L’illettrisme en France

▪ Vers le site du photoreportage Illettrisme : droit de savoirs

Nom : illettrés. Profil : hommes et femmes scolarisés en France vivant et travaillant apparemment comme les autres. Nombre : 3 100 000 millions ! Soit 9% des 18-65 ans. Qu’est ce que l’illettrisme ? Pourquoi le devient-on ? Comment le prévenir et le combattre ? Etat des lieux avec Hervé Fernandez, Secrétaire général de l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme).

On a l’habitude en France de distinguer l’illettrisme et l’analphabétisme – distinction que ne font pas tous les pays d’ailleurs. Quelles sont les différences fondamentales entre ces deux terminologies ?
H.F : On peut en effet distinguer deux types de situations : celle des personnes qui ont été scolarisées en France et qui ne parviennent toujours pas à lire, comprendre et transmettre un message simple de la vie quotidienne, et celles qui sont venues s’installer en France pour différentes raisons et qui vont donc devoir apprendre le français comme une langue étrangère.

Deux situations bien distinctes donc qui appellent des réponses différenciées. L’illettrisme est la plupart du temps très mal vécu et amène souvent les personnes concernées à user de nombreux stratagèmes pour que leurs proches ne s’en rendent pas compte, sans pour autant forcément se donner les moyens d’y remédier. A la différence des personnes qui vont souhaiter apprendre notre langue et s’orienter plus naturellement vers des formations.

Comment expliquer ce phénomène ? Comment peut-on y remédier, notamment dans le secteur de l’emploi ?
H.F : L’illettrisme est encore très tabou et les personnes touchées ressentent parfois un phénomène de rejet et de honte. Dans une société où l’on mise beaucoup sur les diplômes, les parcours chaotiques et échecs scolaires successifs sont mal perçus. Il est donc indispensable d’apporter des réponses appropriées.
On sait que sur 3,1 millions de personnes, plus de la moitié ont une activité professionnelle. Une information qui montre la nécessité de mettre en place des formations ciblées tout au long de la vie professionnelle. Les situations ne sont pas toujours révélées car ces salariés sont compétents. C’est à l’occasion de changements dans leur poste de travail que l’on peut s’apercevoir des difficultés de certains à lire et à écrire. Certains salariés refusant des promotions à cause de cela.

Nous avons engagé l’opération nationale du Forum permanent des bonnes pratiques*. Mis en place localement, il a permis de voir que certaines entreprises anticipent les changements dans le cadre d’une politique de gestion prévisionnelle des emplois. Un cadre non stigmatisant : celui de l’évolution naturelle des compétences. On ne parle donc plus de lutte contre l’illettrisme, mais de développement des acquis professionnels dans lequel on peut alors intégrer des formations à l’écriture et au calcul notamment. La difficulté n’est pas tant de mettre en place des solutions que d’en parler et de dédramatiser les situations.

Les résultats de l’enquête Information Vie Quotidienne menée par l’INSEE avec l’ANLCI font tomber de nombreuses idées reçues.
H.F : Outre le fait que l’illettrisme n’empêche pas d’avoir une activité professionnelle, l’enquête met en avant des éléments essentiels.

– Les jeunes ne sont pas les plus touchés : plus de la moitié des personnes en situation d’illettrisme ont plus de 45 ans. On sait que la capacité à lire et à écrire se perd très vite si elle n’est pas éprouvée au quotidien. De nombreuses ruptures dans un parcours scolaire (incarcération d’un parent, maladie, discrimination) peuvent favoriser une situation d’illettrisme. D’où la nécessité d’impliquer les parents pour pouvoir agir sur les enfants.
– Ce phénomène n’est pas limité aux zones urbaines, et notamment aux zones dites sensibles : 50 % des personnes en situation d’illettrisme vivent dans des zones rurales. Le renforcement de la lutte et de la prévention doit donc aussi être fait auprès des zones faiblement peuplées et des entreprises de façon à couvrir tous les besoins.
– Enfin, ce n’est pas seulement le fait de l’immigration : 74 % des personnes illettrées utilisaient uniquement le français chez elles à l’âge de 5 ans.

L’illettrisme est un mal invisible. Les personnes en situation d’illettrisme vivent, réussissent sans pour autant bien savoir lire et écrire. Ces résultats sont essentiels car ils lèvent le voile sur des idées reçues, montrent mieux qui est touché, permettant ainsi d’agir. Comment ? En levant les freins psychologiques, en organisant des actions conjuguées à des solutions, en impliquant les acteurs comme les décideurs. La lutte contre l’illettrisme est l’affaire de tous.

* Du 20 au 22 Juin prochains à Lyon, se tiendront les rencontres nationales du Forum des bonnes pratiques.
EN SAVOIR PLUS : https://vdegalzain.files.wordpress.com/2007/04/illetrisme.pdf & ANLCI www.anlci.gouv.fr

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