Avec les réfugiés climatiques, à Paris

Dans le cadre des Journées parisiennes de l’énergie et du climat (voir post du 28), le collectif Argos présente une exposition pédagogique : Avec les réfugiés climatiques. Un extrait d’un travail documentaire et photographique de grande ampleur, qui révèle les impacts présents et à venir du réchauffement climatique sur les vies humaines.

Retour sur quatre ans d’investigation dans neuf régions du monde avec Laurent Weyl, photographe, et Guy-Pierre Chomette, rédacteur.


© Collectif ARGOS_Tuvalu

Comment est né le projet Réfugiés climatiques ? Comment l’avez-vous préparé ?
Laurent WEYL :
Depuis sa création en 2001, le collectif est engagé dans une démarche documentaire liée aux mutations et enjeux sociaux et environnementaux. Nous voulions humaniser un concept qui demeure essentiellement scientifique, – particulièrement ici, en France : le réchauffement climatique, et de mettre en avant ses conséquences humaines. Il a fallu près d’un an de préparation sur la base d’avis d’experts (Giec, IRD, AEE, etc) pour choisir les destinations, avoir une caution scientifique, prendre conscience de tous les enjeux. Selon l’ONU, près de 150 millions de personnes vont devoir quitter leur lieu de vie en raison des dérèglements climatiques liés d’ici à 2050. 150 millions de vies en danger de mort.

Guy-Pierre CHOMETTE : La première difficulté résidait dans l’ampleur du sujet. Il aurait été impossible de traiter de tous les aspects liés à l’environnement. Peu à peu, nous nous sommes recentrés sur le réchauffement climatique, la question de la responsabilité des pays développés dans l’augmentation de l’effet de serre. La responsabilité de l’activité humaine sur la vie de millions d’hommes et de femmes.
La deuxième difficulté consistait à consolider le projet, puisque nous abordions un sujet très sensible tant d’un point de vue scientifique que politique. Nous avons par exemple du renoncer à partir au Brésil et dans les Andes… Il nous fallait aussi définir les origines des déplacements de populations : montée des eaux, désertification, intensification des cyclones, etc, pour montrer leur caractère universel. Tout le monde est concerné aujourd’hui !


© Collectif ARGOS_Halligen

Neuf destinations, quatre ans de travail et un contact étroit avec les populations…
L.W :
Il a fallu faire un choix parmi les nombreuses destinations touchées par le réchauffement climatique : les îles Tuvalu, les Maldives, les deltas du Bangladesh et Halligen concernés par la montée du niveau des eaux ; le Tchad et la Chine par la désertification ; mais aussi la fonte des glaciers au Népal, les cyclones dévastateurs aux Etats-Unis ou le dégel en Alaska.
Ensuite, nous avons fonctionné en tandem rédacteur/photographe, et sommes retournés dans l’ensemble au moins deux fois sur place à environ six mois d’intervalle. Chaque fois, nous avons passé de 5 à 9 semaines au sein d’une famille ou d’un quartier, d’un village pour partager leur quotidien, nous imprégner de la vie locale et la comprendre. Nous avons tous été frappés par la conscience que les futurs réfugiés avaient des modifications climatiques et des incidences sur leur vie. Même au fin fond du Bangladesh, les habitants ont reçu une formation sommaire sur les conséquences du réchauffement climatique. Et ce qu’ils veulent par dessus tout, c’est s’adapter. Pour rien au monde ils ne veulent partir, car ils savent qu’ils ne reviendront jamais.

G.P.-C : Nous avons du franchir quelques difficultés d’ordres administratif, politique et langagier bien sûr (Maldives, Chine notamment). Mais ensuite, l’idée était en effet de rester le plus longtemps possible avec les mêmes personnes pour gagner leur confiance, enlever toutes les barrières jusqu’à être liés à leur univers et devenir invisibles. Il était nécessaire d’avoir des regards parallèles et complémentaires pour couvrir le maximum de choses, être confrontés à des situations différentes et recueillir de nombreux témoignages. Pour enfin parvenir à décrypter les conséquences du réchauffement climatique aux quatre coins du monde.


© Collectif ARGOS_
Blarigui

Votre approche est à la fois narrative et iconographique. Un enjeu documentaire artistique  pour sensibiliser le grand public.
L.W :
Tous les membres du collectif sont journalistes. Notre approche est donc volontairement axée sur les aspects narratifs ET photographiques. En fonction des destination, les textes abordent des extraits du quotidien des réfugiés climatiques au travers de citations, d’une histoire, de destins ordinaires parfois tragiques. Les images que nous avons rapportées sont moins des regards que des informations photographiques. C’est là que réside toute la force du projet. Il y a aujourd’hui une conscience du problème puisque tout le monde est informé. Mais il manque une vraie prise de conscience qui se concrétise par l’action. Chacun doit agir individuellement pour éviter l’aggravation de la situation, y compris en France.

G.P.-C : Les déplacements de populations liés au réchauffement climatique sont irréversibles et vont avoir des conséquences dramatiques sur des millions de vies, déracinées de leur environnement, de leur repères de vie et même de survie. Ce qui est en jeu également, c’est la disparition à terme de cultures, d’expressions artistiques, d’identités et de modes de vie ancestraux broyés par l’obligation de s’adapter à d’autres lieux résolument différents. La négation sociale et culturelle.

Au Tchad, la hauteur du lac est aujourd’hui de 1,50 mètre, contre 6 mètres dans les années 60. A Shishmaref (Alaska), la banquise cède de plus en plus souvent sous le poids des motoneiges, mettant la vie des hommes en danger et compromettant la survie des phoques, base de l’alimentation et de la culture des Inupiaks. En Polynésie, la montée des eaux menace Tuvalu.  » Si je devais m’en aller loin de l’océan, je perdrais mon énergie et mon désir  » déclare un habitant.

Lié à la nature, l’homme subit les bouleversements du climat de plein fouet, et va devoir s’adapter parfois sans transition. Riches ou pauvres, en milieu rural ou urbain, le problème est universel.

PRATIQUE
Jusqu’au 30 octobre. Journées parisiennes de l’énergie et du climat. De 10h à 19h. Esplanade de l’Hôtel de Ville. Paris 1er. www.paris.fr
Le livre : Réfugiés climatiques, Collectif ARGOS, Ed. Infolio, 356 p. 39 € à commander à collectifargos@collectifargos.com
Le site :
www.collectifargos.com

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