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©Virginie de Galzain


Chacun son expo ©Virginie de Galzain

©Virginie de Galzain

Hong Kong : 9 juin, 7h30.


©Virginie de Galzain

Pendant les JO de Pékin, le photographe Bertrand Meunier, membre du collectif Tendance Floue, participe à l’espace “Hors jeux” du site rue89. Le concept : un jour, une photo, une légende. Un autre regard sur Pékin, à l’heure où seul le sport compte, à peu de choses près.

CORRESPONDANCES
La démarche de Rue89 reprend sous un autre format celle de Libération. Avec simplicité. En 1981, le quotidien avait commandé à Raymond Depardon une image par jour de New York, pendant cinq semaines, pour ses pages internationales. Outre la nouveauté que représentait cette approche, elle repensait en profondeur le principe même de la notion de photographie et de photo reportage. Une rupture avec un système selon lequel, communément, un photographe s’effaçait derrière son image, quand ce n’était pas sous le nom de son agence, et ne parlait pas. Une rupture déjà initiée par Depardon, notamment dans Notes*.

PAS D’ACTU, JUSTEMENT !
L’autre originalité de la commande de Libé résidait dans l’absence d’actu au sens événementiel voire sensationnel du terme. Il ne s’agissait pas d’aller couvrir un événement mais de faire un “journal photographique”, d’instaurer un effet carte postale, une correspondance en images et en textes : en premier lieu celle du photographe avec la ville. Sa perception. Sa réalité. Ses mots.
À l’époque, ” New York représentait un lieu de liberté (…) le paradis pour un photographe (…) tout était possible, on pouvait photographier les gens comme on voulait. (…) Maintenant, les gens te regardent d’un drôle d’air quand tu fais des photos. Sur les ponts dans les gares, il est interdit de photographier. ” évoque Depardon dans New York, correspondance new-yorkaise. La liberté du sujet comptait aussi.

LES JEUX “HORS JEUX”
Pas d’actu à couvrir, mais toujours un ultimatum puisque quoiqu’il arrive une photo, et une seule, doit être envoyée à la Rédaction chaque jour. Aucun moyen de revenir en arrière. Avec toujours en toile de fond cette exigence de qualité et et cette acuité indéfinissable. Une exposition délicate aussi, sans artifice, soumise à un média parfois ingrat, hautement interactif, et accessible à tous ceux qui disposent d’un accès Internet. C’est à Pékin que le défi a lieu, en marge des JO, un an après la réalisation par Tendance Floue de la revue Mad in China. L’autre côté du miroir, dans une réalité au jour le jour. Celle qu’on ne voit pas.

Je ne reviendrai pas sur certains commentaires émis sur la première photo envoyée par Bertrand Meunier : Premier jour à Pékin, première rencontre dans le métro. Ca m’a littéralement atterrée ! Une image n’a pas un message immédiat. Elle révèle un point de vue, pose des questions, invite à ouvrir les yeux. Émotion, dialogue, rêve…, les effets comme les impacts sont multiples, dépendants de l’histoire de chacun, de sa culture, de la sensibilité . Une “bonne” légende personnalise, créée un lien, peut éviter de se perdre pour aller à l’essentiel, avant d’aller plus loin. Elle n’est pas descriptive, elle évoque un contexte, contient des indices, des clés. Une image n’est jamais “évidente”. Et ce qui peut sembler évident est en réalité un repère, qui renvoie à une expérience propre, à la mémoire, à une situation. Elle éveille la curiosité, renvoie à une question : pourquoi cette image ? Libre à nous de trouver ou non une information, voire une réponse.

UNE INTERROGATION PERMANENTE
Pékin, ville mise en scène pour les JO. Ses enjeux sportifs mais aussi éminemment politiques. Ses façades médiatiques. Ses fards. Une ville au coeur des enjeux de la croissance économique, avec une arrière-cours chargée d’injustices sociales, de précarité, d’oppression. C’est sur cette nation en mutation que Bertrand Meunier travaille depuis plus de dix ans, s’interrogeant – notamment – sur la Chine contemporaine. Auteur, avec Pierre Haski, du livre Le sang de la Chine, quand le silence tue*, il a réalisé de nombreux reportages photographiques sur le monde rural, l’exclusion des plus démunis ; un des derniers en date portant sur le visage et l’avenir du monde paysan, actuellement exposé au musée Nicéphore Niépce.

Bertrand Meunier est un grand. De ceux qui ont le regard résolument libre, dirigé vers le monde et vers les autres, à la fois conscient et concerné, hyper sensible et passionné. Ses photos laissent une empreinte indélébile dans les esprits tant elles sont présentes. Son écriture est réaliste mais pudique, esthétique et artistique. Des témoignages frappants de dureté et d’humanité. Des images qui voyagent et qui parlent pour ceux qu’on ne connait pas, dans leur troublante réalité quotidienne.

*Une enquête sur le sang contaminé par le VIH/Sida condamnant à mort des centaines de milliers de paysans, auxquels les autorités ont décidé de cacher la vérité, dans le Henan.

À CONSULTER, VOIR, LIRE, etc
> Le site de Rue89
> Le site de Tendance Floue
> Jusqu’au 28 septembre : Exposition ” Paysans ordinaires “, de Bertrand Meunier. Infos : www.museeniepce.com
> Le sang de la Chine, quand le silence tue. De Pierre Heski & Bertrand Meunier. Ed°.Grasset. 18 euros.
Un sujet également traité par le photographe chinois Lu Guang (Gamma) au début des années 2000. Des images de son travail avaient été présentées en France lors de l’exposition internationale de photographie « Pingyao à Paris » au MK2 Bibliothèque, en 2004.
> Notes, précédé de la La solitude heureuse du voyageur. De Raymond Depardon. Ed°. Points/poche. 8 euros.

Plasticien du paysage, Xavier Perrot, 28 ans, est l’un des associés de Cao|Perrot studio. Lauréat de nombreux prix, dont les “Nouveaux albums des jeunes architectes et des paysagistes 2008″ décernés en avril par le ministère de la Culture et de la Communication, il fait sans aucun doute partie de la relève du petit monde du paysage, talentueuse, innovante et créative. Rencontre*.

> Cao|Perrot a une histoire particulière. Quel a été votre parcours ?
J’ai grandi en Bretagne. Mes parents étaient agriculteurs ; c’est sans doute ce qui m’a donné cette fibre d’arriver dans le paysage. A la fin de ma scolarité, j’ai intégré l’École du Paysage de Saint-Ilan, en Bretagne, pendant deux ans, avant de suivre une formation complémentaire au Conservatoire International des Jardins de Chaumont-sur-Loire. C’est là que j’ai rencontré Andy Cao, en 2001. Artiste paysagiste américain d’origine vietnamienne, il participait au festival international de jardins avec Desert Sea, un jardin contemporain de contemplation. On peut vraiment parler d’une rencontre affinitaire. Peu de mots, mais une compréhension et une sensibilité communes immédiates.

Je venais de tenter le concours de l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, quand il a appris qu’il avait remporté le Grand prix de Rome**. Il m’a proposé de partir avec lui pour une année de recherches à l’Académie américaine de Rome. Ca a été une expérience fascinante ! Une ouverture sur différentes disciplines, qui permet aussi d’appréhender la façon dont chacun – chercheurs, artistes, archéologues, architectes, compositeurs, historiens de l’art – conceptualise ses projets. Je me suis rendu compte que nous étions finalement tous à la recherche de la même chose : stimuler les émotions. Nous avons réalisé notre première installation : la Red Box, une réinterprétation de l’érotisme dans les églises romaines. Un environnement sensoriel, qui offrait un parcours sensuel inédit aux visiteurs : caresser un mur de gazon, humer l’encens qui se consume, recevoir un massage de pieds, écouter un solo de clarinette, contempler un mur de bougies…

Red box, vues intérieur & extérieur/Académie américaine de Rome, Italie 2002  ©Stephen Jerrom

> Vous avez une approche très plurielle de la notion de jardin et de paysage : une conception plasticienne et pratique qui tend vers l’oeuvre d’art vivante et accessible. Cette dimension est nouvelle en France.
La première question qu’il faut s’autoriser à se poser est : qu’est-ce que le jardin aujourd’hui ? Qu’est-ce que la nature ? Pour nous, cela ne se résume pas à des plantes disposées avec esthétique. C’est un environnement, une atmosphère, des dynamiques. Tout espace comportant une idée peut être un jardin ! Faire fusionner les disciplines plutôt que de les cloisonner fait partie de notre approche, et la façon dont on conçoit un projet et dont on le réalise est aussi importante que le résultat. Nous avons toujours eu des intérêts multiples, pour les arts, la mode, l’architecture, etc. On donne vie à un jardin, on imagine des histoires en nous appropriant des éléments icôniques de telle ou telle culture, on l’habille en détournant l’utilisation de matériaux courants.

Nous voulons donner à chacun la possibilité de rentrer dans le jardin, au sens propre du terme, de s’intégrer à la réalisation paysagère et artistique, tout en gardant une dimension contemplative très présente. Chaque jardin comporte des inspirations, des influences subtiles qui permettent aux promeneurs de puiser dans leur propre histoire, de retrouver des traces de leur culture, des évocations revisitées de leur quotidien. Nous n’imposons rien. Libre à chacun de vivre et d’agir pleinement, d’interpréter librement ce qu’il voit, ce qu’il ressent. De toucher un gazon vertical, de marcher pieds nus sur une île de verre ou une lande de nylon crocheté, de s’asseoir sur des cousins végétaux, de percevoir des parfums subtils. Un voyage, et un éveil absolu des sens.

Lullaby garden/Cornerstone Festival of Gardens, Californie 2004 ©Stephen Jerrom

> Vos réalisations sont à la fois très sophistiquées et très authentiques, lumineuses et aériennes, à la frontière du rêve et du réel…
Dans la plupart des projets, la préparation est très longue. Nous devons sans cesse nous adapter au milieu. Nous aimons l’idée de ne pas être prisonniers des courants, des modes. Andy Cao et moi-même avons des origines différentes, mais aussi de nombreux points communs qui ont ouvert nos horizons. C’est vital. Dans tout ce que nous faisons, on essaie toujours d’apporter une sensibilité particulière au paysage, et de créer une expérience des sens et un dialogue avec l’observateur. De stimuler une réponse émotionnelle. De mixer une approche contemporaine et accessible, une sophistication naturelle, des énergies. De garder une dimension humaine forte, dans tous les sens du terme.

On se place à la fois sur le paysage et les arts plastiques, en créant des connexions avec l’environnement. Beaucoup de nos réalisations sont faites à la main, avec une utilisation détournée des matériaux que l’on a l’habitude de voir dans le quotidien. Comme le grillage à poule utilisé pour le Pavillon rouge exposé lors de Jardin, Jardins aux Tuileries ; des bogues de noix de coco au sol, le fil de pêche pour le Lullaby garden ou les Cocons installés dans la Baie de San Francisco ; des objets en verre fusionnés ou polis qui permettent de capter la lumière de façon magique, de donner des aspects saisissants, incandescents, métalliques ou liquides… Nous donnons une nouvelle identité et une nouvelle vie aux matériaux, en essayant de représenter l’idée de cycle et de dynamique omniprésente dans la nature. Un paysage imaginaire avec tout ce qu’il peut avoir de légèreté et d’impermanence, le somptueux de l’éphémère.

Jardin des Hespérides/Festival des jardins de Métis, Québec 2006-2007 ©Louise Tanguay

> Comment vous positionnez-vous face à la déferlante “aménagement durable” ?
L’aménagement, le développement durable, ce n’est pas nouveau ! C’est très bien en soi. C’est une démarche qu’on essaie d’avoir bien sûr, avec l’utilisation de matériaux recyclés par exemple. La possibilité de travailler avec des artisans étrangers comme cela a été le cas pour le Lullaby Garden, pour lequel nous sommes partis au Vietnam, le pays natal de mon associé qui n’y était pas retourné depuis 25 ans. Mais nous devons aussi nous adapter aux demandes. Le projet du futur Central Park (nouveau district de Guangming à Shenzhen) en Chine, représente un véritable défi en termes de développement durable. D’autant qu’il s’agit d’un site agricole de 240 hectares qui va être en grande partie réaménagé de la main de l’homme. Un réel paradoxe. Ce qui est dérangeant est que tout cela devient un argument publicitaire, une étiquette pour vendre. Cette notion est surmédiatisée aujourd’hui, mais peu sont ceux qui en font réellement. Beaucoup ne savent pas de quoi ils parlent, l’appliquent pour se donner bonne conscience. C’est tout de même étrange de créer une piste de ski dans un désert à 45°C, non ?

Notre approche se situe à un autre niveau. Il s’agit de repenser l’idée de “déchets” selon deux principes : puiser dans la terre des ressources, les utiliser, puis les redonner à la terre à la fin de leur cycle, et réutiliser le reste, recycler. Nous devons penser à consommer autrement, à nous libérer de cette dépendance qu’on nous impose : le tout jetable, le tout plastique et synthétique, le pétrole… pour ne citer que quelques exemples. À concevoir autrement, et là, c’est notre devoir de concepteurs. Puisqu’on ne peut pas se passer de la voiture, pourquoi ne pas envisager sérieusement les technologies de substitution, non polluantes ?   Transformer les champs et les forêts pour le compte des bio-carburants : belle gageure! L’écologie, c’est avoir une conception globale du développement, qui va dans le sens d’une vraie pensée : biologique, humaine, territoriale, environnementale, etc, en évitant les abus et l’exploitation. Les solutions existent alors que les lobbies prônent la destruction de la planète ! L’écologisme, dans le sens politique et militant, n’a jamais fait de nous des citoyens écolos. Soyons éco-logiques plutôt qu’écologistes !


Xavier Perrot devant le Pavillon rouge/Jardins, jardin aux Tuileries, Paris 2008 ©Virginie de Galzain

EN SAVOIR PLUS
www.caoperrotstudio.com

EXPO
Du 8 octobre 2008 au 25 janvier 2009 : expo à la Cité de l’architecture et du Patrimoine (Nouveaux albums des jeunes architectes et des paysagistes). 1 place du Trocadéro. Paris 16e. www.citechaillot.fr
* Interview réalisée le 21 juillet 2008, à Paris; ** équivalent du Prix Médicis.


©Virginie de Galzain

VOIR AUSSI le diaporama Bali Golden age et d’autres photos en ligne sur le blog.

Bali2008©Virginie de Galzain

C’est possible. Et c’est ce soir. Sur écran géant. À la Villette. Avec LA nuitLes femmes de Pedro “. Au programme : Attache moi ! Volver et Kika. Ce, dans le cadre de la dix-huitième édition ” Cinéma en plein air “.

Pour le contexte, le thème de cette année est Ava, Rita, Gina…Les étoiles ne meurent jamais. Encore une quinzaine de films à (re)voir donc, jusqu’au 17 août, entre oeuvres mythiques et futurs grands classiques (Roger Vadim, Georg Wilhelm Pabst, Howard Hawks, François Ozon mais aussi Scorsese, Coppola, une nuit Le Parrain, etc, etc, etc). Programme complet sur le site.

Jusqu’au 17 août. Prairie du Triangle. M° Pte de Pantin. Entrée 2 euros. Se renseigner avant en cas de temps incertain au 01 40 03 75 75 (cela dit, un ciné en plein air s’il pleut des cordes… entre nous…) & La Villette.

ET EN AOÛT, DANS TOUT PARIS, OU PRESQUE
Cinéma au clair de lune : trois semaines de déambulation proposées par le Forum des images en 16 projections. Au hasard, Talons aiguilles (Almodovar encore) dans les jardins du Trocadéro, Blow up (Antonioni) au parc de Choisy, Le troisième homme (Orson Welles) au parc André Citroën ou Lisbonne story (Wim Wenders) dans le 15e. Programme complet sur le site, pour ne pas changer.

Du 6 au 24 août. 21h30. Lieu en fonction des dates. 01 44 76 63 00 et Cinéma au clair de lune.

 

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