Vade retro chikungunya !

Il y a une semaine jour pour jour, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, annonçait un plan de lutte contre la dissémination de la dengue et du chikungunya (deux maladies transmises par un moustique) en métropole. Malaise à l’île de La Réunion, où le virus a fait des ravages sans précédent entre 2005 et 2007. Principal motif : le désengagement des autorités compétentes de l’époque.

Chronique d’une épidémie
22 février 2005, les premiers cas de chikungunya sont recensés à La Réunion, zone du territoire français s’il est besoin de le rappeler. Le virus se propage comme une trainée de poudre, accentué par des conditions climatiques favorables à son développement. Début 2006, malgré les alertes répétées, la situation n’est pas jugée préoccupante par les politiques, au niveau local et surtout national. La porte-parole de l’OMS relate même une estimation de 2 400 et quelque cas dans l’Ile. Une information très largement sous-estimée.

Le 1er mars 2006, la sénatrice Gélita Hoareau fait le bilan à l’occasion d’un énième appel : à cette période, on dénombre déjà au moins 160 000 cas, soit 20 % de la population totale. Plusieurs pathologies présentent une gravité inédite et des dizaines de patients sont décédés, fait nouveau pour la maladie. Gélita Hoareau rappelle l’évidence de mettre TOUS les départements français sur le même pied d’égalité. Et l’urgence d’enrayer une épidémie qui compromet le présent comme l’avenir d’une île peuplée d’environ 750 000 habitants. La prise de conscience s’amorce enfin.

Un scandale multiformes
Loin d’une polémique gratuite, on peut objectivement parler de négligence, le principe de précaution élémentaire n’ayant même pas été appliqué. Les impacts se mesurent au niveau sanitaire, économique et écologique. Plus de 266 000 personnes ont été officiellement touchées, soit plus de 35% de la population ! Des centaines de morts de cause directe ou indirecte, et des milliers de personnes marquées de séquelles à vie, rappelait cette semaine Témoignages, un des principaux quotidiens de l’Île.

De plus, la forte proportion d’arrêts maladies parfois longue durée liés, a provoqué d’importantes perturbations de l’activité, et de nombreux dépôts de bilan. La psychose chikungunya s’est développée hors des frontières insulaires, occasionnant une chute du tourisme avec une baisse du chiffre d’affaires allant jusqu’à 60% au plus fort de l’épidémie. Enfin, les premiers insecticides utilisés sans ménagement étaient des substances hautement polluantes et toxiques tant pour l’être humain, que pour l’environnement (faune, flore, cultures, eau…). Depuis, ils ont été retirés du marché, mais leurs effets secondaires ne sont pas résolus.

LA Métropole
Mouvements de population oblige, réchauffement climatique aidant, les moustiques sont vite transposés à des milliers de kilomètres et s’installent. Un phénomène pas nouveau en soi, si ce n’est que la reproduction de l’insecte en question se fait majoritairement dans des eaux stagnantes, à proximité des habitations (des fonds de vases mal rincés en passant par l’écuelle du chien jusqu’aux flaques d’eau, par exemple). Après environ 250 cas déclarés en Italie en 2007, le sud de la France (Alpes Maritimes et Var) et la Corse accueillent malgré eux les petits envahisseurs.

La situation est jugée tellement sérieuse qu’un plan de lutte est lancé, à grand renfort de communication, et dossiers spéciaux de prévention et d’information, très réussis il faut bien le dire. Le 22 juillet, le chikungunya s’invite à nouveau dans les médias, suscitant l’inquiétude avec un cas « faiblement positif » (???) « peut-être » diagnostiqué. La prudence et l’anticipation sont de mise, c’est incontestable. Force est de constater cependant que les mesures appliquées dans l’Hexagone sont loin, très loin de celles qui avaient été mises en place à La Réunion alors que de nombreux cas étaient déjà avérés.

Question de priorité
La Réunion a essuyé les plâtres,  et en subit toujours le contrecoup bien que l’épidémie soit enrayée. Aujourd’hui, l’Île est toujours sous surveillance, précaution oblige. La métropole, pour un peu, serait en état d’alerte. La question des priorités se pose donc, forcément. Le chikungunya est connu depuis les années 1950. Sur quels critères le degré de gravité d’une alerte sanitaire est-il établi ? Pourquoi la métropole bénéficie-t-elle de ce qu’on peut qualifier d’avantages certains au regard de la situation Outre mer ? Je vous laisse le choix des réponses.

Récemment, l’Île a suscité un regain d’intérêt lors de la conférence internationale qu’elle a organisée avec l’ONERC et l’UICN sur les effets du réchauffement climatique. Au coeur des enjeux internationaux, et beaucoup plus médiatique.

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3 commentaires sur « Vade retro chikungunya ! »

  1. Je l’ai eu.. enfin, je l’ai

    attrapé à l’Ile Maurice en février 2006

    un scandale .. les autorités sanitaires disaient que je n’avais eu qu’une grippe

    de retour chez moi.. nouvelles analyses .. institut Pasteur à Lyon et confirmation .. je l’avais

    les autorités mauriciennes cachaient la vérité pour ne pas faire fuir les touristes .. principale source de revenu de l’Ile Maurice

    tant de pauvreté là-bas … comment cet argent est-il réparti ?

  2. chouette article… je ne savais pas que ça avait traversé les océans… et encore moins que les autorités françaises compétentes auraient pris la chose au sérieux… loin des yeux loin du coeur… j’aime beaucoup quand le douanier à qui je viens de parler me demande après avoir vu mon passeport… « vous parlez français? »
    je glousse… bises

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