Otages en Colombie : l’importance de la mobilisation

Hier après-midi, se tenait à Sciences Po une conférence animée par Fabrice Delloye, Florence Aubenas et Anne Proenza. L’occasion de revenir sur la situation en Colombie et l’urgence d’une mobilisation sous toutes ses formes, pour la libération d’Ingrid Betancourt et des otages. Détenus pour certains depuis près de 10 ans.

 

Sans revenir sur les détails de l’Histoire, voilà près de 15 ans que la Colombie est rongée par l’industrie des enlèvements. Des années rythmées par des affrontements, des déplacements de population, plus de 25 000 morts de mort violente par an, par un commerce inhumain qui gangrènent peu à peu le pays le plongeant dans l’inégalité, l’horreur de la menace et de la peur, un immense sentiment d’injustice et plus un mot, plus un geste de soutien ni de solidarité. « Peu à peu, tout le monde est devenu coupable, précise Fabrice Delloye, et le silence s’est installé. » Et les prises de position se radicalisent au détriment de toute possibilité de réflexion, d’ouverture et de négociation.

« Il n’y a pas de mode d’emploi dans cette lutte » dit Florence Aubenas, grand reporter détenue en otage cinq mois en Irak de janvier à juin 2005. Pas de mode d’emploi dans un contexte où le maître mot est la non négociation en lieu et place d’une nécessaire politique de conciliation; mais des pistes, des évidences, comme se mobiliser.

Pourquoi se mobiliser? D’aucuns diront que ce n’est pas cela qui va libérer les otages. Qu’une issue favorable dépend seule de l’action des politiques. Certes, le lien de cause à effet n’est pas direct, ni évident. Et pourtant, se taire, c’est masquer, renier la vérité, renier le dialogue, la réconciliation. C’est prendre le risque de sacrifier des vies sur l’hôtel de l’indifférence ou de l’inaction, exacerber l’injustice et activer la spirale du pire.

Alors « médiatiser la gravité de la situation, parler d’Ingrid Betancourt, c’est donner aux citoyens les moyens de comprendre ce qui se passe en Colombie à travers son combat pour les droits de l’homme et la vie d’un peuple, et la situation des otages, » poursuit Florence Aubenas. C’est donner les clés pour agir en connaissance de cause. Une façon essentielle de lutter contre le chantage, l’isolement, de faire tomber le mur construit entre les otages et le reste du monde. Et de construire un mouvement mondial de solidarité, reflet concret d’une opinion publique active, concernée et influente.

Se mobiliser est aujourd’hui la seule façon pour les citoyens de lutter contre cette forme du terrorisme, parmi tant d’autres. C’est essayer, rendre visible, dire qu’on n’oublie pas, que tout est possible ou du moins qu’il faut y croire. C’est offrir une scène politique et médiatique à tous les acteurs de la libération, montrer aux dirigeants l’impérieuse urgence de la négociation, de la solidarité, de mettre l’être humain au centre de tous les enjeux et de toutes les décisions. Se mobiliser, c’est transmettre son soutien aux otages et à leurs familles, et redonner toute sa dimension humaine à une démarche odieuse de menace permanente et de mise à l’écart de la vie, qui nous concerne tous.

« Si nous continuons à assister à la dégradation des otages, ajoute Fabrice Delloye, s’ils ne sortent pas de cette situation insupportable, (…), cela va en plus créer une tache indélébile, et une rupture qui sera extrêmement difficile à porter dans les relations avec la Colombie comme avec les autres nations du monde. »

www.agirpouringrid.com

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