir accès à l’information, à la prévention quand on vit dans une zone reculée ? Comment bénéficier de soins quand on n’a pas d’argent pour se déplacer dans une structure sanitaire ? Comment éviter la maladie ou se soigner quand le minimum nécessaire et vital, une eau potable et saine, n’est pas disponible ?

Les professionnels de la santé ⎯ dont une bonne partie a quitté le pays ⎯ rencontrent aussi de nombreuses difficultés. Le manque de moyens pour se rendre sur leur lieu de travail ou chez les habitants touchés par des maladies. Idem pour exercer leur métier : comment enrayer une épidémie quand on n’a pas les moyens humains et matériels pour soigner les malades ? Quand le gouvernement et les administrations en place ne s’engagent pas et n’apportent pas le soutien nécessaire ? Quand la situation politique, économique, sociale et sanitaire d’un pays s’aggrave d’année en année ? Pas de moyens. Tout est là. Ici, comme dans des dizaines d’autres pays du monde.

L’eau : origine et solution du mal
Le manque d’eau potable et de réseaux d’assainissement* est à l’origine de nombreuses maladies infectieuses intestinales et de millions de décès annuels. Le premier cause un défaut d’hydratation vitale, et des problèmes d’hygiène corporelle et alimentaire ; par extension, il touche l’agriculture, l’élevage, la pêche… Le deuxième favorise le développement et la propagation de maladies en raison d’eaux souillées, par des matières fécales notamment.

Les difficultés économiques et politiques critiques que traverse le Zimbabwe conditionnent une situation géographique et météorologique déjà fortement pénalisante. Les habitants des pays sous-développés et en voie de développement étant les plus vulnérables et les plus dépendants. La saison des pluies en cours, et les mouvements de population vers l’Afrique du Sud et le Mozambique notamment, sont des risques supplémentaires de contamination.

Le Zimbabwe en quelques chiffres**
Le Zimbabwe comprend entre 12 et 13 millions d’habitants. C’est un des pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire (40 %) et le VIH Sida (20 % des 15-49 ans). Près de 1,3 million d’enfants sont orphelins, la majorité ont perdu leurs parents des suites du VIH. L’espérance de vie à la naissance est d’environ 40 ans (plus de 80 ans en France). Le taux de mortalité des moins de 5 ans est de
105 ‰, un chiffre qui a presque doublé en 20 ans (taux de mortalité infantile en France : 3,6 ‰). Les dépenses moyennes de santé par an et par habitant avoisinent les 28 dollars (plus de 3800 dollars en France).

Le choléra dans le monde
L’OMS dénombre aujourd’hui plus de 236 800 cas de choléra, répartis dans plus de 50 pays en Afrique, en Asie du Sud et dans les Amériques ; un chiffre qui correspondrait à 10 % du nombre de cas réels. La multiplication d’épisodes météorologiques extrêmes (tempêtes, sécheresse, cyclones, inondations, etc) favorisent les dégradations sanitaires et aqueuses locales. Et le changement climatique fait craindre une accentuation des éléments précités, ainsi qu’une réapparition de certaines maladies dans des zones où elles avaient totalement disparu : l’Europe étant bien sûr concernée.

Chaque situation doit être considérée non seulement d’un point de vue local, mais aussi mondial, au risque d’arriver à des impasses sanitaires aberrantes et inhumaines. Ce qui concerne d’autres  régions aujourd’hui, pourrait nous concerner demain, à moyen ou long terme.

*1,4 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. 2,3 milliards de personnes ne disposent d’aucune installation sanitaire.
**Les chiffres France sont là pour donner une échelle de valeur et non à titre de comparaison.
Sources Médecins du monde, Unicef, Ined.

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