Mad in India : l’épopée photographique de Tendance Floue

Présentée en ouverture des Rencontres d’Arles 2008, la nouvelle revue photographique de Tendance Floue vient de paraître. Un an après un premier numéro performance à Pékin, le collectif de photographes* renouvelle l’expérience « Mad in » avec Mad in India. Le résultat de trois semaines intensives, de la réalisation des reportages à la maturation du projet : un portrait personnel, reflet de l’Inde contemporaine.

Mad in India 2008/ Portraits décalés © Tendance Floue

LA VIE EN QUESTION
Liberté. Improvisation. Questionnement. Expression. Tels pourraient être les piliers de la démarche de Tendance Floue. Plus de 17 ans passés à explorer le monde, à en extraire des touches de réalité, devenues valeurs de référence à un instant précis. Témoins de moments de vie, les photographes (onze sur « Mad in », douze au total) se font relais de ce dont on ne parle pas, de ceux qu’on ne voit pas. Une confrontation du réel au réel, une cohabitation de tous les mondes, sans cesse remis en question tant les réponses sont complexes et multiples. “ On part sans idées préconçues, raconte Philippe Lopparelli. Parfois, on revient même avec le contraire de ce pourquoi on était parti. Cela occasionne des surprises, ça fait partie de la vie.  » À cette volonté d’interroger ce qui l’entoure, Tendance Floue ajoute celle d’aller toujours plus loin, osant se mettre en danger tant d’un point de vue individuel que collectif. Le photoreportage mis à l’épreuve du dialogue des genres narratifs et photographiques.

Mad in India 2008 / Next city © Tendance Floue

UNE PASSION COLLECTIVE
Avec « Mad in », le collectif a pris le parti de concevoir en toute liberté le portrait subjectif d’une destination émergente, au travers de sujets portés par l’improvisation.  » Mad in ? C’est une idée qui sort un mercredi soir après un apéro et ensuite il ne faut pas lâcher !  » poursuit Philippe Lopparelli. Et s’en donner les moyens…  » Plutôt que d’attendre le soutien de magazines, nous avons rapidement décidé de transformer ce projet en une revue indépendante. De faire la presse nous-mêmes. Et surtout tous ensemble « , ajoute Mat Jacob. Une aventure humaine inédite, renforcée cette année par le fait que beaucoup découvraient l’Inde pour la première fois. Un vrai choc.  » Chacun s’est projeté, immergé dans une histoire avec laquelle il avait une affinité. Parfois sans repères, dans un contexte très bouleversant « , confie Thierry Ardouin. Avec une difficulté particulière : éviter les clichés, l’imagerie standard, tout en préservant l’identité. Sans oublier l’envie de faire partager au plus près leurs regards et leurs perceptions.

De Bombay à Delhi, de Bénarès à Calcutta en passant par la campagne indienne, on retient son souffle devant un tel flux d’images et d’informations.  » On a été frappés par le chaos et l’agitation de la vie sur place !, explique Thierry. On voulait que le lecteur ressente cette impression en découvrant la revue.  » Pari réussi : au fil des pages, défile la réalité effervescente et poignante d’une vie grouillante. Couleur, noir et blanc, portraits, ambiances, témoignages, récits rythment la lecture sur un mode faussement déstructuré. Pas de sommaire, mais une interaction permanente ; des sujets qui posent des questions, et montrent sans caricature les enjeux humains d’une nation propulsée puissance montante de la mondialisation.

Mad in India 2008/Kolkata © Tendance Floue

UN PORTRAIT COMPOSITE
Condensé d’impressions personnelles, Mad in India offre à voir de façon subtile une nation contrastée et complexe, tour à tour dynamique et étouffante. Avec, en fil rouge, l’humanisation. Pendant que Pascal Aimar s’immerge dans l’actualité locale, à Calcutta, aux côtés des photographes du Telegraph, le premier quotidien de la ville, Olivier Culmann fixe un côté off de l’Inde high-tech, ses visages hypnotisés par les écrans plasma et ses employés. Un reportage un peu anticipé, soumis à des autorisations de prises de vue. Les villes nouvelles et leurs tours inhumaines semblent surgir de nulle part sous l’objectif de Patrick Tourneboeuf. Les photomontages de Meyer ponctuent l’ouvrage de regards pénétrants, expressions décalées d’un pays à la religion omniprésente, aux castes figées.

En contrepoint, l’Inde rurale de Thierry Ardouin. En proie à une crise profonde, elle représente près de 70% des habitants.  » Ce qui m’a le plus frappé, dit-il, c’est que l’on ne voit pas les visages des paysans, cachés par les fardeaux ou dissimulés derrière les corps accroupis. Ce sont des liens essentiels avec le paysage. » Loin de l’imagerie moderne et lisse, la vie laborieuse dans la casse de Delhi : Mayapuri.  » Cet endroit est une métaphore de l’Inde pour moi, précise Denis Bourges. Celle de la rue. Celle du petit rien. Je voulais montrer l’Inde des incompris et des oubliés à travers ces hommes.  » De son côté, Bertrand Meunier livre une errance hypersensible dans Calcutta. Des images sombres, révélateurs durs d’une ville malmenée, presque fantomatique. Une ville prisonnière d’une image imposée, qui a finalement détourné Mat Jacob de son projet initial pour le conduire à Bénarès. Loin des clichés de la crémation. De son côté, Gilles Coulon dévoile de l’intérieur la vie de Dharavi, un des plus grands bidonvilles du monde bientôt rayé de Bombay, au profit d’une cité dite moderne. Autre sujet sensible, la marche des moines tibétains de Dharamsala à Delhi, par Flore-Aël Surun. Paisible et intimiste, Philippe Lopparelli s’est laissé guider par d’autres pas : ceux de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913.  » Au milieu de toute cette agitation ambiante, j’avais besoin de me rattacher au texte de Tagore, et d’attendre que les choses se mettent en place autour de moi.  »

UNE PARUTION ATTENDUE
Au fil des voyages, le projet évolue, les enjeux rédactionnels et artistiques se précisent. La première impression se confirme : un très bel objet pour une prise en main aisée. Nouveau format, nouvelle pagination, et une version bilingue accessible et lisible dans bien des parties du monde. À cela, s’ajoutent une mise en forme structurée à l’identité graphique renouvelée, la participation exclusive d’auteurs, journalistes et spécialistes indiens, et les propos rapportés d’habitants. Un écho intérieur passionnant, qui permet de nous ouvrir plus concrètement encore à la culture indienne. Sans oublier les 115 photographies et créations originales – sélection drastique s’il en est – que je vous laisse le plaisir, ou au moins la curiosité, de découvrir. L’ensemble parfaitement et solidement relié, une finition soignée dans les moindres détails, jusque dans l’enveloppe textile. Dernière précision : le tirage est de 3 200 exemplaires, et l’on peut déjà parier sans risque qu’ils seront épuisés bien avant l’année prochaine à la même date !

*Merci encore à Thierry Ardouin, Denis Bourges et Philippe Lopparelli ! Les propos cités ont été recueillis le 10 juillet  à Paris.

EN SAVOIR PLUS
Le site :
www.tendancefloue.net
La revue : Mad in Idia. Ed°. Tendance Floue. 18 x 26 cm. 200 p. 19 .

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